La blessure – Nicolas Klotz – 2005

01. La blessure - Nicolas Klotz - 2005La cicatrice intérieure…
…vers le sourire enfoui.

     9.0   C’est un film de fiction nourri par le réel : celui de l’immigration africaine en France. Il n’y a pas de récit (au sens de trame narrative) sinon celui de la fuite en avant, des bribes de vie captées dans l’exil permanent, d’un pays, d’une salle de rétention, d’un squat, d’une violence, d’une peur, d’une souffrance.

     A propos, le titre (du film) arbore une double signification. C’est une blessure fictionnelle, qui intervient en rebondissement dans le récit, lors de la fermeture des portes d’un bus, avant d’investir le plan jusqu’au bout : On voit la souffrance qu’elle engendre, les soins qu’elle requiert, la démarche hoquetante qu’elle impose. Mais c’est aussi une blessure documentaire, plus universelle, la conséquence d’une demande d’asile, le prix pour entrer sur un territoire, d’être intrus dans un nouveau monde qui rejette. Dans chaque cas, cette blessure devient cicatrice.

     Klotz plonge (plutôt, reconstitue) crûment dans ces lieux, ces zones d’attente de non-droit, ces petites pièces d’aéroport, ces bus, puis ces squats, après la libération. Il y filme des visages, des corps, intrus mais bien réels, perdus mais bien vivants. Et il capte la parole qui y circule, les monologues refoulés lors de grandes confidences. Celle de ceux qui ont quitté leur terre et leur famille, qui n’ont plus de repère que le macabre présent qui s’ouvre devant eux. Plus macabre parfois que la misère et le chaos qu’ils fuyaient au préalable.

     Plus troublant, le film s’intéresse aussi aux visages, aux voix de ceux qui rejettent ces corps étrangers. Et par leurs silences et regards neutres, pose la question de leur rapport à leur métier et à chaque situation, juridique et physique, qu’ils sont amenés à rencontrer. Observer cette mission consistant à brutaliser en toute neutralité ; à faire de ces bourreaux des types lambdas, à qui on a simplement demandés d’effectuer une tâche, ingrate, mécanique, sans y songer, en échange d’un salaire. Une machine abstraite, fascisante à broyer le réel et l’humain.

     Nicolas Klotz & Elizabeth Perceval ont effectué un colossal travail en amont, en rencontrant de nombreux demandeurs d’asile, les questionnant sur leur histoire puis sur leurs conditions d’accueil. Mais aussi des directeurs d’organisations, des militants associatifs, un agent du ministère des affaires étrangères ayant été renvoyé pour avoir fait un rapport faisant état de violences exercées à l’encontre d’un groupe d’Africains. 

     C’est un film aussi très minimaliste. Aussi bien dans ses mouvements de caméras – puisqu’il s’agit très souvent de longs plans fixes – que ses couleurs, ses décors et la figuration utilisés : Il n’y a pas de personnages ici, il y a des visages, des corps et des voix. Et des rémanences d’un chaos d’une vie antérieure provoquées par le chaos du présent. C’est un film sombre, plongé dans l’obscurité. Sa lumière ce sont ces visages, ces corps, ces voix. Car le film est souvent ponctué de longs soliloques de récits de désolation.

     Joy Division revient par deux fois. Il semble catalyser un combat, un retour à la vie. Une forme de désespoir qui se mue en traces d’espoir, fulgurantes, organiques. L’arrivée d’Atmosphère (morceau qui m’est cher) accompagnant une déambulation souriante dans les rues de Paris, après avoir couvert, en plan fixe figé sur les visages des deux personnages, Blandine et son mari, de nombreuses stations de métro, est sans aucun doute ce que le film capte de plus intense.

6 jours, 7 nuits (Six days seven nights) – Ivan Reitman – 1998

Harrison Ford, Anne HecheLes naufragés de l’île de Makatea.

