The Affair – Saison 5 – Showtime – 2019

24. The Affair - Saison 5 - Showtime - 2019Les choses de la vie.

   7.0   Voilà, The Affair, c’est fini. Je ne vais pas m’étendre, je l’ai suffisamment fait lors des saisons précédentes et celle-ci est loin d’être la meilleure. Pas toujours inspirée (Ce dernier plan – entre autre – ce n’est pas possible) ni passionnante (j’ai mis du temps à regarder ces onze épisodes, c’est rarement bon signe) elle n’en est pas moins parcourue de belles fulgurances. Et d’émotion puisqu’à la manière de nos personnages, en pleine retrouvaille (on en a rêvé) lors des deux derniers épisodes, nous contemplons les pots cassés, ce qu’on a traversé pour en arriver là – Un peu comme le faisait (beaucoup mieux) Mildred Pierce, de Todd Haynes. C’est une ultime saison très inégale, mais audacieuse sur bien des points. Il y a de grands moments. Le dernier épisode en est un.

     Juste une chose : pour sa dernière sortie, la série tente quelque chose d’un peu farfelu. S’il s’agit toujours de suivre des chapitres centrés sur un personnage, jusqu’à parfois troquer Noah ou Helen pour Whitney et Sierra, l’un de ces prénoms va vraiment troubler nos habitudes : Joanie. Lors de ces chapitres (ils sont nombreux) la série choisit d’évoluer dans le futur, en 2053 plus exactement avec une Joanie incarnée par Anna Paquin (Sookie, dans Trueblood ou Malicia, dans X-Men) et si le parti pris flashforward est on ne peut plus casse-gueule – J’ai cru au carnage, au début, très franchement – c’est finalement sur ce terrain qu’elle va trouver ses plus beaux instants. En revanche tout ce qui tourne autour de la post catastrophe écologique reste superficiel. On sent que la série veut se la jouer actuel, parler du climat tout en évoquant Metoo, puisque Noah va pas mal morfler à ce sujet. Mais le cœur est ailleurs.

     Avec un peu de recul on peut dire que The Affair, qui était au-dessus du lot sur ses deux premières saisons, aura raté son prolongement. Je l’aimais bien mais la saison 3 n’était pas bonne, soyons honnêtes. En revanche la série avait su rebondir puisque la saison 4 était très forte mais laissait un (dé)goût d’achevé ou de ça-pourra-jamais-plus-être-aussi-bien. Et c’est là où les créateurs sont forts car oui Alison & Cole nous manquent cruellement, mais c’est quand même bien. Alors oui, tout n’aura pas été parfait loin de là – et cette ultime saison aura aussi été à cette image – mais c’est un adieu ému. Je me souviendrai de The Affair.

Mytho – Saison 1 – Arte – 2019

27. Mytho - Saison 1 - Arte - 2019Arrhes du mensonge.

   6.0   Cette histoire de mère de famille débordée par le quotidien, invisible des siens, s’inventant un cancer qui va lui offrir l’affection et l’attention qui lui manquaient tant, m’intriguait beaucoup. Un Breaking bad inversé à la française, pourquoi pas après tout ? Le premier épisode, laborieux, m’a beaucoup dérangé. Je détestais chaque personnage de cette famille. Je ne voyais que les épaisses coutures ou uniquement de la caricature. Et la série va jouer de cela, de ses apparences pour les déformer, à l’image de personnages secondaires comme le patron ou la pharmacienne. Mytho s’affine, trouve son rythme, surprend, rebondit tout le temps, se pare d’intrigues parallèles à priori pas fondamentales, au point qu’elle pourrait tout aussi bien s’en tenir à ce one shot que s’étirer sur d’autres saisons afin de suivre les répercussions du dévoilement du mensonge et les origines d’Elvira. On sent la patte Gobert dans la forme, ces pavillons résidentiels qui rappellent Les revenants ou Simon Werner a disparu. Tout n’est pas maitrisé, la construction est un peu approximative, le ton pas toujours très homogène. Mais il y a aussi des choses à garder et notamment tout ce qui tourne autour du pitch et du personnage incarné par Marina Hands. Marina Hands est géniale, il faut le dire. Bref je conseille, d’autant que six épisodes de 45min ça déroule.

Brooklyn affairs (Motherless Brooklyn) – Edward Norton – 2019

17. Brooklyn affairs - Motherless Brooklyn - Edward Norton - 2019If…

   5.0   C’est pas mal. Un peu désuet, un peu long, un peu mal fagoté, mais c’est pas mal. En revanche je ne vois pas trop ce qui intéresse Norton là-dedans (il paraît qu’il planche sur l’adaptation de ce bouquin depuis vingt ans) hormis le fait d’incarner (pour la performance, syndrome Joker, toujours) ce curieux personnage, privé maladroit atteint du syndrome de Gilles de La Tourette, qui pourrait être une somme de ceux qu’il a campé jadis, d’Aaron Stampler (Peur primale) à Jack Teller (The score) en passant évidemment par celui qu’il incarne magistralement dans Fight club.

     Très bien, mais il ne me montre à aucun moment que tout cela le passionne, ni cette enquête sur le meurtre du mentor (Bruce Willis, de passage éclair) ni le milieu des détectives privés en imper’noir, platement décrit ni ce New York des années 50, décharné, gris, c’est très problématique. Il n’y a que la séquence dans le club de jazz qui sorte un peu du triste lot. Et puis c’est un film noir rétro sans rebond, sans fulgurance et ça s’étire sur 2h30. C’est long. L’affrontement final est d’ailleurs à cette image : Long et vide.

