Goupi mains rouges – Jacques Becker – 1943

09. Goupi mains rouges - Jacques Becker - 1943Terre sans blé.

   7.0   Un très beau Becker qui réalise là une sorte de film noir en terre paysanne. Soit la peinture au vitriol d’un petit monde rurale dur et mesquin, arriviste et pingre, auquel malgré tout on s’attache, tant chaque personnage est magnifiquement écrit et ambivalent.

     Il s’agit d’une chronique familiale peinte dans un moment crucial, frisant le fantastique : La venue d’un fils de Paris dans le but de le marier à une cousine du pays ; une forte dette apportée par un commerçant du coin ; la naissance du veau dans l’étable ; la fausse mort brutale du patriarche ; la disparition mystérieuse de la gérante de la guinguette.

     Les frontières sont minces : Un petit magot en cache un gros, une fausse mort en masque une vraie, un amour en remplace un autre. Ce récit de polar en forme de vaudeville (qui s’avère être aussi un film à twist) est à l’image de ce drôle de titre en trompe l’œil, puisqu’il s’agit du nom d’un personnage apparemment moins essentiel.

     Goupi mains rouges a la particularité d’être tourné pendant l’Occupation, au moment où Pétain prône justement un retour à la terre. En somme, le film s’érige subtilement et à sa façon, contre le régime de Vichy.

Playlist – Nine Antico – 2021

12. Playlist - Nine Antico - 2021Les rendez-vous de Sophie.

   6.0   C’est un beau film sur les trentenaires d’aujourd’hui. Quelque part entre Les coquillettes, de Sophie Letourneur, Deux automnes trois hivers, de Sébastien Betbeder ou Frances Ha, de Noah Baumbach. Playlist évoque la « légère gravité » de ces trois films et tout comme eux, impose une forme, qui lui est propre. Le film est par ailleurs moins surprenant dans sa forme – qui manque un peu de densité à mon goût – que dans la spontanéité de son écriture, qui semble d’inspiration autobiographique mais se déploie avec un réel appétit de fiction.

     Nine Antico vient de la bande-dessinée et son premier long-métrage s’en ressent, dans sa construction par « cases » très cadrées, accompagnées par une voix off récurrente, signée Bertrand Belin – qui lorsqu’il ne chante pas, a presque un timbre de voix à la André Wilms – sans oublier une bande originale très classe, convoquant Yo La Tengo, Marine Girls, Dame Area ou encore Daniel Johnston dont le titre « True love will find you in the end » sert de joli morceau de bascule diégétique.

     A l’heure où il faut appuyer sur la touche féministe, où le cinéma surligne tout, fait clignoter les messages metoo et compagnie, Playlist est plus doux, plus sincère. Et en plus de très bien capter l’air du temps s’avère être un vrai film féministe, un vrai film féminin – avec Sara Forestier & Laetita Dosch, dans un jeu à la Greta Gerwig – où les hommes tiennent une place majeure malgré tout – superbes personnages campés par Grégoire Colin, Lescop, Pierre Loffin ou Jackie Beroyer – bref un film avec les hommes et non contre. On retiendra aussi la présence du très beau Andranic Manet – déjà magnifique dans Mes provinciales, de Jean-Paul Civeyrac.

Patrouille en mer (Submarine patrol) – John Ford – 1938

01. Patrouille en mer - Submarine patrol - John Ford - 1939Guerre et romance.

   6.0   De Ford, on évoque davantage l’année 1939 (La chevauchée fantastique / Vers sa destinée / Sur la piste des mohawks) que 1938. Pourtant, Patrouille en mer est une belle tentative de mélange de film de guerre et de comédie romantique.

     Pendant la première guerre mondiale, un jeune milliardaire s’engage dans la marine et officie en tant que chef mécanicien sur un chasseur de sous-marins. Très vite il tombe amoureux de la fille du commandant d’un cargo qui leur livre des munitions.

     Le ton y est très léger dès qu’il s’agit de brosser la partie romance, mais le film n’est plus le même dès qu’il s’aventure au sein du bateau, dans le quotidien des marins et au combat : Une scène de traversée nocturne dans les eaux piégées par des mines est particulièrement angoissante. Beau film.

Le silence de la mer – Jean-Pierre Melville – 1949

02. Le silence de la mer - Jean-Pierre Melville - 1949Monologue en uniforme.

   5.0   Sous l’occupation, un officier allemand loge chez un couple de français, dans une maison de campagne. Il parle, ils écoutent. Tandis qu’il raconte son dégoût de la guerre, son amour de la France, fantasme qu’après s’être combattu « le pays de la musique et celui de la littérature » se marieront, le couple ne répond que par un lourd silence, accompagné du tic-tac des horloges. Une voix-off vient émailler les pensées de l’hôte à la pipe quand les gestes de l’hôtesse à la pelote de laine trahissent son agacement profond. La texture est peut-être moins melvilienne que bresonnienne néanmoins le film m’a semblé forcé, cadenassé, trop écrit, sans doute par respect pour la nouvelle, de Vercors, qu’il adapte. Ennui poli.

