La veuve noire (Black widow) – Bob Rafelson – 1987

10. La veuve noire - Black widow - Bob Rafelson - 1987Sans danger apparent.

   4.0   Deux industriels meurent, léguant leur fortune à leur femme. Alexandra Barnes, agent fédéral, découvre des similitudes dans la mort des deux hommes et remonte jusqu’à une même veuve aux multiples identités. Ça pourrait faire partie de cette vague de thrillers hollywoodiens qu’il m’arrive d’affectionner mais je n’ai jamais réussi à entrer dans celui-ci, la faute à un manque de structure, de cohérence romanesque. Du reste, difficile d’y trouver ne serait-ce qu’une miette du Bob Rafelson, de Five easy pieces. On a vraiment l’impression que ça pourrait être fait par n’importe qui, un peu comme certains films de Schrader de la même époque, type Vengeance intime ou Etrange séduction. Ceci étant, Debra Winger & Theresa Russell sont parfaites, l’édifice s’il en est, repose entièrement sur elles.

Le dossier Odessa (The Odessa file) – Ronald Neame – 1975

04. Le dossier Odessa - The Odessa file - Ronald Neame - 1975A cause de l’assassinat.

   6.5   Juste après L’aventure du Poséidon, Ronald Neame se lance dans un genre tout aussi typique des années 70 : Le récit d’espionnage et de chasse aux nazis, un an avant le Marathon man, de John Schlesinger. Dans l’un Dustin Hoffman, dans l’autre Jon Voight : Les deux compères révélés par Macadam cowboy. Voight incarne ici Peter Miller, journaliste en quête de l’affaire du siècle. Le 22 novembre 1963, tandis que de l’autre côté de l’Atlantique le président Kennedy est assassiné, Miller suit une ambulance qui le mène au pied d’un immeuble dans lequel un ancien survivant des camps de concentration vient de mettre fin à ses jours. Il récupère le journal de bord du vieil homme, dans lequel celui-ci raconte les atrocités vécues ainsi que les exactions gratuites du boucher SS  Eduard Roschmann. Il semble que ce dernier soit toujours en vie, caché sous une nouvelle identité crée par une organisation secrète « Odessa » permettant aux anciens nazis de se relever. A mesure qu’il enquête sur le réseau, Miller est de plus en plus menacé, échappant ici à un attentat dans le métro commandité par l’organisation qui l’a repéré, puis enlevé par un commando du Mossad qui va le prendre sous son aile et le persuader d’infiltrer Odessa afin de la neutraliser. Malgré quelques invraisemblances et un rythme un peu brinquebalant, c’est un super film, bien documenté, rondement mené, qui aurait toutefois mérité au choix : Une fin moins grandiloquente (une sorte de rebondissement qui sort un peu du chapeau) ou un partage d’emblée des motivations entières du personnage principal afin d’accepter cette grandiloquence. Certes ça rend plus crédible cette investigation folle mais ça donne un personnage complètement différent de celui que l’on suivait et auquel on s’attachait, c’est dommage. Chouette film, néanmoins.