     J’ai un peu dormi aussi, ceci explique sans doute cela. C’est assez chouette pour une bonne sieste, je recommande : ça ronronne, on s’assoupit, on ouvre les yeux et on profite du charme discret de Gugu Mbatha-Raw, de l’élégance naturelle de Bobby Carnavale ou de la diction désarticulée et bondée d’insultes de son héros, on s’assoupit à nouveau, on reprend et il semble qu’on n’ait pas raté grand-chose. C’est plutôt agréable comme somnifère. Avec Sibyl, je pense que ce sont les plus belles moyenneries de l’année. Rien qui ne passionne, rien qui n’agace. Il en faut.

Top20 Albums 2019

01. Nick Cave & The Bad Seeds - Ghosteen     Voici les vingt disques que je retiens cette année. Auraient pu y figurer mais restent sur le banc de touche : Tim Hecker, Felicia Atkinson, Richard Hawley, Andy Stott ou encore Bill Callahan. A noter que trois bandes originales pouvaient figurer dans ce top mais puisque je ne savais pas où les glisser, je leur offre une mention spéciale en fin de billet. Allez, le top :

Nick Cave & The Bad Seeds, Ghosteen.

     « I’m beside you / Look for me / I try to forget / To remember / That nothing is something / Where something is meant to be » C’est un véritable météore émotionnel. L’un des plus beaux disques de l’année, de la décennie. Et le complément parfait au sombre disque précédent. Un album de deuil, dur, dense et déchirant, mais aussi un album de lumière dans les ténèbres, qui se ferme là-dessus : « Everybody’s losing someone / It’s a long way to find peace of mind / And I’m just waiting now for my time to come / For peace to come » C’est beau à chialer. Sans parler des douze incroyables minutes offertes par le titre éponyme, l’un des trucs les plus beaux entendus depuis très, très longtemps. Comme Skeleton tree en 2016, difficile pour moi de voir un autre disque tout en haut en 2019.

Swans, Leaving meaning.

     Pour être tout à fait honnête, lors de la première écoute je me suis posé beaucoup de questions : C’était dense, certes, mais aussi très hermétique, je suis un peu resté sur la touche. Même si un petit Swans n’est jamais un petit disque, je ne pensais pas y revenir. Mais j’y suis revenu. Encore. Et encore. Et si c’est un disque très différent des trois précédents, qui formaient un tryptique absolument parfait, je crois finalement que je l’aime autant. Je crois que j’y suis même revenu davantage que sur Glowing man ou To be kind. On ne va pas y aller par quatre chemins, c’est un chef d’œuvre. Bref, Swans aura offert cinq immenses albums en dix ans. C’est donc haut la main le groupe des années 10.

Rafael Anton Irisarri, Solastalgia.

     Pas de Lawrence English cette année, rien de grave : Irisarri a redoré le blason de l’ambient crépusculaire à lui tout seul, en livrant ce bijou de beauté froide, six morceaux colossaux qui touchent au sublime. Il y a quelque chose d’à la fois brut et chatoyant dans les denses envolées de l’américain, nappes drone aux textures complexes, d’une profondeur abyssale tour à tour accueillante et terrifiante. Aussi puissant que le terme magnifique dont il s’empare comme titre, qui fait référence à la détresse causée par les dégradations environnementales. Fort, très fort.

Quentin Sirjacq, COMPANION.

     Auréolé d’un titre aussi humble qu’honnête tant c’est le disque idéal pour traverser l’hiver, le nouvel album de Quentin Sirjacq est une merveille, son plus beau depuis La chambre claire. Il semble convoquer les spectres d’Arvo Part et Steve Reich et se libère de son étiquette de pianiste pur afin d’explorer des contrées éclectiques, plutôt électroniques. Evidemment, le piano reste l’instrument central mais il est vite secondé par d’autres, perturbateurs, créant une nouvelle harmonie faite de tout un tas de nappes et percussions qui bouleversent cet univers que l’on aime tant. Un peu comme si Nils Frahm rencontrait Jon Hopkins. C’est somptueux.

Beth Gibbons & Krzysztof Penderecki – Henryk Górecki, Symphony No. 3.

     La chanteuse de Portishead a reçu une volée de bois vert pour cet écart d’orgueil, dirons certains / tentative effrontée, dirons les autres dont je fais partie. C’est simple j’ai trouvé cette adaptation incroyable. C’est l’une des plus belles pièces contemporaines, évidemment à te faire chialer tellement c’est beau (Malick l’utilise volontiers dans son dernier film, d’ailleurs) et ça m’a collé les frissons ici aussi. L’immense symphonie de Goreki trouve avec la voix de l’immense Gibbons qui se marie à merveille avec la direction de l’immense Penderecki, une grâce aussi fragile que bouleversante.

Samuel Kerridge & Taylor Burch, The other.

     Kerridge c’est souvent beaucoup trop brut pour moi. Son électro martiale méritait la tension mélodique que va lui offrir Burch, son acolyte féminine. Collaboration fructueuse qui accouche d’un petit choc tellurique, viscéral et distordu, parcouru par une voix de femme reprenant l’enregistrement vidéo « Jean Cocteau s’adresse à l’an 2000 ». Evidemment, c’est surpuissant. Sept transmissions pour une déflagration.

Kevin Morby, Oh my god.

    Singing saw (2016) fut ma porte d’entrée dans l’univers de ce jeune musicien américain, hyper talentueux. Oh my god est du même calibre et encore meilleur. C’est un classique instantané, qui m’a beaucoup rappelé, dans ses textures et sa richesse – et bien que les deux musiques soient très différentes – le Helplessness blues (2011) de Fleet Foxes, un autre classique (instantané) absolu.

Sylvain Chauveau, Pianisme.

     Pianisme est une collection de titres inédits ou épuisés enregistrés depuis 2004 principalement composés pour des films. C’est du piano, c’est une musique très calme, qui flirte souvent avec le silence et c’est merveilleux. Le meilleur disque de Sylvain Chauveau depuis Nocturne impalpable. Une merveille de douceur, qui m’a donné l’impression d’errer dans un film de Mikhael Hers. Le dernier morceau, In the twilight of Paris, est somptueux. Parfait pour accompagner les nuits.