   6.5   J’adore ce film. Dans la screwball comedy l’essentiel c’est le rythme, le décor et les deux comédiens principaux. Reitman, qui est loin d’être un bon cinéaste, s’en tire ici très bien, son film ne faiblit jamais et il est très beau. Son duo, qui semble s’amuser autant que nous, fait le reste : Anne Heche (que j’ai toujours trouvé ultra excitante là-dedans) et Harisson Ford n’ont rien à envier à, j’en cite trois parmi d’autres : Deneuve & Montand, dans Le sauvage ; Hepburn & Bogart, dans African queen ; Hepburn & Grant, dans L’impossible monsieur Bébé. J’exagère évidemment, la qualité est plutôt celle du Zemeckis de A la poursuite du diamant vert, que celle de Rappeneau, Huston ou Hawks, car tout n’est pas génial, on pourra par exemple regretter qu’il revienne régulièrement s’intéresser au mari, ou trouver que le film va trop loin, notamment dans sa partie pirates. Mais il assume son excessivité d’emblée (le crash sous Xanax, fabuleux) donc tout va bien. C’est un super film d’aventures, doublé d’une super romcom en forme de robinsonnade.

Underwater – William Eubank – 2020

02. Underwater - William Eubank - 2020Ô ! Peine water.

   4.0   Film d’horreur aux confins des eaux profondes, Underwater ressemble à tous ces produits formatés émanant de studios qui les confient à des réalisateurs aussi talentueux qu’ils sont libres, en gros. Ça voudrait faire le trait d’union entre les différents niveaux de Gravity & les couloirs tentaculaires d’Alien, en passant par le climat d’Abyss & la mécanique de The descent, mais rien ne fonctionne vraiment, rien n’interpelle, rien n’émeut, rien n’effraie, rien ne surprend.

     D’une part, il y a un groupe, mais il n’existe pas, ça manque clairement de personnages charismatiques : Le comparatif avec le film de Ridley Scott fait d’autant plus mal. D’autre part, il y a un gros problème de lisibilité, aussi bien dans sa gestion du suspense que lors des différentes mises à mort, qui semblent si peu travaillées et beaucoup trop programmatiques, avec cette écriture sans cesse prévisible, petits sacrifices compris à l’appui. Difficile aussi d’avoir ne serait-ce qu’une petite sensation des lieux, tant la spatialisation est confuse. On rêve de s’immiscer dans ces plateformes, de les arpenter, mais hormis le fait qu’elles nous soient présentées en une phrase, une profondeur, elles se ressemblent toutes.

     Reste Kristen Stewart. J’aime beaucoup Kristen Stewart (chez Assayas, notamment) mais là je ne comprends pas trop ce choix : Il est évidemment question de convoquer Sigourney Weaver, ça clignote à fond (Elle passe une bonne partie du film en sous-vêtements, c’est dire) mais le film en fait sa version asexuée, robotique, en somme elle convoque davantage Ash que Ripley. C’est très bizarre. Et frustrant. Et pourtant, malgré tout ça, le visionnage n’est pas si désagréable. Mystère.

Landru – Claude Chabrol – 1963

08. Landru - Claude Chabrol - 1963La barbe !

   2.0   Insupportablement mou et désincarné. Certes Charles Denner fait tout ce qu’il peut pour se donner des airs de séducteur invétéré, de menteur émérite, mimétisant Landru jusqu’au grotesque. Mais ce n’est même pas ce qui s’avère le plus désagréable ici : Incroyable de constater combien chaque personnage féminin est inexistant, robotisé, offert à des actrices superbes qui n’ont strictement rien à défendre. Quant à la reconstitution du temps de la première guerre mondiale elle est indigente, on n’y croit pas une seule seconde, et ce n’est pas en balançant quelques vidéos d’archives à intervalles réguliers que le film y gagne. C’est du téléfilm, du mauvais téléfilm. Pire encore, je suis très gêné à l’idée que le film nous prive des actes, des meurtres, nous obligeant ainsi à voir l’attachant séducteur mais jamais vraiment le dangereux psychopathe. Décidemment, hormis à quelques très belles exceptions près, Chacha et moi c’est pas ça.

