Ville haute, ville basse (East side, west side) – Mervyn Leroy – 1949

08. Ville haute, ville basse - East side, west side - Mervyn Leroy - 1949Faux-semblants.

   7.0   Film tellement féminin – et écrit par une femme : Isobel Lennart – qu’il apparait presque comme une sorte de Johnny Guitar du film noir. D’une élégance rare, le film offre un terrain de jeu imparable pour la crème de la crème des stars hollywoodiennes qu’il réunit : Un casting hallucinant puisqu’on y trouve Barbara Stanwyck, Ava Gardner & Cyd Charisse, mais aussi James Mason & Van Heflin. Excusez du peu.

     Ville haute, ville basse s’ouvre sur un laius de Jessie à propos de sa ville, New York, dont elle adore la respiration, les battements de cœur, ainsi que son impossible communication entre l’east side et le west side. On apprend bientôt qu’elle est mariée à un certain Brandon et qu’ils filent tous deux le parfait amour. Chaque jeudi, ils se retrouvent chez ses parents (à elle) pour un diner. Mais quelque chose cloche. Lors de l’un de ces jeudis, les tensions apparaissent subtilement. On découvre un garçon très séducteur avec sa belle-mère, ça pourrait avoir l’air de rien, mais ça nous prépare au personnage. Lorsqu’ils partent, les parents de Jessie s’inquiètent à l’idée de leurs querelles passées. Derrière les apparences feutrées, la réalité naît. L’apparence de bonheur se fêle insidieusement. L’idylle amoureuse est à l’image du portrait idéal que brossait Jessie de sa ville : La facticité plane.

     Et le film va s’employer à détruire ces apparences, à inverser les rôles, à multiplier les trahisons, les rebondissements. Le décès étrange d’une ancienne conquête de Brandon. Sa rencontre avec Rosa tandis que Jessie de son côté, tombera sous le charme de Mark, l’enquêteur. La lutte des classes, promise par le titre, se transforme en lutte des femmes et en récit d’une lucide renaissance. Très beau.

Délits flagrants – Raymond Depardon – 1994

27. Délits flagrants - Raymond Depardon - 1994Portrait de France.

   8.0   Une ouverture sur le parvis du Palais de justice de Paris. Une fermeture sur ce même Parvis. Entre ces deux pôles, se succèdent des personnes arrêtées pour des flagrants délits qui sont reçues dans un bureau par le substitut du procureur, pour un entretien. Ce même substitut qui deviendra par la force des choses avocat général dans la suite du procès, hors-champ ici.

     Les prévenus ont chacun leur histoire : Drogue, violence, alcool, insulte à agent, tag, situations irrégulières, prostitution, vol. Il y a des aveux, des regrets, des prévenus qui se taisent, d’autres qui s’enlisent dans leur mensonge. Certains jouent de la présence de la caméra, d’autres semblent ne même pas y prêter attention. Le cadre : Un bureau simple, un téléphone, une pièce vide. C’est un dispositif implacable. Sans aucun commentaire en voix off ni intervention du réalisateur.

     C’est le documentaire le plus confortable de Depardon. Derrière lui, Arte, Canal, l’avance sur Recettes, une pellicule en 35mm, cinq semaines de tournage dans un lieu exceptionnellement autorisé. Quarante heures de rushs, Quatre-vingt-cinq personnes filmées, quatorze seront retenues. Interrogatoires filmés en plan fixe, selon un dispositif identique. Jusqu’à ce que Depardon consacre du temps d’entretien avec l’avocat commis d’office.

     Hormis quelques plans fixe dans les sous-sols du tribunal et un autre mobile accompagnant un prévenu entre sa cellule de la Préfecture de Police et les bureaux de la 8e section du Palais de justice, Délits flagrants sera un pur huis clos, qui fait un magnifique portrait réaliste de la France, de Paris. Le film nous offre une position inédite, entre le système et le déferré, le pouvoir et la foule. Très fort.

