Life’s A Bitch (Nas, 1994)

deca44fb8344d17dc683a285c1ad8e1a.800x800x1« that’s why we get high »

     Ma période Nas remonte à mon adolescence. Pas sûr que c’était une « période » d’ailleurs, je me souviens d’avoir écouté en boucle The Message et Affirmative action les deux morceaux plus mélodieux que les autres, qui devaient squatter une cassette, entre Prodigy et Daft Punk (Pour pas dire Shaggy et MC Solaar, désolé) à une époque où je ne jurais que par Skyrock et les singles. En fait j’ai découvert l’album Illmatic bien plus tard. Un jour de septembre 2009 je vois Fish Tank au cinéma. Dans l’une des dernières scènes du film retentit Life’s a bitch, de Nas, morceau sur lequel mère et filles se mettent à danser, alors qu’elles viennent de se pourrir la tronche une heure et demie durant. Aujourd’hui encore (Je suis toujours aussi fan de ce film) je ne peux m’empêcher d’éclater devant cette séquence. Bref, dès lors, j’ai recroisé Nas, acheté Illmatic, album absolument parfait. Nettement meilleur qu’It was written, sur lequel se trouvent pourtant les chansons que j’aimais, ado. Et Life’s a bitch, s’il est sans doute loin d’être le morceau le plus fulgurant (Suffit d’évoquer N.Y. State of mind) aura toujours ma préférence. Parce que Fish Tank, forcément, mais pas seulement : J’aime son rythme jazzy, le couplet de Nas qui répond à celui d’AZ, et j’aime surtout l’arrivée tardive et discrète du cornet à pistons, joué par Olu Dara, le père de Nas. Je ne m’en lasse pas de l’épure de ce morceau.

En écoute ici :

https://www.youtube.com/watch?v=HEwSfbE9IXc

La séquence de Fish Tank dont je parle :

https://www.youtube.com/watch?v=s5BBd-4E_rQ

 

A beautiful day (You Were Never Really Here) – Lynne Ramsay – 2017

23. A beautiful day - You Were Never Really Here - Lynne Ramsay - 2017Mon nom est Néant.

   1.7   Je ne sais pas ce qui me rebute le plus, là-dedans. La mise en scène incroyablement illustrative, stylisée, tape à l’œil, construite sur de ridicules pics de sidération ? Le jeu de Phoenix, qui en fait quinze tonnes, grimé en gros nounours meurtri ascendant boucher justicier, affublé de grimaces, grognements et moue de loser en vue d’un gros prix d’interprétation cannois ? Les diverses giclées de background via des flashbacks grossiers pour apporter la caution traumatique ? Ou est-ce tout simplement parce que ce nanar d’une lourdeur sans nom se rêve (comme nombreux ont pu le souligner en mai) en Taxi driver 2017 ? Au secours ! La seule idée que je retiens et qui en effet le rapproche du film de Scorsese, c’est son rythme, plutôt son arythmie, le fait est qu’il est rare de rencontrer ce genre de construction, sans véritable climax, ni progression, ni crescendo. Atmosphère qui reflète bien le personnage, d’ailleurs. Pourtant, je n’ai pas marché une seule seconde. Comme je n’avais pas marché une seule seconde à We need to talk about Kevin. Je ne comprends même pas ce qu’on peut lui trouver. Même New York m’a semblé glaciale et désincarnée, mais de façon grossièrement appuyé, rien à voir avec ce qu’en faisait Scorsese ou plus récemment les Safdie dans Good time. Mais ce qui m’agace le plus je crois, ce sont les défenseurs du film, parfois hyper violents, qui ne supportent pas qu’on puisse trouver le film abscons. Ainsi, soit on n’aime pas le cinéma (parce que tu comprends, Lynne Ramsay fait du Vrai Cinéma) soit on est pédophile. Le sujet interdit tout rejet. Finalement ça rappelle beaucoup la polémique autour de La rafle. Les films ont parfois le public qu’ils méritent.

