Snow – Geoffrey Jones – 1963

06. Snow - Geoffrey Jones - 1963White light, white heat.

   7.5   Le film rêvé : Des trains, de la neige, des trains fendant la neige, des paysages blancs, des mécanismes, de la vitesse, le confort des passagers face au labeur des cheminots. Et un montage frénétique, empruntant bien plus à Vertov et L’homme a la caméra qu’aux Lumières et L’arrivée d’un train en gare de la Ciotat. Une rafale d’images prises sur les chemins de fer anglais durant l’hiver, calées sur le Teen beat de Sandy Nelson, par Johnny Hawksworth, réarrangé à deux fois sa durée dans un tempo hyper rapide. Ça dure huit minutes et c’est fabuleux.

Measuring change – James Benning – 2016

07. Measuring change - James Benning - 2016Matin et soir.

   6.5   Le film s’ouvre sur un carton à la temporalité très précise : 28 décembre 2015. 8.57AM. Le premier plan dévoile La spirale Jetty, asséchée, sur une plage de Salt Lake City. Il s’étend sur trente minutes. Il y a une fixité totale puisque la mer semble loin. Si loin et sombre, qu’elle ressemble à un mur de pierres. Le ciel, lui, est bleu azur, il n’offre aucun changement de luminosité. C’est le vent qui imprime de la variation. Le vent et le retentissement d’un avion de chasse qui un moment donné passe brièvement, hors champ. On aperçoit une terre montagneuse, au loin. Un continent ? Des îles ? Il faudra attendre quinze minutes pour voir apparaître un vrai mouvement, un corps dans le cadre. Il emprunte la spirale, vogue entre les roches au gré des bourrasques. Puis, une autre silhouette, quelques instants plus tard, l’imite. Puis d’autres encore. Qui arpentent cet escargot de pierres avant de quitter les lieux, le plan.

     Un nouveau carton fait son apparition : 3.12PM. Suivi du même plan, d’un autre paysage. Les « îles » ont quasi disparu, ne restent que des ombres lointaines. Le sable s’est noirci, il semble humide, comme si la marée était montée et s’était déjà retirée. Entre temps il a aussi neigé. Le gris s’est emparé du plan. Seul le vent n’a rien changé de sa valse. L’apocalypse semble avoir eu lieu. Le peu de mouvement se situe dorénavant dans le ciel : Des nuages qui apparaissent ou se craquellent. Si lentement qu’il est difficile de le percevoir en temps réel. Un groupe de personnes viendra à nouveau habiter le plan. Se promener autour de la spirale, pour finalement s’en éloigner, comme s’ils la fuyaient mystérieusement. Elle était source de jeu et de fascination dans le premier plan. Elle devient invisible, méprisée dans le second. Les trois silhouettes iront bientôt se dissoudre dans le gris de l’horizon, avalés par un mirage entre sable et océan, tandis qu’un autre bruit de moteur d’avion aura fermé la boucle.

     C’est un film sur le pouvoir du hors champ. Que s’est-il passé en l’espace de six heures ? N’est-ce vraiment qu’un changement de temps et de marée ? Dans BNSF le hors-champ c’est le modèle (Le train) quand le temps, lui, se déroule sans montage, sans cassure. Dans Measuring change, c’est l’inverse : Le temps crée du hors champ quand le modèle (La spirale Jetty) ne bouge pas. Il ne faut plus un plan, mais deux, pour le voir. Il faut un cut au noir de dix secondes (sur lequel reste imprimé le bruit du vent) en son mitan, concentrant six heures. Sans doute la plus belle idée du film. Idée que Benning n’avait jamais déployée, semble t-il. C’est un beau prolongement de Casting a glance (qui déjà captait des images de cette spirale sur quatre décennies, sans jamais utiliser le plan classique d’ensemble utilisé ici) au même titre que BNSF était un prolongement de RR. Des versions hardcore. L’ascétisme de Benning est ici à son point de rupture.