Hannah et ses soeurs (Hannah and her sisters) – Woody Allen – 1986

003. Hannah et ses soeurs (Hannah and her sisters) - Woody Allen - 1986Emois mystérieux à Manhattan.

   9.5   Il y a plein de films de Woody Allen que je n’ai jamais vus. La moitié de sa filmographie grosso modo. Avec l’envie de regarder un Woody Allen ce jour-là, j’aurais pu me lancer dans la découverte de Meurtres mystérieux à Manhattan, par exemple. J’ai choisi de revoir Hannah et ses sœurs, que j’avais pourtant déjà revu six semaines auparavant. C’est sans doute le film avec lequel je me sens le mieux ces temps-ci, celui qui me réconforte mais aussi celui qui me fait avancer. Celui dans lequel je me retrouve ou dans lequel je rêve de vivre. J’adore chacun de ses personnages. Et puis ce jour-là c’était Thanksgiving, alors…

     Avec Hannah et ses sœurs, Woody Allen retrouve sa verve intimiste d’Annie Hall et Manhattan. Intimiste dans la mesure où le film fait figure de parenthèse en s’éloignant d’éventuels référents qui ont guidé la plupart de ses films des années 80 (Bergman pour Intérieurs, Fellini pour Stardust memories…) et guideront ceux des années 90 (L’expressionnisme allemand dans Ombre et brouillard, le film noir pour Meurtre mystérieux à Manhattan). C’est un film plus ramassé, plus personnel, en somme. Mais le vrai changement, ce sont les trois sœurs, les présences motrices de Barbara Hershey, Mia Farrow & Diane Wiest, toutes trois magnifiques.

     L’écriture est inspirée à un tel niveau d’orfèvrerie qu’on navigue avec aisance et passion d’un personnage à l’autre, d’une histoire à l’autre, d’une saison à l’autre : Si le film glisse parfois vers le flashback, il se déploie surtout autour de trois diners de Thanksgiving, un pour chaque sœur : Lee, Hannah & Holly. Et chaque personnage gravitant autour de ces trois sœurs (maris, ex-maris, parents, amis) revête une importance fondamentale, aucun n’est sacrifié, personne ne tire la couverture, pas même Mickey, campé par Woody Allen lui-même.  

     L’autre star c’est New York. Comme souvent chez lui, bien sûr. Mais dans un film comme celui-ci, qui multiplie les personnages, les interactions, l’importance topographique aurait pu en pâtir. Mais le New York d’Hannah et ses sœurs n’a pourtant rien à envier à celui de Manhattan, tant Woody le capte comme personne, lui offrant une respiration qui lui est propre, scrutant ses trottoirs, ses devantures de magasins, ses librairies. Et pas seulement : C’est aussi un portrait de l’architecture new-yorkaise, notamment parce qu’un prétendant d’Holly la troisième sœur, est un architecte de renom. On y voit de nombreuses façades de buildings. Il y a une vraie sensation de grandeur et d’infinité verticale, dans Hannah et ses sœurs

     Aussi, le récit se déploie au moyen d’irrésistibles gadgets purement alleniens. Des cartons un peu anodins, dévoilant en une phrase ou une réplique, une situation à venir, voire parfois se fendant d’une citation célèbre, reprenant ici celle de Tolstoi : « La seule certitude de l’homme c’est que la vie n’a pas de sens » qui peut se voir comme une parfaite grille de lecture du film tout entier. Une voix off, ensuite, qui va s’avérer multiple, captant aussi bien les pensées de chacune des sœurs, que celles d’Elliott ou Mickey.

     La première (voix off) à faire son entrée est d’ailleurs celle d’Eliott, un fiscaliste mariée à Hannah, mais irrémédiablement attiré par Lee, sa sœur. Un peu plus tard, les pensées de Lee prendront possession de la voix off suivante, nous révélant son béguin pour Elliott. Et c’est ensuite celle de Mickey, l’ex-mari d’Hannah et père de ses enfants. Metteur en scène hystérique et hypocondriaque notoire, il s’enlise soudain dans l’abime lorsque les médecins lui diagnostique de faire des examens complémentaires tandis qu’il venait pour  une simple douleur d’oreille.

     Tout ce qui touche à cette crainte de tumeur est évidemment, Woody oblige, super drôle. Mais pas que. Car c’est aussi la peur de disparaitre, qui irrigue Hannah et ses sœurs. Quand Mickey raconte à Holly ses démêlés peu glorieux avec la dépression, un flashback le relaie : Il rate sa tentative de suicide et court se réfugier dans un cinéma où l’on diffuse Soupe au canard, des Marx Brothers. Il connait le film par cœur, dit-il, pourtant il est comme frappé par un accès de conscience : L’importance de la vie, de la chance d’être en en vie. Le film semble constamment glisser, ainsi, avec une élégante harmonie, d’un flashback aléatoire à l’autre, d’un personnage à l’autre, ouvrant chacun constamment sur des impasses ou des déserts à combler. C’est magnifique.