Toy story 4 – Josh Cooley – 2019

01. Toy story 4 - Josh Cooley - 2019Cowboy destiny.

   8.0   Nous avions laissé Toy Story 3 sur une fin parfaite, lumineuse, bouleversante : Andy avait grandi, et après moult péripéties de ses jouets loin de sa chambre, il choisissait pour eux ni la poubelle ni le grenier, mais de les transmettre à Bonnie, qui avait trouvé le petit shérif. Woody compris – Non sans hésitation et déchirement. Que pouvait-on faire de plus ? Voilà pourquoi l’annonce d’un quatrième volet en chantier m’avait rendu sceptique, pour rester poli. Et puis le film se faisant, avec l’équipe habituelle (Cooley, Stanton, Lasseter…) il devient rapidement, logiquement l’un de ceux que je veux voir à tout prix cet été. Mon fils l’a vu en juillet. Moi je l’ai raté en août. Finalement nous y sommes allés (ou retournés) le premier jour de septembre. La veille de sa rentrée : C’était parfait. Soyons honnêtes, j’ai eu les yeux embués du début à la fin. Je n’exagère pas, la scène du flashback (idée magnifique) avec l’adieu de Woody à la bergère, sous la voiture, encerclés d’un rideau de pluie, j’étais déjà en miettes. C’est du niveau de la scène d’adieu (aussi sous la pluie) dans Seul au monde, pour moi. Sauf qu’elle intervient au bout de cinq minutes de film. On sait que ce n’est pas gratuit (jamais chez Pixar) donc que c’est une amorce pour une éventuelle retrouvaille, et cette promesse est en soi déjà déchirante. Toutefois, la vie reprend son cours. Le flashback s’évapore avec notre souvenir de Bo la bergère. Quant à Andy c’est du passé, puisque c’est bien de Bonnie dont il s’agit maintenant, Woody compensant sa quasi inutilité (il est relégué au placard puisque chez Bonnie, le shérif sur Pile-poil c’est Jessie) en protecteur du nouveau jouet fétiche, construit par Bonnie lors du terrifiant jour d’adaptation à la maternelle : Fourchette. De quoi alimenter un terreau que la franchise n’avait pas encore utilisé jusqu’alors : Le jouet jetable. Et pourtant, qu’il s’agisse de l’histoire de cette rudimentaire fourchette en plastique, de celle d’une poupée oubliée chez un antiquaire pour un défaut de fonctionnement, ou de celle de Duke Kaboom, le jouet décevant, C’est la destinée de Woody qui est au centre du récit. On comprend assez vite l’essentiel : Toy Story avait bouclé la boucle Andy, mais pas celle de Woody. Le générique d’ouverture racontait déjà beaucoup puisque d’une part la chanson choisie est la même que celle qui ouvrait le premier opus en 1995, d’autre part car il prend soin de montrer le cowboy à différents âges de « son enfant » Andy jusqu’au passage de relais à Bonnie. C’est un épisode pour Woody. Afin que lui aussi finisse par voler de ses propres ailes à moins qu’il soit plutôt question de tomber avec panache.

Kill Bill, volume 2 – Quentin Tarantino – 2004

14. Kill Bill, volume 2 - Quentin Tarantino - 2004L’amour sous la violence.

   8.0   La sortie du deuxième volume de l’histoire de la mariée vengeresse s’accompagnait d’une imposante attente, celle de la double promesse qui irriguait le final de Kill Bill, volume1 : Si enfin on voyait Bill, du moins entendait-on sa voix, cette entrée dans le champ n’arrivait pas seule puisque c’est un secret en forme de confidence (C’est le seul moment du film où on n’est plus aux côtés de Beatrix Kiddo) que Bill et à fortiori Tarantino font au spectateur.

     Alors qu’on la pensait, comme tous ceux présents à la cérémonie, évaporée dans le massacre de la chapelle de Two Pines, on nous apprend que la fille de la mariée est bien vivante. De quoi alimenter deux horizons majeurs pour cette suite, l’un que l’on partage avec Beatrix depuis le tout début, à savoir tuer Bill, le titre ne ment pas, c’est bien vers lui que le récit, aussi chamboulé soit-il, converge ; l’autre qu’elle ne soupçonne pas elle-même, ce qui permet d’une part de la rendre plus fragile, d’autre part d’avoir une avance sur elle, elle qui était si rapide et si imprévisible sitôt enrôlée par le grand Pai Mei, dont on verra aussi ici les entrainements douloureux mais salvateurs.

     Pourtant, le film s’ouvre sur la chapelle, justement. Comme dans le premier volet, sauf qu’ici il ne s’agit plus de montrer le massacre mais de suivre la discussion que Bill et Beatrix entretiennent juste avant ce qui aurait dû être une cérémonie de mariage, juste avant que Bill soit rejoint par les autres membres des Vipères assassines. Beatrix annonce qu’elle abandonne son rôle de tueuse à gages et Bill reste en retrait, silencieux, désenchanté, amoureux déçu, aussi, probablement. La séquence est en noir et blanc là aussi, pourtant c’est Sergio Leone que l’on convoque clairement d’emblée, dans la façon de faire entrer les personnages dans le cadre, la découpe des plans, la durée de la scène, la place du son : On se souvient qu’il y avait déjà de cela dans l’affrontement avec Oren Ishii.

