Frantz – François Ozon – 2016

16730095_10154429318257106_2829221840116034782_nL’étranger.

   6.1   1918 en Allemagne. Anna se rend chaque sur la tombe de son bien-aimé, mort au front. Elle croise bientôt un homme qui vient lui aussi pleurer sur la tombe et y déposer des fleurs, fait sa connaissance et apprend d’une part qu’il est français et qu’il était un ami de son Frantz. Il y a deux films en un. La première partie est déstabilisante car autant la douceur d’approche et de compréhension entre l’étranger et la belle-famille en deuil d’Anna est très belle, autant il y a un curieux suspense, un peu gênant puisqu’un peu roublard, sur son identité. Comme le film est vu du point de vue de la jeune femme, ça passe. On pense d’abord qu’Adrien (Le jeune français, Pierre Niney, donc) a tué Frantz et qu’il vient, rongé par les remords, pour s’en excuser. Avant de croire qu’il était son amant. Ça aurait fait un beau film d’ailleurs, de voir ce garçon français, tomber amoureux de la petite amie de son amant allemand. C’eut été plus casse-gueule c’est sûr. On y croit d’autant plus que d’étranges flash-back en couleur (qui n’en sont finalement pas) tentent de nous tromper. La deuxième partie, une fois le pot aux roses dévoilée perd en mystères ce qu’elle gagne en quête romantique et spirituelle. Anna (Paula Beer, révélation, j’espère qu’elle aura son César) devient le personnage mobile et fort là où elle était figée et chétive. Si le film manque d’émotion et d’ambition formelle et romanesque, il ne rate pas grand-chose surtout dans sa manière de brosser le (double) mensonge – La thématique qui parcoure quasi toute l’œuvre du cinéaste – comme vecteur de vie, d’émancipation, d’apaisement voire de résurrection puisque Adrien incarne un peu malgré lui, auprès des parents de Frantz, le fils d’adoption avant qu’il ne serve de simple tremplin pour l’élan nouveau de la jeune femme. Que le film s’en serve en tant que discours pacifiste le rend plus beau encore. Un poil trop rigoureux dans sa plasticité, avare dans son intensité et binaire dans ses enchaînements couleurs / noir et blanc pour prétendre égaler les meilleurs Ozon, mais dans le haut de son panier, déjà bien garni (C’est son seizième long métrage) quoi qu’il en soit.

Les Délices de Tokyo (An) – Naomi Kawase – 2016

16425824_10154397999747106_8791527397476386341_nTrois en un.

   5.4   Anecdotique au sein de la filmographie de la réalisatrice japonaise, Les délices de Tokyo ressemble davantage à un film de Kore-Eda (Un Still walking en mode mineur) qu’à ses précédents travaux. Ceci étant, j’ai raté Hanezu et Still the water. Naomi Kawase restera pour moi l’auteur de deux films merveilleux : Suzaku et Shara. Et d’un plus discret mais non moins passionnant, Genpin, qui sur des bases purement documentaire renouait avec son cinéma cyclique où toujours se côtoient la naissance et la mort. Mogari, déjà, m’avait déçu.

     C’est un film charmant, dans lequel un homme (au passé trouble, que le récit va éclairer un peu mécaniquement) gérant d’une guinguette qui vend des Dorayakis (Pâtisseries traditionnelles fourrées aux haricots rouges confits) se voit proposer de l’aide par une vieille dame de 75 ans qui va lui apprendre à faire la pâte (Jusqu’ici il ne la faisait pas lui-même) et à « écouter parler le haricot ». Elle va lui apprendre la vie, en somme. Toutes les séquences de préparations culinaires sont très belles, Kawase comme a son habitude observe les gestes, nous fait presque sentir les saveurs.

     Les délices de Tokyo aurait sans doute dû s’en tenir à cette approche hypnotique, d’une gestuelle très pure, d’un environnement minuscule – La première partie du film se réduit essentiellement à l’espace intime de cette échoppe. Dès qu’il s’en extraie, soit pour tenter de créer un personnage périphérique (la jeune adolescente) soit pour raconter une sombre histoire de ségrégation de lépreux, soit pour capter les fleurs des cerisiers, les rayons du soleil à travers les branches, le film est plus convenu dans son esthétique et sous les coutures du mélodrame.

