Présentation

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 Bonjour à tous. 

Je tiens à signaler que ce blog est entièrement destiné à l’art cinématographique. Et je me consacre principalement à un cinéma qui me tient à coeur, cinéma d’auteur dirons nous, ou cinéma organique. En tout cas un cinéma qui est porteur de réflexion, un cinéma qui touche dans l’intime. Bien entendu j’essaierai de ne pas négliger le cinéma de genre, le divertissement, principalement les comédies ou les films d’horreur.

On ne peut pas dire que je sois une plume donc mes commentaires sont parfois succints, mais mon but est de retranscrire à l’écrit ce qu’il y a dans mon esprit, dans ma tête, mon sentiment personnel, donc une vision totalement subjective apparaîtra dans chacune de mes tentatives d’analyses.

Si certaines choses vous échappent, si d’autres vous mettent en colère, si vous vous retrouvez dans certaines de ces lignes je vous invite avec plaisir à annoter un commentaire, afin de pouvoir rebondir, voir d’engager un débat.

Je signale aussi, à toute fin utile, que chaque film est accompagné d’une notation sur 10 – dans un but uniquement ludique - qui peut d’ailleurs évoluer suivant mes humeurs ou lorsqu’il m’arrive de revoir les films concernés.

Bonne lecture.

Grégory.

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Go go tales – Abel Ferrara – 2012

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     7.2   Monté depuis cinq ans (où il fut présenté au festival de Cannes), écrit depuis dix, le nouveau film d’Abel Ferrara se marie pourtant parfaitement avec sa date de sortie, il raconte beaucoup de la crise d’aujourd’hui, où seul le capitaliste s’en sortira. Willem Dafoe, alter ego évident du cinéaste, appartient plutôt à cette génération du rêve, privilégiant son bébé (son club/son cinéma) à la réussite qu’il engendre et le film s’oriente sur un moment en particulier où ce dernier joue avec la chance ses dernières billes pour ne pas que son navire coule. Le film pourrait être d’une tristesse démesurée, plombé par cette idée de monde en sursis, il a bien entendu quelque chose de très touchant dans son approche mais il choisit clairement de traiter cela sous la forme d’une screwball comedy, selon un film d’ambiance, fluide et léger. Et pourtant tout se joue sur les enchaînements, à la fois foutraques et jouissifs, le film n’est que vitesse (il raconte le quotidien – l’action doit se dérouler sur 48h – d’un stripclub, en plein déclin) et pourtant ce n’est que de la mise en scène ! D’une grande liberté de rythme et de ton, Ferrara s’affranchit même d’un scénario commun pour n’en garder que cette mouvance générale superbement agencée (ambiance musicale / mouvements corporels / trajectoires caméra) et cette atmosphère d’alcool, de tabac et de chair joyeusement contagieuse. Car s’il n’y a guère de construction précise selon un dessein précis, le film semblant même avoir été écrit sur le tas, le travail sonore est absolument démentiel. C’est à la fois extrêmement chargé et jamais assourdissant, c’est limpide, agréable, on a continuellement la sensation de flotter et surtout de ne rien maîtriser, de tout découvrir, d’être sans cesse surpris et uniquement par la mise en scène. Le film ne s’aventure jamais loin du Paradise (enseigne du stripclub) et s’il en sort, à quelques minuscules reprises c’est pour approcher l’endroit où Ray Ruby joue sa loterie dans un garage désaffecté à une vingtaine de mètres ou pour suivre les serveurs/videurs sur le trottoir avec constamment en hors-champ cette rue new-yorkaise dont on entendra seulement les bruits. Cette approche cinématographique du lieu rappelle énormément Meurtre d’un bookmaker chinois de Cassavetes ou encore le Casino de Scorsese. Ce sont des lieux de cinéma magnifique, des mondes. Le Paradise est le monde de Go go tales. Nous ne verrons rien d’autre. Et nous y verrons tout. Nous pénètrerons chaque classe de ce monde. Une fois parmi ce qu’il reste de la clientèle, ensuite parmi ce groupe féminin qui s’apprête à se mettre en grève car les rémunérations ne suivent plus, ou encore dans les cuisines, au centre même de la scène, ou bien entendu aux crochets de ce patron paumé, réduit à faire le yo-yo entre faire le show entre deux danses, régler ses problèmes avec la propriétaire, prétexter une sortie à la banque quand il file jouer au loto, se reposer sur son divan ou observer son stripclub à travers ses caméras de surveillance. Il y a un côté Tony Montana dans cet homme, un Montana adoucit, sympathique, qui aura atteint un peu de son rêve mais qui ne le contrôlerait plus (où l’insignifiant aurait remplacé la grandeur) mais qui aura malgré tout tenu cette volonté en parti grâce à cette sympathie et ce respect qu’il témoigne à ses filles (certaines refusent de l’abandonner car, disent-elles, il ne les a jamais oubliées) qu’il refuse de voir disparaître (il suffit de voir cette manière qu’il a de faire encore comme si tout allait bien, d’effectuer ses promesses et même restant courtois, alors que ça l’ennuie terriblement, lorsqu’une des filles lui demande un congé maternité par exemple). C’est cette empathie et cette folie générales qui me fascinent dans Go go tales. Il faut voir Willem Dafoe se démener pour tenter de retrouver ce billet de loto gagnant égaré, c’est euphorique ! Et cette démarche là est globale, Ferrara agrémente ce lieu de nombreux personnages pittoresques et pathétiques qu’il décrit avec une empathie intéressante, dans la mesure où il ne fustige pas les plus désagréables d’apparence (la proprio, le frangin) puisque cette coïncidence dans l’acharnement contre Ray Ruby suffit à provoquer cette empathie. Tout devient assez génial. Entre une Asia Argento qui promène son Rottweler et lui roule des galoches pour le show, un cuistot qui s’évertue à proposer continuellement des hot dog bio, cette proprio insupportable qui vient quémander ses loyers de retard en menaçant de remplacer cette boite en faillite par une entreprise de sanitaires, ce frangin associé qui voudrait vendre ses parts et tombe sous le charme de la nouvelle Monroe, et tant d’autres figures de simples passages ou bien ancrées dans le tableau aussi excitant que pathétique de ce Paradise que seul un miracle peut sauver. Tout comme ces déambulations féminines entre scènes et coulisses qui à elles seules valent le déplacement tant la réalisation de Ferrara saisit l’énergie qui la traverse de façon magnifique. Et le film regorge de situations inattendues passionnantes comme cette transformation de salle de strip-tease en cabaret afin que les go-go danseuses soient aussi en mesure de mettre en spectacle quelque talent caché chaque jeudi soir dès 23h. L’objet, d’une manière générale, reste plus tripant que subversif (la fin du film suffit à le démontrer) néanmoins le charme dépressif qui y règne vient offrir un contrepoint judicieux à cette énergie du désespoir.

