Les misérables – Jean-Paul Le Chanois – 1958

15. Les misérables - Jean-Paul Le Chanois - 1958Cinéma de papa.

   6.0   Version signée Jean-Paul Le Chanois, avec Gabin en Jean Valjean. Le film fait vraiment figure d’ultime représentant du « cinéma de papa » ne serait-ce qu’en sortant en même temps que les premiers films de la Nouvelle vague, tant il est tout le contraire. Très théâtralisé, ultra académique, la reconstitution est conséquente, les dialogues très écrits, la voix off de Topart bien disséminée, toujours là pour contextualiser ou sur-expliquer. Mais la fresque est chouette prise dans son ensemble de plus de trois heures, ses seconds rôles emblématiques, en particulier les antagonistes : Javert et Thenardier, joués respectivement par Blier et Bourvil.

Le ballon rouge – Albert Lamorisse – 1956

17. Le ballon rouge - Albert Lamorisse - 1956Mon seul ami.

   5.5   Revu avec les enfants. Toujours aussi chouette, et court (ça fait du bien, ça change de Titanic) récit d’un gamin qui trouve un ballon accroché à un réverbère. Il s’agit donc d’une amitié entre un garçon et un simple ballon. C’est toujours aussi déchirant quand le ballon meurt car on prend le temps de filmer sa mort, on ne voit d’ailleurs pas ce qu’éprouve le petit garçon, ce qui compte c’est ce rouge qui se vide, se craquelle puis éclate sous une godasse. Lamorisse filme son fils de cinq ans dans le Ménilmontant des années 50, accompagné par la musique adéquate de Maurice Leroux. Mais globalement ça me passionne assez peu, malgré tout. Toujours eu un peu de mal avec ces films qui s’autoproclament dans chaque plan garant de la belle poésie. Moi je trouve ça mignon mais c’est tout. A la même époque, Rozier faisait Rentrée des classes, Engel £ Ashley Le petit fugitif, et ça me parle nettement plus.

Emilia Perez – Jacques Audiard – 2024

26. Emilia Perez - Jacques Audiard - 2024Trois femmes.

   6.0   Je n’attendais plus grand-chose d’Audiard depuis longtemps. Qui plus est avec un sujet comme celui-ci (un chef de cartel mexicain qui souhaite changer de sexe, au secours) et cette forme-là (la comédie musicale). Il m’a cueilli, emporté, plutôt ému. C’est un portrait de femmes assez stimulant, dans un univers criminel, musical (scènes chantées et dansées) et très ancré géographiquement (le Mexique).

     Audiard change d’horizons à chaque film, il n’est donc pas si surprenant de le retrouver à la barre d’un projet aussi fou que celui-ci : plus romanesque, mélodramatique, opératique, en résulte un film plus ostentatoire, dans sa forme comme dans son récit. La réussite relative s’indexe immédiatement sur trois personnages, trois femmes (pour un cinéaste qui les avait souvent délaissées, c’est plutôt une bonne surprise) et trois comédiennes étincelantes qui dévorent la pellicule de part en part. 

     Toutefois, il me semble qu’on en a fait tout un foin pour pas grand-chose et sans parler de la polémique qui concerna son actrice principale. Le double prix à Cannes, l’avalanche de César, la pluie de nominations aux Oscars. Et parallèlement le film se fait détruire par une certaine sphère cinéphile. C’est un peu beaucoup pour un seul film, aussi peu important, à mon humble avis.

L’équilibriste – Guy Gilles – 1991

13. L'équilibriste - Guy Gilles - 1991Les funambules.

   3.0   Reportage de Guy Gilles, sur le tournage du film Les Equilibristes, réalisé par Nico Papatakis, d’après le poème de Jean Genet « Le funambule« , avec Lilah Dadi et Michel Piccoli. On y entend aussi le témoignage de Michel Piccoli. On y évoque la rencontre de Guy Gilles avec Jean Genet. Très dispensable.

The marshal’s two executions (Cele două execuții ale mareșalului) – Radu Jude – 2018

07. The marshal's two executions - Cele două execuții ale mareșalului - Radu Jude - 2018Double impact.

   6.5   Passionnant film de montage visant à mettre en comparaison deux sources très différentes centrées sur un même fait : l’exécution le 17 mai 1946 du maréchal Ion Antonescu, allié d’Hitler, et celles de ses acolytes. Il y a d’une part les images documentaires filmées le jour même par le cameraman Ovidiu Gologan, en noir et blanc, brutes, sans piste sonore. Et d’autre part celles recrées par le cinéaste Sergiu Nicoleascu, en 1994, dans son film Le miroir, en couleur, avec piste-son, comprenant paroles et musique. Les deux versions sont montées ensemble et non en deux parties comme le fera par exemple Jean Eustache dans Une sale histoire. Les plans sont sensiblement les mêmes puisque Nicoleascu copie les images du film de Gologan mais il les transforme créant un vertigineux abîme entre le document et la fabrication, captation et mise en scène. C’est d’autant plus troublant et terrifiant que le film de 1994 est clairement une entreprise de réhabilitation du chef roumain pro-nazi.

