Le grand chef – Henri Verneuil – 1959

06. Le grand chef - Henri Verneuil - 1959Le sauvage.

   5.6   Fernandel chez Verneuil, ça interpelle, surtout pour ceux qui comme moi ne savent pas qu’ils ont fait une dizaine de films ensemble. Pour moi, Verneuil c’est Mélodies en sous-sol, Le clan des siciliens, Peur sur la ville, bref souvent j’oublie qu’il est aussi aux commandes de La vache et le prisonnier. Je m’attendais à quelque chose d’au mieux bidon et infantilisant, au pire débile et imbuvable.

     Alors évidemment, Le grand chef tourne principalement autour des pitreries et grimaces de Fernandel, évidemment qu’il est dans chaque plan et qu’il dévore le semblant de récit mis en place – La scène du bloc de glace en est l’illustration parfaite : Elle ne sert strictement à rien sinon à permettre à Fernandel de jouer le maladroit ahuris, simplet et malchanceux, bref ce qu’il fait de mieux.

     Pourtant je m’y suis amusé. J’ai toujours eu de la tendresse pour ces trucs, que ce soit très beau comme Le jouet, de Veber ou tout naze comme Bébé part en vadrouille – Pour ratisser large. L’histoire est donc simplissime : Antoine et Paolo sont laveurs de voiture et aimeraient ouvrir une station service à leur compte mais il leur faut des fonds. Le second embarque donc le premier dans son idée de kidnapper un écolier en proposant une rançon à ses vieux, qui milliardaires, n’hésiteront pas faire l’échange.

     Les deux bougres sont plutôt ridicules mais le kidnapping se déroule presque sans heurts. Le problème c’est que le gamin s’avère rapidement insupportable. Vraiment insupportable, d’autant qu’il jubile de ces vacances improvisées. Mais il est finalement plus attachant qu’insupportable, tu vois l’idée. Le film est hyper rythmé, superbement dialogué. C’est donc agréablement récréatif et labellisé « Pour les grands et les petits ».

While We’re Young – Noah Baumbach – 2015

76Aomr_whilewereyoung_04_o2_8254384_1408558490.jpgGénération rebelle en carton.

   3.7   Le cinéma de Noah Baumbach, plus ça va, moins ça va.  Depuis le très beau Les Berkman se séparent, l’inégal (mais encore beau) Greenberg, le suffisant (mais encore beau, je crois, faudrait que je le revoie) Frances Ha, son cinéma s’est enlisé dans un maniérisme snobinard usant. L’idée me plaisait pourtant avec ce personnage (encore incarné par Ben Stiller) de documentariste idéaliste et loser. Mais rien ne fonctionne, on ne croit en rien. Ni en ce rapprochement « vieux/jeunes » ni en ce que chacun est sensé jouer. Quand le personnage revendique son amour pour le cinéma de Wiseman, ça sonne moins bien que lorsque Ira Sachs convoque, lui, le cinéma d’Avery Willard dans Keep the lights on. Et pourtant il est aussi question d’un personnage documentariste, idéaliste et paumé. Mais le film de Noah Baumbach ne trouve jamais la note juste, coincé qu’il est dans sa représentation arty, entre le cinéma Sundance, celui de Woody Allen et les relents de la série Girls. Et pourtant il y a du beau monde : Naomi Watts, Ben Stiller, Adam Driver, Amanda Seyfried. Mais rien n’y fait, ça sent le vieux, la suffisance, c’est complètement amorphe, glacé. Dommage.

Cosmos – Andrzej Zulawski – 2015

05. Cosmos - Andrzej Zulawski - 2015Abomination.

   1.9   Tandis qu’il était haut dans ma watchlist de films dont j’étais certain qu’ils feraient parti de mes films de chevet, Possession fut l’une de mes plus grandes douches froides. C’était mon premier Zulawski, ça remonte à plusieurs années et donc je n’ai jamais persévéré dans sa filmo. Ça m’avait suffit.

     Il y a bien L’important c’est d’aimer qui me fait de l’œil. On verra. Et il y avait Cosmos. Son dernier film avant de mourir. J’ai tenté. Et c’est HORRIBLE.