L’heure exquise – René Allio – 1981

11. L'heure exquise - René Allio - 1981Ville natale.

   7.0   C’est une déclaration d’amour à la ville de Marseille, que René Allio, dont il est originaire, traverse au présent en lui faisant revivre son passé, de sa propre voix (en off). C’est une exploration dans son intimité. Il raconte son histoire familiale : Celle de sa famille maternelle issue de l’arrière-pays et celle de sa famille paternelle, immigrée italienne. Les petits souvenirs, les grands mythes, parfois accompagnés de vieilles photos de famille. Et de la ville, aux contours labyrinthiques à la lumière éclatante, qu’Allio arbore en doux travellings, plans fixes et lents panoramiques, essentiellement deux quartiers qui lui sont chers : Bon Secours & Saint Gabriel. Il évoque beaucoup les traverses et leurs architectures qui le fascine tant depuis tout petit. Il se pose un instant dans une ruelle, observant un trou dans un mur dans lequel dit-il, son père dissimulait un chiffon, qui lui permettait chaque matin d’astiquer ces souliers (le pied posé sur la borne) salis par la poussière des traverses, avant d’attraper le tramway le menant vers le Vieux-Port. Aussi, il reconstitue la tentative de suicide de son oncle, joué par son propre fils, embrassant à l’extrême le vertige temporel et générationnel. Très beau film.

 

Tricheurs – Barbet Schroeder – 1984

05. Tricheurs - Barbet Schroeder - 1984« Life is for nothing ».

   7.0   Après la claque The Card counter, j’ai pensé que c’était le bon moment pour découvrir ce Schroeder qui se déroule aussi dans l’univers des casinos. Cette fois moins autour du poker que de la roulette. C’est un beau film sur un homme dévoré par le jeu. Voire dévoré par la sensation de perdre. « Tout est plus beau quand j’ai perdu ». Le parfait pigeon des casinos, en somme. Puisque s’il gagne, Elric (Jacques Dutronc) relance systématiquement ses gains, de façon compulsive : Il faut le voir courir de table en table, en sueur, et y balancer ses jetons : terrifiant. Et il perd souvent tout, inéluctablement. Une première rencontre le fait se raccrocher à la chance, une superstition autour du chiffre 7 arboré par une autre joueuse, Suzie (Bulle Ogier) qu’il croise autour d’une table à Madère. Le tandem qu’ils vont former ensemble est aussi beau que troublant, comme si deux aimants s’étaient trouvés. C’est pourtant une autre rencontre qui va un temps les séparer. Elric va croiser la route de Jorg, tricheur professionnel, qui va l’embarquer dans ses combines. Jorg ne sera que moteur de ce glissement puisque c’est avec Suzie, qu’Elric retrouve plus tard, qu’il va se lancer dans un autre système de triche. Il y a le fantasme d’un château au bord du lac Leman mais ce n’est jamais une fin en soi. Le happy end masque un ton nettement plus grave tant il est évident qu’Elric, dépendant à la perte, reviendra au jeu très vite, aux tables d’Annecy. La mise en scène de Schroeder colle au personnage, tant elle aussi répétitive et monocorde (d’un classique froid, élégant mais troublant) que lumineuse et insondable – notamment dans son utilisation des ellipses, sa captation très étrange des lieux et sa photo instable résultante légitime de l’instabilité de son personnage. Pour ne pas dire de son cinéaste, qui après ses films emblématiques de la culture hippie (More & La vallée), un docu sur Idi Amin-Dada, un film autour du sadomasochisme et un autre autour du jeu, s’envolera bientôt pour Hollywood.