Lana Del Rey, Norman Fucking Rockwell !

     Après la déception Lust for life, je retrouve ce qui m’avait tant séduit, ému dans Born to die, celui sur lequel je reviens régulièrement. Pas impossible que le temps joue en faveur de NFR ! tant il infuse différemment chaque nouvelle écoute, utilisant son imposante longueur à son avantage soit en brisant les conventions du disque de singles, de tubes et de morceaux de remplissage. C’est au contraire un vrai voyage de quatorze morceaux subtilement orchestrés, harmonieux, oscillant entre trois et dix minutes, duquel on sort bercé avec l’envie d’y replonger illico. Et puis bon, quel bonheur, cette voix. Avant le somptueux trio final il me semble que je fonds surtout pour Cinnamon girl & California.

Fennesz, Agora.

     On entre dans un disque du compositeur autrichien ou on n’y entre pas. Y a pas de juste milieu. Il arrête le temps ou bien il le rend interminable. Dans Agora, j’y suis entré d’emblée et j’aime replonger dans l’univers qu’il façonne, ses textures vaporeuses ou aquatiques, ses drones rêveurs, aussi différents les uns des autres que parfaitement complémentaires, assemblés sur quatre morceaux oscillant entre dix et douze minutes. J’aime l’homogénéité absolue de ce disque et le fait qu’il soit ponctué de discrets éclairs évanescents. Je me demande si ce n’est pas mon Fennesz préféré depuis Endless summer.

Rrose, Hymn to moisture.

     Enième cousin dérivé de Shifted, LAND, Lucy, Restive plaggona pour citer ceux qui m’ont le plus marqué dans le genre ces cinq dernières années. C’est une techno minimale on ne peut plus rugueuse, aqueuse, mais qui tend plutôt vers l’eau rouillée que vers le bain moussant, si tu vois ce que je veux dire. C’est à la fois sale, métallique, strident. C’est puissant, ça ne plaisante pas.

ASC, 1138.

     A la techno explosive de Realm of the infinite – aussi sorti cette année – je préfère largement cette autre création d’ASC, avec sa basse étouffée, gutturale, un peu plus organique, même s’il s’agit évidemment moins de danser dans la stratosphère que de ramper dans les ruines des abysses caverneuses. Pinural, le dernier morceau (qui a le bon goût de s’étirer sur dix minutes) m’a rappelé, en plus retenu, les belles heures de Tzolk’in.

Matmos, Plastic anniversary.

     J’avais oublié Matmos, depuis le sublime The Marriage of true minds, sorti en 2013. Le groupe déjanté de San Francisco revient avec un onzième disque et arpente cette fois les rives du plastique, avec un sens de l’euphorie et la surenchère assez dingue, aussi génial que de mauvais gout assumé. Il m’arrive de l’écouter et de me dire que c’est asphyxiant, ces sonorités glitchs mélangées à des semblants de mélodies carnavalesques. Mais parfois c’est une telle claque, cet ensemble hybride détonnant, que je le relance aussitôt.

Leif, Loom dream.

     Sept morceaux portant chacun un nom de plante, qui alternent de douces nappes ambiantes, parsemées de discrets field recordings, se laissant parfois aller à une percée plus transe, mélodieuse. Merci pour cette florale écoute.

Ekin Fil, Heavy.

     Des trois disques de la stambouliote sortis cette année, ma préférence ira vers cette réédition remasterisée en vinyle d’une cassette de 2016. J’y retrouve ce qui m’avait tant plu dans le somptueux Ghosts inside. Trente-et-une minutes hantées, littéralement. A conseiller illico aux fans de Grouper.

Hot Chip, A bath full of ecstasy.

     Jusqu’ici je ne comprenais pas trop ce qu’on trouvait à Hot Chip, ça m’avait toujours laissé dubitatif cette pop boursouflée. La surprise est donc totale, A bath full of ecstasy est une merveille de machine à tube, une heure d’extase pure. Absolument parfait dans son genre.

Tyler the creator, IGOR.

     Album aussi inégal que son style, hybride et déstructurée, mais fougueux, tellement loin de tout ce qui se fait de formaté dans le genre, qui me suit depuis sa sortie, que je réécoute régulièrement avec la même admiration. J’aime tout de lui, mais IGOR est de très loin ce qui me plait le plus de la part de Tyler, the creator depuis la bombe Goblin, que fut son premier album en 2011.Quarante minutes en ébullition permanente.

Nev Cottee, River’s edge.

     Après le terrassant Broken flowers, River’s edge fait office de parenthèse anodine, comme un disque retrouvé, égaré dans la discographie d’un Léonard Cohen. Mais qu’il est bon de retrouver cette merveille de raffinement folk et la voluptueuse voix du mancunien, façonnée par le tabac. A l’instar de son « cousin musical » Richard Hawley – qui aurait aussi pu être ici pour son très beau Further – je ne m’en lasse pas : L’élégance des vrais ne tarit jamais.

Cigarette after sex, Cry.

     C’est un bonbon onctueux, qui s’impose d’emblée par ses textures planantes, dès la première note, puis les premières paroles : Douce voix androgyne en parfait véhicule d’une berceuse dream pop, sorte de Beach house dénudé ou Cocteau Twins sous Prozac. C’est une confirmation confortable, sage, linéaire, certes, mais que c’est beau. Encore plus beau que l’était leur premier. Une douceur intime, chaleureuse, adéquate pour traverser l’hiver.

Daigo Hanada, Ouka.

     Je vais essayer de ne pas auto-paraphraser ce que je disais sur Ichiru il y a deux ans, mais je ne comprends pas comment le japonais parvient à trouver cet équilibre, doux et majestueux, entre harmonie complexe des accords et finesse rythmique absolue. C’est beau, lumineux, entêtant. S’il ne retrouve pas les éclats incroyables qui habitaient le disque précédent, Ouka n’en reste pas moins une beauté éphémère et suspendue qu’on réécoute en boucle.