     Cosmos c’est un peu comme si Resnais et Rivette avaient craqué leur slip en même temps, étaient devenu de vieux gâteux persuadé qu’en faisant communiquer leur folie respective ça donnerait un truc hyper moderne. Resnais on imagine ce que ça peut donner au vue de sa fin de carrière foireuse, et bien imagine ça puissance dix : Emphatique, théâtral, bourgeois, sur-citationnel, indigeste. Il y a bien quelques dispositions plastiques qui titillent, la force de la forêt, d’un jardin, de l’océan qu’on peut ressentir au détour de certains plans. Mais ils sont noyés sous un tel flot de bavardages forcés et d’incongruités cacophoniques qu’on ne les apprécie pas.

      C’est Théorème qui rencontre Raoul Ruiz et le vaudeville de bas étage. J’imagine qu’on peut trouver ça génial, mais pour moi c’est l’enfer. Heureusement que j’y ai fait la découverte de la belle Victoria Guerra sans quoi j’aurais pas tenu jusqu’au bout.

Get Innocuous (LCD Soundsystem, 2007)

88409LCD I love you and you’re bringing me dance.

     Il fallait vite que je parle d’LCD Soundsystem.

     D’une part car le dernier album en date, American dream, sorti le mois dernier, est une merveille. Laissons mûrir encore mais pas impossible que ça devienne le plus beau avec Sound silver. Il contient entre autre un tube absolu à écouter en boucle, l’ouverture Oh baby, qui signe un retour en fanfare, après la séparation puis la reformation du groupe depuis This is hapenning.

     D’autre part car LCD Soundsystem n’a commis à mes yeux aucun faux pas, aussi bien depuis son premier LP éponyme que dans son excursion EP avec l’extraordinaire 45’33 conçu pour la course à pied. Je ne cours jamais avec de la musique dans les oreilles donc je ne sais pas si ça fonctionne, mais cet album me rend dingue (d’autant plus en version CD, avec trois morceaux supplémentaires bouillants !) surtout en bagnole. On retrouve d’ailleurs Someone great – présent aussi dans Sound silver – moins la voix de James Murphy.

     C’est aussi cela que j’aime chez LCD : L’impression d’être face à de (parfois) longues boucles en variations, qui se répondent en écho d’un album à l’autre ; Des bases précises, solides, qui partent en vrille sans qu’on ait vraiment pu s’en rendre compte. Franchement, impossible de faire plus jouissif et obsédant que du LCD à son meilleur.

     Pourquoi ai-je choisi Get Innocuous ? Tout simplement parce que ce fut ma porte d’entrée dans l’univers du groupe. Je ne connaissais pas à l’époque (dix ans, bordel), j’écoute ça par hasard et je me le prends dans la gueule, Get Innocuous, puis le reste. Jusqu’à New York, I love you but you’re bringing me down, que j’aurais pu poser là aussi. Le nombre de trajet de train que j’ai pu me faire avec cet album dans les oreilles, c’est indécent. Je me souviens aussi d’un réveil de soirée beuverie, quand tu dois tout remettre en ordre parce que c’est pas chez toi, et j’avais lancé ça : Rarement été aussi efficace pour ranger une baraque.

     Et Get Innocuous a ceci d’un peu différent du reste de la discographie d’LCD Soundsystem qu’il est moins ouvertement funk/disco mais ressemble à une extraction un peu batarde de dance-punk ascendant krautrock. Et puis j’aime les sentiments contradictoires qu’il m’offre : Souvent je regrette qu’il ne s’installe pas davantage, jusqu’à me happer entièrement ; parfois je me dis que si le morceau était plus long on en crèverait tellement ses bases sont énergiques et les couches qui se superposent de plus en plus fragiles ; Mais chaque fois je me dis : Purée, mais quel tube de malade ! Et puis chose rare me concernant, je préconise l’écoute à TRES haut volume, dans la maison à en faire éclater les fenêtres, dans les oreilles à t’en faire saigner les tympans. Pas si inoffensif que ça, finalement.

En écoute ici :

https://www.youtube.com/watch?v=-Vz_01o6Nao

Le convoi des braves (Wagon Master) – John Ford – 1950

01. Le convoi des braves - Wagon Master - John Ford - 1950Tous à l’Ouest.

   6.6   Je connais très mal le cinéma de John Ford, pourtant j’aime toujours ce que j’y trouve, qu’ils s’agissent d’incontournables tardifs comme La prisonnière du désert ou L’homme qui tua Liberty Valance ou bien de ses films ancrés dans les années 40, je pense à La poursuite infernale ou à mon préféré : Les raisins de la colère. En fait je connais rien sitôt que ce soit plus discret dans sa filmo (Sans parler de sa période muette) et je compte bien rattraper ça. Etant donné qu’il a réalisé plus de cent quarante films, il y a du choix.