The card counter – Paul Schrader – 2021

29. The card counter - Paul Schrader - 2021Mystic river.

   8.5   Repris de justice, William Tell écume les casinos et compte les cartes sur les tables de blackjack. C’est un personnage miroir d’Ernst Toller, le prêtre calviniste de First reformed, le précédent film de Paul Schrader. Voire de Travis Bickle, le chauffeur de taxi de Taxi driver, de Martin Scorsese, écrit par Paul Schrader.

     William Tell ne joue pas pour revivre ou survivre, encore moins par passion, mais pour s’oublier, purger sa culpabilité, et sans doute même pour prolonger sa pénitence : retrouver les mêmes parties, les mêmes mains, les mêmes probabilités, les mêmes gains. Le purgatoire qu’il s’impose tient autant du concret (jouer aux cartes) que du mystère : Sa devise « Miser peu, perdre peu » le renvoie à un rejet de l’inattendu, à son évanescence dans l’éternité.

     Les casinos se succèdent, ils se ressemblent tous. Ils sont autant de lieux refuge que de lieux prison. Schrader en ôte toute la sève glamour qui les caractérisent si souvent. Scorsese a beau être producteur exécutif ici, on ne retrouvera pas une once de Casino là-dedans, tant il est son exact opposé, esthétique et formel. Tout, dans The card counter, qui touche à ces grandes tablées de jeux, semble calculé, dévitalisé, à l’image de ce concurrent, ukrainien affublé d’un marcel à l’effigie américaine, qui emporte les tours célébrés par son sponsor et ses fans qui scandent inlassablement « USA ! USA ! ».

     William fait en sorte que les chambres de motels, qu’il occupe lors de ses déplacements, retrouvent un vernis purement carcéral : Il range tableaux et objets variés, recouvre tous les meubles de draps blancs, créant un décor immaculé, sans personnalité, en miroir de sa cellule de prison (On apprend qu’il a purgé une peine de huit ans dans une prison militaire) mais aussi de ces casinos et tapis de jeux interchangeables.

     La musique de Robert Levon Beam, faite de nappes synthétiques aussi délicates que macabres, vient parfaire ce portrait d’un être en sursis, torturé. Et le film libèrera son background par bribes, comme si Tell nous offrait son autothérapie. Jadis interrogateur militaire au camp de prisonniers d’Abou Ghraib, on comprend qu’il fut acteur d’humiliations, sévices et crimes en tout genre perpétrés à l’encontre de soldats irakiens dans des prisons innommables.

     Ces années le hantent. Les visions cauchemardesques de tortures ne sont jamais montrées dans une mouvance voyeuriste – On entend beaucoup, de coups, de cris, mais on ne voit pas, un peu à l’image du duel quasi-final – mais Schrader compense par une imposante présence sonore – un métal tonitruant – et un objectif au super grand-angle déformant visages et corps, décor et topographie. L’Enfer sur terre.

     Bill Tell se réapproprie son humanité au prix d’un abandon délicat et sinueux, qu’il devra en grande partie à une double rencontre. Cirk, d’abord, un garçon obnubilé par l’esprit de vengeance, qui est en lien avec le passé de William et notamment par rapport à un redoutable tortionnaire qui aurait échappé à son jugement. La Linda, ensuite, gérante d’une agence de joueurs professionnels, qui le repère et le prend sous son aile au moment propice puisque Tell s’est mis en tête de secourir Cirk en amassant le pognon qui lui permettrait d’éponger ses dettes et de se payer une nouvelle scolarité. Travis voulait sauver Iris, Bill veut sauver Cirk.

     Pourtant, le film s’ouvre à une relation au présent, en rien rattachée au passé de Tell. C’est comme s’il renaissait – tout en acceptant difficilement cette renaissance – au contact de La Linda, avec laquelle il s’adoucit, s’humanise. Contrairement aux cartes qui le cloisonnent. Une scène – L’une des plus belles vues au cinéma cette année – opère un détachement providentiel et une grâce bouleversante : Tous deux se baladent dans un parc envoûté par des constellations de guirlandes luminescentes. Une séquence qui entre en écho avec le tout dernier plan du film, qui, s’il peut légitimement évoquer celui qui fermait le Pickpocket, de Bresson, au moyen de l’étincelle divine provoquée par la présence de La Linda, officie en quasi-relecture de La création d’Adam, de Michel Ange.