The Square – Ruben Östlund – 2017

15. The Square - Ruben Östlund - 2017Boring therapy.

   2.3   Le précédent Ruben Ostlund fut une bonne claque et je pourrais le (re)revoir aujourd’hui je suis persuadé que ça serait pareil. J’allais donc, forcément, découvrir The Square la fleur au fusil. J’avais adoré Snow Therapy au moins autant que j’ai détesté The Square, je crois. C’est une grosse merde prétentieuse, film concept interminable, persuadé d’être le garant de la modernité, le cinéma du futur, traversé par des séquences toutes plus nulles les unes que les autres, habité par des personnages absolument antipathiques. On dirait un film de Yorgos Lanthimos. Pire palme depuis Michael Moore. 9 fois sur 10 je ne comprends pas la scène choc qu’on m’offre à voir. Dans Toni Erdmann, la seule scène (vraiment) ratée c’était celle des petits fours. The Square c’est la scène des petits fours sur 2h30. Les lettres, la Tourette, la capote, l’homme singe, le petit garçon sont parmi ces trucs que je n’arrive pas à relier. Je m’y fais chier, déjà et surtout je me demande chaque fois ce que ça vient faire là. Sans parler de l’acteur / personnage principal qui est le plus insignifiant croisé depuis Colin Farrell dans Les Proies, de Sofia Coppola. Voilà, alors y a sans doute une explication, peut-être plein de choses passionnantes à analyser et pour lesquelles je suis passé au travers, mais moi si je ne vibre pas au cinéma, sinon d’ennui, ne serait-ce qu’un peu, il m’est difficile d’y trouver un semblant de soupçon d’intérêt. Beau prétendant pour la douche froide de l’année.

Devine qui vient dîner (Guess Who’s Coming to Dinner) – Stanley Kramer – 1968

08. Devine qui vient dîner - Guess Who's Coming to Dinner - Stanley Kramer - 1968Let them love each other.

     6.9   Get Out brought me there. Plus sérieusement, j’avais vaguement entendu parler de ce classique du cinéma américain versant droits civiques, mais ce n’est que depuis que j’ai vu le film de Jordan Peele qu’il m’a semblé judicieux de réparer cette lacune. Et puis il y a Katharine Hepburn, Spencer Tracy, Sidney Poitier et la belle Katharine Houghton, croisée récemment dans… Le dernier maître de l’air. Si. Avouez que ça donne envie.

     On pourra se plaindre de la théâtralité puisque le texte y est trop imposant et les décors en studio – le film se déroule quasi intégralement dans une maison – brisent le mouvement réaliste sur lequel voudrait s’ancrer le récit. On pourra critiquer l’aspect gauche de droite du film, puisque s’il revendique l’égalité des hommes quelque soit leurs couleurs, il le fait selon un principe libéral à savoir que le noir ici est celui qui réussit (il cumule les diplômes), celui à qui l’on offre le plus beau background (femme et fille décédée) et celui qui accepte la nuance : Il comprend très bien que ses parents et ses beaux-parents soient gênes ou choqués par leur volonté conjugale. Bref c’est un peu l’homme parfait. Le noir qui réconcilie les blancs. C’est la grosse limite du film à mon avis. Sauf si l’on accepte de se dire que Devine qui vient diner est le produit de son époque, auquel cas il me semble qu’il répond bien à cette idée de changement mais pas trop comme le critiquait les partisans du Black Power. Après, le film est sorti alors qu’on interdisait encore les mariages interraciaux dans de nombreux Etats. On ne ferait plus le même film aujourd’hui, heureusement. On fait Loving. Ou Get Out.

     Le film va donc être émouvant autrement. Dans la finesse de ses dialogues, déjà, d’une grande modernité. Et dans chaque petit bloc de séquence qui, comme au théâtre, se déroule dans une pièce précise (Le salon, la terrasse, la chambre, l’étude) avec deux, trois maxi quatre personnages, à l’exception du monologue final déclamé par le père devant l’assemblée toute entière. Ça aussi on pourrait le critiquer : La dernière et imposante parole c’est le père blanc qui l’a. Légitime puisque c’est chez lui mais ça prouve une fois de plus que le film voulait faire bouger les choses sans faire de tremblement de terre non plus. La petite tape sur l’épaule qu’il donne au père noir à la fin suffit à nous faire comprendre que ce dernier sera d’accord – Je reconnais avoir pensé à l’horrible Qu’est-ce qu’on a fait au bon dieu à cet instant-là. Un monologue pour l’un, une tape sur l’épaule pour l’autre. On ne peut pas dire que le film se conclut en parts équilibrées. L’équilibre c’est pourtant ce qu’il recherche constamment et qui fait sa force. Là-dessus il me semble qu’il trouve sa cible tant chaque personnage est dessiné scrupuleusement, chacun existe dans son propre ilot d’ouverture d’esprit, de préjugés et de conscience. Jusqu’aux personnages secondaires que sont la bonne noire et l’ami pasteur blanc, side-kick fondamentaux.