     On commence donc avec Le convoi des braves, sorte de « John Ford idéal » tant il ressemble fortement à l’idée que je me faisais de son cinéma. Une histoire de vendeurs de chevaux qui guident et accompagnent une caravane de Mormons à travers l’Utah. Un voyage de groupe vers une Terre Promise avec les embuches, la gouaille, l’humanisme et l’attention portée aux grands espaces cher au cinéma Fordien. Je pense que Kelly Reichardt s’en est pas mal inspiré : J’ai beaucoup pensé à La dernière piste. En moins minimaliste, cela va de soi.

Sortilèges – Christian-Jaque – 1945

02. Sortilèges - Christian-Jaque - 1945Cheval dans la neige, lièvre dans la tête.

   5.0   Mon premier Christian-Jaque et ça ne m’intéresse qu’à moitié. Si l’interprétation (Ses jeux théâtraux et grimaces impossibles) me laisse globalement circonspect, si le verbe de Prévert me parait trop prononcé, j’aime l’aspect gothique du film, son côté charbonneux et montagneux, et son affrontement bûcheron/sorcier. J’ai pensé tour à tour à Béla Tarr, Edgar Allan Poe et Jean Epstein. Si la mise en scène est moins inventive et la dimension fantastique plus académique, on retrouve une sorte de mixture entre La chute de la maison Usher (La maladie mystérieuse, la destruction de la maison) version chalet dans la neige, avec les effluves d’un Satantango dans l’étrangeté du village de montagne et les apparitions répétées de cheval noir fou. C’est beaucoup trop bavard pour moi mais l’atmosphère poétique aux forts accents expressionnistes m’intrigue.

All and everyone (PJ Harvey, 2011)

PJSortir du noir.

     « Death was everywhere, in the air and in the sounds coming off the mounds of Bolton’s ridge… » Quand un morceau s’ouvre là-dessus… J’en conviens, ce sera pas le plus joyeux de ma liste. En revanche, je ne vois aucun autre morceau ces dernières années capable de rivaliser d’émotion avec cette complainte magnifique. Tout, chaque instrument, chaque note, le rythme, les changements de rythme, la voix de PJ, tout tient du génie pur, t’arrache les larmes à t’en faire défaillir.

     Les trente-huit premières secondes – pourtant exempts de la voix à se damner de la sublime PJ – sont déjà essentielles. Ça se joue pas à grand-chose : un alliage autoharpe / batterie absolument somptueux qui me file chaque fois la chair de poule. L’instru sera l’élément moteur du morceau, dans ses accélérations et accalmies, qui plus est lorsqu’elle est si majestueusement agrémentée, notamment sur la minute quinze qui clôt le morceau, de façon aussi brillante que désespérée, à t’en faire danser les cadavres.

     Je ne connais pas l’intégralité des albums de PJ (et plutôt mal ses premiers) mais de ceux que j’ai écouté, Let England Shake est le seul que j’aime vraiment (avec White Chalk) et le seul qui me touche à ce point, n’ayons pas peur des mots : C’est un chef d’œuvre absolu de tous les instants. Et All and everyone, pile au centre, c’est six minutes absolument bouleversantes, Ça suinte la mort – puisqu’il raconte la guerre – mais c’est tellement beau, divin qu’on dirait un chant liturgique. La voix de PJ n’aura jamais été si majestueuse qu’ici.

En écoute ici :