     Mais là où Tarantino se confondait en virtuosité, fétichisme et grandiloquence dans le premier volume, il répond par la simplicité désenchantée dans le second. Par exemple, le massacre de la chapelle passe en hors champ après un long travelling arrière comme dans Frenzy, d’Hitchcock. S’il reprend l’exiguïté de celui qui l’opposait à Vernita Green, le grand combat dans la caravane entre Beatrix et Elle Driver est plus sec, plus frontal. Dans ce volet on n’accompagne plus les « boss » de bastons avec quatre-vingt-huit cinglés mais d’un simple mamba noir. Quant à l’affrontement final tant attendu : Il n’est que diatribe (Magnifique David Carradine) et sa violence en point d’orgue est brève, tranchante mais sans effusions de sang.

     Pour comprendre la froide détermination de la mariée, il fallait intégrer l’imposant flashback de sa transformation sous forme de rite initiatique. Quoi de mieux pour Tarantino, qui s’est toujours octroyé le plaisir d’une narration éclatée – Rappelons d’ailleurs qu’il y avait déjà, dans le premier volume, un flashback en manga, concernant le trauma du personnage d’Oren Ishii – d’intégrer ce retour en arrière dans un moment du présent où sa survie semble plus que compromise ? En effet, surprise par Budd, soudain plus stratège et lucide que le ton désabusé qu’il affichait jusqu’alors (« Cette fille a le droit de se venger. Et nous méritons de mourir ») la mariée se voit enterrée dans un cercueil de bois après s’être fait flingué à bout portant au fusil contenant des cartouches de gros sel.

     Plutôt que de rejouer ou de continuer l’action du premier opus, Kill Bill, volume 2 sera son complément le plus inattendu. Cinq nouveaux chapitres, certes, mais il ne s’agit plus de viser le cinéma d’arts martiaux mais le western spaghetti. On n’écoute plus Meiko Kaji mais Ennio Morricone. L’amour, éclatant, passionnel, contrarié, remplace la violence cathartique. Seul l’affrontement sauvage entre Uma Thurman et Daryl Hannah rappelle qu’on est bien dans la suite d’un double programme ouvert par Kill Bill, volume 1.

     Mais le décalage ne s’opère pas uniquement dans la forme puisque l’idée c’est aussi de rendre le personnage incarné par Uma Thurman plus humaine (il faut en faire une mère) donc la plonger dans un dédale de souffrance (Pai Mei d’abord, Bud ensuite) tout en perçant les mystères de sa puissance. Si l’ultime monologue du film, signé Bill, convoque l’ambivalence du super-héros ce n’est pas anodin : La super-héroïne ici accouche d’une maman sur le point de rencontrer sa propre fille.

Escape game (Escape room) – Adam Robitel – 2019

09. Escape game - Escape room - Adam Robitel - 2019Et par ici la sortie.

   3.0   Quasi aucun intérêt dans cet énième thriller horrifique dans l’air du temps, qui intègre le truc méga à la mode des Escape game, et va donc tranquillement cartonner tout en ne coutant rien. On retient tout de même quelques petites choses qui nous évitent l’ennui total. Comme les personnages traversent des « mondes » et doivent résoudre des énigmes pour accéder au suivant et ne pas mourir – Ici les décors explosent, s’effondrent ou asphyxient – il faut donc, pour l’auteur, travailler le(s) décor(s), à défaut de brosser des personnages qui ne soient pas plus abrutis les uns que les autres, comme dans la majorité de ces produits de ce genre, la saga Saw étant l’un des plus fidèles exemples.

