Phantasm – Don Coscarelli – 1979

02. Phantasm - Don Coscarelli - 1979Le garçon qui en savait trop.

   4.5   J’aurais adoré passer outre la dimension kitchissime du film accentuée par un imposant manque de moyens, vraiment, car je vois toutes les bonnes volontés, je vois que ce qui intéresse Don Oscarelli (qui n’est connu que pour cette série de films, apparemment : Il en a réalisé quatre, que valent les volets suivants ?) c’est de faire un film d’ambiance, pas si éloigné de Bava, De Palma ou Carpenter (Le thème musical, surutilisé, le convoque par ailleurs beaucoup trop) travaillant moins son récit (tout aussi déstructuré que le montage) que les possibilités formelles. En résulte un film très bizarre en effet, raté, cheap mais touchant – Et quand on sait que l’auteur s’est isolé en forêt pour l’écrire, on comprend d’autant plus son caractère onirique : avec notamment toutes ces déambulations du jeune personnage central, qui enquête sur cet étrange croque-mort qui porte seul des cercueils autant qu’il tente de suivre son grand frère qui le fuit sans cesse. Mais bon, on reste au stade de la curiosité malade, pour moi. Pas facile de découvrir ça aujourd’hui.

Mute – Duncan Jones – 2018

03. Mute - Duncan Jones - 2018Source molle.

   2.5   Vu il y a un mois et je ne m’en souviens déjà presque plus. Je garde seulement les présences de Paul Rudd & Justin Theroux, qui sont géniaux dedans. Pour le reste ça m’a fait l’effet de Southland tales. Encore que. Au moins dans le film de Richard Kelly y avait une vraie folie, qui pouvait être soit contagieuse soit indigeste. Là y a rien. Bref on a définitivement perdu Duncan Jones, qui nous aura tout de même offert Source code et Moon.

Larguées – Eloïse Lang – 2018

24. Larguées - Eloïse Lang - 2018Sea therapy. 

   6.0   Voir Larguées dans la foulée de MILF (Les deux films sont par ailleurs sorti sur nos écrans le printemps dernier) permet de constater l’impressionnant fossé qui se creuse irrémédiablement dans le paysage de la comédie française : Tous deux tentent d’y joindre gravité et légèreté, chez Axelle Lafont parce qu’il s’agit de passer des vacances entre copines tout en se séparant d’une maison de famille, chez Eloïse Lang parce que deux sœurs partent avec leur maman tout en espérant recoller les morceaux après qu’elle ait été lourdée par son mari / leur père.  Le tout évidemment dans une ambiance estivale, chez Axelle Lafont sur la côte d’Azur, chez Eloïse Lang sur l’île de la Réunion. Et pourtant, l’un fait presque descendant des Petits mouchoirs (encore qu’il y avait de beaux personnages secondaires dans le Canet, du moins il y avait une tentative d’en créer de beaux ; on va dire qu’ils se rejoignent dans leur hystérie, leur coolitude beauf) quand l’autre pourrait être une version « mère et filles » de Lost in translation. Déjà, un club med sur l’île de la Réunion : ça n’occasionne certes pas de problème de langue, mais le sentiment que ces lieux de vacances paradisiaques sont des endroits ingrats où de jeunes mariés pimpants – running gag magnifique du couple effectuant ad nauseam des séances photos en robe et costume – croisent des maris endeuillés, des femmes abandonnées, bref des solitudes inexorables. Le film est un peu raté dans ses trente dernières minutes, puisque se focalisant sur des éléments de scénario un peu dérisoires tandis qu’il a beaucoup mieux à offrir, mais globalement c’est un beau film, hyper drôle (pas ri comme ça depuis Problemos), assez touchant et habité par de beaux personnages, centraux comme secondaires. C’est donc une comédie douce-amère réjouissante. C’est marrant car Eloise Lang avait coréalisé Connasse avec Noémie Saglio. C’était à chier. Et chacun de leurs côtés elles font des trucs chouettes.

Le retour du héros – Laurent Tirard – 2018

14. Le retour du héros - Laurent Tirard - 2018Un duo à la hauteur.

   5.0   On n’ira pas jusqu’à dire que Laurent Tirard trouve l’énergie et la classe des comédies romantiques de Hawks et Wilder, mais il y a de l’idée, les influences sont claires, pas toujours retranscrites subtilement, mais c’est toujours plus intéressant de revoir le Tirard de Molière, et non celui, paresseux, qui s’était royalement gaufré dans les deux films consacrés au Petit Nicolas ou plus récemment dans le ringard Un homme à la hauteur. La révélation du film c’est le constat que Jean Dujardin et Mélanie Laurent forment un savoureux duo. Je l’ai dit.

De vrais mensonges – Pierre Salvadori – 2010

19. De vrais mensonges - Pierre Salvadori - 2010Au pied de la lettre.

   3.5   En attendant la sortie d’En liberté ! le dernier Salvadori, avec entre autre Adèle Haenel & Pio Marmaï (Je suis super méga confiant) j’ai voulu rattraper celui-là dont on ne m’avait à juste titre pas dit grand bien : En effet, c’est vraiment pas terrible. Le vaudeville ridicule et vieillot autour duquel se développe le récit (une affaire de lettre anonyme pas si anonyme) n’a déjà pas grand intérêt, mais l’avalanche de malentendus et quiproquos qu’il déclenche non plus. Surtout, les personnages secondaires (surtout les femmes du salon de coiffure) sont nuls, tous écrits à la truelle.