Mentions spéciales à trois OST :

Hildur Guonadottir pour Chernobyl,
Bobby Krlic pour Midsommar,
Randy Newman pour Marriage story.

Mad Men – Saison 5 – AMC – 2011

5.01&5.02&5.035.01, 5.02 & 5.03.

19/11/19

     C’est toujours un exercice délicat pour une série que d’allonger, de façon isolée, son format. Le rythme s’en trouve modifié, la construction aussi. Il faut un tout nouvel équilibre. Cette cinquième saison s’ouvre donc sur un double épisode, quatre-vingt-dix minutes, la durée d’un long métrage et l’on s’étonne à peine de penser, quand il se termine, qu’il est bien plus intense, aussi bien du point de vue du fond que de la forme, que 95% de ce que le cinéma peut nous offrir. Un « film Mad Men ». On en rêvait.

     Bisou-Bisou n’est peut-être pas le meilleur épisode de Mad Men, mais il ouvre des pistes passionnantes pour cette saison à venir – la relation entre Megan & Don, notamment mais aussi la place de plus en plus « draperesque » de Pete – en plus de s’articuler autour de ce que promet plus ou moins son titre, à savoir une chanson entonnée par Megan en guise de cadeau d’anniversaire à son homme. Surprise dans la surprise (on sait qu’il abhorre ça) puisqu’il n’était même pas au courant de cette petite soirée en l’honneur de ses quarante printemps. Enfin, les quarante printemps de Don, pas ceux de Dick Whitman, n’oubliera-t-il pas de lui mentionner. Zou Bisou-bisou est d’ores et déjà l’un des sommets érotiques de la série et ce n’est ni Harry ni Stan qui diront le contraire. La scène-nettoyage, n’en parlons pas. Sans parler de Roger chantonnant « Frère Jacques » à Don, le lendemain au bureau. Caviar.

     En outre, la saison s’ouvre sur une imposante ellipse puisque nous sommes propulsés en mai 66 post Memorial day, en plein pendant les manifestations des Noirs. On apprend que Megan & Don se sont mariés. On découvre Joan en train de pomponner. Et bien entendu on assiste aux beaux lendemains d’une agence fleurissante ou presque, s’octroyant de nouveaux gros poissons. Il y a une maitrise narrative absolument déconcertante, ne serait-ce que sur le miroir entre la séquence introductive chez Y&R et la séquence finale chez SCDP où chaque fois les Noirs montent dans les bureaux à cause d’une mauvaise blague, des bombes à eau d’un côté, une fausse annonce d’embauche de l’autre. Terrifiantes années 60.

     L’épisode suivant permet de revoir Betty, qui n’apparaissait pas du tout dans le double épisode introductif. Et c’est un choc. Betty a mangé Betty. Ils ont bien intégrés la grossesse de January Jones, pas de problème là-dessus. Alors, Betty est-elle malade ? Le récit s’articule autour d’une possibilité de cancer de la thyroïde avant de révéler in extremis son caractère bénin. C’est assez curieux mais c’est aussi dans l’esprit de Mad Men de ne pas s’attarder sur ce genre de péripétie qui n’en est pas vraiment une. Cela permet malgré tout de véhiculer une douce proximité entre Betty & Don.

     Difficile de faire des pronostics mais j’ai l’impression que la série enclenche assez clairement, mais tout doucement,  ses adieux. On y parle ouvertement de la mort. De la crainte de voir des enfants grandir sans leur mère. C’est un épisode qui marque une rupture forte au sein des couples, qu’il s’agisse de Betty & Henry, de Megan & Don voire de Trudy & Pete. Affaire à suivre.

5.04&5.05&5.065.04, 5.05 & 5.06.

22/11/19

     Le retour de Greg du Vietnam occasionne d’abord une belle effusion de joie, des retrouvailles joyeusement consommées, la contemplation d’une harmonie familiale qui n’est vite qu’un leurre quand Joan apprend qu’il s’est porté volontaire pour rempiler parce que « là-bas on a besoin de moi » dit-il. Il en faut peu à Joan, qui préserve sa dignité, toujours et le met dehors, définitivement. Au moins, concernant le bébé, la question de la paternité ne pose plus trop de problème.

     C’est un épisode qui va aussi creuser ce nouveau personnage qu’est Michael Grinsberg. M’étonnerait qu’il ne soit que de passage. Il est intelligent autant qu’il est borderline, semble agacer Don à tel point qu’il est pas loin de le virer pour avoir improviser un slogan et envoyer la réunion sur un terrain inattendue, indifféré Peggy avant qu’il ne se confie à elle sur ses origines d’enfant né et élevé dans un camp de concentration.

     Ensuite il y a Don. Il est malade comme un chien. Mais il croise une ancienne conquête, très entreprenante, dans l’ascenseur, alors qu’il est aux côtés de Megan. Plus tard il rentre chez lui pour dormir. Puis il est réveillé par cette ancienne conquête, la fait rentrer pour la remettre dehors, avant qu’elle ne revienne, lui fasse l’amour et qu’il l’étrange puis la l’abandonne sous le lit. WTF ? Puis Megan le réveille avec des croissants. Il a rêvé. Tout ? On ne sait plus. C’est un peu bizarre venant de Mad Men, mais pourquoi pas.