     Holly se confiera bientôt à nous elle aussi. Actrice ratée, qui demande en permanence de l’argent à sa sœur, qu’elle ambitionne d’ouvrir un restaurant ou de se lancer dans l’écriture d’un roman. Le film aurait parfois tendance à la laisser de côté, mais c’est pourtant avec elle qu’il va s’en aller. Avec elle et Mickey, puisqu’ils se retrouvent après un lointain rendez-vous manqué. Leur dernier échange (qui est aussi l’ultime séquence du film) est absolument bouleversant.

     On fera aussi connaissance avec les parents d’Hannah, et ses sœurs. Un couple magnifique, dont on sent l’amour palpable malgré leur faculté à le nourrir de leurs conflits, à s’accabler l’un et l’autre en permanence. Un couple campé par deux géants : Maureen O’Sullivan & Lloyd Nolan, dont ce sera l’ultime apparition sur un écran de cinéma.

     En outre, le film fait défiler tout une batterie de seconds rôles formidables : Max Von Sydow, Daniel Stern, Carrie Fisher, John Turturro, Tony Roberts, qui n’ont parfois qu’une brève apparition mais une apparition que l’on retient.

     Au même titre que toutes ces situations touchées par la grâce, notamment tout ce qui se joue autour du jeu dé séduction entre Lee & Eliott, le livre d’E.E. Cummings, le poème de la page 112 « Personne, pas même la pluie, n’a de si petites mains » ou bien l’instant du Concerto en Fa mineur, de Bach. Bref c’est un chef d’œuvre, à mes yeux. Son chef d’œuvre.

Red rock west – John Dahl – 1993

21. Red rock west - John Dahl - 1993Big trouble in Wyoming.

   6.0   Retour sur un film dont je gardais un excellent souvenir, pour avoir lancé plusieurs fois la VHS à l’époque. C’est un néo-film noir – La spécialité de John Dahl, puisque celui-ci vient après Kill me again et avant Last seduction – aux allures de Western, puisque l’action se déroule au fin fond du Wyoming.

     On y suit Michael, qui vit dans sa Cadillac blanche. C’est un type à la dérive, sans un sou, probablement trop honnête pour survivre dans une Amérique aussi cynique.

     Fraichement débarqué dans le village paumé de Red rock, le gérant d’un bar le confond avec un autre et l’embauche, comme il était convenu. Michael accepte sans broncher avant de découvrir qu’il n’est pas engagé pour servir des tequilas mais pour éliminer une femme, moyennant dix mille dollars.

     Il y a une histoire de vétérans de guerre, un ancien marine ayant fait le Vietnam, un autre ayant combattu au Liban. Et ce sont les deux personnages qui seront confondus, comme s’ils étaient éternellement oubliés, embourbés dans leurs forêts et tranchées – Le final ne raconte rien d’autre que ça, par ailleurs.

     Il y a un plan récurrent sur le panneau d’entrée et de sortie de la ville, qui finit par faire office de running-gag – Le film est parfois assez drôle d’ailleurs – et qui semble dire que Michael a mis les pieds dans un enfer qu’il ne pourra jamais quitter, à moins de se transformer en ce qu’il rejette au départ et qu’incarne son double éphémère, Lyle.

     Il y a tout un tas de rebondissements. Des lieux très identifiés : Un ranch, un bar, une forêt, une route. Et forcément, il y a une femme fatale.

     C’est un scénario classique du film noir. C’est Assurance sur la mort, de Billy Wilder. C’est La fièvre au corps, de Lawrence Kasdan. C’est Blood simple, des frères Coen. C’est un peu voire beaucoup moins bien que ces trois films, quand même.

     John Dahl vient du clip. Puis il a fait des story board. Il fait quelques films noirs dans les années 90 avant de se reconvertir dans la réalisation d’épisodes télévisés. Et quelque part on comprend : Il fait le boulot. Mais sa réalisation manque de relief, de personnalité.

     Le casting est top : Nicolas Cage, qui sort de Sailor & Lula. Lara Flynn Boyle, qui sort aussi de Lynch, mais de Twin Peaks. Dennis Hopper, dans un rôle entre ceux qu’il arbore dans Blue velvet puis Speed. J.T.Walsh, qu’on retrouvera plus tard dans l’excellent Breakdown.

     Je suis content de l’avoir revu, c’est bien, mais je reste un poil déçu.