     Avec The card counter, Schrader met à nue l’Amérique fantomatique post 11 septembre et retrouve en effet la force qui émanait de First reformed, son chef d’œuvre. Et peut-être même celle de Taxi driver, son autre chef d’œuvre, mis en scène par Scorsese, qui sera là producteur exécutif. Dans chacun de ces films, il y a une chambre – sorte d’antichambre de l’Enfer – sinon dépouillée, hors du temps, échappée du monde, au sein de laquelle il s’agit de réunir et refouler, sur papier ou devant un miroir, une colère intime en quête d’une mystérieuse rédemption. Quoiqu’il en soit, The card counter est un film magnifique. Avec un Oscar Isaac imbattable.

La fièvre de Petrov (Petrovy v grippe) – Kirill Serebrennikov – 2021

14. La fièvre de Petrov - Petrovy v grippe - Kirill Serebrennikov - 2021Il est difficile de ne pas devenir fou.

   0.5   Il est rare de se sentir sale au sortir d’une salle de cinéma. A moins d’avoir ingurgiter du popcorn, évidemment. Ou à moins que le film soit un gros brulot de droite puant. Mais se sentir sale à cause des images d’un film, de son rythme, de son chaos, de son montage, de son magma sonore, c’est déjà plus rare. La dernière fois que j’ai éprouvé cela c’était en sortant d’Il est difficile d’être un dieu, d’Alexeï Guerman. Autre film russe, autre expérience insupportable qui n’était toutefois pas aussi boursouflée que le film de Serebrennikov : Il était total (on aime le voyage ou pas, moi pas) mais il n’y avait pas cette emphase (empruntée à Kusturica, Jeunet, Gilliam, grosso modo) qui traverse tout La fièvre de Petrov et qui vise moins au voyage qu’à un tour d’épate frénétique. Ce qui domine ici c’est cette impression de se faire gueuler dessus, cracher au visage et piétiner les yeux et les oreilles 2h30 durant – Ressenti 8h. C’est un film qui pue la pisse, la merde, le vomi, le sang, l’alcool et le cambouis. Alors c’est une expérience, certes, à la fois physique et mentale, dans le cerveau malade d’un type grippé. Et le film ne lésine sur rien non plus d’un point de vue formel : Plans séquences impossibles, changements de format, de point de vue, narration éclatée, irruption d’animation, un chapitre en noir et blanc, petites phrases choc dans le décor du type « La journée est merdique et toi aussi » ou « Comment vivre ensuite ? ». Dernière réplique du film prononcée par un personnage secondaire récurrent qui brise le quatrième mur et face caméra d’un ton rigolard balance « Faut payer le voyage, hahaha ». Tout y passe, jusqu’à l’écœurement. Même ses rares accalmies sont aussitôt compensées par un cri, comme pour ne pas te faire oublier que tu traverses l’enfer. Rarement vu un truc aussi satisfait de sa virtuosité malade. Rarement vu un film aussi nihiliste et misanthrope. Rien d’étonnant en soi, tant Serebrennikov règle ses comptes avec la Russie, territoire dont il est interdit de sortie, pour une douteuse affaire de détournements de fonds. Il est en colère et le cri. Mais on n’y est pour rien, nous. Franchement ça donne envie d’en finir avec l’humanité. Bref c’était horrible.

