Une place au soleil (A place in the sun) – George Stevens – 1951

26. Une place au soleil - A place in the sun - George Stevens - 1951Sunset.

   8.0   Tous les ingrédients du grand mélodrame hollywoodien sont réunis au cœur de cette pièce maitresse signée George Stevens. Et en creux, forcément, la lutte des classes : Un jeune homme tombe simultanément, ou presque, sous le charme de deux femmes, une ouvrière (Shelley Winters) qui bientôt tombera enceinte de lui puis une bourgeoise (campée par Elizabeth Taylor) qui va l’emmener dans son univers luxueux, lui faire découvrir cette « place au soleil ».

     L’american dream se transforme en american tragedy, soit l’exact titre du roman duquel s’inspire Stevens, livre précédemment adapté par Von Sternberg dans les années 30. Si l’on peut y déceler des restes de l’Aurore – Cette séquence sur la rivière, évidemment – il s’agit surtout d’une matrice assez évidente du Match point, de Woody Allen. Les deux actrices sont parfaites, mais je crois que le film repose essentiellement sur l’étrange prestation de Monty, à la fois hyper charismatique et complètement à côté de la plaque. Il est magnifique.

Le nouvel amour de coccinelle (Herbie Rides Again) – Robert Stevenson – 1974

04. Le nouvel amour de coccinelle - Herbie Rides Again - Robert Stevenson - 1974Embarrassé sur le bitume.

   2.5   Où je me suis rendu compte que j’ai dû voir cet opus au moins autant que je voyais le premier, quand j’étais gosse. Incroyable de constater le nombre de petits trucs dont je me souvenais : L’échafaudage et le combat de joutes, en tête. En revanche si dans le film original la course automobile en point d’orgue faisait office de parfait climax pour les enfants, je ne vois pas trop ce qui intéressait le « moi » enfant dans cette pâle suite. Il y a bien le final dans les rues de San Francisco mais il faut être sacrément patient, pour… pas grand-chose. Et puis on perd Dean Jones au profit du terne Ken Berry. Il n’y a même plus Séraphin. Reste Choupette, toujours aussi élégante et intrépide, et suivant l’âge du spectateur j’imagine que ça peut amplement suffire.

Thalasso – Guillaume Nicloux – 2019

10. Thalasso - Guillaume Nicloux - 2019Préparez vos peignoirs.

   2.5   Les présences de Michel Houellebecq et Gérard Depardieu suffisent à rendre l’expérience pas trop détestable : Il y a ici deux gueules, deux voix, deux silhouettes qui se télescopent, deux êtres complètement fascinants en peignoir blanc dans une thalasso de Cabourg. Ils font ce qu’ils peuvent pour résister et au régime draconien imposé. Ok, bien. Mais le film est beaucoup trop nul, quand même. Il ne raconte strictement rien et s’en tient à l’éventuelle magie insufflée par son duo d’acteurs. Nicloux c’est vraiment ce qu’il se fait de pire en France depuis quelques années. Tenu 30 minutes.

Domino – Brian De Palma – 2019

08. Domino - Brian De Palma - 2019Une impasse.

   4.0   Quelle tristesse de voir De Palma aussi peu inspiré. Six ans après le déjà très dispensable, Passion. Certes, le film est fauché, mais il manque surtout d’idées, de passion, justement. L’auteur de Body double n’y croit plus et livre ce pale resucée de tout ce qu’il a déjà fait en beaucoup mieux. D’autant qu’ici tout semble avoir été traité par-dessus la jambe : Direction photo indigente, structure impersonnelle, montage formaté, scénario de misère. C’est un film qui semble avoir été fait à la chaine, avec uniquement les miettes d’un génie aux commandes. On pourrait s’en remettre à la présence des deux stars de Game of thrones mais ils sont mauvais comme des cochons. Malgré tout il y a quelques embryons d’idées intéressantes, une grammaire que l’on connait bien, mais il faut attendre le dernier quart pour retrouver un semblant de la vraie virtuosité de palmienne. C’est peu, très peu. Et encore une fois, Daesh ou pas, ce film, De Palma l’a déjà fait : Domino c’est un mélange de Femme fatale, Snake eyes et Redacted. Bref, ça n’a malheureusement pas grand intérêt.

Les indiens sont encore loin – Patricia Moraz – 1977

13. Les indiens sont encore loin - Patricia Moraz - 1977Conte cruel de la jeunesse.

   7.0   Si, durant la même époque, ma préférence ira nettement vers Passe ton bac d’abord, de Pialat ou Le diable probablement, de Bresson, ce film globalement inconnu, mais affichant au casting Isabelle Hupert & Christine Pascal, tout de même, est assez passionnant.