Mon oncle – Jacques Tati – 1958

04. Mon oncle - Jacques Tati - 1958Les deux mondes.

   8.0   Monsieur Hulot nous revient, loin des stations balnéaires (Les vacances de Monsieur Hulot) ou des villages de province (Jour de fête) dans un drôle d’environnement au sein duquel deux mondes se côtoient : Celui du vieux Saint-Maur des fossés, qui tend à disparaître, marteaux piqueurs et chantiers divers à l’appui, ainsi que son petit marché local, ses vieilles habitations et terrains vagues alentour, où les gosses s’amusent ; et celui d’un pavillon dernier cri, dans une résidence banlieusarde, qui respire la monotonie robotisée, le luxe du contrôle à distance, le gavage technologique. Truffaut disait à propos de Mon oncle « C’est la vie comme on vivait il y a vingt ans face à celle qu’on vivra dans vingt ans ». Monsieur Hulot sera le personnage qui servira de trait d’union malade entre ces deux vies, ces deux mondes. Il faudrait que je revoie Playtime pour en être certain, mais c’est probablement, définitivement, mon Tati préféré.

Le dernier train de Gun Hill (Last train from Gun Hill) – John Sturges – 1960

06. Le dernier train de Gun Hill - Last train from Gun Hill - John Sturges - 196021h00 pour Pawnee.

   8.0   Matt Morgan, shérif de la petite localité de Pawnee, se jure de retrouver les deux violeurs de sa jeune épouse indienne qui vient d’être retrouvée morte. Il découvre que l’un d’entre eux est le fils de son vieil ami Craig Belden, dorénavant grand propriétaire et maître d’une petite ville voisine, Gun Hill.

     Avant de réaliser les deux gros classiques toujours très solides que sont Les sept mercenaires (1961) et La grande évasion (1963), Sturges livrait cette merveille de western « confiné » soit un magnifique affrontement entre deux icones que sont Kirk Douglas & Anthony Quinn, incarnant deux vieux amis (que la vie a éloigné) sur le point de se recroiser dans un duel aussi tragique qu’imparable.

     On pense beaucoup au Train sifflera trois fois, de Zinneman ou au 3h10 pour Yuma, de Delmer Daves, puisqu’il y a là aussi un facteur temps amorcé par le passage imminent d’un train. Néanmoins, cette gestion est relativement évacuée par Sturges qui lui préfère la montée crescendo d’une quête de justice (appuyée par une cicatrice et une selle de cheval) avant la retrouvaille qui vire à une opposition inévitable.

     Sturges parvient surtout à faire magnifiquement exister la ville de Gun Hill, lui offrant une belle galerie de personnage et un cadre parfait. Les décors sont très réussis. Les dialogues sont percutants. Sa mise en scène, sans génie toutefois, s’avère d’une efficacité exemplaire. Bref c’est un très beau western.

Eva en août (La virgen de agosto) – Jonás Trueba – 2020

03. Eva en août - La virgen de agosto - Jonás Trueba - 2020Les lumières de sa ville.

   9.5   Depuis quand n’avais-je pas été à ce point ému, surpris et transporté par un film au cinéma ? Une éternité, apparemment.

     Eva en août est une magnifique relecture madrilène et inversée du Rayon vert, de Rohmer : Quand Delphine, qui souhaite quitter Paris pour l’été, se retrouve sans lieu de vacances, et voyage au gré de ce que ses rencontres lui proposent, Eva, ici, choisit sa propre ville afin de l’arpenter en touriste, déterminée à écouter ses envies, ressentir pleinement son authenticité, se réécrire.

     Lorsque le film s’ouvre, Eva est une page blanche. Dans un carton de présentation, tout juste on nous apprend qu’elle choisit de rester à Madrid pour les vacances, quand tous les madrilènes, par habitude, fuient les lieux. C’est un acte de foi : Se recentrer en choisissant de rester plutôt que de partir. Rester, mais rester autrement. En excursion dans son propre environnement.