L’apprenti – Samuel Collardey – 2008

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     6.4   Plus qu’un simple récit initiatique, L’apprenti est une rencontre, entre deux mondes, deux générations. Evidemment, le jeune Mathieu est au centre du film mais la faculté à faire exister les personnages qui gravitent autour de ce petit bonhomme n’est pas la moins bonne qualité du film. Mathieu, la quinzaine, ado gringalet qui n’a pas encore vraiment grandi, qui n’a pas mué non plus, est un garçon réservé et à la fois il renferme une énergie incontrôlée qu’il laisse exploser lorsqu’il se retrouve en groupe (avec ses amis à la piscine) ou entièrement seul (en courant après le coq). Le film va le suivre à la trace, d’abord dans son arrivée dans une ferme de Franche-Comté où il y effectue son apprentissage une semaine durant (en alternance, sans doute) puis quelques instants dans son quotidien parallèle, dans une salle de classe, des vestiaires sportifs ou dans un bar avec des amis. Samuel Collardey ne cherche pas à faire de cet apprentissage une construction schématique et ordonnée avec péripéties, intensité dramatique et tout ce que l’idée suggère de linéaire et de balisé. Son attention se porte essentiellement sur des gestes et situations quotidiennes triviales, qu’il s’agisse inévitablement de passer par les nombreuses tâches répétitives de la ferme (bétail, foins, traites…) ou des instants plus inattendus comme une révision d’anglais avec son hôte, une virée en mobylette ou la véritable mise à mort d’un cochon. Le film est clairement une fiction mais il s’engage partiellement aussi dans le documentaire et cet entre-deux est parfois délicat à percevoir tant il tente un peu à la manière de Nicolas Philibert dans Etre et avoir, de saisir des moments délicieux, qui donne l’impression d’une prise sur le vif – la séquence de nettoyage des sabots de l’âne est à ce titre merveilleuse. C’est un film dans la douceur, pendant un long moment. Il laisse se profiler l’examen en fin d’année mais, un peu comme dans Tomboy de Céline Sciamma (la rentrée), ce n’est pas cette issue sentencieuse qui engloutira le film avec ses personnages. Le film est autre, il s’envole. Car soudainement il se passe des miracles. Une entrevue avec un père que l’adolescent ne voit plus beaucoup depuis que ses parents se sont séparés, puis une discussion avec ce père de substitution (le paysan) sur les choses irrémédiables qui font un mal fou. Samuel Collardey se laisse parfois aller à une facilité un peu complaisante, surtout dans la durée de ses séquences, souvent interrompues trop tôt (pour ne pas trop dérouter) mais il saisit aussi quelque chose d’incroyable sur les rapports humains, familiaux, ces rêves qui nous étreignent, ces douleurs qui nous restent, et franchement par moment c’est bouleversant.