Plastic semiotic – Radu Jude – 2021

06. Plastic semiotic - Radu Jude - 2021Sauvages.

   6.0   C’est une succession de plans fixes sur des playmobils, barbies, dinosaures, petits soldats et autres voitures miniatures. Mais chaque « tableau » représente une scène de notre quotidien, ordinaire ou extraordinaire. La naissance ou la mort, un repas de famille ou un embouteillage, une relation sexuelle ou un viol, un meurtre, la guerre, un gamin regardant la télévision, des vieux observant un jardin d’enfants, une visite chez le médecin, une scène de classe, une autre carrément apocalyptique. Tout se mélange dans un maelstrom assez détonant et fulgurant. L’idée géniale est la recréation de nos vies par les moyens de jouets, donc par ce que nous offrons à nos gamins pour les divertir, les occuper, les préparer à la vie, comme si nous avions accès à leur imagination, naïve, cruelle, joyeuse, déviante. C’est assez vertigineux. Et tout ça avec quelques bouts de plastiques signifiants et quelques plans (des plans d’ensemble et des gros plans) collés bout à bout. Et le film s’ouvre sur la revendication de trois inspirations : Morale du joujou de Charles Baudelaire, le Dictionnaire des idées reçues de Gustave Flaubert et La Vie en questions et en exclamations d’Anton Tchekhov. Le niveau de Radu Jude en vingt minutes et si peu de spectaculaire (de simples jouets, bordel) me sidère tant il parvient à restituer toute la sauvagerie du monde.

The star – Nadav Lapid – 2021

34. The star - Nadav Lapid - 2021Contre l’ennui.

   5.0   Dans un monde paralysé par la peur de la maladie, une femme est déterminée à obtenir un baiser de la star de ses rêves. C’est « une comédie romantique de l’époque de la pandémie » pour citer les mots de Nadav Lapid lui-même. Il y a toujours chez le cinéaste israélien une envie de cinéma, une urgence, une folie, ici même dans le registre apparemment fermé du film de confinement. Je ne vois pas trop ce qu’il souhaite raconter ni vraiment pourquoi cette histoire de star cloîtrée sous un plastique mais sa mise en scène – toujours aussi vertigineuse, même sur format court – se loge en revanche dans la parfaite lignée de Synonymes et Le genou d’Ahed. Le film est pourtant tourné en plein covid, contre l’ennui, sans moyens, avec Tom Mercier (l’acteur de son précédent film), sa compagne et son fils.

À bicyclette ! – Mathias Mlekuz – 2025

14. À bicyclette ! - Mathias Mlekuz - 2025Un monde sans fils.

   5.0   De l’Atlantique à la mer Noire, de La Rochelle à Istanbul, Mathias embarque son meilleur ami Philippe dans un voyage à bicyclette, dans le but de refaire le trajet que Youri, son fils, avait entrepris quelques années avant sa disparition tragique.

     Comment ne pas être touché par ce récit de pèlerinage ? Qui plus est avec ces deux-là (Mathias Mlekuz, lui-même et Philippe Rebbot) qui sont aussi drôles que touchants, d’une réplique ou d’une situation à l’autre.

     Mais je m’interroge sur la fabrication. J’ai un problème avec le réel que le film revendique. Ou bien je ne comprends pas bien. Est-ce que ce deuxième voyage a eu lieu et qu’il s’agit d’une reconstitution ? Est-ce qu’on en voit les images filmées pendant le voyage, à la façon d’un reportage ? Où se situe la répétition, l’improvisation ? L’écriture, la mise en scène ? Le vrai, le faux ? Que doit-on faire de tout cela, nous, spectateurs ? En quoi croire vraiment ?

     Il me semble que le film manque de moments suspendus. Qu’il remplit dès qu’il peut. Qu’on y cause beaucoup trop du sens de la vie, qu’on n’y voit pas suffisamment des aléas de ce voyage insensé. Le film gagne dans ses moments de légèreté, perd quand il sort les violons.

     Pourquoi ne voit-on quasi rien des lieux que le duo arpente sinon sous forme de brèves saynètes, parfois en plusieurs morceaux imposés par un montage dynamique ? Pourquoi la caméra n’entre pas en jeu et par conséquent, pourquoi ne voit-on pas celui qui les accompagne ?