     D’emblée, Eva visite un appartement qu’un ami lui prête pour le mois. Bientôt, elle demande refuge à une amie, lorsqu’elle se retrouve à la porte de son immeuble en pleine nuit, le premier soir. Elle n’a plus de chez elle. Elle choisit Madrid mais ce n’est plus son Madrid. C’est celui d’un univers parallèle.

     On apprendra par ailleurs peu sur elle, hormis au moyen de quelques bribes, notamment des retrouvailles et quelques dialogues, qui la rattachent au passé. On sait qu’elle est comédienne. On sait bientôt aussi qu’elle sort d’une rupture douloureuse. Mais la page blanche, systématiquement l’emporte, à l’image de ce journal, qu’elle tient, mais dont nous n’aurons jamais vraiment accès. Et c’est aussi dans ses rencontres que la page blanche se nourrit : Ses connaissances apparaissent puis disparaissent ; ses rencontres avec des inconnu(e)s restent.

     Vers la moitié du film, Eva est plongée dans l’eau contre son gré mais semble vite s’y accommoder, accepte cette plongée inopinée comme un baptême et une possibilité parmi l’infinité de possibilités qui s’ouvrent devant elle. C’est aussi cela Eva en août : La quête d’une osmose entre la solitude et l’ouverture à l’imprévu, aux autres, au monde.

     Itsaso Arana incarne Eva, mais pas seulement : Elle coécrit le film avec Jonas Trueba, son réalisateur. C’est elle qui porte tout le film. Qui fait vivre chaque plan, au gré des aventures de son personnage, de ses rencontres ou de ses retrouvailles.

     Pourtant, le film semble aussi faire le portrait plus universel d’une génération de trentenaires en pleine crise existentielle, questionnant en permanence leurs choix passés et à venir, leurs doutes et leurs regrets, qu’ils soient parents ou non.  

     C’est aussi un portrait de Madrid au mois d’août. Mais loin d’être celui d’une carte postale, plutôt celui qui capte sa respiration abstraite, qui s’attache aux trajectoires inattendues ainsi qu’aux petites choses quotidiennes que le cinéma trop souvent oublie.

     Le film est construit à la manière des meilleurs Rohmer, ceux qu’il réalisât durant les années 80 : Chapitrés par journée. Mais il est aussi jalonné par les fêtes populaires rituelles : San Cayetano, San Lorenzo, La fête de la vierge Paloma.

     « La vierge d’août » annonce le titre original. Car se retrouver c’est aussi retrouver sa virginité. D’ailleurs le film n’ira pas plus loin que le quinze août, jour de l’Assomption. Mais religion de côté, en philosophie existentialiste, l’assomption c’est surtout « l’acceptation lucide de ce que l’on est, de ce que l’on désire, etc ; acte de la liberté en tant qu’elle assume lucidement la nécessité, la finitude, etc ». C’est le leitmotiv d’Eva : Devenir une vraie personne. Autrement dit, faire corps avec ses propres désirs.

     C’est une déambulation touchée par la grâce, que je pourrais revoir/revivre sans problème tous les ans. J’en attendais beaucoup, on me l’avait tant conseillé. Mais c’est encore mieux que ce que j’en attendais. C’était aussi pile le moment pour moi de voir ça, assurément.

L’étrange incident (The ox-bow incident) – William A. Wellman – 1943

11. L'étrange incident - The ox-bow incident - William A. Wellman - 1943De l’impuissance de la justice sur le comportement de la foule.

   9.0   Il est rare d’avoir la certitude d’assister à un chef d’œuvre essentiel, une telle évidence de chaque instant.

     Jusqu’alors, Wellman m’avait séduit avec Convoi de femmes, nettement moins avec Love is a racket. Cette troisième rencontre est une déflagration. Je le glisse grosso modo dans le même panier que Fury, le meilleur film de Fritz Lang.