Ma vie en l’air – Rémi Bezançon – 2005

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     6.1   La réussite du cinéma de Rémi Bezançon tient à peu de choses : L’alchimie entre ce qu’il souhaite raconter et le rythme utilisé ainsi que le choix d’une comédie sous forme de chronique évitant le gag facile. Il n’y a pas de temporalité au présent sur laquelle on pourrait se rattraper, toute situation appelle un souvenir, puis un autre avant de reprendre un pseudo présent sans qu’il n’y ait un véritable schéma à suivre. Ce n’est pas quelqu’un qui raconte une histoire avec un but précis – il semble y avoir un point B mais jamais de point A – mais un patchwork d’idées/souvenirs visant à recréer un personnage. Le film aime fonctionner selon des paradoxes ce qui lui permet de systématiquement être dans la surprise. Dans la première séquence, Vincent Elbaz est dans un avion qui est sur le point de se crasher et le pilote lui demande de prendre la place de son co-pilote. On pourrait se dire que c’est une idée de base, une idée comme une autre et que le personnage en question se doit de raconter ce qui l’a mené jusqu’ici. Pour cela, il doit remonter à la rencontre de sa vie, donc forcément à son ami de toujours, à son enfance, voyager dans sa mémoire comme si on lui posait la question sans qu’il ne s’y attende. C’est foutraque sans trop l’être tout simplement parce que c’est superbement écrit. Le film est trépidant, il ne se pose jamais, et j’aime sa manière d’avancer en étapes sans qu’elles ne soient ostensibles. Par exemple, la première apparition de Marion Cotillard, plutôt tardive par ailleurs, est un modèle de rencontre sous forme de coïncidence à l’Américaine. Ça marche très bien puisqu’on ne l’attend pas. C’est une pure comédie populaire dans le bon sens du terme. Tout est dans l’équilibre qu’offrent telles ou telles situations, parfois appuyées, parfois laissées de côté, c’est un film sans règles sur ce principe là, qui ne s’apitoie pas sur le sort de ses personnages mais ne les accable pas non plus. Et encore une fois c’est bourré d’idées qui ne sont jamais là pour faire joli, toujours pour faire avancer le récit. C’est un bien chouette premier film !

Bye bye Blondie – Virginie Despentes – 2012

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     3.7   Le premier constat va dans le bon sens : le cinéma de Virginie Despentes semble s’être assagi, je ne sais guère ce qu’il en est de ses écrits. Je ne dis pas que Bye bye Blondie est meilleur que Baise-moi ! (sorti il y a dix ans déjà) mais qu’il adopte une énergie plus canalisée, calée sur Virginie Despentes elle-même, la quarantaine, la colère estompée. J’aime l’idée que la cinéaste/écrivain n’ait à la fois pas surfée sur le scandale de son premier film, au point d’en faire un cinéma coincé dans le concept du new porn féministe ultra violent, ni sur la vague du roman en tant que simple réécriture transposée. Paraît-il que ce livre, sorti en 2004 ne ressemble finalement en rien à ce film qui est sensé l’adapter. L’explication à tout ça est simple, Virginie Despentes le dit elle-même : « J’ai changé ». L’histoire n’est plus centrée hétéro comme dans le bouquin pour la simple et bonne raison que Virginie Despentes a elle-même changé d’orientation sexuelle depuis. C’est très intéressant de recevoir ce cinéma comme reflet d’une personne, son histoire, ses attirances, davantage qu’en simple film calqué sur un matériau, qui n’aurait dans ce cas plus la saveur du présent, se retrouverait coincé dans l’adaptation d’un temps qui n’est plus le sien. Baise-moi ! est beaucoup trop loin dans ma tête pour effectuer une éventuelle comparaison, j’ai simplement le souvenir d’un film dans la profusion, affranchit de tout, un film assez mauvais cinématographiquement mais avec une personnalité, une énergie foutraque qui avait pour lui son paroxysme. Bye bye Blondie m’intéresse moins dans la mesure où si je vois un auteur changé je ne le vois pas retrouvé, au sens d’une personnalité nouvelle, différente mais tout aussi forte. Bye bye Blondie est loin d’être l’ovni que Virginie Despentes voudrait qu’il soit, c’est un film qui finalement ressemble à des tas d’autres, limite gentillet (pour ne pas dire puritain) en fin de compte. La faute à une mise en scène d’une platitude désarmante qui ne sait ni filmer le groupe, le monde et encore moins la relation, pas même lesbienne. Preuve irréfutable : les meilleures scènes sont celles entre Gloria et Frances adolescentes, spectres du film précédent, en somme. Cette colère, cette nonchalance là je la trouve assez bien rendue. Dès que Virginie Despentes veut filmer Emmanuelle Béart et Béatrice Dalle ça se gâte, je n’y crois pas une seconde, à croire que d’une part elle devrait ne mettre en scène que des filles moins connues et surtout s’affranchir de cette nostalgie un peu lourde. Alors d’accord, le film est volontairement un tournant par rapport au précédent, mais quel raison à faire un film pauvre ? Le punk a disparu ou s’il est là il est bien fade, musicalement peut-être et encore ; la violence déstabilisante a disparu aussi, les seules pointes sont désamorcées par l’ambiance générale, presque bon enfant ; et plus de sexe, ou si peu, si mal représenté, disparition du nu. Paradoxalement à cette volonté de se libérer des étiquettes, l’idée que Virginie Despentes centre son film sur le sexe sans même nous accorder une scène de nu, relève finalement presque à nouveau d’un simple concept.