     Et puis c’est tout un petit programme qu’on voit se dessiner bien trop clairement : On sait d’emblée que les mains de la vieille dame poseront problème, on sait aussi de par son âge qu’elle va mourir ; Quant à lui, mutique, on imagine qu’il transporte, quelle qu’elle soit, le fardeau de la douleur et de la solitude. Trois personnages, trois générations un peu à côté du monde, en somme – Dont on va appuyer l’enfermement par une apparition d’oiseau mis en cage que la vieille dame finira par relâcher, des branches de cerisiers croisées à des câbles électriques. C’est pas le plus subtil des films de Naomi Kawase, on va dire. Ce qui ne l’empêche pas d’être attachant et doux.

Les bronzés font du ski – Patrice Leconte – 1979

16463873_10154387352102106_5996913839371342252_oVin chaud et planté de bâton.

   7.3   Difficile d’être objectif sur un film que l’on connaît à ce point par cœur mais je tiens juste à dire que toutes les situations sont drôles parce que bien écrites et même si tous les poncifs de la comédie sont réunis (sketchs, running gag, calembours…) le film respire cent fois mieux que toutes les comédies populaires éculées que l’on croise dans nos salles aujourd’hui.

     On a beau le connaître par cœur, chaque scène, chaque réplique, chaque enchaînement, on rit encore grassement, on ne voit pas le temps passer. Mais on le connaît par cœur, c’est un fait. Ce qui ne trompe pas ce sont les choses le plus anodines, un mot, un nombre, un objet. Par exemple, on sait que dans le village de montagnards, pendant la diffusion des chiffres et des lettres, le mot de 8 lettres c’est Blumaise. Tout aficionado des Bronzés sait ça. On sait aussi que Jean-Claude Dusse a la chambre 14 avant d’hériter de la 89. Que les skis de Bernard & Gilbert sont des Cut 70 au design bleu/rouge. On sait que Jérôme fait 67’22 alors qu’il pensait les piler au critérium après son 45’8 à l’entraînement. Que le refuge se trouve dans le massif de la coulée du grand bronze, que le cochon s’appelle Copain, le chien Pépette. Que la fausse adresse donnée par Bernard à Popeye c’est le 10 rue Montmartre. Qu’on voit dans le dernier plan du film la moonboot de Popeye et qu’elle est rouge. Bref des trucs parfaitement inutiles. Pourtant, j’ai découvert un truc qui ne m’avait jamais frappé avant : La crêperie de Gigi c’est « Aux trois petits pots de beurre ». Tu t’en tapes, hein ? Et bien pas moi. J’avais l’impression qu’on m’avait, jusqu’à aujourd’hui, caché ce plan.

     D’autant que ce n’est pas le seul inédit puisque pour la première fois je voyais Les bronzés font du ski au cinéma. Et bah « ça ramone les poumons, hein » franchement. La salle était quasi pleine, tout le monde semblait le connaître par cœur, on riait tous franchement. C’était cool.

     Toujours est-il qu’il est agréable de revoir notre petite bande de beaufs à Val d’Isère. Alors qu’ils sont tous un peu détestables ou ringards dans le fond. Ce qui fait qu’on les aime c’est probablement qu’ils sont tous un peu looser : Les couples sont souvent sur la brèche, curieusement assortis ou réfugiés dans la colère ; Les célibataires sont pas prêts de ne plus l’être, ils sont un peu tristes et risibles, Dusse autant que Popeye. Et le groupe est fragile et explosif sitôt qu’on le perd dans sur les hors pistes de haute montagne. Ils sont beaucoup trop simplets ou trop méchants ou les deux. Et on les aime comme ça. Médiocres. Touchants et dégueulasses. Leconte et sa bande auront réussi à trouver cet équilibre parfait. Ainsi qu’à trouver des situations géniales autant dans leur banalité (Essayage de chaussures, cours de ski), leur jonglage avec les clichés pour les transcender (Les skis qui s’affaissent, le télésiège qui ferme, la crêpe au sucre), leur glissement vers l’extraordinaire (Le refuge avec les italiens, la double dégustation chez les montagnards : Les deux meilleures séquences du film).

     Le film joue sur plusieurs registres d’humour et notamment le running-gag avec Bernard & Gilbert, qui ont les mêmes skis « Eh ouai t’as les mêmes sauf que les tiens ils sont vieux », la même caisse, se croisent au tire-fesses et sur leur parking. On se délecte des promesses de Jean-Claude auto persuadé qu’il va conclure, avec la réceptionniste de l’hôtel, une nana qu’il a renversé en ski, Anne Laurencin, Gigi & Nathalie quand il imagine que la fin est proche, au moment du départ avec Christiane. On aime Jérôme persuadé qu’il va remporter le critérium grâce à ses skis qui ont fait deuxième à Crans-Montana. On adore la blague de Marius qui fou du fil dans la fondue, le gros bâtard. On aime la délicieuse apparition de Roland Giraud ou celles du cousin de Martine, la femme de Popeye. On aime la boucle sur Madame Schmitt, le moniteur de ski, la liqueur d’échalote. 