Tromperie – Arnaud Desplechin – 2021

28. Tromperie - Arnaud Desplechin - 2021The me and the I.

    3.0   Bavard, bourgeois, nombriliste, déconnecté du réel, insupportable. Mais Podalydès est exceptionnel, comme il l’a rarement été. Donc au fur et à mesure il anime le film, fait vivre le texte, le plan, un peu comme le dernier film de Joachim Trier au point qu’on aurait pu renommer celui-ci Philip (en douze chapitres). On n’en sort donc pas aussi exténué par ce que cet assommant huis clos promettait au préalable – aussi parce que les séquences avec Emmanuelle Devos sont superbes – mais on sent passer les saisons, les chapitres et on est content que ça se termine. Pire Desplechin, de loin. Ou bien c’est moi qui n’en ai plus rien à carrer de ce cinéma centripète ? Possible…

Seize printemps – Suzanne Lindon – 2021

30. Seize printemps - Suzanne Lindon - 2021Seize apathies pour Suzanne.

   3.0   Premier film de Suzanne Lindon (fille de Sandrine Kiberlain & Vincent Lindon) vingt ans qui campe Suzanne, une fille de seize ans qui s’ennuie, au lycée, avec les ados de son âge. Elle tombe amoureuse d’un garçon qui a deux fois son âge, fait du théâtre, mange des tartes aux fraises et boit des diabolos grenadine. Note d’intention qui tenait sur seize minutes pour seize printemps, mais qu’on étire en long métrage pour pas grand-chose. Le film est à la fois mignon et consternant tant il est vide, amorphe, d’une pauvreté abyssale, dans le fond comme dans la forme. Sa seule idée ce sont ses petites touches de comédie musicale mais faut voir le résultat. C’est un petit film bourgeois sans intérêt. Car Suzanne attend « que quelque chose se passe », pour reprendre les paroles d’une chanson du film. Nous aussi. Et puis le film ne raconte rien mais il est lourd : Dans la chambre de Suzanne il y a un poster d’A nos amours, celui sur lequel est écrit en gros SUZANNE, au cas où on avait oublié le prénom de Sandrine Bonnaire dans le film de Pialat. Je sauve les petites scènes avec le père, incarné par Frédéric Pierrot, qui sont très douces, très jolies. Mais bon…

Les amours d’Anaïs – Charline Bourgeois-Tacquet – 2021

26. Les amours d'Anaïs - Charline Bourgeois-Tacquet - 2021Va, vis et deviens.

   7.0   Le programme du film se lit lors d’une scène où l’écrivaine incarnée par Valeria Bruni-Tedeshi fait un colloque dans un château en province. On lui a demandé de présenter un film sur une femme écrivain et elle décide de projeter Opening night, de Cassavetes. « C’est avant tout un superbe portrait de femme » dit-elle.

     Les amours d’Anaïs opère ce même décalage : Sous ses atours de film de triangle amoureux, c’est en réalité un portrait de femme. Celle d’une fille plus inquiète qu’il n’y parait – à la fois pour la santé de sa mère, ses histoires d’amours que pour son accomplissement personnel – qui refoule cette inquiétude par une totale désinvolture, symbolisée d’abord par cet avortement qu’elle prend avec beaucoup de légèreté ou pour son impossibilité à payer les loyers de l’appartement qu’elle habite.

     Elle se plait à glisser dans la vie, à vivre dans le présent. Jusqu’à sa rencontre avec Denis Podalydès avec qui elle a une aventure avant qu’elle ne s’intéresse à la femme d’icelui, qui incarne soudainement celle dont elle rêve d’être dans vingt ans voire se persuade qu’elle s’est accomplie en étant la même qu’elle à trente ans.

     Et c’est au contact de cette femme écrivain, qui la fascine, que la gravité va s’emparer d’Anaïs, tandis qu’elle était jusqu’alors assez détachée de ses sentiments. Et la mise en scène, qui collait à son personnage dès la toute première séquence, tournait autour d’elle, la suivait en permanence au gré de ses humeurs pleines de soubresauts, s’aère délicatement. Le film s’épure. Car son personnage s’abandonne et accepte cet abandon. Durant tout le film, Anaïs ne monte pas dans les ascenseurs qui la rendent claustrophobes. Le tout dernier plan raconte ainsi beaucoup de son abandon total.

