Un monde sans fils.
5.0 De l’Atlantique à la mer Noire, de La Rochelle à Istanbul, Mathias embarque son meilleur ami Philippe dans un voyage à bicyclette, dans le but de refaire le trajet que Youri, son fils, avait entrepris quelques années avant sa disparition tragique.
Comment ne pas être touché par ce récit de pèlerinage ? Qui plus est avec ces deux-là (Mathias Mlekuz, lui-même et Philippe Rebbot) qui sont aussi drôles que touchants, d’une réplique ou d’une situation à l’autre.
Mais je m’interroge sur la fabrication. J’ai un problème avec le réel que le film revendique. Ou bien je ne comprends pas bien. Est-ce que ce deuxième voyage a eu lieu et qu’il s’agit d’une reconstitution ? Est-ce qu’on en voit les images filmées pendant le voyage, à la façon d’un reportage ? Où se situe la répétition, l’improvisation ? L’écriture, la mise en scène ? Le vrai, le faux ? Que doit-on faire de tout cela, nous, spectateurs ? En quoi croire vraiment ?
Il me semble que le film manque de moments suspendus. Qu’il remplit dès qu’il peut. Qu’on y cause beaucoup trop du sens de la vie, qu’on n’y voit pas suffisamment des aléas de ce voyage insensé. Le film gagne dans ses moments de légèreté, perd quand il sort les violons.
Pourquoi ne voit-on quasi rien des lieux que le duo arpente sinon sous forme de brèves saynètes, parfois en plusieurs morceaux imposés par un montage dynamique ? Pourquoi la caméra n’entre pas en jeu et par conséquent, pourquoi ne voit-on pas celui qui les accompagne ?
À la toute fin, l’autre fils de Mathias les rejoint en Turquie. C’est beau, fort. Mais durant le générique, les photos (du tournage ? Du voyage ? Les deux ?) montrent qu’il faisait semble t-il parti du voyage. Ce n’est pas clair. Donc je trouve ça touchant. Je trouve Rebbot génial, comme d’habitude. Mais je me sens un peu trop manipulé.