     Et puis Les bronzés font du ski c’est forcément une palette d’expressions entrées dans mon langage courant :

 « J’t’expliquerai »
« Dusse, avec un D comme Dusse »
« La trouille sans doute ? »
« Ecoutez c’est formidable on est l’16 »
« On sait jamais, sur un malentendu ça peut marcher »
« Quelqu’un veut de mon Bordeaux ? »
« Je vois pas pourquoi je devrais supporter cette croûte »
« T’es mauvais, t’es mauvais »
« Dans dix minutes je nous considère comme définitivement perdu »
« J’me suis senti à l’aise »
« Ça tombe bien mon frère est gendarme »
« D’ailleurs on t’a pas reconnu »
« Lui dès fois j’te jure il a un humour pénible »
« On a fait un détour simplement parce que c’est joli »
« J’y vais mais j’ai peur »
« Vous l’faites, moi j’le fais pas »
« Comme quoi y a de belles balades dans le coin »
« Oh là là qu’est ce que c’est qu’c’travail »
« J’ai l’impression qu’il va faire beau »
« J’crois qu’j’vais dormir comme une masse »
« Et bonne chance surtout »

Bref, c’est sans fin. Un puits inépuisable.

Lisa et le diable (Lisa e il diavolo) – Mario Bava – 1973

16700500_10154429318367106_7331366048173177186_oAux origines.

   5.5   Etrange sensation devant Lisa et le diable, l’un des derniers films réalisé par Bava puisque j’avais souvent le sentiment d’avoir déjà vu le film, à la fois avec ces images-là et pas tout à fait non plus. Un souvenir flou de film beaucoup moins beau et nettement plus charcuté. En fait, c’est simplement que j’ai vu La maison de l’exorcisme l’an dernier (que j’ai un peu vite oublié) et en effet je me souviens avoir lu qu’il était une version commerciale de Lisa et le diable, tronquée dans ses flottements et accompagnée de séquences d’exorcisme pompées sur le film de Friedkin. Bref. Le diable c’est toujours Telly Savalas, Kojak avant l’heure, qui suce des sucettes. Et le film s’ouvre dans les ruelles de Tolède dans lesquelles il nous perd littéralement, ouverture magnifique qui entre d’emblée le film dans une rêverie morbide où Lisa se retrouvera comme happée par les forces du Mal au sein d’une demeure isolée. La version voulue par le producteur est épileptique, notamment de par son montage ingrat, la version originale est plus engourdie, hypnotique, un peu mollassonne devrais-je même dire. Je me rends compte, après avoir vu quatre Bava, que je ne suis pas vraiment touché par son cinéma, j’y vois bien entendu une forte personnalité, une esthétique à part entière (mais je lui préfère celle d’un Argento, par exemple) mais ça ne me cause que par intermittence. Le temps d’une scène ci et là, comme ici quand Lisa ère entre les pièces du manoir, là durant la scène bien gore de la voiture ou dans sa gestion d’une temporalité disloquée. Super décor le manoir quoiqu’il en soit et gros travail sur la composition des plans, à l’image du photogramme choisi.

Les minions – Pierre Coffin & Kyle Balda – 2015

16641046_10154429318447106_7734451031180703275_nEux, jaunes et stupides.

     2.0   Faire un film sur les minions c’est un peu comme si Pixar faisait son film sur les petits extraterrestres de Toy Story. Le film où l’inutile mais rigolo sidekick devient central, juste pour le fun, juste pour les gosses, en somme. Le résultat est hystérique, moche, assourdissant. Et impossible de rire si on a plus de cinq ans ou si l’on n’a pas trois grammes. C’est une sorte de préquel du déjà très nul Moi, moche et méchant agrémenté d’un juke box passe-partout combinant Les Doors, les Stones, The Who, Donovan, Spencer Davis Group, bref que des trucs très bien, mais déjà entendu mille fois ailleurs, grosse prise de risque. Un moment les minions, ces petites bananes en salopettes aussi débiles que Les Lapins Crétins, s’extirpent des égouts et sortent sur un passage piétons sur lequel traversent les membres des Beatles. Et tout est comme ça, c’est dire le niveau. Disons que ça existe pour vendre des cartables, des pyjamas et des happy meal quoi, c’est tout.

