Dangereuse sous tous rapports (Something wild) – Jonathan Demme – 1987

02. Dangereuse sous tous rapports - Something wild - Jonathan Demme - 1987Locos de amor.

   5.8   Je ne connais pas du tout la première période de Jonathan Demme, celle qui semble avoir essentiellement été émaillées de comédies dites dramatiques. Rien de surprenant quand on observe sa fin de carrière avec les deux beaux films que constituent Rachel se marie et Ricki & the Flash. Plus surprenant quand on se souvient que Demme est celui qui se cache derrière Philadelphia ou Le silence des agneaux.

     Tout ça pour dire que Something wild ne ressemble pas vraiment à ses deux plus gros succès. C’est une chouette comédie en deux parties. Sorte de road movie débridé d’abord, dans lequel Lulu (Mélanie Griffith, à peine sortie de Body double) une mystérieuse femme libre et sexy « enlève » dans un snack Charles (Jeff Daniels, tout juste la trentaine) un banquier marié, coincé, dans une équipée sans limites, aux rebondissements à la pelle et aux dialogues pêchus.

     Ou presque. Puisque le film, comme Lulu qui devient Audrey, alors de retour dans la ville de son enfance, se métamorphose complètement. Charles a pris goût à cette nouvelle vie mais la jeune femme semble attirer par quelque chose de nettement moins excentrique. Et tous deux feront éclater de gros secrets. Qu’on en apprenne constamment de nouvelles sur les personnages est la bonne idée du film, lui conférant une écriture riche et lui préservant son tempo soutenu.

     C’est notamment dès qu’apparaît Ray Liotta (qui campe l’ex de Lulu/Audrey) que le film effectue un virage vers le thriller. Pas ce qu’il fait de mieux même s’il faut lui reconnaître deux atouts : Une aisance dans la gestion de son suspense (Qu’il confirmera quelques années plus tard dans son film multi oscarisé) et Ray Liotta, assurément cinglé et flippant, dans chacune de ses apparitions où on ne sait jamais s’il va exploser de rire ou péter une durite.

     L’espace d’un instant j’ai pu voir comme un lien entre ce film-ci (Qu’on considère comme son premier relatif succès) et son dernier : Dans la manière que Demme a de filmer le groupe scénique – On sait qu’il est l’auteur d’un docu sur une performance live des Talking Heads. La scène pivot contient une longue séquence dansante dans laquelle il filme magnifiquement le groupe en prestation, comme il le faisait si bien dans son film avec Meryl Streep.

Les grands fonds (The deep) – Peter Yates – 1977

01. Les grands fonds - The deep - Peter Yates - 1977Le trésor du Goliath.

   6.0   La moitié du film se déroule sous l’eau, autour de l’épave d’un vieux rafiot militaire. Tant mieux, c’est ici que le film trouve ses meilleures inspirations. Peter Yates prend son temps, filme magnifiquement la faune (requins, poissons, murène) et chaque recoin de ce monstre d’acier qui menace en permanence de s’avachir dans les profondeurs.

     L’histoire est celle d’un couple de touristes en vacances, passionné de plongée. Lui arbore un buste saillant, une chevelure or et une Rolex quand elle est simplement vêtue d’un t-shirt moulant blanc et mouillé, sans soutif de maillot en dessous. Et c’est Jacqueline Bisset, si tu vois ce que je veux dire. Ils sont aux Bermudes. La détente, quoi. Sauf qu’en s’aventurant plus loin qu’ils ne le devaient, ils vont visiter une vieille épave et découvrir qu’elle renferme plus d’un secret.

     C’est d’abord de curieuses ampoules de morphine (qui abondent bientôt par milliers) qui attirent leur curiosité – Ce qui leur vaut vite d’avoir la mafia locale sur le dos. C’est ensuite l’éventualité de la présence d’un trésor, qui va les faire plonger, plonger encore, épaulés par un chasseur de trésor, mi arriviste mi passionné, campé par Robert Shaw, dont le rôle change peu de celui qu’il jouait chez Spielberg, dans Jaws, un an plus tôt.

     C’est un chouette film d’aventures, chasse au trésor saupoudrée de trafic de drogue, qui peut aussi bien rappeler Opération Tonnerre, Les aventuriers (De Robert Enrico) que Tintin. Gros problème à mes yeux : Une storyline est nettement au-dessus de l’autre. Comme attendu, les deux finissent par se confondre dans un final un peu fonctionnel, mais ça passe, notamment car les vingt dernières minutes sont parfaitement agencées, angoissantes. Et sous-marines.