     Avec son atmosphère de meurtres sordides de Chicago, Mystery date m’a soudain rappelé qu’on était dans la sombre période américaine, celle des meurtriers en série, que Fleischer avait si bien captées dans L’étrangleur de Boston, que la série Mindhunter avait su prendre à bras le corps aussi. Fascination et danger planent. On en rigole (au bureau) on en fait des cauchemars à la maison (Sally, réfugiée sous le canapé du salon). Cela permet surtout à Peggy, qui comme souvent travaillait tard, d’être surprise par Dawn, la secrétaire (qui dormait dans le bureau de Don pour ne pas avoir à rentrer seule la nuit) et de l’inviter à dormir chez elle. Toutes deux discutent de quotidien et de réussite mais soudain il y a un silence autour d’un sac. Rien de plus. Mais la série, une fois encore, s’est permis d’ouvrir une « trappe de la honte » quand Peggy observe Dawn et comprend silencieusement qu’elle a compris.

     Une fois de plus, c’est un épisode dense, passionnant, mais il respire, il n’est jamais plein, indigeste. C’est du pur Mad Men, en somme. Le suivant est plus indomptable. Tandis qu’il semble au préalable très heureux d’inviter Don à diner, sans doute pour lui étaler son petit bonheur sous les yeux, Pete traverse une crise existentielle : Il est perturbé par une petite fuite d’évier récalcitrante (que Don finira ironie du sort par lui réparer), flirte avec une étudiante lors des séances de code de la route (qui tombera finalement dans les bras d’un autre étudiant beau-gosse) et ne supporte pas de devoir laisser l’affaire Jaguar à Lane, qu’il juge incompétent.

     Il va tellement péter un plomb qu’il va accepter de se battre contre Lane. Leur règlement de compte est d’ores et déjà l’un des moments les plus drôles de Mad Men : Il suffit de voir les visages hébétés de Bert, Roger & Don ; enfin surtout de voir Roger s’allumer une cigarette, comme s’il assistait à un match de boxe, puis dire finalement « J’avais parié sur Lane ». J’ai failli en tomber de mon canapé tellement je riais. Mais le plus important c’est évidemment l’issue de cette baston de cour de récréation quand Pete (au visage en sang) & Don se retrouvent dans l’ascenseur. Le « I have nothing » de Pete semble plutôt vouloir dire « Why I’m not you ? ». Et Don reste muet, face à ces larmes et ce visage tuméfié. C’est terrible.

     Far away places est un parfait épisode de moitié de saison. Un peu plus « expérimental » dans sa structure qu’à l’accoutumé puisqu’il s’agit de passer la journée et la soirée en compagnie de Peggy, puis Roger puis Don. Chacun aura son quart d’heure de (non) gloire. Peggy ira se noyer dans la fumette au cinéma après avoir foiré le rendez-vous avec Heinz. Roger testera les vertus du LSD avec sa femme dans une soirée mondaine, avant de mettre fin à leur relation. Quant à Don, supposé passer du bon temps avec Megan chez Johnson’s, un super restaurant qui est aussi l’un de ses fidèles clients, il va passer la pire scène de ménage de sa vie. Episode assez fascinant, une fois de plus.

5.07&5.085.07 & 5.08

03/12/19

     Punaise, la violence du dernier plan d’At the codfish ball, le septième épisode de cette cinquième saison. Voir la mère de sa belle-mère tailler une pipe à l’ami de son père, on n’ose à peine imaginer le chamboulement que ça puisse faire sur un enfant. Pauvre Sally. En tout cas elle est vraiment au centre de cette saison. Quasi autant que Megan, qui reste le personnage fort et ce d’autant plus qu’elle semble dévorer Don, aussi bien d’un point de vue professionnel, puisque c’est elle qui trouve une idée de pub et de slogan, c’est aussi elle qui rattrape in extremis Heinz qui était sur le point de se tirer, mais aussi sur le plan intime puisque c’est de sa famille dont il est question, ses parents qu’elle doit gérer et qui parlent souvent français ce qui laisse Don irrémédiablement de côté.

     De son côté, Pete est tombé dans les bras d’une quasi inconnue : La femme de son voisin de banquette dans le train du matin. Ce qui devait arriver arriva. Sa métamorphose en Don prend littéralement forme. Mais cette storyline est loin d’être ce que la saison a produit de plus passionnant.

     Revenons à Megan, puisque l’épisode suivant lui fait une fois de plus la part belle : Le passage express de ses parents semble avoir rappelé à la jeune femme qu’avant son mariage elle poursuivait le rêve de devenir actrice. Enfin surtout son père qui ne supporte pas de ne pas l’avoir vu devoir gravir les échelons. Aussi soudaines que furent ses fiançailles avec Don, Megan va claquer la porte SCDP pour plonger dans les auditions et se consacrer entièrement à son rêve. Reste à savoir comment Don va le prendre, mais vu sa réaction face à Tomorrow never knows, que Megan lui conseille d’écouter s’il veut savoir ce que c’est que la musique aujourd’hui, mystère et doute subsistent. Ce plan d’ascenseur, quelques minutes plus tôt, reste assez terrifiant et ce qui est très beau c’est qu’on rejoint Don nous aussi, dans la mesure où ce rêve de devenir actrice semble tomber comme un cheveu sur la soupe – D’aucuns diront que c’est un problème narratif, moi je crois qu’il agrémente la perdition de Don, prépare son éloignement à venir de Megan ( ?) ainsi que le nôtre.

     Vraiment c’est magnifique, une fois de plus. Et souverain : On sent que la série a conscience qu’elle a toutes les cartes en main pour tout boucler intelligemment et calmement. Enfin ça va on a le temps, il reste deux saisons et demi.