Clueless – Amy Heckerling – 1996

17. Clueless - Amy Heckerling - 1996“She’s a full-on Monet. It’s like a painting, see? From far away, it’s OK, but up close it’s a big old mess. »

   7.5   Réalisé en 1995 par Amy Heckerling (juste après ses deux opus d’Allo maman ici bébé) et librement inspiré du roman Emma, de Jane Austen, Clueless est le trait d’union impossible entre The Breakfast club et American Pie. Voire entre Freaks & geeks et Bret Easton Ellis. Un pré-Scream sans le slasher. Et qu’il annonce The Bling Ring et Spring breakers. Sans compter le nombre d’adaptations diverses et variées qu’il engendra : Série télé, Série littéraire, comic book, jeux vidéo. C’est une vraie comédie pop, complètement de son temps, drôle, inventive, énergique. C’est d’abord volontiers insupportable, de stéréotypes et d’hystérie, puis ça devient brillant tant ça prend sens et couleurs, tant c’est un geste radical dans sa façon d’explorer un monde hors du monde, un Beverly Hills désinhibé, une jeunesse factice, qui cite Nietzsche et Shakespeare, tout en se goinfrant d’herbe et de shopping. Et tout cela sans cynisme, avec un amour absolu pour chacun de ses personnages car c’est la surprise de Clueless : Son héroïne a beau tout avoir pour qu’on adore la détester, on l’adore tout court. Et en ce sens, Clueless est à l’image de Cher : Agaçant et superficiel au premier abord, attachant et brillant si on accepte de les côtoyer, jusque dans la rom-com. Incarnée par Alicia Silverstone, Cher est cette gosse de riche qui vit dans une villa de Beverly Hills, elle est jolie, populaire, première de la classe, ouverte, généreuse, extravagante, désinvolte et assume pleinement sa virginité. Son équilibre va pourtant s’ébranler un peu lorsqu’elle décide de relooker la nouvelle, drague un garçon gay puis quand elle réalise être amoureuse de son demi-frère (Le déjà génial Paul Rudd). Clueless est une friandise sucrée – à l’image de sa magnifique garde-robe globale et ses nombreux titres pop qui l’accompagnent – mais la tendresse qu’elle déploie pour ses personnages et le monde de l’adolescence en général, la rend plus douce, touchante, unique en son genre. Je savais l’aura culte que ce teen movie dégageait, mais je ne m’attendais à rien. Pas loin d’avoir adoré, je le reverrais déjà volontiers.

L’espion qui m’aimait (The spy who loved me) – Lewis Gilbert – 1977

07. L'espion qui m'aimait - The spy who loved me - Lewis Gilbert - 1977Faites l’amour, pas la guerre.

   7.0   Quitte à faire découvrir James Bond à mon fiston, autant y aller avec mon épisode préféré de la saga. Pas le meilleur, j’en conviens, mais celui que je connais le mieux, que j’apprécie de revoir toujours aujourd’hui. Il y en a que deux, en fait. L’autre c’est Goldeneye. J’ai grandi avec ces deux films. Mais L’espion qui m’aimait a un truc en plus. Barbara Bach, probablement. Et sa chanson de générique : Nobody does it better.

     En outre, revoir L’espion qui m’aimait avec un peu de bagage cinéphile est une expérience assez déroutante. Les références sont placardées, mais plutôt bien digérées. A moins qu’elles soient simplement moins lourdes que l’ensemble des dialogues : Je n’avais pas le souvenir que c’était si beauf, si grotesque, ce sempiternel sous-texte sexuel et ces pointes d’ironie débridée so british. Franchement, Bond, dans L’espion qui m’aimait, est encore moins fin que Bonnisseur de la Bath, dans OSS 117, c’est dire.

     Et si l’on pense au film d’Hazanavicius, c’est en partie aussi parce qu’un chapitre de cet épisode se déroule au Caire. Le chapitre que je préfère. Celui pour lequel j’ai gardé le plus d’images en tête. J’adore l’imaginaire déployé : De nuit comme de jour, la résidence de luxe de Fekkesh, les pyramides de Gizeh, le Mojave club de Max Kalba, la traversée du désert (accompagnée par la musique de Maurice Jarre, composée pour Lawrence d’Arabie),  jusque dans celle du Nil. Lewis Gilbert n’est sans doute pas aussi à l’aise qu’Hitchcock quand il tourne L’homme qui en savait trop, au Maroc, mais on le sent malgré tout investi, fasciné.