Les Innocentes – Anne Fontaine – 2016

16700231_10154429318797106_3731598626795163715_oBaby-boom au couvent.

   3.4   Je l’ai surtout vu afin de me mettre à jour pour les César la semaine prochaine, parce que bon, Anne Fontaine, sauf exception, je m’en tamponne. Et c’est un film chiant. Le prototype même du film français que ceux qui trouvent que le cinéma français c’est nul vont voir. Le couvent est filmé n’importe comment, Lou de Laage joue comme une cafetière, et on devine chaque scène cinq minutes avant qu’elle n’arrive. Nonnes obligent, j’ai pensé au film de Pawel Pawlikowski, Ida, sorti en 2014 et bien s’ils sont tous deux opposés, je n’aime ni l’un ni l’autre. Soit parce que l’un pense la forme en tant que pose, quand l’autre ne pense qu’au fond sans jamais le traiter cinématographiquement. Reste la présence de Vincent Macaigne, assez étrange, puisqu’il joue comme d’habitude et mine de rien il offre une voie de sortie au film, quelque chose qui aurait pu être émouvant mais qui reste au stade embryonnaire puisque ce qui intéresse Fontaine c’est son convent et la dureté qui doit s’en dégager, non sans un certain mécanisme grossier inhérent au genre avec notamment la mère supérieure abjecte qu’on va punir à coup de syphilis. Et dire que c’est en compétition pour le meilleur film…

Sicario – Denis Villeneuve – 2015

29La bête sans la belle.

   3.7   Enemy m’avait semblé plus ennuyant qu’insupportable mais à la réflexion, je me demande si ce n’est pas sa vacuité suffisante qui m’exaspère. Sicario ne joue pas dans la même cour mais c’est typiquement le genre de truc devant lequel je reste en retrait. Trop bourrin, sans doute, mais surtout beaucoup trop certain de son absolue maîtrise sous testostérone. Il y avait déjà ça dans Prisoners mais le film était fort malgré tout, glauque mais rondement mené, dense sans être long. J’attendais de Sicario quelque chose dans la lignée de l’excellent Zero Dark Thirty, de Kathryn Bigelow, sur les terres de Breaking Bad, d’autant que Premier contact m’avait complètement réconcilié avec l’auteur d’Incendies qui m’avait chaviré – malgré ses rebondissements aux forceps – il y a sept ans. Mais tout est ici bien trop froid et programmatique pour éveiller un semblant d’empathie qui plus est avec cette fadeur lourde qui nourrit chacun des personnages. J’ai l’impression que tout a été surtout pensé pour que chaque coup de feu fasse sursauter, que chaque plan soit virtuose, que chaque pics de tension veuille en mettre plein à la vue – N’est pas Mann qui veut. Et que toujours le récit s’engloutisse davantage dans une ambiance plus sombre et pesante encore, accompagnée des stridences de Jóhann Jóhannsson et ses orgues/percussions bien graves. Alors ok c’est un produit bien fait, qui ne cherche aucunement à te prendre par la main, mais qui veut montrer sans cesse qu’il a des couilles. Et franchement moi, ça m’en touche une sans faire bouger l’autre.

PSG/Barcelone – 1/8e aller, Ldc 2017

6681603_66sxtbtp_1000x625Quid de la MRK ?

     C’était un match qui faisait peur. D’une part car les deux équipes souffrent sensiblement de la même manière en championnat et ne seront sauf gros bouleversements pas championnes en fin de saison, la faute à deux rouleaux compresseurs : Monaco & Le Réal Madrid, tous deux aussi en course en Champions league. D’autre part car le PSG lors de ses trois derniers huitièmes s’en est toujours sorti – Parfois dans une extrême douleur via des inspirations miraculeuses – pour finalement… perdre un peu lamentablement (La purge l’an passé contre City) et systématiquement en quart de finale. Sauf que voilà, cette année, l’adversaire ce n’était ni Chelsea ni le Bayer Leverkusen, non, cette année c’est le Barça et sa terrifiante MSN.