Fast & Furious 8 (The fate of the furious) – F. Gary Gray – 2017

11. Fast & Furious 8 - The fate of the furious - F. Gary Gray - 2017Invincibles.

   3.5   Après avoir réalisé le volet de la honte (Tokyo drift) puis le volet de l’ennui (le 4) Justin Lin avait relancé la saga au moyen d’un savant dosage entre l’action et la vanne. Equilibre dont est dépourvu ce huitième volet, à moins que ce soit moi, l’humeur, la fatigue, tout ça. Faut déjà dire que la bouille musicale – un mix dégueulasse de Zouk et d’RnB – qui l’accompagne est une catastrophe. Dieu sait que dans cette saga on entend davantage le jukebox fun radio que les crissements de pneus, mais là on touche le fond, vraiment. Avec The fate of the furious, on est en terrain Expendables. Le film mise tout là-dessus. Les trois précédents opus en jouaient les prémisses avec les arrivées simultanées de Dwayne Johnson puis Jason Statham. Le casting badass se poursuit avec l’embauche de Charlize Theron (rien d’étonnant puisqu’elle jouait déjà dans Braquage à l’italienne du même F. Gary Gray il y a quinze ans) en mode barbie refaite, bien dégueulasse, mais aussi Kurt Russell gominé à mort, Helen Miren qui fait penser à Adjani dans Le monde est à toi. Ajoutez une actrice et un acteur de Game of thrones : Nathalie Emmanuel (Missandei) et Kristofer Hivju (Tormund). Enfin bref c’est le carnaval. A Cuba, New York puis en Russie. Un épisode faisait voler des bagnoles. Ici elles finissent sur la glace à combattre un sous-marin carjacké, nous valant la magnifique réplique Scheiderienne détournée par The Rock « Il nous faudrait un plus gros véhicule ». On rit malheureusement pas souvent, mais celle-ci est plutôt arrivée au bon moment. Bref, c’est pas John Wick. Qui mine de rien aura enterré toute cette (bas de) gamme de blockbusters burnés. Un peu comme Logan a évincé d’un coup de griffe tous les films de super héros.

You’re the worst – Saison 4 – FXX – 2017

12. You're the worst - Saison 4 - FXX - 2017Suis-moi je te fuis, fuis-moi j’arrête de te suivre.

   4.5   Série qui tourne définitivement en rond. Je suis las d’attendre quelque chose qui ne vient pas, un vrai pas de côté, une redistribution des cartes, un peu d’émotion – S’il se passe un petit quelque chose c’est au détour des trente dernières secondes d’un épisode, généralement, à l’image de ce beau split screen vers le milieu de la saison. Lors des saisons précédentes, si le couple Gretchen/Jimmy agaçait on s’en remettait à Lindsay ou à Edgar et à ces personnages secondaires qui apportaient une touche encore plus décalée à l’ensemble, qu’ils s’agissent de Paul (l’ex de Lindsay), de Becca (la sœur de Lindsay), de Vernon (le mari de Becca), de Sam. Leurs apparitions ne suffisent plus durant cette saison qui ménage plein de surprises et prépare les retrouvailles – puisque Jimmy a laissé Gretchen alors qu’il effectuait sa demande de fiançailles. On les retrouve donc trois mois après ce moment : Lui s’est pris un congé en camping dans le désert californien, tandis qu’elle s’est réfugié sur le canapé de Lindsay. C’est bien le personnage de Gretchen qui nous permet de tenir la saison entière, sa relation avec Boone et la fille de Boone, ses mensonges à son groupe de musicien, jusque dans un épisode très beau, qui la voit tenter de renouer avec son passé, dans sa campagne d’enfance, avec notamment une amie (ravi de revoir Zosia Mamet aka Shoshanna, dans Girls) qui finira par lui avouer qu’elles ne l’ont jamais été. C’est du You’re the worst : Les personnages n’ont jamais été aussi pathétiques et conscients qu’ils sont coincés dans leur bulle solitaire. Ok. Cool. Mais encore eut-il fallu trouver un crescendo, un équilibre dans la progression, au lieu de cela chaque épisode arrive en écho au précédent, quand il n’en est pas la copie conforme. L’impasse. Il reste une cinquième saison à venir, annoncée comme étant la dernière, mais je ne suis pas certain d’être de l’aventure. J’ai eu ma dose, là.

Romance – Catherine Breillat – 1999

05. Romance - Catherine Breillat - 1999

Le livre du désir.