     Mais si j’aime tant ce film c’est aussi pour ce qu’il témoigne du cinéma de son époque : Il débarque pile quand le Nouvel Hollywood meurt. Il en devient même l’acteur direct tant il s’inspire ouvertement de Jaws, de Spielberg – Quel film, autre que Jaws, se charge de tuer les hippies dès son ouverture ? Il faut noter que Spielberg devait initialement réaliser cet opus. Requin, incarné par le grand Richard Kiel, fait donc son apparition dans la saga, une demoiselle se fait dévorer par un squale dès les premières minutes du film et une Lotus fait paniquer les estivants lors de son arrivée sous-marine sur une plage.

     Rien d’étonnant, la saga fonctionne beaucoup sur ce qui se fait autour d’elle. C’est une franchise complètement impersonnelle, formellement. Du coup elle surfe sur la vague. Quand L’espion qui m’aimait sort, la vague c’est Les dents de la mer. Quand Moonraker (Le suivant) sort, la vague c’est Star Wars, évidemment.

     Le film s’inspire mais assume pleinement sa légèreté, renforcée par le jeu de Roger Moore et le texte qu’on lui donne. C’est une farce en pleine guerre froide. Puisque Bond, agent des services secrets britanniques fait équipe avec l’agent Anya Amasova, des services de renseignements russes. Faites l’amour pas la guerre, semble dire la dernière scène.

     Pour le reste, L’espion qui m’aimait me plait car il est chargé de beaux gadgets. De chouettes apparitions. De personnages mais pas seulement : La Lotus Esprit, joli bolide blanc embarqué dans une belle course-poursuite face à un side-car puis un hélico, avant de plonger dans la Méditerranée où soudain on pense au sous-marin d’exploration de Tournesol dans Le trésor de Rackham le rouge. Quant au QG sous-marin Atlantis, il évoque le Nautilus de Vingt mille lieues sous les mers. Et les obsessions marines et mégalos de Stromberg renvoient à celles du capitaine Nemo.

     Au rayon des anecdotes, il semble que Kubrick, appelé en renfort, supervisa l’éclairage de la scène du pétrolier. J’aime croire que ça se voit, j’aime beaucoup cette séquence.

Claire Dolan – Lodge Kerrigan – 1998

05. Claire Dolan - Lodge Kerrigan - 1998Portrait de femme.

   7.0   Les premiers plans sont des lignes, des cases, marquées par des reflets déformés du ciel, de la ville, du vide, produits par des façades de buildings. Kerrigan filme d’emblée New York sous un jour glacial, fantomatique, mais c’est pourtant un personnage qui sera bientôt de quasi chaque plan, une femme, Claire Dolan. Elle nous apparait d’abord cloitrée dans une cage, cabine téléphonique dans laquelle elle passe des coups de fil à ses clients, prend rendez-vous pour demain avec l’un, pour maintenant avec l’autre. Claire Dolan est esthéticienne mais aussi call-girl pour un mac auprès de qui elle s’est semble-t-il endettée – On n’en saura guère davantage : Il y a très peu d’info sur son background, il ne reste qu’un présent morbide, sans vie, sans fin. Un défilé d’hommes observés à travers des vitres, des miroirs, des écrans de télévision. Et la prostitution saisie sans fioriture, sans glamour, comme une malédiction. Et le décès brutal d’une mère, qui ébranle le peu qu’il restait à ébranler. Une lueur viendra pourtant s’immiscer, une rencontre, une histoire d’amour avec un homme, Elton. Et bientôt un bébé à venir. Une lueur qui perce malgré la noirceur d’un tableau terrible, un New York écrasant, dangereux, vulgaire, manipulateur, cynique, pervers. Qui prend visage chez ce mac (incarné par un acteur sous-estimé, une vraie gueule qu’on n’oublie pas, aussi bien chez Frears, Kerrigan, Mann ou dans Les ailes de l’enfer, qu’importe que les rôles soient discrets : Col Meaney est absolument glaçant là-dedans) mais pas seulement puisqu’il y a tout un tas de tarés, rencontrés par Claire mais aussi par Elton, incarné par l’excellent Vincent D’Onofrio. Pire, le film est très déstabilisant dans sa temporalité, cumulant les ellipses sans prévenir, renforçant le dispositif impénétrable. Et quand on croyait le film prêt à arpenter un chemin plus lumineux, prêt à capter cette lueur, il s’en va autrement, capte une lueur qu’on n’attendait pas, une lueur d’indépendance absolue. Les deux dernières scènes (En compagnie de Claire face à un monitoring, puis en compagnie d’Elton sur un trottoir new yorkais) sont assez imparables, d’horizon salutaire et de réalisme tragique. C’est donc un très beau portrait de femme, distant car chirurgical, incarné par une actrice habitée, magnifique, Katrin Cartlidge, qui disparaitra tragiquement d’une pneumonie peu après la sortie du film.