     Le casting envoie du bois : Jacqueline Bisset, Nick Nolte, Robert Shaw, Eli Wallach. Et pour la petite anecdote, Les grands fonds a fait l’objet d’un remake en 2005, intitulé Bleu d’enfer (avec Jessica Alba & Paul Walker) qui troqua Les Bermudes pour les Bahamas. Dans le peu de souvenir qu’il m’en reste, ça n’avait aucun intérêt.

Daft Punk – Discovery – 2001

71bsHTr6idL__SL1500_High night.

     J’ai toujours été plus Homework que Discovery. Plus Rollin & Scratchin que One more time, si tu vois ce que je veux dire – Sans exagérer hein, j’avais onze ans et quand cette boucherie de trois fois sept minutes de Rollin & Scratchin / Rock’n roll / Burnin’ faite de pneus qui crissent, ballet de zips métalliques, beat techno bien gras et cymbales endiablées déboulaient dans la voiture familiale, je jubilais.

     J’aimais que les Daft Punk me chatouille vraiment les oreilles. J’ai toujours été un peu gêné par les phases down tempo de Discovery, type Digital Love ou Something about us, trop post disco pour moi je pense. Pourtant voilà, je réécoute beaucoup cet album depuis quelques jours et force est de constater d’une part qu’il vieillit très bien et traverse finalement mieux le temps que RAM qui mange à tous les rateliers avec son entrée très One more time et son final très Too long, ses featurings, ses relou Get Lucky / Love yourself to dance.

     De constater d’autre part qu’il est aussi plus addictif que son antécédent, Homework, donc, sublime mais disparate, qui libérait des troués folles, un tube parfait (Da Funk, imbattable) mais aussi du trop long trop vocodé (Jamais été fan d’Around the world, je le confesse), d’autre part qu’il y a une vraie cohérence d’ensemble, ce troisième album générant des bijoux électro dantesques (Aerodynamic, Crescendolls, Superhéroes, les trois morceaux vers lesquels je reviens souvent, on ne se refait pas), un tube insolent (Harder Better Faster Stronger) avant qu’il ne squate une apli Iphone, un morceau cassé en deux (Miraculeux Short circuit), une sortie idéale avec un Too long qui n’en finit plus, sans oublier ces retombées élégantes dans de pures rêveries inépuisables.

     Alors c’est sûr que ça change d’Homework. Même les morceaux les plus chevronnés de Discovery sont plus doux que les plus radiophoniques d’Homework. C’est comme si on te prenait par la main pour aller danser alors qu’on avait d’abord commencé par te balancer des bourre-pif sur la piste. J’imagine que je me suis assagi (un truc comme ça) et que je préfère dorénavant (à vérifier selon l’humeur, toutefois) les Daft Punk plus zen, généreux dans leurs compos et plus cotonneux – Si mon morceau préféré de RAM c’est Motherboard et celui de Discovery c’est Veridis quo (Pur chef d’œuvre à ranger aux côtés des inaltérables La ritournelle, de Tellier ou La femme d’argent, de Air) ce n’est pas un hasard je pense.

La jeune fille de l’eau (Lady in the water) – M. Night Shyamalan – 2006

06. La jeune fille de l'eau - Lady in the water - M. Night Shyamalan - 2006L’effet aquatique.

   5.5   Etant donné que c’est l’un des films préférés de ma femme, je persévère, j’essaie de comprendre, j’espère y être embarqué autant que ça puisse être le cas de son côté. Lors de sa sortie, il y a plus de dix ans, je n’avais pas encore réévalué le cinéma de Shyamalan. J’avais trouvé le film osé, dans sa façon de jouer plein pot la carte du conte, mais à vrai dire il avait complètement glissé sur moi. En le revoyant quelques années plus tard, il m’avait séduit par sa poésie naïve et une certaine magie (fonctionnelle, probablement) qui m’avait échappé la première fois.

     Dans ma période « replongée dans le cinéma de Shy » (J’ai revu Incassable, je vais revoir Signes et surtout découvrir Split et rattraper Le dernier maître de l’air) je tenais à réessayer La jeune fille de l’eau. Sans doute parce qu’il est celui de ses films dont je garde en souvenir les plus belles images : Notamment la géométrie de cet immeuble résidentiel (Le film ne s’en extraie jamais) qui encercle une étrange piscine renfermant un passage vers un abri, ainsi que ces immenses loups recouverts d’herbe, ainsi que la pureté un peu malaisante dégagée par Brice Dallas Howard.