5.095.09

12/12/19

     Plus ça va, plus je me demande si j’ai vraiment envie de voir un épisode centré sur Betty. C’est un peu triste. Elle rivalise de jalousie et de connerie (jusqu’à utiliser ses enfants) dans celui-ci, croyant briser quelques chose entre Megan & Don, voire entre Megan & Sally à propos de révélations qu’elle fait à cette dernière sur « la troisième femme » de son père, Anna. Il y a beaucoup de tristesse sur ce personnage : Elle n’est ni vraiment heureuse avec Henry, c’est le moins que l’on puisse dire, ni vraiment en phase avec l’image qu’elle renvoie, qui a toujours été son obsession principale. Observer l’épanouissement de celle qui la remplace (dans un ménage qui de son temps ne s’épanouissait pas) la déprime complètement, elle qui passe dorénavant son temps chez Weight Watchers. Du coup il y a une nouvelle dynamique intéressante, même si on est bien content de passer un peu de temps chez SCDP. L’affrontement silencieux entre Don & Ginsberg est aussi savoureux que prometteur. C’est marrant, on peut vraiment voir ce dernier comme le pendant masculin de Peggy. De vrais bosseurs. La différence c’est que dans ce monde-là (les années Johnson) l’homme est plus problématique que la femme. Don s’en tire bien, pour l’instant, mais pour combien de temps ? Hâte de savoir où la série nous emmène avec ça.

5.105.10

23/12/19

     Voici un épisode curieux, qui se joue en plein Pearl Harbor day (December 7) dans lequel on va retrouver, par l’intermédiaire d’Harry Crane, Paul Kinsey (oublié depuis la saison 3) égaré chez Hare Krishna. Dans lequel Don ira chez Jaguar avec Joan, qui vient de recevoir une notification de divorce. Dans lequel on retrouve Lane, qu’on n’avait pas vu depuis le début de la saison, qui va arpenter un terrain dangereux : Je ne suis pas sûr que s’il l’apprend, Don lui pardonnera le fait d’avoir copié sa signature pour encaisser un chèque à plusieurs zéros couvrant des dettes fiscales personnelles. Il est donc questions de primes à distribuer ou non. Mais aussi de Mohawk Airlines, qui se met en stand-by et de Jaguar, qui semble promettre monts et merveilles. C’est quitte ou double mais comme on arrive en fin de saison, j’aurais tendance à dire que tout va planter. Reste à savoir comment SCDP va rebondir. Evidemment rien n’est fait. C’est un petit épisode (de transition) pour du Mad Men. Mais c’est évidemment largement au-dessus du lot commun.

5.115.11

24/12/19

     L’ambiance générale de l’agence évolue désormais dans une profonde torpeur. Et ce sont les femmes qui à la fois en paient le prix mais qui restent maîtresses de leur destinée comparé aux hommes figés dans leurs petits secrets (Lane), affrontements polis (Grinsberg/Draper) et machisme répété à peine masqué (Pete). Il s’agit quand même d’un épisode durant lequel les hommes votent pour que Joan se prostitue – Certes pas directement : Ils se mettent d’accord pour lui offrir 5% des actions SCDP en échange de ses services à un gros porc influent de chez Jaguar. Tous sauf Don, qui, appréciant de relever de l’exception, reprend des couleurs. Seulement provisoires, évidemment, puisque d’un côté il est démasqué par Megan qui comprend qu’il ne veut surtout pas qu’elle réussisse en tant qu’actrice. Et son ébranlement sera triple quand il comprendra que Jaguar est dans la poche moins pour ses performances oratoires que pour les services sexuels de Joan, puis lorsqu’il recevra (dans un final bouleversant) la démission de Peggy qui préfère tenter sa chance chez le concurrent, qui lui promet un poste de directrice commerciale. Difficile de savoir où ça va. J’ai l’impression qu’SCDP est redoré grâce au « triomphe Jaguar ». Mais pas certain que tous assument « les causes » ni les réverbérations de ce nouvel éclat.

5.12&5.135.12 & 5.13

26/12/19

     Commissions and fees, l’épisode 12, est un tel chef d’œuvre – l’un des cinq plus beaux qu’ait offert la série depuis son lancement, je pense – qu’enchainer The Phantom le treizième pourtant fulgurant, dans la foulée, fait perdre un peu de sa force à une saison qui aura toutefois été relativement exemplaire.

     C’est quoiqu’il en soit une excellente fin de saison, à la fois hyper mouvementée (le 12, donc) et complètement amorphe (le suivant) qui semble ouvrir péniblement des brèches (Cet agrandissement des locaux de l’agence n’augure rien de cohérent, d’ailleurs chacun se retrouve dans un plan titanesque seul face à sa baie vitrée, c’est terrible) tout en refermant chacun dans sa solitude, qu’elle soit brièvement extatique (Roger, Peggy, Megan) ou carrément déprimante (Don, Joan, Pete). C’est vraiment d’une tristesse folle.

     Mais l’épisode 12 restera sans doute davantage tant il a su faire chevaucher tout cela dans un brio hallucinant, aussi bien la venue de Sally qui s’organise une rencontre avec Glen, les retombées tragiques de « l’emprunt » de Lane (Cette porte de sortie que lui offre Don, et qu’il va saisir à sa façon, mon dieu avec d’abord ce suicide manqué dans la Jaguar, dans la JAGUAR, l’ironie totale, et puis ce fondu enchainé qui le voit allongé dans une tasse de café, la lecture de la lettre…C’est beaucoup pour mon petit cœur, j’adorais ce personnage) et les différents points de rupture frôlés, ici entre Megan & Don, là entre Pete & Beth.

     Points définitivement atteint dans l’épisode suivant, forcément, qui rivalise de grandes idées de mise en scène, notamment lorsque Don laisse Megan à sa répétition, lui tourne le dos jusqu’à ce qu’elle soit minuscule derrière, quasi inexistante. Cette dernière question, ces trois derniers mots, d’une inconnue dans un bar réveillent tout : L’homme à maîtresses, le Don face au néant de sa vie professionnelle (difficile de savoir ce qu’il veut vraiment, s’épanouir ou s’évaporer, grossir ou se barrer) et celui qui s’engouffre vers une solitude de plus en plus visible et inéluctable, vers sa mort – que vient renforcer symboliquement ceux qu’il a « indirectement tués » : le suicide brutal de Lane ainsi que le fantôme de son propre frère.