     Je dois d’abord dire qu’il faudra que je le renvoie (quand un éditeur saura se bouger) car la copie qui m’a permis de faire sa découverte n’était pas loin d’être catastrophique, bugs sonores et filigrane INA au centre à l’appui, sans parler de l’image souvent floue. Malgré tout ça joue aussi un peu en sa faveur car c’est un film un peu sale, archi épuré, très marqué par ses plans (souvent fixes) et ses cadres emblématiques, mais aussi par ses couleurs fades et son rejet de la figuration. C’est Lausanne, mais on a l’impression que cette école est vide, que la ville est vide. C’est un parti pris que j’aime bien, qui m’évoque certains films de Chantal Akerman ou Béla Tarr.

     C’est surtout un vrai film existentiel, sur une jeunesse perdue entre les discours de Mai 68 et la montée industrielle, sur une jeunesse qui peut se réfugier soudainement dans une citation de Thomas Mann (inutile de citer tout le répertoire de philo, coucou Ferrara et ton Addiction de petit intello poseur) et le film s’y tient.

     Il s’ouvre sur la découverte du corps de Jenny, une lycéenne de seize ans, puis remonte une semaine plus tôt afin de voir le quotidien de ses sept derniers jours. Et on ne saura pas vraiment pourquoi cette jeune femme est allée mourir dans la neige. Mais quelque part on aura compris, c’est très beau. D’autant que ça ressemble à s’y méprendre à une matrice de Twin Peaks.

Rentrée des classes – Jacques Rozier – 1956

13. Rentrée des classes - Jacques Rozier - 1956Du côté de la rivière.

   8.0   Qu’on a regardé, mon fils et moi, dans la lignée du Petit fugitif, complément de programme idéal. Je rêvais de lui montrer, j’aime beaucoup ce court. Incroyable de voir combien tout Rozier est déjà là, en gestation. Tout cet art de la fugue éphémère se trouve déjà dans ces vingt merveilleuses minutes, dans un récit à l’échelle de l’enfance et à hauteur d’enfant, à travers cette fuite improvisée du quotidien, du monde et de ses règles, ici de l’école et des camarades de classe.

     Pour les impressionner et surtout qu’on ne le traite pas de poule mouillée, un petit garçon jette son cartable du haut d’un pont, dans la rivière varoise. Mais sans cartable, impossible d’entrer dans l’établissement. Alors le voilà qu’il se met à suivre le cours d’eau à travers la forêt, semble s’y perdre pour finalement prendre plaisir à s’y perdre, faire la rencontre d’un serpent d’eau qu’il rapportera en classe pour une blague. C’est le fantasme de l’école buisonnière à l’état pur. Une parenthèse onirique.

     Si on peut y voir un héritage du Zéro de conduite, de Jean Vigo ainsi que les prémisses directes de Maine Océan – Et si René, ce petit garçon c’était le contrôleur Gallec quelques années auparavant ? – il y a dans cet échappée miraculeuse le miroir de son auteur, qui n’aura eu de cesse de tenter d’emprunter d’autres routes, d’autres lignes, percer les mystères de la fuite au cinéma. Quand il apporte un élément de l’autre monde (la rivière) dans la réalité (la salle de classe) tout s’agite, s’égosille, s’embrase et s’évapore. C’est très beau.

Le petit fugitif (Little fugitive) – Ray Ashley, Ruth Orkin & Morris Engel – 1953

12. Le petit fugitif - Little fugitive - Raymond Abrashkin, Ruth Orkin & Morris Engel - 1953La grande évasion.

   9.0   Découvert en salle lors de sa ressortie il y a tout juste onze ans, Le petit fugitif n’a dès lors cessé de me hanter mais je ne l’avais jamais revu. C’est chose faite, qui plus est en le faisant découvrir à mon garçon, qui a le même âge que Joey, le petit fugitif en question. C’était parfait.

     Joey Norton, sept ans, vit avec sa maman et son frère Lennie dans un quartier de Brooklyn. Suite à une mauvaise blague « des grands » Joey file seul à Coney Island où il va errer entre les plages et les manèges.

     C’est l’histoire d’un cow-boy en socquettes, accompagné d’un harmonica (celui de son frère qu’il croit avoir tué) qui disparait avec sa tristesse, apprend à monter à cheval, tirer au pistolet et à se faire de l’argent en échange de bouteilles vides consignées.