   4.0   Au-delà de ses lourdeurs, Romance, comme les autres films de Breillat, distille une atmosphère singulière et ne ressemble à rien de ce qu’on connait. Il y a déjà un désir de filmer le sexe et de le mettre à l’intérieur d’une chronique de personnage, de filmer une émancipation, de filmer un désir d’aimer, d’être aimé, un désir de baiser. Dommage qu’il faille en passer par cette voix off omniprésente et logorrhéique, dommage que Breillat veuille à ce point jouer sur une provocation d’adolescente pour garnir le tableau. Ce n’est d’ailleurs pas tant la présence de Rocco Siffedi qui dérange, au contraire, les séquences avec lui sont assez jolies, d’autre part il ne semble pas uniquement là pour montrer son gros gourdin. C’est plutôt tous ces moments inutiles qui gênent, notamment quand on découvre que la jeune femme est institutrice et qu’on la voit faire cours à sa classe, alors que jusqu’ici on n’avait aucun repère social, disons. Je ne comprends pas bien la motivation de montrer ça, d’autant que le film ne se revendique jamais du naturalisme, sauf là et parfois ailleurs, pour dire quoi ? Qu’une instit peut avoir une émancipation sexuelle ? Merci du tuyau, Catherine. Alors dès que le film vire à l’ambiance sado-maso avec l’arrivée dans le récit de François Berléand, je trouve ça définitivement du côté de la pose, de la petite provoc de bas étage, bref de la branlette, sans mauvais jeu de mot. Reste un film à l’ambition étonnante, en marge (la réconciliation du cinéma et du sexe, peut-être ?) mais noyé sous un flux théorique franchement embarrassant.

Spider-Man 3 – Sam Raimi – 2007

20. Spider-Man 3 - Sam Raimi - 2007En rouge ou noir.

   4.5   On retiendra de cet opus les impressionnants effets spéciaux, notamment durant la séquence dans la ruelle entre Parker & Harry, mais aussi toutes celles qui touchent à l’homme des sables, sa transformation dans le silo et le combat avec Spider-Man. En revanche, niveau scénario, c’est une catastrophe. L’histoire du tueur de son oncle, par exemple, ça tombe comme un cheveu sur la soupe mais surtout ça semble exister uniquement pour faire éclore un méchant qui ne sera pas seulement l’évadé qui veut revoir sa fille ; avant qu’on nous dise finalement qu’en fait non, il a pas fait exprès de le tuer, c’est quand même un peu à cause du blondinet qui prenait la fuite – Rappelle-toi vers le milieu du premier épisode. Tout en faisant pareil avec Spider-Man et Bouffon vert jr, en mode « Finalement j’ai pas vraiment tué ton père » histoire que l’autre vienne le sauver de la mouise en temps voulu. Bref, l’écriture est infâme comme il faut et ça c’est deux trucs parmi d’autres – Je ne parle même pas du journaliste qui marche sur les plates-bandes de Parker et qui deviendra Venom, un Spider-Man en costume noir. Habile. Histoire de faire trois méchants, mais qui soient par entièrement méchants, tu me suis. Et puis c’est tout bête mais dans cet opus, Parker est insupportable de coolitude ridicule, d’égocentrisme et de stupéfaction exagérée avec ses yeux exorbités à la Elijah Wood et ses grimaces à la Mark Hamill. Il m’a trop gonflé à se la péter façon Hayden Christensen qui fait joujou avec le côté obscur. Bon, c’est quand même moins nul que dans mes souvenirs. Le calvaire que ça avait été en salle, ça. Mais depuis j’ai mis de l’eau dans mon vin. Ou j’ai vu bien pire dans le genre (Avengers, Les gardiens de la galaxie, Man of steel, Watchmen, Deadpool…) ce qui est sans doute plus probable.

Spider-Man 2 – Sam Raimi – 2004

12. Spider-Man 2 - Sam Raimi - 2004Toile ou pas toile ?

   6.0   Dans le film de super-héros, de manière générale, qu’y a-t-il de plus beau qu’un personnage se découvrant ses supers pouvoirs ? Peut-être de voir ce même personnage tenter de préserver le secret de ses pouvoirs, donc de sa nouvelle identité, par amour, par humilité, par embarras et/ou pour ne pas tout gâcher. Tout cet épisode investit ce champ à priori éculé de la comédie romantique voire de remariage (Si l’on considère que le baiser inversé du premier volet fait office de mariage) et de l’amour impossible. Si le méchant perd en épaisseur psychologique ce qu’il gagne en monstruosité tentaculaire (le bouffon vert schizo et son costume de power ranger est évincé au profit d’un savant fou habillé d’un exosquelette échappé d’une fusion entre Alien et The thing) c’est bien tout ce qui tourne autour des doutes et hésitations (Suis-je ou non un héros ou un escroc ? Ces pouvoirs sont un don ou un poids ?) de Peter Parker, plus loser que jamais, qui nous intéresse. Qu’il se balance de building en building, qu’il combatte son nouvel ennemi, qu’il se confronte à la cruauté de la vie (Il faut rappeler qu’il a perdu son oncle) ainsi qu’à ses déboires sentimentaux (ça commence à gentiment gonfler Mary Jane, ce comportement) Parker est un personnage passionnant, un héros bien plus ambigu que la moyenne des supers héros. Bon et en terme d’action, de rebondissements, d’effets spéciaux, c’est un opus parfait dans son genre, suffit de voir ou revoir cette belle scène de métro aérien.

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