La terre outragée (Земля забвения) – Michale Boganim – 2012

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     6.5   L’absence d’un parti pris radical est le problème majeur de ce beau film ukrainien qui utilise la catastrophe de Tchernobyl comme décor. Michale Boganim vient du documentaire et cela se voit dans la facilité de reconstitution et son attention à la nature. Et dans le même temps elle est aussi très attirée par le climat oppressant et poseur du film d’horreur, elle sait d’ailleurs le mettre parfaitement en scène. En l’occurrence, l’alliance des deux ne fonctionne pas très bien et puis le film est bien trop scindé pour espérer tenir sa forme hybride deux heures durant. L’autre mauvaise nouvelle c’est l’emploi du drame choral, c’est à dire cette focalisation non pas sur un individu ou une famille mais sur plusieurs personnages centraux, qui à priori ne se connaissent pas et vont être amené ou non à se croiser durant le film. Ce penchant Kieslowskien/Inarrituien provoque un sentiment d’impuissance dans la progression du récit, notre attachement aux personnages et à mettre en avant l’espace même.

     Le film se concentre donc sur l’avant et l’après Tchernobyl. Le documentaire dans la fiction, ou l’inverse. Le 26 avril 1986, les prémisses d’une cérémonie de mariage d’une jeune demoiselle avec un mari pompier appelé en renfort, qui ne reviendra jamais. Un garde forestier qui voit son itinéraire habituel modifié par une horde de militaires. Un scientifique qui découvre les radiations et met sa famille à l’abri. Un petit garçon qui plante un pommier avec l’aide de son papa, ingénieur à la centrale. Une journée comme une autre semble t-il, avant les signes avant-coureurs puis le drame. La nature se transforme, la population est évacuée. Les hélicoptères tournent et des hommes en uniformes blancs tuent les animaux touchés et brûlent les cultures contaminées. De la catastrophe nous ne verrons rien, ou presque, simplement un feu au loin, que dans l’ignorance la plus totale, quelques personnes lors d’une fête, trouvent joli. L’orage gronde, une pluie noire s’abat sur la ville.

     1996, Pripiat, la ville la plus touchée, est devenue fantôme. Celle qui se mariait dix ans plus tôt, est dorénavant guide pour touristes qui viennent visiter la ville morte, encore sous les coups de radiations, donc une visite respectant un processus hyper sécurisé. Une mère et son fils se recueillent sur la tombe du père dans une parcelle forestière dédiée aux victimes. Ce champ de ruines invisible devient un espace de cinéma incroyable, une zone désaffectée, une ville engloutie. Cette pudeur avec laquelle la cinéaste préfère filmer cet espace vide et silencieux plutôt que les conséquences directes de la radioactivité (la transformation des corps par exemple) demeure la belle idée du film. Privilégier le rapport à la Terre, ce lieu sans vie, qui un certain 26 avril voyait une catastrophe alors inexplicable anéantir des familles entières. Privilégier cette mélancolie qui s’abat sur les personnages, systématiquement confrontés à cette douleur parce qu’ils ne pourront jamais oublier, à l’image de ce garçon au pommier, maintenant devenu grand, pétri de culpabilité sans doute du au fait qu’il avait décelé quelque chose ce jour là, lorsque son arbre se mourait. Le film suivra essentiellement son errance dans la zone, évitant la protection militaire afin de retrouver les lieux de son enfance. Comme il suivra le quotidien de cette femme qui a perdu une moitié d’elle ce jour-là et n’a jamais pu s’en aller. C’est aussi et surtout de cela que parle le film : aussi maudite soit une terre, l’être humain y reste attaché, sans doute encore davantage après des événements dramatiques. Toute proportion gardée, cette émotion qui m’a traversé durant une bonne partie m’a rappelé celle éprouvée devant Still Life de Jia Zhang-Ke et cet incroyable retour dans une ville sous les eaux.