     Le film est un peu long car on y perçoit trop sa mécanique, il est trop bavard et son décor unique n’aide pas, mais il séduit par sa contrainte temporelle : Le couple s’apprête à prendre l’avion pour Genève où il se mariera. Ils ont tous deux quatre heures pour avoir le consentement de leurs parents. Il y a un aspect compte à rebours, on sait qu’il est telle heure ici, on voit les préparatifs du diner là. Et finalement c’est peut-être le côté entonnoir qui permet au film de libérer une vraie puissance émotionnelle, surtout grâce aux deux mères, avec lesquelles il est infiniment bienveillant, puisque si elles ont d’abord été outré par la nouvelle, ça n’a duré que le temps d’un flash et aussitôt elles ont compris que seul le bonheur de leur enfant respectif comptait. Le film gagne là-dessus à mon avis. D’autant qu’il m’a fait chialé et quand je chiale, tous les griefs s’envolent.

Jeune femme – Léonor Serraille – 2017

09. Jeune femme - Léonor Serraille - 2017Les tribulations de Paula.

   5.4   Sur le papier, c’est un premier film entièrement calibré pour moi. L’impression que je vais revivre une séance similaire à La vie au ranch, à La bataille de Solferino. Deux films que j’aime infiniment et qui sont aussi de premiers longs métrages. Deux films sales, bruyants, pas toujours aimables (voire détestables, par moments) mais sommés de trouées folles (parfois bouleversantes) et le plus important : deux films tellement drôles, tellement aventuriers, tellement pas comme les autres tentatives girly du genre.

     Jeune femme ne m’attirait pas uniquement car il semblait dire merde à tout, aux normes, à Paris, au monde, il m’attirait mais aussi parce que la jeune femme en question était incarnée par Leatitia Dosch, sublime dans le film de Justine Triet cité ci-dessus. Et puis aussi parce que la jeune femme en question, Paula, a 31 ans. Pile mon âge. Impossible de faire plus bel alignement de planètes.

     Mais pour ne pas te mentir, je restais méfiant. L’aspect « film d’une génération » + « Révélation » mais aussi le côté Caméra d’Or, sans doute. Il y en a parfois de belles (Stranger than paradise, Suzaku, Hunger) mais il y a aussi des trucs ni faits ni à faire (Les bêtes du sud sauvage, Toto le héros). Si je n’ai rien contre celle de l’an dernier, le film d’Houda Benyamina, j’avais franchement peur que Jeune femme fasse l’effet – dans l’énergie s’entend – d’un autre Divines.

     Et c’est une déception. Je n’ai jamais réussi à entrer dans la dynamique du film, je n’ai jamais réussi à percer le mystère Paula. Leatitia Dosch donne pourtant beaucoup de sa personne mais j’ai l’impression qu’elle est seule, rarement épaulée, si ce n’est par le chat, en tout cas pas par cette réalisation atone et des partis pris désagréables, si tant est qu’il y en ait. Chez Letourneur et Triet on redistribuait continuellement les cartes, il y avait des virages forts, des séquences qui s’étiraient, des idées de mise en scène partout. Là ça tourne en rond, ça se répète comme des brèves saynètes mises bout à bout : Paula et Joachim, Paula et le chat, Paula qui danse, Paula au royaume des culottes, Paula et Yuki, Paula et le chat, Paula qui danse, Paula et sa mère, Paula au royaume des culottes, Paula et Yuki, Paula et le chat, Paula qui danse, Paula et sa mère, Paula et Yoachim. J’exagère puisqu’en les énumérant, je me rends compte que je n’ai ni parlé d’Ousmane, ni de Lila, qui sont probablement les deux plus beaux personnages du film. Je comprends pas que le film n’ait pas creusé avec eux, plutôt que de nous montrer le retour de Joachim (franchement sans intérêt) et la déception (Pareil on s’en tape de cet élément de scénario) de Yuki.

     Et puis Leatitia Dosch joue un peu trop comme Vincent Macaigne, c’est assez agaçant, ça devient la norme ce jeu hésitant, répétitif, impulsif. Pourtant je la trouve vraiment géniale dedans, moins le personnage qu’elle incarne (Qui rappelle aussi bien les personnages de Rosetta, Pauline s’arrache, The pleasure of being robbed) que dans sa façon de l’incarner, toujours sur la brèche. On verra ce que la cinéaste fera ensuite et j’espère qu’elle me fera mentir mais pour le moment j’ai l’impression d’avoir vu un film avec Leatitia Dosch mais pas trop un film de Leonor Seraille.