     Mais les décors ne sont pas très intéressants, malheureusement. Froid, chaud, crade, renversé, hallucinogène. Ce n’est pas très inventif comme programme. Pourtant l’un d’eux va éveiller un peu plus notre attention. Il s’agit du décor renversé, qui d’emblée, moi, m’a renvoyé à L’aventure du Poséidon. La table de billard rappelle celles du grand salon. Les effondrements rappellent les explosions ponctuelles du film de Ronald Neame. Et surtout, la mort du personnage, en sacrifice, accroché à un fil de téléphone rouge n’est pas sans évoquer celle traumatisante du révérend Scott. Je me suis senti séduit dans mes faiblesses, là. Mais cette scène est par ailleurs l’occasion d’un supplément de vertige pas négligeable. En 4dx j’imagine qu’on doit pas trop faire le malin.

     Malheureusement, en misant sur un background traumatique global bien lourdingue et en oubliant la côte romanesque de ces pièces aux histoires à tiroirs, le film n’offre pas grand-chose. Hormis la première salle (et encore), celle du billard et celle de l’hallu (beaucoup trop vite torchée), rien à se mettre sous la dent. C’est dommage car la première méritait une attention aux objets, à leur fonctionnement, à nous faire jouer un vrai escape game, à faire du spectateur un personnage à part entière afin d’apprécier plus facilement la suite. La salle renversée méritait un bien meilleur quadrillage de l’espace – mais on ne va pas faire la fine bouche, c’est la séquence la plus intéressante du film. Reste celle de l’hallucination, la tentative  est belle, son exécution beaucoup moins. On devrait flipper, suffoquer, on est juste exténué par le régime d’images et le désagréable volume sonore.

     Inutile de de parler du côté « On joue à qui sera le prochain à mourir » oui on est là par moments. Et inutile aussi d’évoquer le twist de fin : C’est absolument navrant, catastrophique, d’une bêtise crasse, pur foutage de gueule. Le film s’échine à reprendre la trame de Saw – avec une image toutefois moins putassière – mais il rate complètement ce qui faisait la semi-force de Saw. C’est con. Au final, on pense aussi parfois à Destination finale – Et y aura probablement autant de suites et déclinaisons tant le film est rentable (neuf millions de budget, 155 millions de recettes), d’ailleurs il n’était pas sorti qu’on annonçait déjà un 2 – mais la foisonnance, le gore et l’humour en moins. Et puis disons que s’il est tentant de le faire avec Destination finale, on ne fera jamais une soirée « Escape game » pour se marrer entre potes. A la place on ira faire un Escape game.

Comme des bêtes 2 (The secret life of pets 2) – Chris Renaud – 2019

03. Comme des bêtes 2 - The secret life of pets 2 - Chris Renaud - 2019Passe-moi les croquettes.

   3.5   La confrontation avec cette suite, en salle, part d’une étape malchanceuse puisqu’elle intervint après avoir raté, de très peu, la séance de Toy Story 4 qui en ce jour de pluie fit le plein lors d’une projection de 14h au Lido, de Royan, érigé depuis deux ans en simili-multiplex Pathe-like bref une usine familiale qui sent beaucoup trop le popcorn. A cet horaire, le quatrième volet de la saga Pixar n’était pas seul à faire salle comble : Le roi lion, Dora et C’est quoi cette mamie, aussi. On pouvait s’en aller la queue entre les jambes, nous sommes restés – Energie tranquille du mois d’août aidant, même dans la lose la plus totale – et nous sommes rabattus sur ce qui restait : Comme des bêtes 2 au détriment de Playmobil, le film. Voilà pour la genèse. C’était simplement pour dire qu’on n’avait pas vraiment choisi : Un médiocre lien mkv au retour de vacances nous aurait amplement suffit.

     Au final, ça vaut quoi, Comme des bêtes 2, cette suite du sympathique autant qu’il est dispensable Comme des bêtes ? Difficile de le sauver autrement qu’en disant « Mon fils de sept ans riait de bon cœur à mes côtés » ou « c’est du cinéma fast-food, assumé, conscient de sa médiocrité et de (la médiocrité de) sa cible ». Autant le premier dynamitait rapidement son argument vente en faisant sortir les animaux domestiques dans un terrain de jeu plein de surprises : New York. Un peu façon Toy Story mais en (mille fois) moins bien, inventif, jubilatoire, tout ce qu’on voudra. Autant ici, difficile d’y détecter une once d’originalité tant tout, du simple petit rebondissement, à l’intrigue globale, en passant par les vannes et les références disséminées, sent le réchauffé. En fait, c’est simple, il suffit de voir l’équipe choisie pour les voix de la version française pour situer l’ambiance et la qualité du film : La bande à Fifi. Ils ont l’air sympathiques, je dis pas, mais depuis Babysitting, hilarant, dynamique et malin found footage dans l’air du temps, qu’ont-ils fait ? Des déclinaisons de cet humour lourdingue, un peu comme les films du Splendid après Le père noël est une ordure, en gros.