     Très sincèrement, je me demande si Mad Men n’est pas en train de devenir ma série préférée. Je pourrais d’ores et déjà tout revoir, là.

Men in black International – F. Gary Gray – 2019

39. Men in black International - F. Gary Gray - 2019Black H&M.

   1.0   Puisque j’étais déjà peu attaché à l’univers d’origine, l’idée qu’on remplace Will Smith & Tommy Lee Jones ne m’effrayait pas d’autant qu’avec le couple Chris Hemsworth / Tessa Thompson, il y avait la promesse d’une sympathique retrouvaille avec le duo insolite de Thor Ragnarok, l’un des meilleurs opus de l’écurie Marvel. Bref, j’étais à priori pas le client idéal, mais ça ne pouvait pas vraiment m’agacer non plus.

     On ne va pas y aller par quatre chemins, c’est une catastrophe. C’est laid, pas drôle une seule seconde, tout est traité par-dessus la jambe, téléphoné, surligné, rien ne fonctionne, c’est interminable, effrayant de suffisance et de médiocrité : Le seul truc qui arrache un semi rictus c’est une blague en clin d’œil à Thor, c’est dire. F. Gary Gray, l’auteur de ce nouveau chapitre, reste le tâcheron coupable du dernier Fast & Furious en date, donc rien d’étonnant à ce qu’il offre cette grosse bouillie estivale sans aucun sens du rythme, sans nouveauté ni idée de mise en scène. Poubelle.

Titanic – Herbert Selpin & Werner Klingler – 1943

25. Titanic - Herbert Selpin & Werner Klingler - 1943Un allemand dans la foule.

   4.5   La première chose qui me vient à l’esprit devant cette première ( ?) version cinématographique de l’histoire du Titanic, c’est combien Cameron est un cinéaste qui ne laisse rien au hasard : Je ne pensais pas effectuer de ponts entre ces deux films (aux trajectoires pour le moins différentes) et pourtant il y en a, au détour de quelques plans, quelques idées scénaristiques – on y retrouve déjà une affaire de bijou – peut-être même via certains personnages. Les similitudes sont légion, vraiment. C’est juste que c’est pas le même budget ni les mêmes ambitions. Le plan où Rose monte dans un canot et observe Jack s’éloigner en contre-plongée était déjà dans ce film-là, sauf qu’ici on se contrefiche des personnages en question. Bref, j’en conclus que le réalisateur d’Abyss avait donc vu cette commande de Goebbels. De là à dire que le plus grand succès de tous les temps est un remake d’un film de propagande nazie il n’y a qu’un pas ou presque : On tremble devant l’un quand l’autre indiffère ; L’un dure quatre-vingt dix minutes et semble durer trois heures, tandis que l’autre c’est le contraire ; L’un raconte les souvenirs d’une vieille femme, l’autre plutôt ce qui mène à la commission d’enquête qui suivit le naufrage. Bref c’est la chronique d’une rencontre et la puissance du spectacle contre le récit éclaté et la dimension politique. Ismay est un peu ridicule chez Cameron, mais rien à voir avec ce qu’il dégage ici, de cupidité et lâcheté, d’égoïsme et d’inconscience. C’est que le film, en bonne propagande, dresse ce portrait de l’Angleterre aristocrate (avec des personnages qui parlent évidemment tous allemand, c’est n’importe quoi) mais il ira jusqu’à intégrer dans le récit un beau et bon personnage, Petersen, une sorte de deux ex machina, doux et prévoyant, ayant le bon œil et la critique sur tout (Sur la vitesse du paquebot, le danger de cette mer de glace, le manque de canots…) et qu’il a cette particularité d’être le seul personnage allemand. Bref ça en fait un film de son temps, à la fois unique et consternant. Mais plutôt bien fait techniquement, même si la partie où le bateau sombre est un peu trop vite expédiée.

Wolverine, Le combat de l’immortel (The Wolverine) – James Mangold – 2013

37. Wolverine, Le combat de l'immortel - The Wolverine - James Mangold - 2013Griffes en carton.

   4.0   Approche curieuse « du second round » d’une saga dont je n’avais à priori strictement rien à faire (Surtout après l’horrible X-men,, L’affrontement final, et même si X-men, Le commencement était plutôt chouette) puisqu’après avoir vu (et ô surprise beaucoup aimé) Logan, qui est censé être le troisième volet Wolverine (et dixième film de la Saga X-men, tu suis ?), voilà que je retrouve le super héros aux griffes d’acier dans le second opus Wolverine aussi réalisé par ce beau diable de James Mangold, petite valeur sûre d’Hollywood s’il en est – Wolverine Origines étant réalisé par Gavin Hood, le responsable de Mon nom est Tsotsi, je vais sans doute avoir du mal à franchir le cap.

     Bref, j’étais plutôt confiant. Mais j’ai vite déchanté. Tout en trouvant ça assez honorable. Comprendre : On est cent coudées sous Logan (qui restera, je le crains, une anomalie) mais dans le peloton en ce qui concerne ce type de production. Rien de honteux dans l’ensemble, donc, voire même des choses intéressantes, visuellement essentiellement, mais aussi du point de vue du rythme : On sent que Mangold aime prendre son temps, qu’il n’est pas juste là pour faire du fan-service. Ses scènes d’action sont tendues, limpides, bien emballées, notamment le combat sur le toit d’un train puis la scène du parasite.

     Dommage que, la faute à un scénario aussi consternant qu’abyssal – et des méchants nullissimes, qu’ils s’agissent de ninjas, de La vipère ou la cyber-armure renfermant d’un officier japonais que Logan avait sauvé à Nagasaki : Inutile de dire qu’on voit tout venir à des kilomètres ! – le film s’en aille dans une dernière demi-heure indigeste et absconse. J’essaie d’être indulgent car Hugh Jackman a la classe et parce que Mangold essaie de sauver le bousin comme il peut – Sauf à la fin où il faut croire qu’il s’est mis en pilotage automatique – mais ça reste (de ce que j’ai vu) son film le moins intéressant.