     C’est un film terrifiant donc, digne des plus grands films d’horreur, un film de monstre, mais un monstre invisible, une menace sans apparence, où l’inquiétude est alors à son paroxysme. Il y a cette séquence forte où la guide demande aux touristes d’écouter la terre irradiée plutôt que de jouer avec leur boîtier de détection de radioactivité. Ils ne comprennent pas puisqu’ils n’entendent rien. Il n’y a plus rien à entendre en effet, il n’y a plus que transparence et silence, qu’y a t-il de plus terrifiant ? Le bruit, parfois présent, apparaîtra de façon anormale, par le moteur d’un bus ou même le galop de chevaux perdus. C’est cet état inexplicable qui fait froid dans le dos. Des conséquences radioactives nous verrons et saurons que très peu. Une femme qui reçoit d’une infirmière le jour de la catastrophe d’oublier son mari qui n’est plus un être humain mais un réacteur. Ou encore cette même femme qui sous la douche subit des pertes capillaires. La transformation corporelle sera uniquement symbolisée par ces touffes de cheveux serrés dans une main mais évidemment ils représentent davantage, ils représentent tout le reste, tout ce qui restera hors-champ.

     C’est un film qui n’est pas vraiment réussi, qui oscille assez mal entre ses différentes histoires et il y a des problèmes de rythmes très marqués et il préfère clairement l’ambiance aux personnages alors qu’il essaie de filmer les personnages. Mais dans le même temps c’est aussi un film qui m’a tétanisé, un film d’une puissance incontestable qui fait froid dans le dos, sans doute aussi parce qu’il résonne beaucoup encore aujourd’hui (Fukushima), qu’il permet de voir que depuis 25 ans rien n’a véritablement changé, que cet accident là peut resurgir à tout moment et que mine de rien l’Homme en restera le seul vecteur.

Projet X (Project X) – Nima Nourizadeh – 2012

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     6.9   C’est un film réjouissant. Un film accordé à ses personnages : construction approximative, ovni informe, bruyant et transgressif. Un teen-movie qui ne ressemble à aucun autre, au moins dans la frénésie et le carnage qu’il met en scène. C’est le film ultime du fantasme adolescent. Le film gagne à mesure qu’il se déploie. Sans pour autant surprendre, il suit une mécanique de feu carrément jouissive, il a cette faculté à ne reculer devant rien.

     Pourtant, le film ne commence pas très bien, ou plutôt disons qu’il fait peur. Sorte de Supergrave suédé, on se demande bien comment et combien de temps l’idée va t-elle tenir, puis petit à petit le film enchaîne les situations à la Very bad trip sur la vague duquel le film semble davantage surfer que sur celle de Supergrave par ailleurs, tout en doublant le résultat. La séquence du chinois mafieux débile est relayée ici par un nain rebelle spécialiste des droites dans les testicules, que l’on se débarrasse en l’enfermant dans un four ainsi qu’un dealer forcené prêt à tout pour récupérer un nain de jardin blindé d’Ecstasy que les trois potes lui ont chouré juste pour avoir une mascotte de soirée.

     Projet X suit donc son modèle mais va plus loin, a quelque chose de plus que lui, de moins manipulateur, de nettement plus progressif. L’ellipse est abandonnée au profit d’une linéarité précise : une soirée est organisée chez un ado de dix-sept ans, dans la maison de ses parents partis pour le week-end fêter leur anniversaire de mariage. Le film se déroule en gros sur vingt-quatre heures. On peut même se dire que Projet X pourrait être le hors-champ de Very bad trip qui n’avait pour concept que de montrer le lendemain d’une soirée, de ne pas la voir. Celui-ci joue donc moins sur cette idée du sensationnel et le scénario, si l’on considère qu’une grosse soirée de biture poussée à son paroxysme en est un, n’a pourtant rien à envier à Very bad trip qui suivait une trame complètement bête et invraisemblable, la séquence de casino demeurant au passage la pire ‘idée raccourcie’ du film. Au moins, ici, c’est de l’improbable possible. Le film joue d’ailleurs beaucoup sur l’idée de la puissance du net, sur l’information de masse actuelle, qui permet en deux trois clics, et même si t’es un gros looser dans ton bahut, de rameuter n’importe qui voulant tiser, danser et s’envoyer en l’air.

     L’autre idée à la mode du film c’est l’utilisation formelle du faux film amateur, façon Chronicle, sorti peu avant lui, donc le film que l’on voit correspond à ce que filme l’un d’entre eux – qui restera d’ailleurs entièrement hors-champ – à savoir tous leurs faits et gestes durant cette journée et cette soirée inoubliable. Le procédé est régulièrement oublié tant il est impossible pour un film amateur d’avoir ce don d’ubiquité là. C’est à dire que même cela Projet X ne le respecte pas. Il n’y a ni rigueur formelle, ni rigueur morale. C’est le film cancre par excellence. C’est aussi en cela que le film rappelle davantage le Supergrave d’Apatow que le film de Todd Philipps, qui se terminait gentiment sur un mariage accompli et un défilé de photos, certes hilarant, mais montrant à quel point le réalisateur préférait finir en consensuel – « on les regarde une dernière fois puis on les efface » – qu’en rebelle.