     Bon je m’égare, mais en gros, Comme des bêtes 2 reprend pile poil cet univers régressif, couplé d’allusions à tout ce qui fonctionne dans la beauf-culture (films de super-héros, clips de raps, vidéos lolcats) pour faire une déclinaison animalière et animée de Babysitting, grosso merdo. Augmenté d’une inspiration Disney (Rox & Rouky / Cars) mal digéré notamment quand Max, le frêle Jack Russell se retrouve avec ses maitres à la campagne et rencontre le valeureux berger allemand Rico qui va le transformer en lui enseignant les vertus du courage, afin de lui permettre de revenir dans la storyline centrale : Une bête histoire de gérant de cirque machiavélique qui s’en prend à un pauvre bébé tigre, méchant qui est une sorte de déclinaison pure de Scar (les loups autour de lui remplacent les hyènes) voire de Pitch, des Cinq légendes.

     Dans l’abondance de mini-saynètes beaucoup trop hystériques pour moi, la séquence de l’appartement des chats errants m’a relativement plu, les délires en cape du lapin blanc nettement moins, sans doute parce que je préfère le discret clin d’œil au grossier coup d’épaule, mais aussi parce que je suis moins Superman (Balancer le thème du film, en 2019, c’est chaud franchement) que Gremlins, et que cette petite vieille, quelque part, me rappelle un peu Mme Deagle. Le film préférant la saynète (l’esprit vidéos de zapping et autres bêtisiers) au récit, on fait pareil et on essaie de trouver des embryons de satisfactions esseulées ici et là. Ça passe, avec une énorme indulgence.

Didier – Alain Chabat – 1997

Copie de 02. Didier - Alain Chabat - 1997Un grand Miam.

   7.0   Beaucoup vu à l’époque. Et ça me fait toujours plaisir de le revoir aujourd’hui. C’est le prolongement de l’humour des Nuls, qui sera à son apogée cinq ans plus tard dans Mission Cléopâtre. Mais je crois que je le préfère à Mission Cléopâtre in fine. Là on sent qu’il y a un désir pour Chabat de jouer avec son propre corps, avec Charlot et Keaton en référents, c’est plutôt jouissif, même si pas toujours fait avec une grande finesse, ne serait-ce que dans l’utilisation musicale de Ragasonik. Il rate des trucs. Mais il tente tellement.

     Et si c’était dans sa satire de l’univers footballistique que le film s’en sortait le mieux ? Ce n’est pas le Coup de tête, d’Annaud mais l’on sent du cœur à l’ouvrage dans la pluralité de ses saynètes qui s’échinent à régulièrement égratigner les coulisses du monde du ballon rond – Le milieu des agents, en particulier, puisque c’est le métier de Jean Pierre dedans, agent au sein du Sporting club de Bastia. Le match au Parc des Princes en point d’orgue sera à la fois le sommet et le décalage tant Chabat verse allégrement dans le non-sens post Nuls (Son personnage y retrouvera ses traits canins sur un baiser revenu de loin) et virevolte entre le terrain, les tribunes, les vestiaires, les commentateurs, le banc de touche, les dirigeants, les spectateurs et les supporters, avec une dynamique endiablée dans le montage absolument réjouissante.