https://www.youtube.com/watch?v=Qn7qKXPGZ-A

Fargo – Saison 3 – FX – 2017

20. Fargo - Saison 3 - FX - 2017Calculs meurtriers.

   5.5   Il y a des choses réjouissantes dans cette troisième saison, comme les présences de Mary Elizabeth Winstead et Carrie Coon, la féline et l’investigatrice (parfaites toutes les deux) mais aussi celle d’Ewan McGregor dans un double rôle puisqu’il campe deux frères jumeaux que tout oppose (L’un est un riche businessman faisant fortune dans les parkings quand son frère est une petite frappe pathétique pas même capable de voler un timbre) et qui vont être au croisement, macabre et improbable (La série joue trop à faire comme le film, dire que les faits se sont déroulés dans le Minnesota bla bla bla, c’est vite lassant) de chacune des storyline. A l’instar de l’imperturbable Lorne Malvo (Billy Bob Thornton, Saison 1) la série renoue avec le méchant ultime, ici un investisseur opportuniste aux relents nazis, qui use de grimaces, fausses gentillesses et menaces chelou (Curieuse façon de pisser dans une tasse de café, franchement) pour parvenir à ses fins, si fins il a. Il est un peu à l’image de cette saison : Grandiloquent, glacial, arrogant et finalement un peu vain. C’est un peu ce que Fargo a tendance à devenir, je trouve. Ça se le pète beaucoup pour pas grand-chose avec sa photo grisâtre et ses partis pris lourdingues – l’introduction de l’épisode 4 et les instruments pour chaque personnage, au secours. Ça pourrait être un très beau jeu de massacre (façon Banshee) mais ça veut tellement être au-dessus de la mêlée. On reste toutefois dans un show de qualité (qui se mate plus qu’agréablement) ne serait-ce que via certains personnages secondaires : Le bras droit de Vargas, l’homme à tout faire d’Emmit Stussy ou l’entrée tardive mais fracassante du personnage sourd et compagnon de cavale de Nikki. Mais pas sûr que j’en garde grand-chose.

Un linceul n’a pas de poches – Jean-Pierre Mocky – 1974

34. Un linceul n'a pas de poches - Jean-Pierre Mocky - 1974Le gars gênant.

   4.9   Comme à son habitude, Mocky ne s’embarrasse pas d’effets de séduction, son film est cheap, mal fagoté, le montage est parfois très étrange, l’interprétation est souvent à côté de la plaque (Mocky le premier, qui incarne un journaliste seul contre tous reconverti en chevalier blanc prêt à dénoncer toutes les casseroles politiques de sa région, des simples pots-de-vin aux soupçons de pédophilie) pourtant Un linceul n’a pas de poches est aussi visuellement réussi qu’il est foncièrement passionnant – Certes c’est l’adaptation d’un bouquin qu’on imagine pléthorique dans la description des magouilles, mais si l’écriture ne vient probablement pas de Mocky il en retranscrit bien la richesse et jongle admirablement avec l’ahurissante kyrielle de personnages (Et une quantité d’acteurs qui n’hésitaient pas à se mouiller dans des projets louches façon La Traque, c’est bluffant : Serrault, Carmet, Lonsdale, Marielle, Constantin, Galabru…) dont il dispose et qu’on arrive aisément à cibler et différencier. C’est un peu comme si le Sex shop, de Berri avait croisé le Coup de tête, d’Annaud. Mais en moins bien tant il y a des trucs vraiment gênants. D’abord car les rôles féminins sont TOUS honteux, sans exception. Ensuite car le pamphlet, aussi percutant soit-il, manque clairement de subtilité. Après ça reste du Mocky, on reconnait bien sa patte, il y a des trucs ridicules à se pisser dessus (Des répliques qu’on n’entendrait même pas chez Arcadi) et des trucs vraiment navrants (On flirte parfois avec le vulgaire film érotique et la présence de la belle Sylvia Kristel n’y est pas étrangère). Et bien que ça ne m’intéresse pas trop, on pourra toujours y voir une mise en abyme de Mocky cinéaste dans ce personnage qui trouble tout le système. Mais le gros bémol c’est que c’est franchement beaucoup trop long (2h05) pour du Mocky.

L’assassin habite au 21 – Henri-Georges Clouzot – 1942

33. L'assassin habite au 21 - Henri-Georges Clouzot - 1942     3.4   Et un Clouzot de plus qui me laisse à quai. Décidemment, j’ai du mal avec la première partie de sa filmographie. Comme pour Le Corbeau ou Quai des orfèvres, je n’arrive pas à voir autre chose qu’un « scénario filmé » dans lequel chaque acteur tient à sa petite partition qu’il incarne ou déblatère jusqu’à la caricature. Que de bavardages, purée. Je commence à trouver ça dingue que ce type ait pondu, d’un coup, sans prévenir, Les diaboliques et Le salaire de la peur. Je sauve le final, in-extremis, puisque je ne l’ai pas vu venir ce qui veut donc dire que Clouzot a bien ménagé ses effets et son mystère, reste que l’ambiance Agatha Christie c’est pas trop mon truc, de manière générale.

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silencio


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