La fille de Brest – Emmanuelle Bercot – 2016

11. La fille de Brest - Emmanuelle Bercot - 2016La combattante.

   6.0   Emmanuelle Bercot s’inspire de faits réels en retraçant le combat d’Irène Frachon, pneumologue au CHU de Brest, improvisée lanceuse d’alerte en 2009/2010 contre les laboratoires Servier et tout particulièrement contre la commercialisation d’un médicament anti-diabète qui sera responsable de centaines de décès. Evidemment, au début personne n’est sûr de rien, mais certains médecins s’intéressent en profondeur aux cas répétés de valvulopathie mortelle apparaissant chez des patients souffrant d’obésités et se soignant à fortes doses de Mediator, le fameux médicament dangereux. L’apparition du danger hypothétique, le contraste entre des médecins de province face aux méchants labos pharmaceutiques de Paris, tout n’est pas hyper subtil mais la mise en scène de Bercot colle idéalement avec l’urgence générée par cette macabre découverte. Le film s’intéresse principalement aux divers décalages qui régissent ce type de combat. Chacun ses armes, chacun ses possibilités. Le personnage incarné par Magimel (le supérieur hiérarchique d’Irène Frachon) est plus lâche dès l’instant qu’on le botte en touche. La patiente sur le point de témoigner fera une attaque. Seule Irène semble en mesure d’aller jusqu’au bout, quitte à tout perdre. Et cela, il me semble que Sidse Babett Knudsen (qui était déjà parfaite dans L’Hermine) l’interprète admirablement, tout en rage, grossièreté maladroite et insatisfaction perpétuelle. Le film est peut-être un peu foutraque dans son aspect investigation puisqu’on ne comprend pas toujours tout ni où les personnages veulent en venir mais il y a une frénésie, un mouvement de résistance qui porte tout le film et rappelle le très beau Erin Brockovich, de Steven Soderbergh. Ce qui me gêne en revanche c’est que le film a tendance à capitaliser son énergie sur le langage de charretier d’Irène Frachon et moins sur le mouvement, le flux résistant que le récit promet, ce que Ritt réussissait magistralement dans Norma Rae ou les Dardenne, dans Deux jours une nuit. Ça parasite l’uppercut, à mon avis.

Tarantula – Jack Arnold – 1956

07. Tarantula - Jack Arnold - 1956Prisonnière du désert.

   6.4   Un peu avant de rétrécir un homme – Ce qui avait inéluctablement pour but de grossir le décor et les animaux de ce décor – Jack Arnold se lançait dans le film de monstre tendance gigantisme animalier hérité de King-Kong et Godzilla et fut le précurseur d’un nouveau sous-genre : celui des films d’horreur avec des arachnides. La plupart des gens ayant peur (parfois panique) des araignées, quoi de plus logique que de faire un film d’horreur dans lequel le grand méchant serait une tarentule géante ?

     Le film (qui ne dure pourtant qu’1h20 montre-en-main) souffre d’une mise en place laborieuse, trop dialoguée, trop explicative, mal rythmée essentiellement. Ajoutez à cela un couple de personnages (campés par John Agar & Mara Corday) pas vraiment enthousiasmants. Arnold devait être davantage occupé à jouer avec ses (magnifiques) trucages qu’autre chose ce qui est assez paradoxal tant Tarantula, qui a tout pour profiter des vertus du fantastique, se cantonne essentiellement dans une ambiance réaliste – Rien d’étonnant quand on sait qu’Arnold fut assistant chez Flaherty.

     Je vous passe les détails d’un scénario prétexte mais en gros : Une tarentule de laboratoire s’échappe après qu’elle ait reçu une dose de nutriment la faisant grandir exponentiellement. Elle dévore d’abord le bétail, puis les humains. C’est donc une super série B qui fonctionne notamment dans sa deuxième moitié où l’arachnophobe devrait moins faire le malin. Ce qui est agréable, en tout cas, c’est de voir que la catastrophe ne nait pas d’une énième idée de savant fou mais au contraire de trois scientifiques utopiques qui souhaitent apporter une solution à la famine dans le monde.