     C’est un vrai western à hauteur d’enfant. Doublé d’une chronique miraculeuse qui nous fait voyager dans le New York des années 50, d’abord entre les terrains vagues et les gratte-ciels de Brooklyn, puis entre les attractions et les stands de hot-dog de Coney Island.

     Un vibrant film sur l’enfance et sur une ville, construit à trois par Ray Ashley, Morris Engel & Ruth Orkin, chacun dans son rôle de prédilection : Le scénario pour Ashley, la réalisation pour Engel et le montage pour Orkin, son épouse. En théorie. Car tous œuvreront finalement sur tous les fronts.

     Epaulé de sa caméra ultralégère, Engel, photographe de formation, spécialisé dans le photoreportage, pourra filmer son héros au plus près, dans chacun de ses mouvements, saisissant chacune de ses grimaces, parfois même au beau milieu de la foule, créant un vertige documentaire.

     Bref, c’est film aussi touchant qu’il est indispensable. Et fondateur du cinéma indépendant américain (difficile de ne pas y voir une référence pour les films de Cassavetes, Shadows notamment) et l’un des déclencheurs de la Nouvelle Vague en France puisqu’il est impossible de ne pas y voir l’ébauche des Quatre-cents coups.

Calme blanc (Dead calm) – Phillip Noyce – 1989

11. Calme blanc - Dead calm - Phillip Noyce - 1989We don’t need a bigger boat.

   7.0   Suite à un accident de voiture, un couple (Nicole Kidman & Sam Neill) perd leur enfant. Pour s’en remettre, ils prennent le large sur un voilier dans le but d’être seuls au monde sur une mer d’huile pendant plusieurs semaines. Un jour, ils aperçoivent un autre bateau en détresse, un homme s’en extraie dans un canot et les rejoint, paumé et traumatisé. Le reste de son équipage aurait succombé à une intoxication alimentaire et suite à une avarie de moteur, le voilier était sur le point de sombrer.

     Evidemment, thriller oblige, c’est un leurre. Le naufragé est un gros psychopathe qui les a tous décimés. Et Billy Zane (qu’on adorera détester dans Titanic quelques années plus tard) est parfait pour ce rôle, un beau gosse absolument flippant, imprévisible, pervers, complètement halluciné. Il incarne un cauchemar absolu qui réussit à faire oublier la tragédie initiale, aussi bien aux personnages parents qu’à nous, spectateurs, qui tremblons pour leur survie en pleine mer.

     Et c’est sur cet aspect que le film marque les esprits. C’est un huis clos à ciel ouvert, se déroulant exclusivement (après la brève introduction hospitalière) en mer. Une traversée de l’enfer dans un lieu paradisiaque. Et c’est ce double paradoxe (la rythmique hitchcockienne et la transformation du décor) qui illumine complètement Calme blanc, cette dimension ironique que l’on retrouve jusque dans son titre original ou francisé.

     Le film est adapté du roman éponyme de Charles Williams, édité chez Série noire, qui devait déjà être porté à l’écran par Orson Welles, intitulé The deep, avec Jeanne Moreau, mais qui restera un projet inachevé. L’autre particularité du film est aussi d’être campé par trois interprètes très connus, ayant joués dans des films populaires, mais ce n’était pas encore le cas à l’époque : Prête à tout, Jurassic park ou Titanic sont encore loin.

     Ayant beaucoup vu ce film quand j’étais ado, j’en avais fait un peu overdose, mais je suis content de l’avoir revu aujourd’hui : C’est vraiment un thriller classique comme il s’en faisait à la pelle durant cette époque, mais il est dans le haut du panier et notamment pour son efficacité, son cadre (L’océan à perte de vue, deux bateaux, trois personnages) et une admirable montée de tension et une telle gestion du suspense qu’on lui passe diverses incohérences liées au genre.

Eté 85 – François Ozon – 2020

16. Eté 85 - François Ozon - 2020Mémoires d’un garçon bouleversé.

   8.0   Pas loin d’avoir adoré. Notamment sa photo et sa reconstitution bluffante : C’est simple j’ai eu l’impression d’être au Tréport en 1985. Et ce n’est pas que lié aux morceaux de musique choisis (The Cure, Bananarama, Rod Stewart, Jeanne Mas…) ça se sent dans les fringues, sur les papiers peints, dans les expressions de langage, les coiffures etc. On y croit.