     À la toute fin, l’autre fils de Mathias les rejoint en Turquie. C’est beau, fort. Mais durant le générique, les photos (du tournage ? Du voyage ? Les deux ?) montrent qu’il faisait semble t-il parti du voyage. Ce n’est pas clair. Donc je trouve ça touchant. Je trouve Rebbot génial, comme d’habitude. Mais je me sens un peu trop manipulé.

Passages – Ira Sachs – 2023

04. Passages - Ira Sachs - 2023Love is hard.

   6.0   Si dans Passages, je retrouve pleinement la finesse d’écriture et de mise en scène d’Ira Sachs, il m’est en revanche plus délicat d’être ému par la trajectoire du personnage qu’il « défend » – celui qui sera de chaque ou plan, ou presque.

     C’est l’histoire d’un triangle amoureux. De ce triangle, le cinéaste s’intéresse surtout à l’un de ses trois angles : Tomas. Il est cinéaste et est en couple avec Martin mais va tomber amoureux d’Agathe, l’une de ses actrices. Mais Tomas reviendra vers Martin. Puis Agathe tombera enceinte. Et Tomas se dira qu’un bébé serait un vecteur d’équilibre et fantasme l’idée de la tri-parentalité.

     Passages est ancré dans Paris mais on n’en verra pas grand-chose sinon ses appartements bourgeois et une dimension cosmopolite déjà appréciée dans Frankie, son précédent film. Mais Sachs n’est finalement pas plus intéressé par Paris que par le monde du cinéma. C’est un film sur Tomas, son incertitude constante.

     Franz Rogowski est un acteur extraordinaire – mais on le sait déjà depuis Victoria, de Sébastien Schipper & Happy end, de Michael Haneke – mais ce personnage plus-égocentrique-tu-meurs ce n’est pas possible. On souhaite lui coller des baffes à chaque plan. On ne sauve que ses nombreux crop-tops. Il en fait trop, en plus. Et sa diction nasale n’aide pas.

     Alors heureusement, Ira Sachs donne de la place aux deux autres. Et Adèle Exarchopoulos & Ben Whishaw sont superbes. On ne les voit juste pas suffisamment. À l’exception de cette scène au café – la seule qu’ils ont en commun tous deux, sans Tomas – absolument magnifique, déchirante.

     Le film reste jalonné de très belles séquences et notamment une superbe scène de sexe qui rappelle celles de Keep the lights on, son chef d’œuvre. Mais c’est une petite déception, au regard de ce que j’attends du réalisateur de Brooklyn Village.

La pampa – Antoine Chevrollier – 2025

09. La pampa - Antoine Chevrollier - 2025Sur le sable.

   6.5   Jojo & Willy sont deux ados inséparables depuis l’enfance. Ils rêvent tous deux de quitter la région, en attendant ils passent leur temps sur leur bécane et en grande partie à la pampa, le terrain de cross local. Mais Jojo a un secret, que Willy va bientôt découvrir. Un secret qui ébranle tout, dans ce monde très codifié, masculiniste et toxique.

     Bonne surprise que ce premier film, qui parvient à détourner les poncifs de toutes les thématiques qu’il aborde : récit d’amitié contrariée, coming of age, territoire prison, relations père fils, deuil impossible. La liste en impose, l’objet semble casse-gueule à souhait mais Antoine Chevrollier, dont c’est le premier long métrage – mais il a notamment réalisé de nombreux épisodes de Baron noir et Le bureau des légendes – dynamite le programme.

     Entre cette histoire de circuit et de jeunes qui tournent en rond, évidemment, le film a tout pour être un peu lourd, mais le cinéaste l’investit à la fois pleinement et de façon assez incarnée. La Pampa parvient à faire exister ses lieux (cette arène sableuse dédiée au moto cross bien sûr, mais aussi cet hôpital désaffecté qui renferme la grande douleur d’un personnage, ainsi que ces chambres d’adolescents…) ses personnages, cette amitié.

     L’impression qu’il tisse un scénario très sophistiqué autour de ce cœur pour s’en extraire systématiquement. À ce petit jeu, la dernière course (à la place de) est un modèle de fausse piste. Sans en dire trop, faut-il continuer le circuit en hommage à papa et au copain ? Le film y répond très simplement par une sortie de piste très touchante. Il surprend souvent. Ne réussit pas tout, loin de là mais il s’avère assez stimulant.

12345...406

Catégories

Archives

janvier 2026
L Ma Me J V S D
« déc    
 1234
567891011
12131415161718
19202122232425
262728293031  

Auteur:

silencio


shaolin13 |
Silyvor Movie |
PHILIPPE PINSON - ... |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | Playboy Communiste
| STREAMINGRATOX
| lemysteredelamaisonblanche