     A noter que les premières apparitions d’animaux (souris, lapins, cochons d’inde) plus gros que la normale, mais encore en cage, permettent au film d’ancrer la dimension fantastique dans le quotidien le plus domestique qui soit au même titre que l’utilisation de véritables araignées. Aussi, j’aime beaucoup cette idée de flaques géantes d’acides et ces tas d’ossements, plus terrifiants que les quelques apparitions de savants contaminés en semi état de chrysalide. Il manque sans doute à l’araignée et donc au film une certaine poésie, qu’Arnold aurait pu trouver dans ses déambulations solitaires et l’exécution militaire finale. L’esquisse a au moins l’originalité de construire un monstre malgré lui plutôt qu’un huit pattes sanguinaire.

Le fils préféré – Nicole Garcia – 1994

04. Le fils préféré - Nicole Garcia - 1994Trois frères et un secret.

   6.2   Nicole Garcia et moi ça fait deux ou presque. Je mets Mal de Pierres (Son dernier) et Place vendôme (Son plus reconnu) dans le même panier. Quand elle fait L’adversaire, qui reprend une trame similaire à celle qui m’avait laissé sur le carreau dans L’emploi du temps, de Cantet ou dans A l’origine, de Gianolli, je n’y arrive pourtant pas, je ne vois que les miettes parfois délicieuses de ce que le film promettait. Ça reste ce qu’elle a fait de mieux, à mon avis, malgré Daniel Auteuil. Il y a dans Le fils préféré tout ce que je rejette en bloc chez Nicole Garcia, du moins dans un premier temps. La schématisation autour du caractère de ces trois personnages autant que la mécanique scénaristique. Rien ne fonctionne sur moi. Tout me semble au mieux grossier au pire ridicule et creux. Oui mais voilà, un moment le vent a tourné. Je ne sais pas vraiment si ça se joue sur une scène en particulier ou si je suis entré dans sa dynamique progressivement, mais j’ai fini par y croire à ces retrouvailles entre frères à la recherche de leur vieux père (immigré italien et ancien boxeur) en fuite. C’est que d’abord on distingue trop clairement les coutures de chaque personnage : l’ainé, homosexuel, plein d’assurance, qui semble en savoir plus que les autres ; le bourgeois, froid, solitaire, qu’on a peut-être trop délaissé ; et le petit dernier, le fils préféré, qu’on a chéri un peu plus que les autres. Giraudeau, Barr et Lanvin sont excellents, chacun dans leur registre. J’imagine que le film m’a intéressé dès l’instant qu’ils sont tous trois reliés à l’écran. Ça m’aurait comblé mais là, Nicole Garcia va te sortir La révélation, qui donne de la substance à tout ce qui paraissait flou et peut-être un peu fabriqué et poseur au départ. Rarement un twist ne m’avait autant pris à la gorge, ne m’avait semblé si opportun. J’imagine qu’elle le déploie exactement comme il fallait le déployer. Ou bien c’est tout simplement que je ne l’attendais plus. Il y a un plan terrible où Lanvin est au téléphone et les deux autres sont dans le flou derrière lui. Et Nicole Garcia parvient, dans la composition simpliste de ce plan à nous montrer la détresse de celui qui reçoit l’information décisive, ainsi que dans le flou : la surprise de celui qu’on a toujours laissé loin du secret et l’immobilité de celui qui savait. C’est très beau. Ou comment donner du corps en quelques secondes et pour le quart d’heure restant (qui s’achève sur un combat de boxe miroir très beau, très émouvant) à un film qui semblait, à mes yeux, promis aux oubliettes.