     Ces derniers temps on ne parlait plus que de ce match se déroulant le jour de la Saint Valentin, déclenchant des blagues ras des pâquerettes en chaine, inutile de les énumérer, ce serait faire de la pub à cette fête ridicule et commerciale pour bourgeois beauf. Dans les infos de dernières minutes, outre le plaisir de voir une triplette Draxler/Di Maria/Cavani, le couperet allait tomber : Thiago Silva, victime d’une gêne persistante au mollet gauche, serait forfait. J’aime bien Kimpembe, hein, mais comme baptême en champions league on fait plus rassurant qu’un rôle charnière face à l’attaque bulldozer Messi/Suarez/Neymar. Sur les côtés, Emery préfère Meunier & Kurzawa à Aurier & Maxwell, il la joue offensive, ça me va. Avec Rabiot en guise et place de Motta, suspendu, voilà une équipe du PSG plutôt inédite (et jeune) dans un match de ce standing. Wait & see.

     On ne va pas faire de faux suspense, ce PSG-là a produit ce mardi 14 février son plus beau football depuis quand, bah c’est simple, depuis toujours. La copie parfaite, comme on a pu le lire dans tous les journaux sportifs et non-sportifs. Parfaite dans le jeu (Incroyable maitrise technique), dans l’engagement et dans le score final. On pourra toujours dire que le Barça n’était pas à son meilleur niveau, certes, mais autant d’apathie et d’abdication n’arrivent pas tout seul : Le Paris Saint Germain a clairement fait mal jouer le FC Barcelone, point. En les muselant constamment, les pressant archi haut quatre-vingt-dix minutes durant, en les débordant dans tous les compartiments du jeu, que c’en était parfois presque gênant : Cette double récupération de ballon de Kimpembe sur Messi, cette transparence absolue du grand Iniesta, cet attentat immonde de Gomes sur Draxler. Il y avait une équipe perdue et une autre qui en voulait.

     Et ça s’est senti dès les premières secondes. Jamais cette année nous n’avions vu le PSG aussi incisif, concerné et désireux de construire pour marquer, accepter le combat en permanence, ne jamais lâcher un duel, en gestion comme en défense. Il y avait tellement d’engagement que Rabiot allait prendre un premier carton jaune au bout de 2min40 de jeu. L’angoisse pour un joueur : Faire tout un match avec un jaune dans la tête, contre le Barça qui plus est. Pourtant, le mec s’est pas laissé démonter, il a joué pareil, gardé cette même intensité 90 minutes durant et récupéré 12 ballons. Homme du match, à mes yeux. Quant à Kimpembe (Qui était l’énigme du jour) il a tenu sa place sans doute mieux que Silva l’aurait tenue, il a été parfait, vaillant, moteur. Et Meunier dans tout ça ? Car voilà un joueur pour lequel je restais sceptique. Joueur talentueux, hein, mais que j’avais du mal à sentir décisif. Et bien lui aussi il a fait mieux que faire oublier Aurier, je l’ai trouvé incroyable de justesse en permanence et puis ce double enchainement orienté qui efface Neymar et amène le quatrième but, je ne m’en suis pas remis, perso. La MRK je te dis !

     Pour bien faire il faudrait parler des onze acteurs du jour, tant cette étincelante victoire est avant tout collective. Je ne parle pas des prestations de Verratti et Marquinhos, qui sont devenu avec le temps le socle indispensable de cette équipe. Je passe sur l’aisance de Trapp (Nettement plus rassurant qu’un Aréola) qui fait la bonne sortie sur Gomes quand il faut, je passe aussi sur Kursawa, le seul à m’avoir semblé un poil suffisant sur son côté même s’il gêne, aussi quand il faut, Umtiti sur l’occasion du poteau et surtout qu’il est à l’origine du troisième but. Un mot sur Matuidi, le seul qui techniquement pose problème au sein de l’équipe, mais toujours volontaire et tellement volontaire ce soir-là qu’il en a été excellent techniquement. Quant aux trois buteurs, inutile de s’attarder : Voilà depuis juillet qu’on attendait Di Maria à ce niveau. Draxler, lui, est d’ores et déjà essentiel. Et je suis ravi pour Cavani, qui donne tellement, qui veut tellement bien faire. Dingue qu’un type aussi volontaire soit aussi maladroit, et dingue qu’un joueur si maladroit mettent parfois des buts quasi impossibles comme celui-là.

     Si l’on ne voit pas trop comment le Barça peut se tirer de ce « désastre » (Pour reprendre le titre d’une presse espagnole) il faudra rester méfiant sur le match retour au Camp Nou, continuer à jouer pour gagner, c’est ce qui réussit le mieux au PSG. Et en un sens je m’en fiche un peu. D’une part car je crois en Emery et ses joueurs, d’autre part car on a déjà eu notre moment de gloire surprise de l’année. On ne s’attendait pas à gagner, maintenant on s’imagine bien tout gagner. On est entré dans une autre ère. Comme Meunier, Rabiot et Kimpembe. Bravo les gars. Et merci pour cette soirée.