     Avant cela c’est du corps d’Alain Chabat dont il est évidemment question. Et c’est très probablement Didier qui lui aura permis d’aller si loin, de se ridiculiser et/ou de se donner allègrement en spectacle. Je pense qu’il y a d’abord de cela chez Chabat, dans chaque projet, c’est le dénominateur commun : Jouer les trublions chaque fois dans un nouveau personnage / corps / costume avant de brosser un récit autour, ici raconter une page de l’âge de pierre, là les démêlées gaulo-romano-égyptiennes, d’investir la magie des fêtes ou le monde du football. C’est jouer un primate guérissologue, Jules César, le père-noël ou un chien. Le plaisir de Chabat, acteur et créateur, se loge dans cet espace enfantin-là. Anthony Marciano l’a compris en le faisant jouer dans Les gamins, aux côtés de Max Boublil, le rôle d’un quinquagénaire en pleine crise de régression adolescente.

     Et pourtant, malgré les apparences de films égocentrés voire de petit caprices régressifs, il y a toujours de la place pour les autres personnages, c’est ce qui s’avère être le plus beau chez Chabat, en fin de compte. Il suffit de se rappeler le nombre de personnages et à fortiori de célébrités qui nourrissent Mission Cléopâtre, c’est un vivier hallucinant. Il a beau incarner César, en temps d’apparition à l’écran il est loin d’être le premier.  Didier c’est moins évident mais c’était déjà le cas puisque Bacri, l’agent bougon et l’amoureux maladroit, est formidable ; Isabelle Gélinas est merveilleuse. Et tous les seconds rôles, entre Soualem, Abelanski, Lauby, Balasko, Dieudonné, ont chacun leurs instants de grâce. Sans parler de la vanne autour du nom Hazanavicius, que Jean-Pierre improvise et donne à Didier, enfin Didje. Les deux Hazanavicius, Serge et Michel, sont aussi de la partie, l’un est joueur, l’autre consultant. Il y a toujours mille choses à voir dans les films de Chabat. C’est cette générosité qui fait plaisir à voir et à revoir.

Nombreuses répliques font partie de mon langage courant :

« Bon il est où ce con de chien là maintenant ? »
« Pourquoi vous grattez ? »
« J’adore ses costars à Richard »
« Mettez une jambe, une gambas… »
« Qu’est-ce qu’elle fait dans la vie, à part nichons ? »
« C’est aujourd’hui où tout le monde a décidé de me faire chier »
« L’arrêt du cul. Net. Sans bavure »
« Inoffensif, faut pas trop me chercher quand même »
« Ah ça me fait des bonnes journées avec toi »
« Houla, ça chicore la chicorette »
« Je sais pas chez toi, mais chez nous on a un sacré paquet de connards »

Evidemment hors contexte c’est moins évident.

Et il y en a tant d’autres.

Urgences (ER) – Saison 9 – NBC – 2003

11. Urgences - ER - Saison 9 - NBC - 2003“With a Little Help from My Friends”

   8.5   Avec ou sans Mark, c’est toujours aussi génial. Pas le temps de faire notre deuil, la saison s’ouvre dans le chaos, puisque les urgences sont évacuées la faute à une probabilité de cas de variole pendant que certains sont en quarantaine dans l’hôpital, comme Chen, Pratt (dont le rôle va devenir principal durant cette saison, notamment parce qu’on le suit jusque chez lui, quand il doit aider son frère qu’il prend en charge), Abby ou Carter. La relation entre ces deux personnages sera au centre de cette salve d’épisodes. Pourtant, dans cette ouverture pas comme les autres, c’est un autre tremblement qui nous surprend : Lors d’une évacuation par hélicoptère, Romano, maladroit, se retrouve le bras sectionné par l’hélice de l’engin. Fallait au moins ça pour nous faire provisoirement oublier l’absence de Marc. Le cas Romano évolue donc, puisqu’il passe de « personnage qu’on adore détester » à celui, bouleversant, de chirurgien terrifié à l’idée de ne plus jamais opérer. Il devient l’une des deux pierres angulaires de cette saison. L’autre, c’est bien entendu Abby, personnage devenu aussi central qu’un Mark, en fin de compte : Ses espoirs et déboires sentimentaux avec John, ses problèmes avec sa mère, puis bientôt son drogué de frère.