Voyage à travers le cinéma français – Bertrand Tavernier – 2016

17. Voyage à travers le cinéma français - Bertrand Tavernier - 2016Bertrand le fou.

   6.6   Ce qui est très beau, je crois et qui révèle un titre plutôt mensonger c’est qu’on n’a jamais cette sensation de conformisme dans le traitement documentaire, qui aurait imposé une lourde exhaustivité. Tavernier parle moins de l’histoire du cinéma français que de sa propre rencontre avec le cinéma français, en truffant son récit d’extraits de films, interviews et d’anecdotes en tout genre. Ainsi ouvre-t-il 3h15 de métrage avec vingt minutes consacrées à Jacques Becker. L’immense Jacques Becker. Il m’arrache les larmes quand il termine son chapitre en citant les éloges de Melville pour Le trou. C’est alors qu’il plonge sur le cas Renoir. Car les deux premiers chocs cinématographiques de Tavernier sont Dernier atout, de Becker et La grande illusion, de Renoir. Le quart de ce documentaire est donc consacré aux deux auteurs français d’avant Nouvelle vague qui me sont très chers. J’étais aux anges. Arrive alors une déclaration d’amour pour Gabin et une réhabilitation un peu forcée pour Carné. Si ces deux chapitres me touchent moins que les deux premiers, ils me permettent de voir ce qui a pu me gêner chez Gabin et me gêne toujours chez Carné. Malgré tout, Tavernier m’a donné envie de revoir Un jour se lève. Alors, l’auteur de L627, emporté par ses souvenirs, glisse et se perd, ici du côté de Maurice Joubert, compositeur de classiques comme Le quai des brumes ou L’Atalante, là dans son attachement à Eddie Constantine, notamment dans un film de Jean Sacha, puis il évoque le cinéma de Gréville. Difficile de savoir où Tavernier veut aller. C’est alors que déboule Melville, avec Bob le flambeur et Deux hommes dans Manhattan, sur lesquels Tavernier revient un  peu en avouant s’être emballé à l’époque, notamment sur le second où il écrivit un élogieux texte dans un mag qui le fit rencontrer l’auteur de L’armée des ombres. Melville aura surtout offert à Tavernier son premier boulot : assistant sur Léon Morin, prêtre. De fil en aiguille, Tavernier nous emmène à Godard. Si leurs cinémas (Celui de Tavernier et celui de Godard) n’ont à priori rien en commun, il est touchant de voir l’admiration que Tavernier voue au réalisateur de Pierrot le fou. C’est alors qu’il arrive à Pierre Schoendoerffer, l’une de mes grandes découvertes de cette année, avec La 317e section (Pour lequel Tavernier aura travaillé sur la création de la bande-annonce) et Le crabe-tambour. Puis à Claude Sautet (Qui permit à Tavernier de faire sa première interview d’un cinéaste pour Classe tous risques) qu’il compare beaucoup à Jacques Becker. La boucle est joliment bouclée. Ça dure 3h15 et ça se regarde tout seul.

Dangerous days, making Blade Runner – Charles de Lauzirika – 2007

16. Dangerous days, making Blade Runner - Charles de Lauzirika - 2007Retour sur la conception d’un monstre.

   6.7   Il est rare de revenir sur le making of d’un film, même sur un film qu’on aime. Quand ils ne scandent pas leur gloire, ils révèlent leur suffisance. Si tant est qu’on le classe dans la catégorie making of, Ennemis intimes pourrait être l’un de ses plus beaux représentants, puisqu’il retrace – et se fait un énième prolongement du cinéma de Werner Herzog – les relations tumultueuses entre Klaus Kinski et l’auteur allemand durant les cinq tournages qu’ils ont fait ensemble. Je ne l’ai pas encore vu mais il semble que le Hearts of Darkness, sur l’Apocalypse Now de Coppola soit du même tonneau, tout en y faisant résonner un autre cauchemar.

     La grande particularité de Dangerous days c’est sa durée : 3h30. A moins d’y avoir été obligé ou bien d’aimer Blade runner de façon démesurée, il y a peu de chance que tu te lances dans cet interminable appendice. Interminable, il l’est pourtant seulement sur le papier car c’est absolument passionnant, brillamment construit, accompagné des anecdotes les plus folles retraçant une genèse inquiétante, un tournage difficile et une post production laborieuse. Jusqu’à son accueil froid par le public et la critique avant le statut culte qu’il va acquérir avec les années, notamment via le Director’s Cut de 1992 et le Final Cut de 2007.

     Surtout, Dangerous days se paie le luxe de réunir les interviews de la quasi (Certains ne sont plus là, durant la fabrication en 2007) intégralité des gens présents en 1982, acteurs, créateurs, producteurs, techniciens, ainsi que celles de fans absolus comme Frank Darabont ou Guillermo Del Toro (qui explique notamment pourquoi il continue de préférer la première version et sa voix off). Rutger Hauer évoque la conception de sa bouleversante tirade finale, ainsi que son saut en slip d’un immeuble à l’autre sans doublure, Ford sa froide collaboration avec Scott, Syd Mead (designer) qui raconte ses inspirations, de Metal Hurlant à Edward Hopper. Entre autre. Dangerous days parvient surtout à capter ne serait-ce qu’un peu l’enfer et la magnificence d’un tel projet, entre ses conflits perpétuels et le souvenir, douloureux et inoubliable pour chacun, d’avoir œuvré sur un film d’une telle envergure.

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silencio


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