     Pour faire vite, L’étrange incident se déroule en 1885, dans un village du Nevada. Quelques hommes font escale dans un saloon, boivent, dissertent sur la présence d’un tableau dressé devant eux, puis se bagarrent. Mais alors qu’ils sont sur le point de repartir, une rumeur se propage : un homme annonce qu’un fermier du coin a été assassiné par des voleurs de bétail. L’absence du shérif aidant, le meilleur ami du fermier, épaulé par un commandant sudiste et un shérif adjoint, vont former une milice, suivie de l’hystérie collective, afin de retrouver ceux qu’ils ont d’ores et déjà jugé coupable : Trois étrangers de passage, bientôt traqués dans le seul but d’être pendus, dans un tribunal intraitable, improvisé sur une colline.

     Avant d’être un superbe plaidoyer contre le lynchage, L’étrange incident en impose sur deux points essentiels. D’abord sa courte durée (1h15 montre en main) qui en fait un objet condensé, d’une sécheresse oppressante, d’une efficacité redoutable. Ensuite sa photo, sidérante, qui s’accapare brillamment le peu de lieux et de visages qui traversent le film. En résulte une richesse de fond et une épure de forme, d’une symbiose admirable.

     Et il y a Fonda. Qui pourrait camper une sorte de personnage prequel de celui qu’il arborera quinze ans plus tard, dans Douze hommes en colère, de Sidney Lumet. Oui sauf qu’ici il n’influe sur rien. Il tente d’émettre ses doutes, de faire le pas du juste côté des « jurés », de lire une lettre cinglante, mais il est in fine plus lâche que téméraire, spectateur passif d’une injustice trop puissante. Il est donc, comme à son habitude, magnifique.

Tenet – Christopher Nolan – 2020

05. Tenet - Christopher Nolan - 2020Be hard rewind.

   6.5   D’habitude j’aime beaucoup écrire sur le cinéma de Nolan. Mais Tenet ne m’inspire pas. Sans doute parce qu’il se prête moins au voyage et à l’analyse de ce voyage qu’à celle d’une fonction mathématique. Je ressens sensiblement la même chose avec le premier Matrix. Il faut le digérer, car thématiquement et visuellement y a plein de choses intéressantes, mais passé ce cap, il ne reste pas grand-chose. Sinon un déroulement suffisamment, ou en apparence, tortueux, tout du moins curieux, pour qu’on prenne plaisir à repenser au film ou à l’évoquer durant une conversation. Sensation étrange qui doit bien révéler quelque chose d’autre.

     Et pourtant c’est tout sauf un film béant et désordonné. C’est un pur film de matheux. Pas celui d’un matheux chiant, calculateur et poseur, mais plutôt celui d’un passionné, qui veut épater sa galerie tout en s’éclatant très sincèrement avec son jouet. Un peu comme un magicien. On en revient au Prestige, en somme. Bon là c’est le carré Sator et ses cinq inscriptions latines, que l’on retrouvera ponctuellement dans le film, qu’elles s’incarnent dans un lieu, un personnage, une société, un peintre ou le titre du film lui-même. Pourquoi pas. De mon côté, je préfère quand Nolan s’extirpe de cette froideur théorique et rigoureuse, pour m’embarquer au-delà, dans une dimension plus sensorielle, comme dans Inception ou Interstellar.

     Ces deux films me surprennent sans cesse. Je n’anticipe rien, j’aime cette capacité qu’ils ont de générer de la croyance. Ici c’est le contraire, le film ne sort pas suffisamment des rails pour être un pur objet de fascination et quand il le fait, on regrette qu’il n’ait pas joué la carte d’un Fury road, par exemple : En effet, j’ai été assez déçu que Tenet ne soit pas un pur palindrome, qu’il ne revienne pas à cette scène introductive de l’opéra ; Que la fin du film ne soit pas aussi intense et ludique que la double étrange scène de l’aéroport. Certes, la grande bataille finale se déroule dans la même temporalité que l’introduction, mais elle est aussi abrutissante qu’interminable.