     Mais je suis un peu déçu. Car hormis sa quête première (Faire que la nymphe égarée rejoigne son monde bleu avec l’aide de personnes qui doivent chacun trouver leur rôle) je trouve le film un peu prisonnier de son aspect œuvre-rébus, balourd ou simpliste dans son écriture et les interactions entre ses personnages. Je trouve aussi qu’il gère mal ses mystères et sa dimension fantastique. Il manque du hors-champ, même s’il est vrai qu’il est souvent beau dans certaines de ses compositions de plans et qu’il a cette idée de faire que le monde soit réduit à cet immeuble résidentiel.

     Je n’y vois surtout que des personnages de conte pour enfants, avec cet aspect ludique de rôle changeant (J’ai souvent l’impression de jouer loups garous et aux villageois, en gros) mais il me manque un petit plus émotionnel, que Shy va tout de même débusquer avec son héros, campé par Paul Giamatti, qui s’est attribué le rôle de gardien (Après tout c’est le concierge de l’immeuble) avant qu’il se révèle guérisseur : Personnage bouleversant, puisqu’ancien médecin ayant perdu sa femme et son fils. Sans lui, ça fait un peu court, d’autant qu’il faut être solide pour accepter le personnage critique de cinéma dessiné maladroitement (antipathique, menteur, débile) ou un gosse qui interprète les codes sur ses boites de céréales.

     Mais ça fait pourtant partie du délire Shy d’accepter cela. Et l’enfant, une fois de plus, est le vecteur central, le moteur qui mène à la résolution. Qu’on apprenne que La jeune fille de l’eau est « l’adaptation cinématographique » d’un conte imaginé par Shy himself pour ses propres enfants ne fait que renforcer cette impression que l’auteur ne cesse d’utiliser, assez humblement à mon avis, le cinéma pour faire parler l’enfant qui est en lui. Rien qu’un conte pour que les (grands) enfants/candides continuent de croire et de rêver. Noble cause, en somme. Qui me fait sans doute aimer le film davantage rétrospectivement mais qu’importe.

L’Ascension – Ludovic Bernard – 2017

07. L'Ascension - Ludovic Bernard - 2017« Ever…Est »

   6.1   J’ai beau apprécié modérément Ahmed Sylla (plus que plein d’autres humoristes français en tout cas) j’ai toujours peur qu’un film avec un humoriste finisse en simple one man show – Les exemples sont légion. Premier écueil que L’Ascension évite et brillamment. L’autre interrogation concernait la géographie. Si le personnage s’en va gravir l’Everest je voyais mal une comédie française s’aventurer au Népal pour y filmer ses petits sketchs dans la montagne. Et pourtant, c’est le gros point positif du film (La production Europa Corp a dû bien aider) on y voit beaucoup le Népal, Katmandou d’abord ainsi que de nombreux villages traversés pendant l’Ascension, jusqu’au fameux camp de base à 5364m d’altitude. Qu’importe si la suite (dans la neige) est tourné dans les Alpes, les mecs sont allés filmés au Népal jusqu’au camp de base. Et du coup ça en fait avant tout un super film d’aventures avant d’être un simple feel good movie (tiré d’une histoire vraie) maquillé en comédie familiale. On rit beaucoup déjà, c’est une chose (Notamment via un running-gag qui voit Sylla en chier sans sac alors que les porteurs sont imperturbables) et on s’y croit, on l’envie, on voudrait en chier avec lui et faire les mêmes connaissances, autant les guides et sherpas, que les groupes de nationalités qui font aussi partie de l’expédition. On y traverse des ponts suspendus, des échelles posées au-dessus d’une crevasse, on y grimpe des murs de glace. Il y a une vraie générosité dans le voyage. C’est pas Herzog évidemment, l’aspect docu est vite gagné par la vanne. C’est pas Rozier non plus, on sent qu’il faut canaliser le rythme, suivre un scénario. Mais ça fait plaisir de voir un truc aussi agréable, aussi bienveillant, aussi peu agressif. Quelque part ça me rappelle le plaisir que je peux éprouver devant Saint-Jacques la Mecque, avec Muriel Robin. J’ai d’abord l’impression que je vais détester : Là le tout le début c’est épouvantable de caractérisation binaire, de naïveté, de clichés passe-partout sur les cités. Puis je suis séduit, petit à petit. Alors qu’il y a toujours des trucs rédhibitoires, comme un montage parallèle un peu lourdingue (Un peu comme les retours présent dans Babysitting. C’est l’ère qui veut ça, il faut tout montrer) sur la vie à la Courneuve, suspendue à la radio pour avoir des nouvelles de leur téméraire protégé.  Mais on les voit de moins en moins, ces trucs rédhibitoires. Sans doute car le film se fait son propre scénario, il ne cherche pas à réécrire le livre dont il est l’adaptation : La preuve c’est que Ludovic Bernard, le réalisateur, raconte ne pas avoir lu le livre. Donc lui il choisit d’orner ça à sa manière, façon rom’com : Ahmed Sylla va grimper l’Everest par amour. Scénario prétexte, forcément, mais ça passe. Le film fonctionne, m’épate constamment. D’ailleurs, j’ai volontairement choisi ce photogramme puisqu’on y distingue personne en particulier, on capte seulement une action, ce que le film fait plus souvent qu’on ne le croit. C’est ce que j’en retiens avant tout : L’impression d’avoir voyagé avec le film et l’équipe du film, avec Ahmed Sylla au centre certes mais surtout dans l’Himalaya. Après oui, tout ce qui se passe à La Courneuve relève davantage du remplissage sentimental, mais c’est pas affreux non plus, ça peut même être rigolo au détour de quelques dialogues entre les membres de la radio. On peut dire que ce montage n’existe pas uniquement pour nous attendrir, il raconte aussi beaucoup sur Comment faire un voyage hors de prix si t’habites dans la cité des 4000. Il y a donc une radio locale, les aides financières des sponsors, le journalisme municipal, une famille qui croit en toi. C’est mignon mais pas si vain que ça. Bref, très bonne surprise.