     Nima Nourizadeh aura au moins cela pour lui. Et si sa peinture sociale, complètement invertébrée, n’a pas la verve d’un Spike Lee, ni la trash-attitude glauque d’un Larry Clark, il faut dire que l’énergie subversive déployée va crescendo et rappelle quelques traits de Do the right thing et de Bully. Un état de non-retour. Une page qui se tourne. La fin convoque clairement celle de Supergrave. Une étape est franchie, que l’on termine sur un escalator ou une tribune sportive. Il ne suffit pas, comme bien souvent dans la comédie américaine, de ranger sa chambre et de poursuivre. Bon, c’est vrai qu’en majorité les personnages sont réduits à des rôles de figurants, que l’écriture est atroce à ce niveau là mais c’est là où le film veut aller, une soirée d’écervelé, ce n’est pas plus condamnable que dans un Very bad trip ou dans un American pie, sauf qu’ici, cerise sur le gâteau, la forme va de pair avec ce qu’elle montre. 

     Le film est nourrit d’idées exaltantes, de pure jouissance. Et jamais je n’aurais pu penser dire cela d’un film qui pencherait tout de même grandement vers le gros clip MTV, avec apartés clipesques tendance vidéos trash Youtube, DJ à gogo, alcool à flot et nichons à volonté. Mais je m’incline devant l’arsenal déployé ! Les pancartes ‘Naked grils only’ au bord de la piscine. Le château gonflable soldé. Les aventures de Milow le Yorkshire. La tyrolienne improbable entre le grenier et la piscine. Et d’autres trucs absolument hilarants comme ces deux garçons employés pour la sécurité, deux gamins d’une douzaine d’années, arborant un gilet jaune, une démarche de gros dur et un regard hyper menaçant. Le rapport avec les voisins du quartier, entre celui-ci qui se hisse contre la meute demandant que cela cesse pour que sa famille puisse dormir et celui-là qui s’invite à la soirée et finira par gerber ses tripes sur un pare-brise. J’essaie d’en dévoiler le moins possible tout de même tant l’issue du film paraît inimaginable et mieux vaut découvrir ça dans sa progression. Je me suis bidonné d’un bout à l’autre, ou presque. En fait, c’est tellement de mauvais goût, et un mauvais goût même pas provisoire, irrattrapable, complètement trash, sans aucune demi-mesure que ça finit par me plaire !

Chronicle – Josh Trank – 2012

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     6.2   D’un effet de mode qui pourrait définitivement tourner en rond, Chronicle y débusque de belles idées et si le film n’est pas entièrement satisfaisant, s’il tombe dans l’excès et la facilité il faut reconnaître qu’avant son basculement c’est aussi le film de super-héros – à l’insu des personnages – que je rêvais de voir.

     Le film se découpe en trois parties. Une première, plutôt brève, qui s’attache au mal aise adolescent, se concentrant essentiellement sur l’un d’entre eux qui pour contrer ce rejet social permanent se réfugie dans un rapport fusionnel avec sa caméra qui lui permet, décide t-il, de filmer sa vie, de tout filmer, de ne rien laisser au hasard. C’est sa protection, son bouclier contre tout le reste : une mère mourante, un père violent et des amis qui n’en sont pas vraiment. Le procédé est le même que celui de Blair Witch ou de Cloverfield dans un premier temps, à savoir que tout ce que l’on voit sur l’écran de cinéma, correspond à ce que filme le garçon, avant que la référence s’accouple avec un Redacted, dès l’instant que l’on comprend que toute reproduction à l’écran provient de sources filmiques, quelle qu’elles soient, entre deuxième caméra d’une blogeuse chevronnée, caméras de surveillance ou même dans le meilleur moment de la dernière partie du film, vidéos issues de toutes caméras témoin possibles.