Bang Gang – Eva Husson – 2016

31La grande illusion.

   6.2   Bien qu’on puisse le rapprocher du cinéma de Larry Clark, Bang Gang trouve vite son identité, son rythme. Il y a un vrai regard 2016 sur une jeunesse qui ne trouve pas sa place, rêve d’amour et se libère dans un trip orgiaque, vain, éphémère.

     On est sur la côte Atlantique, dans un bled qui n’est ni précisé par le texte ni par la mise en scène – On reconnaît tout de même Biarritz un moment donné. C’est ici, c’est ailleurs, partout et nulle part. A l’image de cette curieuse affaire, (tirée d’une histoire) vraie sans l’être, allégorique et avortée à peine lancée.

     Un petit groupe d’ados de seize ans profitent de la baraque/piscine des vieux de l’un d’eux pour faire la fête, fumer des pétards et baiser. Ils créent ce qu’ils appelleront les Bang Gang, sorte d’actions sans vérités visant la partouze géante, filmée et balancée en ligne. Le smartphone devient le prolongement de leurs désirs et plaisirs, l’ultime instrument de fantasme avec le porno, il est aussi cet écran qui leur adjoint une identité schizophrène.

     La mise en scène d’Eva Husson est audacieuse, sensuelle et crue, pleine d’allés et venus entre spleen et sexe. Elle ne semble régie par aucune règle, pas même celle du film solaire, tant on semble hors saison, à la fois proche d’un automne à la Simon Werner que d’un été à la Kids. Une voix off s’extirpe puis est oubliée, un point de vue est délaissé pour un autre, des amitiés se croisent. La grande réussite est probablement d’avoir su créer de fortes personnalités tout en y injectant une interchangeabilité forte, celle d’une adolescence faussement groupée, pas vraiment en duo non plus.

     Et si géographiquement le film est très flou, il libère des espaces temporels incongrus ; une réalité quasi parallèle, aux relents fantastiques. Car autour de cette bande d’ados le monde semble se dissoudre dans un chaos de catastrophes ferroviaires. Il y avait déjà cette idée dans le joli 17 filles qui accompagnait ses grossesses d’un curieux univers de crise de pêche.

     Bang Gang est un film sans colonne vertébrale, plein de trous que le film ne suffira pas à remplir, des sentiments incompréhensibles. Ici des parents sont absents, là un gamin s’occupe de son père paraplégique. Certains préfèrent mater les jeux olympiques à la téloche plutôt que rejoindre leur amoureuse, embarquer les hamsters de leur classe plutôt que de les laisser seuls en cage tout le week-end.

     Il n’y a pas que des bonnes idées, il y a notamment une bonne dose de complaisance parfois dans la mise en scène atmosphérique, sa crudité pas trop trash, c’est aussi très évanescent pour marquer vraiment, mais le film est habité par une belles troupe de jeunes comédiens (dont l’acteur qui joue David dans Nocturama, l’actrice qui joue Kimberly dans la saison 5 d’Engrenages) qui ne ressemblent en rien aux comédiens français qu’on a l’habitude de croiser dans d’autres teen movie.

     C’est un film libre et dispersé, qui m’a finalement beaucoup fait penser au Bling Ring de Sofia Coppola. Très chorégraphié, très dansant aussi, il me semble que le film réussit parce qu’il ne cherche aucunement à choquer. Même l’issue, qui a tout pour être glauque et punitive, est très douce, marque une page qui se tourne pour en ouvrir une autre. Bonne surprise. Et réalisatrice à suivre.

Those for Whom It’s Always Complicated – Eva Husson – 2013

30     4.0   Un couple se trouve puis s’éloigne et s’en va se perdre dans la vallée de la mort pour se retrouver. Une femme viendra se greffer au voyage conjugal, et pas n’importe laquelle puisqu’il s’agit de son ex-femme à lui. Comédie assez anecdotique mais qui révèle déjà une ambition esthétique intéressante car singulière, dans sa façon de filmer l’espace (le désert) comme un refuge abstrait, au danger impalpable, ainsi qu’une sensualité très chorégraphiée (alternant avec équilibre plans longs et brefs, courtes et longues focales) entre danse, fou-rire, chansonnette, silence et malaise. Annonce bien Bang Gang même si encore trop guidée par l’imagerie Sundance.

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silencio


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