     Mais il y a d’autres problèmes majeurs : Le premier, le plus évident, c’est que ce film-là, son Mission : Impossible ou son épisode de James Bond, en gros, Nolan l’a déjà fait et en mieux, c’était Inception. Le second problème vient d’une réplique, celle clamée en début de film par le personnage incarné par Clémence Poésy « Ne cherchez pas à comprendre. Ressentez ! » qui est une belle promesse d’évasion proposée au spectateur, tandis que le film ne va faire que prouver le contraire, tenter de nous accrocher par son récit et non par son voyage. L’autre souci c’est que si les acteurs sont tous très bons, leurs personnages manquent d’une vraie épaisseur, contrairement aux deux films suscités. Et pour finir, disons simplement que ce film existe déjà en mieux, c’est Terminator. Et une chose est sûre, Nolan n’est pas Cameron.

     Néanmoins, j’y suis retourné. Pas d’emblée comme j’avais pu déjà le faire avec Nolan, pour profiter à nouveau du voyage, mais ici avec l’espoir que je plonge justement dans le plaisir du grand–huit et non à me creuser la tête pour…pas grand-chose, il faut bien l’avouer. Et c’était plutôt agréable de le revoir, même si ça manque clairement d’émotion à mon goût, de personnages et d’une ambiance musicale. Alors voilà c’est un film à voir, même à revoir, avec de l’aspirine sur soi, mais ce n’est pas un très bon Nolan non plus.

Terreur sur le Britannic (Juggernaut) – Richard Lester – 1975

01. Terreur sur le Britannic - Juggernaut - Richard Lester - 1975Duel dans l’Atlantique.

   7.0   Un film catastrophe (tourné dans les années 70) avec une affaire de poseur de bombes sur un paquebot au beau milieu de l’Atlantique. J’en rêvais de ce film, qui de loin m’évoquait L’aventure du Poséidon, de Ronald Neame ou Rollercoaster, de Jerry Goldstone, deux de mes films-doudou. D’autant qu’à l’instar du premier cité, là aussi le casting en impose : Omar Sharif, Ian Holm, Shirley Knight, Anthony Hopkins mais surtout Richard Harris (que j’adore depuis gamin, grâce à Cassandra crossing ou Orca) et David Hemmings (Blow Up, évidemment).

     Juggernaut (titre original, qui n’est autre que le nom d’emprunt choisit par le terroriste), le film de Richard Lester ne brille pas forcément par sa solidité scénaristique, puisqu’il s’accomplit de façon très mécanique, méthodique et parfois un peu prévisible, mais bien dans sa propension à vouloir insuffler de la crédibilité au sein du thriller, à injecter du réel dans la fiction. Si on a tant le sentiment de nous trouver sur ce bateau, c’est en grande partie parce que le film est majoritairement tourné en mer. Et même si ce n’est pas entièrement le cas, à l’image de l’arrivée parachutée de l’équipe de déminage en pleine tempête, c’est tellement bien fait, rythmé, monté, que ça fonctionne, on y croit – Judicieuse alternance de plans larges et plans serrés, qu’on retrouve dans un schéma plus exigu et clos lors des longues scènes de déminage minutieux.

     Et ça se joue aussi au niveau de la figuration, du mouvement, de la vie qui se crée dans le cadre, qui va parfois au-delà du récit lui-même. Il se passe tout le temps plein de choses, sans que ce soit forcément utile scénaristiquement parlant. Ça me parle beaucoup, ça. On ressent l’héritage du free cinéma anglais, il me semble, tant le film baigne dans le néo-réalisme, parfois à la limite du faux reportage, ainsi que dans la critique sociale : La prolétaires oubliés en bas, le gaspillage bourgeois en haut. Tout en racontant et notamment par son dernier tiers (avec ses rebondissements et son duel à distance) l’Angleterre en crise des années 70. Tout en ayant la particularité de s’aligner sur un pitch de Série B. C’est sa grande originalité. A la fois proche du film catastrophe typique. Et à la fois complètement à rebours tant il est anti-spectaculaire en permanence.

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