Notre dame – Valérie Donzelli – 2019

20. Notre dame - Valérie Donzelli - 2019La guerre est oubliée.

   4.5   Si La guerre est déclarée fonctionnait si bien, c’est en grande partie parce qu’il était autobiographique. Depuis, Donzelli s’enlise dans des projets plus légers, moins fulgurants. C’est encore le cas de Notre dame, potpourri de tout ce qui l’anime, dans sa frénésie du texte (voix off permanente et multiple comprise), son aspect multiformes (Ici, une longue scène en référence au cinéma muet, là une autre chantée) et son appétit pour les ruptures de ton. Il y a toujours beaucoup d’inventivité, dans un plan, l’utilisation d’un objet, un running-gag etc… une énergie troublante qui la place en héritière d’un Truffaut ou d’un Demy, clairement, mais avec une personnalité plus exubérante, épuisante et redondante dans ce cas-ci, tant tout ressemble en moins bien à ce qu’on appréciait dans La reine des pommes puis qu’on aimait beaucoup dans La guerre est déclarée. La gravité resserrée à l’échelle de l’intime, du couple venait parfaire l’équilibre, lui convenait tant c’est un cinéma sous cloche, mais ici elle s’essaie à se replacer dans le réel, tout en restant hors du monde. Ça ne fonctionne pas. Réduire les problèmes sociétaux à des types qui mettent des baffes au hasard sur des trottoirs, avant de plonger Paris dans une catastrophe chimique, pour qu’au final tout se termine bien, c’est un peu léger. C’est mignon en tant que conte, mais franchement ça ne dit rien sur rien, si ce n’est sur Donzelli elle-même et son obsession du Féminisme pour les Nuls. Je ne vois qu’un petit film cool, qui fera rire la petite salle où se donnent rendez-vous les vieux du quartier, mais c’est tout.

Le papillon meurtri (The broken butterlfy) – Maurice Tourneur – 1919

19. Le papillon meurtri - The broken butterlfy - Maurice Tourneur - 1919Symphonie pour un amour brisé.

   5.5   Au Canada, Marcène, orpheline recueillie par une tante tyrannique, fait la rencontre d’un compositeur en panne d’inspiration, lors d’une promenade en forêt. Ils seront vite amants et elle lui inspirera une symphonie. Craignant la colère de sa tante, Marcène refuse de le suivre à New York pour la première et tandis qu’ils se perdent de vue, elle apprend qu’elle est enceinte. Mélodrame centenaire, trop court (56 minutes) et souffrant d’ellipses imposantes, Le papillon meurtri, fonctionne d’abord merveilleusement dans sa première partie, très simple, très douce. Avant de sombrer dans un double récit parallèle décousu et déséquilibré, un poil trop grandiloquent dans son dernier quart.

L’âge ingrat – Gilles Grangier – 1964

18. L'âge ingrat - Gilles Grangier - 1964Le Nord chez les sudistes.

   5.0   Marie et Antoine, étudiants à la Sorbonne, décident de se marier. Le père du jeune homme, M. Lartigue (Fernandel), invite celui de la jeune fille, M. Malhouin (Jean Gabin), à venir passer les vacances dans sa propriété. Les Lartigue sont originaire du Var, les Malhouin de Normandie. Ils vont donc se retrouver à Saint-Mandrier sur mer. Le ton est d’abord chaleureux, entre vin rouge et pédalo, aïoli et accent chantant. Mais ça ne va pas durer. Et pas seulement à cause des moustiques et de la lourdeur de Fernandel. Le film, bien que franchouillard et rétrograde, est chouette à suivre, c’est une jolie comédie familiale, en partie pour le face-à-face inédit entre Gabin & Fernandel. Ils sont évidemment écrasants, leur petit affrontement volant la vedette au mariage de leurs enfants, et reléguant leurs femmes respectives au rang de figurantes, mais ce n’est pas une surprise. Comme lorsqu’il s’accapare Maigret ou réalise La cuisine au beurre (avec Bourvil & Fernandel) Grangier fait le job, sa mise en scène, classique, est fluide, efficace. Le film est par ailleurs produit par la Gafer, société de production fondée par, je vous le donne en mille : Gabin & Fernandel. Ce sera leur unique collaboration, si l’on excepte deux petits films où ils avaient partagés l’affiche dans les années 30.

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