     La suite du film, post découverte d’un trou vaginal (la métaphore n’est pas des plus fines) dans une forêt et rencontre avec une force surnaturelle, permet de faire un saut dans le genre. Il est d’ailleurs culotté, dans le montage, de faire suivre une scène incompréhensible avec cette espèce de créature des abysses qui semble aussi bien les faire saigner du nez que dérégler la caméra, par une séquence complètement détachée où les trois amis s’envoient une balle de base-ball dans la figure chacun leur tour façon Jackass. A cet instant-là, bizarrement, j’ai repensé à Cloverfield, à cette idée géniale que le film avait de glisser entre différentes séquences du présent correspondant à celui de l’action du film, des séquences d’avant, sans rapport, où deux amoureux semblaient filmer leur journée, vidéo effacée par la nouvelle, dont il restait quelques morcellements, parfois d’à peine une seconde, comme si la cassette n’avait pas été bien calée pour chaque réenregistrement. Je me suis dit devant cette scène de Chronicle : peut-être que ce que l’on voit se situe avant, sur la même cassette, puis je me suis rappelé que deux d’entre les personnages ne se connaissaient pas au début du film. C’est seulement quelques secondes plus tard que l’on comprend qu’ils testent leurs nouveaux pouvoirs de télékinésie.

     Outre le fait que le film tient là, dans la découverte progressive de ces pouvoirs (d’un assemblement de légos sans les mains au simple fait même de voler) ses meilleurs instants, dans une dynamique comique carrément jouissive (la partie de football américain dans les nuages, le déplacement d’une voiture sur un parking ainsi que tous ces moments où ils se découvrent sans encore maîtriser) qui suffit à reléguer Kick-ass et consorts au rang de film fade, l’intérêt secondaire réside dans l’autre idée conceptuelle du film, à savoir le faux docu filmé, quant à son devenir, lui aussi progressif. Plus le film avance, plus lui aussi, comme ses personnages, il acquiert des libertés. Le premier plan, entièrement issu de cette petite caméra, qui se filme elle-même dans le miroir d’une chambre, montre la naissance du procédé. Puis, il va très vite élargir son champ de vision, donc le nôtre, pour ensuite finir par se multiplier : tout d’abord, la petite caméra à cassettes est remplacée par une plus évoluée avec une carte mémoire intégrée, avant que le film ne semble découvrir qu’il possède la faculté, comme la force de The Thing, de prendre possession d’un autre objet filmique. L’apothéose se situant bien entendu dans cette deuxième partie, la plus belle idée du film à mon sens, où le jeune homme, en pleine possession de ses pouvoirs, découvre qu’il peut manipuler la caméra à distance tout en la faisant voler autour de lui. Le rêve d’un cinéaste. Imaginez un peu ! Plus de rails, plus de steadycams, plus besoin non plus de l’épaule. Le film en devient alors tellement libre formellement qu’il peut quasiment oublier cette contrainte dont il est affublé à savoir le procédé subjectif, sans que cela ne soit gênant. Dommage qu’il s’embourbe ensuite, voulant à tout prix que le récit vire à l’apocalyptique et utilise alors une narration plus classique, caricaturale et excessive. Néanmoins, ça ne gâche absolument pas ses qualités à mes yeux. Avant d’y aller, je me suis dit que j’allais voir un sous Blair Witch/sous Cloverfield. Je suis sorti en disant que j’avais vu Chronicle. Il n’a plus besoin de référents, c’en est devenu un.

La dame en noir (The woman in black) – James Watkins – 2012

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     4.1   C’est en flirtant avec le nanar que James Watkins, réalisateur faut-il le rappeler de l’éreintant autant qu’il était génial Eden Lake, garde un certain savoir-faire mise en scénique loin d’être déplaisant. Personnellement, le film m’a fait flipper et en bon produit de la Hammer qu’il est, ce sont majoritairement des coups de flips de pure mise en scène, des procédés maintes fois utilisés qui fonctionnent encore. Toutes les séquences dans la maison isolée sont assez terrifiantes. C’est archi rebattu mais l’effet est escompté. En revanche dès l’instant que le film veut être plus que ça, suivre un scénario par exemple – et le faisant avec un sérieux d’un ennui insondable – on s’en fiche complètement. La démarche, de base, est commerciale bien entendu (Racliffe est là, sans ses binocles) et l’on se dit qu’avec cette capacité (je veux dire que le produit ait atterri dans les mains de Watkins auteur du film le plus éprouvant de ces dernières années) La dame en noir aurait pu être très beau sans aucun dialogue, ce qu’il tient pendant une bonne partie d’ailleurs et qui reste comme le meilleur moment. Un film qui s’appuierait uniquement sur ce riche atmosphère sonore qu’il arrive parfois à déployer. Mieux vaut maintenant qu’il revienne au survival, au réel, une autre épreuve, j’adorerais le voir faire un film complètement épuré, reste à espérer, et le choix de faire La dame en noir ne plaide pas en sa faveur, qu’il ne se laissera pas attirer dans le guêpier bankable dans lequel est tombé Sam Raimi pour ne citer que lui.