Bastille day – James Watkins – 2016

BDay_D14_174flat.TIFCity on fire.

   3.6   James Watkins restera probablement l’homme d’un seul film, l’éprouvant Eden Lake. La dame en noir, avec Harry Potter dans le rôle titre, se regardait un dimanche soir dans un moment de paresse mais c’est tout. Bastille day est un film d’action britannique, réalisé à l’américaine, en partie sur le sol français. Ça aurait pu faire un chouette film du dimanche soir mais ça veut tellement être plus, c’est dommage.

     À la veille du 14 juillet, Zoé Naville, une jeune Française, prépare un attentat à Paris. Son objectif : créer un choc dans la société, sans tuer le moindre civil. Michael Mason, pickpocket américain, dérobe le sac à Zoé. Il en extrait ce qui l’intéresse et se débarrasse du reste dans une poubelle. L’explosion fait 4 morts. Au même moment, dans une base secrète de la CIA de la capitale française, l’agent Sean Briar, de retour de difficiles missions en Syrie et en Irak, est chargé de l’enquête mais se rend compte qu’il tient le mauvais bougre. C’est alors qu’on apprend que cet attentat a été planifié par le ministère de l’Intérieur, qui avait pour intention un transfert d’argent colossal. Commence alors une course contre la montre, où les deux hommes vont devoir faire équipe pour déjouer les plans d’une puissante organisation criminelle. (Mixture de synopsis Wikipedia/SensCritique). 

     Bastille day aurait gagné à ne pas la jouer trop sérieux. James Watkins veut embrasser trop large, au début ça passe, puis ça devient très vite un puits d’invraisemblances monstres, à commencer par la nullité des séquences avec les manifestants : FRISSONS DE LA HONTE. Alors qu’il a à sa portée deux qualités relatives : Son duo, qui finit par presque fonctionner, comme dans n’importe quel buddy-movie qui se respecte. Et la gestion de ses séquences d’action. Les courses-poursuites notamment, qui rappellent celles d’Eden Lake, surtout celle se déroulant sur les toits de Paris puis sur les marchés de Barbès, mix entre Frantic et French connection. Et puis il y a du rythme, on ne s’ennuie pas une seconde.

     Richard Madden, que les amateurs de Game of thrones auront reconnu puisqu’il incarnait Robb Stark, campe ce petit voleur là au mauvais endroit au mauvais moment. Il est un peu nul, on dirait une version écossaise de Raphaël Personnaz. Idris Elba, dont la présence ravira les fans de The Wire, joue un agent de la CIA aux méthodes peu orthodoxes. Il fait le job. Et Thierry Godard, qu’on aime tellement dans Engrenages, la joue over the top dans ce rôle over the top de flic-terroriste. Au reste du casting on aperçoit aussi Charlotte Le bon, Kelly Reilly et José Garcia. Oui, c’est à peu près n’importe quoi.