Six underground – Michael Bay – 2019

16. Six underground - Michael Bay - 2019No gang no bang.

   5.5   Je n’avais pas vu un film de Michael Bay depuis au moins dix ans. J’aimais bien Rock, quand j’étais gamin. Bad boys, Pearl Harbor & Armageddon beaucoup moins, déjà. Qu’il réalise ensuite un Transformers (l’une de mes pires « expériences » de salle, quand j’y repense) pourquoi pas, c’est parfois touchant les caprices. Mais cinq ? On va dire que ça a eu raison de ma curiosité. Mais Six underground m’interpellait. Son curieux casting aidant, probablement.

     Et c’est un peu au-delà de ce que j’en attendais : Une sorte de plaisir coupable, joyeusement régressif, absolument idéal. Quelque part entre les meilleurs opus de Fast & Furious (5&6), la saga Ocean’s (la dernière réplique de Six underground sera d’ailleurs : « Pourquoi on ne s’est pas contenté de braquer un casino ?) et l’horizontalité d’un Wanted (le truc barré avec Angelina Jolie) / la verticalité d’un Skyscraper (le truc paresseux avec  Dwayne Johnson).

     Ça relève toujours d’un certain défi rétinien, le cinéma de Michael Bay. Celui-ci n’y échappe certes pas, pourtant il m’a semblé qu’il n’avait jamais été aussi homogène et limpide dans ses enchainements. Le film serait-il plus digeste sur plateforme qu’en salle ? Tiendrait-on enfin le parfait film Netflix ? Je plaisante qu’à moitié, j’ai pris plaisir à faire des pauses afin de reposer mes yeux et mes oreilles. Alors que ça me semblait tout à fait aberrant avec le dernier Scorsese, par exemple. 

     Quoiqu’il en soit, j’ai trouvé le film super drôle. Il pourrait simplement regarder ses cascades et ses explosions mais ses excès pyrotechniques sont sans cesse désamorcés par son humour omniprésent, un peu beauf évidemment, un peu méta surtout tant il cite à outrance (du cinéma comme de la série) ce qu’on pourra toujours trouver lourdingue (au même titre que les placements produits volontairement ultravisibles) mais qui moi m’a semblé parfaitement en phase avec l’esprit récréatif et gras du film.

     Et puis c’est cru, ça fait plaisir. Bourrin et cru : On y voit beaucoup de sang, des corps martyrisés, du déchiquetage au ralenti. Et le film s’appuie sur trois gros morceaux de bravoure, étirés dans trois lieux différents : En Italie, en Chine puis dans un pays imaginaire – comme si Bay nous disait : Même ça j’en n’ai plus rien à carrer. Il y a d’abord une gigantesque course-poursuite, l’assaut du dernier étage d’un gratte-ciel et un affrontement sur un yacht de luxe, avec chaque fois une idée, ici la piscine, là une histoire d’aimant géant.

     Il y a des baisses de régime, entre ces trois gros morceaux, des moments où l’on décroche et où on a envie de faire autre chose, mais dans l’ensemble c’est un divertissement du dimanche soir tout à fait séduisant, à consommer puis à oublier. Les acteurs s’amusent. Bay s’éclate car il a carte blanche et ça se sent. Et la récréation coute tout de même cent-cinquante millions de dollars.

Le traître (Il traditore) – Marco Bellocchio – 2019

12. Le traître - Il traditore - Marco Bellocchio - 2019Il boss pentito.

   6.0   Bellocchio raconte l’histoire de Tommaso Buscetta, éminent caïd repenti de la Cosa Nostra qui entreprit en 1986 de balancer tout le monde lors d’un maxi-procès tenu à Palerme. Il dira qu’il ne bafouait pas son code d’honneur imposé par l’omerta puisqu’il s’attaque à ceux qui selon lui, ne l’ont déjà pas respecté. Le récit couvre deux décennies de sa vie, son exil au Brésil (au cours duquel deux de ses fils restés en Italie sont assassinés par le clan Corleonesi), son arrestation pour trafic de drogue et un emprisonnement de huit ans, ses entretiens avec le juge Falcone et bien entendu le procès (l’entonnoir du film) qui aboutira aux centaines de condamnations de parrains siciliens.

     Le début du film n’est pas très inspiré : Présentation caricaturale des visages, des familles ; Décompte de cadavres (de personnages présentés en intro) via un petit chronomètre absolument sans intérêt ; narration anarchique ; apparitions animalières franchement grossières. Bellocchio ne retrouve jamais de sa superbe déployée dans Vincere, car on n’est malheureusement pas loin du téléfilm de luxe ici, tant l’action est sèche et réduite à une succession de faits, brefs et précis, jamais ornementés. Et tant la photo est souvent terne, dévitalisée : On sent que Bellocchio n’a qu’une obsession, ne jamais glamouriser cette grande famille de la mafia, ces hommes qui la font, ni même leur procès.

     Mais lors du point d’orgue de la longue scène du tribunal transformé en véritable arène, on retrouve un certain vertige, farcesque et opératique. Et Favino, l’acteur principal, est exceptionnel. Puis aussitôt le film reprend les rails factuels, ne déborde plus et s’en va très dignement en n’oubliant pas de rappeler que son héros est une belle pourriture, comme les autres. Il en résulte un film très froid, concis, carré. Le traitre, c’est l’anti Parrain de Coppola, en somme. C’est bien car ça impressionne, c’est tout à son honneur, mais ce refus de glamour dans le récit, d’idées de mise en scène, crée une forte distance et peu d’émotion. Le temps est parfois long, c’est le revers de la médaille.

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