L’arche russe (Русский ковчег) – Aleksandr Sokurov – 2003

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     7.6   L’âme d’un homme se retrouve propulsée dans le château de l’Ermitage à St Pétersbourg, sans explication aucune il se met à virevolter au gré des pièces à travers l’Histoire russe. D’époques en époques, guidé par sa curiosité et celle d’un autre homme dont il fait la rencontre, lui aussi happé dans une trouée temporelle, le personnage/caméra subjective qui regroupe à la fois le cinéaste, le spectateur et le témoin du temps – ou la fusion des deux premiers – voyage en esprit, observant à la fois l’apogée d’un monde, ses modifications et son extinction.

     L’idée est aussi originale et géniale que saugrenue d’autant qu’elle est traitée de manière très légère, selon une auto-dérision qui permet au film de s’affranchir à la fois du poids de l’éventuelle pédagogie de commande – ce qu’il n’ait à aucun moment par ailleurs – et de cette fierté patriotique, cet amour de l’art russe. On sait Sokurov attaché à ses racines mais cet attachement ne trahit aucunement une visée politique aux tendances propagandistes au sens où Eisenstein le faisait, lui aussi par l’intermédiaire du cinéma, il y a presque un siècle. C’est l’amour de l’âme russe. De la terre russe.

     Le film a une particularité importante : il est construit selon un unique plan-séquence. L’idée est de rester du point de vue de cet homme, avec cette voix qui parfois murmure quelques mots, entre la première et la dernière seconde d’un film qui compte 96 minutes. Malgré cette imposante restriction formelle (aucun montage, inéluctablement) les trouvailles sont nombreuses. Sa garantie première c’est son mouvement. C’est un film en perpétuel mouvement, qui virevolte je le disais précédemment, un film qui rejoint le passé mais pas une temporalité en particulier, c’est trois siècles de l’histoire russe.

     Un lieu puis un autre, toujours au sein de l’Ermitage, entre les grands chefs-d’oeuvre picturaux, les sculptures, les visiteurs d’aujourd’hui ou les personnages des tableaux vivants d’antan. C’est aussi cela L’arche russe, ce pari fou : faire revivre les tableaux, faire revivre le passé. C’est la vocation première du cinéma de faire revivre les fantômes. Cette caméra subjective se meut alors au travers de ces reconstitutions comme la cérémonie de rencontre entre le Shah de Perse et le tsar Nicholas 1er, une représentation de théâtre pour Catherine II et croise aussi Pierre Le Grand ou Alexandre Pouchkine, s’immisce dans un dîner de famille ou plus discrètement une discussion entre trois conservateurs du musée qui se félicitent de leur place qu’ils tiennent dans ce relais de l’histoire de l’art ou encore cette irruption dans une pièce délabrée où un homme s’occupe de la restauration d’objets d’art abîmés, poussières de la seconde guerre.

     C’est un magnifique voyage, hors du temps et d’autant plus suspendu dans une salle de cinéma. La descente d’escaliers finale ou la scène du bal, pour ne citer qu’elles, sont deux séquences absolument impossibles et remarquables.

Le fossé (夹边沟) – Wang Bing – 2012

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     5.7   Je ne connais pas encore les travaux exclusivement documentaires du cinéaste, je ne m’en tiens donc qu’à deux films docu-fiction, ou pour être plus exhaustif, deux films de reconstitutions libres, le court-métrage Brutality factory et donc ce long-métrage : Le fossé. Si Wang Bing me passionne en cinéaste de l’espace et cinéaste de l’organique, de la terre, du mouvement je reste néanmoins circonspect par son utilisation fictionnelle et l’utilisation de ses acteurs, en permanence dans une emphase théâtrale de la souffrance afin de cueillir l’empathie forcée d’un spectateur forcément désarçonné. Hormis quelque grossissement de trait pour la fiction, la première partie du film est une merveille de plongée en enfer, d’ambiance rocheuse, d’odeurs ocres et de perspectives de cadres assez hallucinantes, entre exiguïté claustrophobique de ces grottes/dortoirs souterrains et ce désert sans fin avec cette ligne d’horizon, constamment sable/ciel, qui ne cesse de sectionner l’écran en deux. La partie suivante, qui se concentre sur un homme qui envoie une lettre à sa femme avant qu’elle ne vienne lui rendre visite huit jours après sa mort, exige un calme impossible tant l’actrice exagère la situation dramatique, amenée à chercher le corps de son mari dans un cimetière sans stèles, dans le vent et la nuit. C’est sans doute trop pour moi, ou mal filmé. Je pense que Wang Bing est le cinéaste de l’errance dans la reconstitution historique, des tragédies, des bouleversements du paysage, un peu à la manière d’un Jia Zhang-Ke, la parole en moins. L’originalité contextuelle disparaît peu à peu au profit de la force dramatique de son récit, radicalité devient romanesque, Wang Bing se laisse submerger par le facteur souffrance, cette propension à montrer alors qu’il peut raconter la même chose en passant outre. Ça restera quoi qu’il en soit un film désertique d’une violence accablante.


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