     C’est un premier film, mais un beau, avec plein d’énergie, d’idées. Et Anais, le personnage, est un peu insupportable. Mais c’est Anais Demoustier. Et Anais Demoustier peut rendre n’importe quel personnage insupportable supportable, sinon magnifique. C’est un film pour elle, c’est écrit pour elle. C’est une belle déclaration d’amour à une actrice, un peu comme l’était Opening night.

Encanto – Charise Castro Smith, Byron Howard & Jared Bush – 2021

20. Encanto - Charise Castro Smith, Byron Howard & Jared Bush - 2021La vie est un miracle.

    6.5   C’est un beau film sur le poids de la famille. Il est rare chez Disney de voir un antagoniste aussi invisible, ici il est représenté par la grand-mère, mais c’est plutôt le dit-miracle qui l’incarne : L’histoire d’une famille, les Madrigal, vivant dans une maison enchantée au sein des montagnes colombiennes. Maison offrant à chaque enfant un pouvoir surnaturel, tant vanté, tant espéré qu’on le fête comme une bar/bat mitzvah. Ici il ne s’agit pas de célébrer une majorité religieuse mais d’ouvrir une porte et de faire la rencontre avec son pouvoir magique : une force herculéenne, une faculté de guérison, la possibilité de dialoguer avec les animaux ou encore un don de métamorphose, un don de voyance.

     Mirabel est la seule qui n’a rien reçu. Sans explication, la porte est restée fermée. Et c’est ce personnage, héroïne du film, qui va troubler le rituel et bousculer le quotidien de cette cour des miracles. Par jalousie (notamment envers sa grande sœur, qui fait apparaître des fleurs) et frustration de constater que son petit frère reçoit aussi un don, confirmant qu’elle n’est qu’un maillon oublié. « C’est un pouvoir qui sera à ton image » ne cesse de leur répéter à tous cette matriarche qui les enferme dans une bulle – jusqu’aux mariages arrangés – que Mirabel ne peut supporter puisqu’elle n’a hérité de rien. Elle n’est rien, sans pouvoir.

     La belle idée du film, une fois que la casita commence à se craqueler de partout et que le récit s’emballe, est de libérer les personnages de leurs chaînes, tant chacun éprouve sans le dire, son pouvoir magique comme une malédiction. La réapparition d’un membre disparu redistribue les cartes. Et le film libère bientôt, grâce à Mirabel, le poids de cette histoire familiale et d’un enchantement qui ne peut renaître qu’en étant détruit et relancé sur des fondations plus saines. Avec des pics très émouvants. Larmes aux yeux lors de la scène au bord de la rivière, qui m’a rappelé « la plus belle scène au bord de la rivière ever » dans Pat Garrett & Billy the kid.

     On peut certes regretter que le film ne dessine pas plus loin que cette famille, cette maison. C’est d’autant plus flagrant que la petite communauté (le village) dans laquelle évolue cette petite communauté (La famille) n’est jamais traitée. C’est une toile de fond. Reste qu’au sein de la famille, il y a de beaux personnages, qui sont empêchés aussi car c’est le sujet, de les faire exister uniquement au travers des désirs de la matriarche. Voilà pourquoi Bruno est si beau. De très loin mon personnage préféré.

     Encanto est très beau visuellement, notamment tout le design de cette maison magique, l’animation est fluide, pleine de détails. Le point faible c’est le même que pour Vaiana à mes yeux, les musiques de Lin-Manuel Miranda, qui sont franchement lourdingues. Quant à Coco, son cousin de chez Pixar auquel on pense beaucoup, il est bien au-dessus, évidemment. Reste que ce fut pour moi un enchantement total de voir ça en salle avec mes deux petits gremlins qui ont tous deux adoré.

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