     Et j’aime beaucoup ce que dit le film sur l’amour de jeunesse et le désir de s’extirper de sa propre histoire ; C’est l’appétit de la fiction, qui est aussi celui qui anime le cinéaste quand il adapte ce bouquin, qui l’avait marqué adolescent. Comme si la possibilité d’inventer celui qu’on aime se doublait de celle d’inventer les récits qu’on aime.

     Je trouve le film très fin et intelligent sur sa façon d’injecter la possibilité de la fiction et du fantasme. La simple idée de voir David voguer au secours d’Alexis sur le Calypso, révèle une vraie croyance d’écriture. Ozon désamorce ces scènes trop écrites en les replaçant dans leur contexte : Il s’agit de la plume d’un garçon, racontant ses souvenirs, les modifiant probablement au gré de son voyage introspectif.

     Un moment donné, quand l’éducatrice d’Alex vient rendre visite à son professeur de français, elle lui demande de s’assurer qu’il raconte, dans son devoir, toute la vérité. Et le garçon, plus tôt ou plus tard, je ne sais plus, explique qu’il se souvient de plein de choses dans les moindres détails et que d’autres sont floues. Il me semble qu’Ozon joue habilement de ce procédé. Qu’il l’utilise aussi pour désamorcer le drame : La scène de la morgue, c’est génial.

     Le film est aussi habité par des acteurs étincelants qu’ils soient connus (les mamans des garçons) ou non. Benjamin Voisin, qui joue ici David, éphèbe absolu, est une révélation. Tout le monde est parfait (Et notamment la jeune anglaise qui incarne Kate, à qui Ozon offre une place déterminante au moment où on ne l’attend plus) mais lui, il est si fort qu’il parvient à nous faire entrer dans l’obsession d’Alexis.

     Voilà, à mes yeux c’est peut-être bien ce qu’Ozon a pondu de plus beau. Y a bien quelques trucs qui m’ont un peu gêné, à l’image de son refus appuyé (mais légitime) de la linéarité, mais y en a tellement qui m’ont beaucoup ému. Cette séquence dans la boite de nuit, c’est magnifique.

     Pour moi, Été 85 est à Ozon ce que Plaire, aimer et courir vite est à Honoré, en gros. Il pourrait d’ailleurs en être le prélude puisque les années Sida ne sont pas encore là. C’est un grand Oui, donc.

Play – Anthony Marciano – 2020

16. Play - Anthony Marciano - 2020Revivre.

   7.0   Max a beaucoup filmé depuis qu’il est gamin. Dès ce noël où il reçut ce petit caméscope en cadeau et commença par capter des instants de famille, jusqu’au jour de la naissance de sa fille avec son iPhone. Un jour, Max décide de revoir tout ça. Il dit « revoir » mais l’idée de cinéma c’est bien entendu qu’il va « remonter » tout ça. De façon à ce que son histoire devienne celle de ce film, de Play.

    Parti pris audacieux et intriguant de la part de celui qui réalisa Les gamins (déjà avec Boublil & Chabat) pour un résultat qui reprend les codes de la chronique intime et familiale mais passée par le prisme volontaire de la comédie romantique et potache. Il y a des lourdeurs, notamment parce que le film est trop écrit, trop « monté » mais il y a une énergie folle, c’est drôle, c’est plein d’idées et dès qu’il utilise l’ellipse ou le hors champ – Et que l’on comprend par exemple que les parents se sont séparés – il y gagne, s’avère très touchant.

    C’est aussi une affaire de casting. Les gamins sont parfaits. Et les grands qui campent les gamins qui ont grandi le sont tout autant. Et aussi une affaire de reconstitution : Play impressionne à donner la sensation de voyager dans les années 90, ça se joue parfois sur des détails, des looks, des décors, des objets, des morceaux musicaux et parfois il se permet même d’insérer des images d’archives (La finale de la coupe du monde, la tempête avant le passage à l’an 2000…) dans lesquelles il parvient avec malice à y glisser ses propres personnages.

    Bref j’avais déjà pas mal apprécié Les gamins, mais là on est quelques crans au-dessus encore. C’est vraiment très réussi, ça se regarde super bien. Anthony Marciano a du talent et notamment parce qu’il a crée cette histoire d’amour refoulée, maladroite, croisée. Je suis un peu ultra-sensible ces temps-ci mais la fin m’a terrassé. Aussi sans doute car j’aime beaucoup Alice Isazz, la seule qui par ailleurs traverse quasi toutes les époques du film.

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