     Pour l’anecdote, à l’instar de Made in France, le film de Nicolas Boukhrief, les attentats (Ceux de Nice en l’occurrence) auront raison de sa sortie en salle. Bastille day est retiré des écrans trois jours après ses premières projections.

Ma vie avec Liberace (Behind the Candelabra) – Steven Soderbergh – 2013

04. Ma vie avec Liberace - Behind the Candelabra - Steven Soderbergh - 2013The impossible dream.

   6.0   Je vais d’abord évoquer les réserves que j’aie sur le film. Avant tout et ce n’est pas la première fois que j’en parle à propos d’un film de Soderbergh, je suis gêné par cette image, un peu trop jaune sitôt qu’on est dehors, essentiellement. C’est pas le jaune de Darius Khondji ni celui de Bruno Delbonnel, mais c’est un jaune quand même, moins pisseux qu’écarlate, il n’empêche qu’il me gêne, autant qu’il m’avait gêné dans les extérieurs de Magic Mike ou The Knick. Et comme c’est Soderbergh lui-même qui se colle à la photo de ses films/série et bien je lui en veux, deux fois plus. L’autre réserve est plus subjective : Soderbergh touchant à tout, il lui fallait bien un jour emprunter les voies du biopic. Le biopic n’est généralement pas ma tasse thé car c’est un genre trop imposant, je pense, qui s’appuie beaucoup sur un personnage et une solide interprétation mais qui du coup, oublie de mettre en scène, de dévier, de respirer. Ma vie avec Liberace n’y échappe pas : Douglas & Damon sont étincelants, cette histoire d’amour entre Scott Thorson et Liberace passionnante, et tout cela prend beaucoup de place, toute la place. Le film me semble vraiment trop figé et programmatique pour m’embarquer, émotionnellement parlant. Petits griefs qui font beaucoup, ce qui ne m’empêche pas d’avoir trouvé le film très réussi dans ce qu’il souhaite raconter : L’histoire d’une passion dévorante qui va mourir, se consumer dans un étrange pouvoir de possession/domination tant la volonté de Liberace est surtout d’être aimé par Scott afin de pouvoir le modeler à son image (L’univers cosmétique et surabondant est un donnée quasi centrale, tant par cet indigeste attirail luxueux que par l’apparition d’un génial Rob Lowe, chirurgien lifté jusqu’au ridicule qui offre des instants de pur burlesque) avant de l’abandonner, comme il avait probablement fait de même avec le précédent (Celui que Scott remplace littéralement en début de métrage) et qu’il fera aussi avec le suivant. C’est un mélodrame déguisé en rom’com de chambre. Chacun y perdra d’ailleurs sa mère, durant leurs cinq années de concubinage secret. Secret puisque Liberace refusait de montrer son homosexualité au grand public, jusqu’à publier des bouquins sur de fausses aventures avec des femmes. Le film raconte ces cinq années de leur rencontre à leur rupture. Avec un épilogue quasi Sirkien, un peu forcé à mon goût, mais peut-être est-ce justement parce que ce qui précède me touche peu. Beau film quand même, surtout pour Damon & Douglas qu’on n’a rarement (jamais ?) vu aussi concernés.

Ouvert la nuit – Edouard Baer – 2017

03. Ouvert la nuit - Edouard Baer - 2017Fermé aux anti-Bear.

   4.1   La séquence d’ouverture annonce tout le film mais de manière à moitié mensongère. On est en effet happé par la frénésie des répétitions d’une représentation théâtrale dans un croisement de personnages / métier offrant un ensemble aussi éreintant qu’informe. C’est tout le programme que le film choisit de garder à l’échelle de Paris ensuite, puisque le chef de troupe, rêveur peu scrupuleux, s’engage à trouver le singe manquant (commandé par un metteur en scène japonais bien récalcitrant) et va écumer les lieux pour y parvenir. Idée qui rendait sceptique, surtout je craignais qu’on ait tout vu dans la bande-annonce. Et c’est un peu ça, la faute à une trop forte présence d’Edouard Bear (à ce stade on peut même parler de one man show) et une quasi absence de la vie parisienne (Le film multiplie les lieux mais on ne les voit pas, on ne voit qu’Edouard Bear) contrairement à ce qu’il offrait initialement de son petit théâtre, dont il nous faisait visiter chaque loge ou couloir. Le film se pare d’ailleurs de quelque attribut séducteur : Le duo avec la stagiaire mordante ; un suis-moi je te fuis avec un dresseur ; Et surtout la visite d’un foyer dont Bear/Luigi semble être la providence. Après c’est Edouard Bear, et quand Edouard Baer fait du Edouard Bear et bien c’est pas Dany Boon, ça a beau être un peu nul autour, on s’amuse un peu malgré tout. Et puis le film dégage une certaine noirceur. Mais bon, c’est pas Go Go Tales.