     Au rayon des originalités formelles, deux épisodes suivent une étrange chronologie. Hindsight, le 9.10 choisit d’inverser la linéarité, propose de suivre la fin au début, jusqu’au début à la fin, afin de comprendre les évènements qui mènent à l’ouverture de l’épisode. Comme Irréversible, en gros. Mais ça ne fonctionne pas du tout, c’est du gadget, c’est sans queue ni tête en plus d’être infect à regarder. Au contraire, When night meets day, le 9.21 (qui est aussi le 200e épisode de la série) réussit pleinement sa narration originale, en alternant des scènes se déroulant à deux moments d’une même journée, de jour et de nuit, notamment en suivant Pratt et Carter (avant leurs éventuels départ dans un autre hôpital pour l’un, au Congo en mission humanitaire pour l’autre) soigner les mêmes patients durant leur garde respective. Ça donne la sensation de vivre une double garde, vingt-quatre heures au sein des Urgences. C’est très fort. Bref c’est une immense saison une fois de plus, qui se ferme en Afrique, pour un épisode incroyable tournée dans une ONG. Avec tout ça, on avait presque oublié Mark. Presque. Car rien ne sera jamais plus pareil, maintenant.

Doubles vies – Olivier Assayas – 2019

19. Doubles vies - Olivier Assayas - 2019Les destinées littéraires.

    5.0   Qu’importe le genre, l’idée, le monde qu’il s’échine à peindre, il y a une musicalité dans le cinéma d’Assayas qui me parle systématiquement, même dans ses films les plus ratés et/ou ennuyeux. Ici c’est le cas, le film est trop bavard, trop étiré dans le vide : je me fiche de tout ce qui tourne autour du milieu de l’édition (des discussions sur la place de l’e-book, l’autofiction, la post-vérité), des rapports entre l’écrivain et son éditeur, pire des rapports croisés de l’un avec la femme de l’autre, mais il y a un certain débit dans le vaudeville qui me séduit, une interprétation qui se répond bien alors que sur le papier Binoche/Canet/Macaigne j’y croyais pas du tout.

     Et surtout Doubles vies m’a ému grâce au personnage de Nora Hamzawi, notamment la toute fin. Bref le film je l’aurais vite oublié (comme j’avais très vite oublié Fin août, début septembre (1998) mais il me faudrait le revoir) mais c’est loin, très loin d’être la purge qu’on me vendait. Il y a de gros moments de gêne, c’est vrai – la scène où l’on parle de Juliette Binoche, entre autre – mais le film reste relativement bienveillant avec chacun de ses personnages et sur une note homogène ce qui l’éloigne fort heureusement de cet autre film mondain récent, aussi avec Binoche, qu’était Un beau soleil intérieur.

Les invisibles – Louis-Julien Petit – 2019

20. Les invisibles - Louis-Julien Petit - 2019Les femmes de la rue.

   4.0   Autant j’avais été séduit par Discount, le précédent film de Louis-Julien Petit – avec une troupe d’acteurs similaires d’ailleurs – car malgré sa facture de feel good movie banal le film faisait exister ses personnages. Là c’est le contraire, je trouve que tout est raté. Les personnages semblent sortir d’un catalogue. Ou plutôt ils ne sont pas si différents du précédent film, mais nettement plus stéréotypés ou mal incarnés, au choix. En effet, on a l’impression que nos employés de supermarché discount sont arrivés dans ce centre d’accueil pour femmes sans abri. Il faut d’ailleurs dire que le film choisi de mélanger des comédiennes professionnelles (Lamy, Masiero, Lvovsky, Lukumuena) avec des femmes ayant vécu dans ces centres d’accueil. Et ça ne fonctionne pas. D’autant que je vois le syndrome Polisse en permanence : Il faut de la vignette. Un peu de cynisme mais pas trop, un peu de virulence mais pas trop. Une scène touchante est systématiquement compensée par une scène truculente afin de passer du rire aux larmes et vice-versa. Et surtout, le plus désagréable là-dedans c’est l’obsession pour la petite vanne, qui fait rire les autres personnages (pour nous dire de rire aussi) ça n’arrête pas, c’est pénible. Bref, On n’a pas forcément envie d’en dire du mal, car il y a une envie d’éclairer les invisibles du monde, avec un regard chaleureux, mais le film en lui-même n’est vraiment pas terrible.

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