Seuls – David Moreau – 2017

15. Seuls - David Moreau - 2017Seuls five (ou pas).

   4.2   David Moreau est un jeune cinéaste français imprévisible. Capable du pire avec The eye, remake d’une version éponyme hongkongaise, qu’il réalise avec Xavier Palud, comme du prometteur avec Ils (aussi réalisé avec Palud), survival à la Blair Witch débarrassé du procédé du found footage. Et surtout, David Moreau avait surpris tout le monde il y a quatre ans en écrivant et réalisant, en solo, 20 ans d’écart, rom’com attachante, avec Efira et Niney. Un tel écart de genre rend curieux. Avec Seuls, Moreau change encore de cap en adaptant la bande dessinée fantastique du même nom, dans laquelle cinq adolescents se réveillent un beau matin dans une ville désertée, façon Seuls two. C’est visuellement que le film va trouver ses meilleures inspirations, aussi bien dans le climat anxiogène que provoque cette ville morte que dans cet épais brouillard la ceinturant, qui menace de tout avaler. En opposition à cette ambiance pesante, le club des 5 est dressé sur un mode bon enfant, sorte d’échantillon Nos jours heureux ou goonies face à l’apocalypse. Si les caractères de chacun sont dessinés très succinctement, le groupe ensemble se révèle attachant, aussi bien les interactions touchantes de Dodji le petit dur pas super causant et Leila le garçon manqué, que les parenthèses soft entre Yvan le fils à papa rigolo et les deux benjamins : la timide Camille et le sensible Terry. Dommage que le film s’engourdisse complètement en libérant deux nouveaux personnages et surtout en se gaufrant dans un twist sans intérêt et une fin ni fait ni à faire.

Les malheurs de Sophie – Christophe Honoré – 2016

12. Les malheurs de Sophie - Christophe Honoré - 2016Les quatre cents conneries.

   5.0   Si je suis peu sensible au cinéma de Christophe Honoré je dois reconnaître qu’il dynamise chaque fois le matériau qu’il adapte, ici deux romans de la Comtesse de Ségur, en construisant « un film pour enfants » sans tomber dans le ringard attendu, d’une part car les gamins sont excellents, en ce sens qu’ils jouent comme sont des gamins de leur âge, mais aussi car le film brise quelques conventions, dans sa construction tout d’abord (La seconde partie arrive à poing nommé et rompt le tempo d’une première sur le point de se pantouflardiser) ainsi que dans son parti pris à priori casse–gueule de passer la quasi intégralité des séquences animalières (Sophie cumule les séquestrations / mises à mort de bestioles) en animation avec un trait aussi fin que schématique puisqu’il est l’œuvre de Benjamin Renner, celui qui s’était occupé du dessin du très beau film d’animation, Ernest et Célestine. Hors gosses, les deux personnages forts ce sont les deux « mamans » de Sophie. L’une en femme déprimée et mère dépassée est magnifique, déjà loin, déjà morte avant de mourir, en somme. L’autre en marâtre terrifiante parvient à être tout son contraire et séduire autrement, par sa dureté maladroite et pathétique. Golshifteh Farahani et Muriel Robin sont hyper bien choisies pour le coup. C’est donc une chouette relecture trufaldienne entre L’enfant sauvage et Les 400 coups. Honoré trouve son propre maniérisme, sa propre diction, parfois c’est un peu maladroit, comme ça pouvait aussi être le cas chez son maître, mais il y a une fraîcheur stimulante là-dedans qui le rend attachant. Et puis j’aime bien que le film soit ni franchement joyeux, ni franchement tragique, qu’il trouve un curieux équilibre notamment via ces deux parties franches, qui font tenir l’ensemble même si comme pour Les chansons d’amour il y a dix ans, je pense qu’il ne m’en restera pas grand-chose et je ne sais pas trop à quoi ça tient.

12345...192

Catégories

juillet 2017
L Ma Me J V S D
« juin    
 12
3456789
10111213141516
17181920212223
24252627282930
31  

Auteur:

silencio


shaolin13 |
Silyvor Movie |
PHILIPPE PINSON - ... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Playboy Communiste
| STREAMINGRATOX
| lemysteredelamaisonblanche