BAC nord – Cédric Jimenez – 2021

03. BAC nord - Cédric Jimenez - 2021Marseille brûle-t-elle ?

   4.5   En plongeant dans les quartiers nord de Marseille, du point de vue de trois flics, mi fougueux mi désabusés, BAC nord renoue avec une forme de polar sous tension permanente, dans la veine du L627, de Tavernier. Là-dessus, le film est d’une efficacité redoutable et culmine à mi-chemin, lors d’une longue séquence d’intervention dans une cité, quasi insoutenable. Bref, en guise de film d’action, c’est assez fort et ce dès la séquence d’ouverture.

     Restons sur la forme, le problème de Jimenez c’est qu’il aime tellement Friedkin et Scorsese qu’il les copie à outrance : La sècheresse de French connection, le montage très musical façon Casino – Si le temps d’une scène, Adèle Exarchopoulos cite Les affranchis, ce n’est pas pour rien. Un peu comme il tentait de copier Heat, de Mann dans La French : Difficile de remplacer De Niro & Pacino par Dujardin & Lellouche, mais le film était pas si nul. Au petit jeu des comparaisons, ces deux films y perdent toutefois beaucoup. Mais c’est correct, bien fichu, captivant.

     Mais il y a le fond. On sait que le film s’est globalement fait lyncher par la presse de gauche. Qu’il a été taxé de propagande pro-flic et cerise sur le gâteau, promue par le rassemblement national. Je ne crois pas que Jimenez souhaite faire le jeu de MLP, mais ce serait porter des œillères que de ne pas voir que son film est très maladroit, c’est évident. Ne serait-ce qu’en érigeant ces trois flics ripoux en héros puis martyrs.

     Surtout il me semble que le film joue sur deux fronts. Il prévient d’entrée qu’il s’inspire de faits réels tout en prenant le parti de la fiction. Ok, il n’est pas le seul à faire ça. Mais dans ce cas, pourquoi nous dire in-extrémis ce que sont devenus les trois personnages, comme on le fait traditionnellement dans les biopics ? C’est d’autant plus embarrassant que dans les faits, le scandale de la BAC de Marseille ayant eu lieu en 2012, histoire dont le film s’inspire  – ouvertement puisqu’il ira jusqu’à intégrer une allocution réelle de Manuel Valls – il n’y avait pas trois flics déférés en correctionnel mais dix-huit.

     Par ailleurs, toute la dernière partie du film est absolument sans intérêt. Le film s’arrêtait quand la brigade faisait la fête après la réussite de leur intervention et c’était très bien. Très gênant, questionnant, très bien. Mais le film annonçait la couleur dès son introduction puisqu’il nous offrait l’arrestation de l’un des trois. Son vrai programme c’est donc moins l’action, la vie de ces flics et la violence de ces zones de non-droit, que le parcours christique de ses valeureux policiers, sympathiques et piégés.

     Autant Jimenez a un talent indéniable pour filmer l’action, le dehors, Marseille, les marchés, les toits ou les cours de cités, autant trois stars enfermées dans des cellules de prison c’est autre chose. Les stars parlons-en : Lellouche cabotine comme jamais, pas de surprise ; Civil est particulièrement nul, affublé qui plus est d’un accent qu’il arbore une fois sur deux ; seul Karim Leklou, plus en retenue, comme à son habitude, est plutôt bon. Enfin bref, dans un genre similaire, il me semble que Les Misérables, de Ladj Ly ouvrait mille fois plus de choses intéressantes, tout en partant sur une base réelle, là aussi.

Louloute – Hubert Viel – 2021

15. Louloute - Hubert Viel - 2021La question du père.

   6.5   C’est un film-souvenir. Celui d’une femme (Louise, le personnage) se remémorant son enfance à la ferme, quand cette dernière est sur le point d’être vendue. Et celui d’un homme (Hubert Viel, le réalisateur) qui a grandi lui aussi en milieu rural. Le film nous plonge dans les années 80 – restituées de façon chaleureuse par le grain de la pellicule en 16mm – en saisissant d’une part le quotidien de la ferme familiale, d’autre part une double crise : Celle du lait et celle de Louloute, gamine de dix ans, aussi vive que mélancolique.

     C’est une chronique onirique très légère puisqu’elle abrite l’enfance mais grave à la fois dans la mesure où elle capte des problématiques plus adultes, notamment la colère des agriculteurs, l’accumulation des dettes, les disputes conjugales et un traumatisme pur vécu à hauteur d’enfant, vers lequel le récit converge subtilement. Ça finit même par être très émouvant sur la fin. Si les enfants, Alice Henri qui campe Louise en tête, y sont excellents, et si on adore voir et revoir Laure Calamy, la révélation c’est Bruno Clairefond qui l’endosse. Il joue le père et il est magnifique.

OSS 117, Alerte rouge en Afrique noire – Nicolas Bedos – 2021

07. OSS 117, Alerte rouge en Afrique noire - Nicolas Bedos - 2021« Personne ne parle allemand par plaisir »

   5.0   Point de déception devant ce troisième volet puisque celle-ci était née dès l’annonce d’un Nicolas Bedos aux commandes, dont j’avais détesté Monsieur et madame Adelman ainsi que La belle époque.

     Ainsi le film ne déçoit pas. Il assure le rythme, nous offre de retrouver la plume de Jean François Halin et le personnage d’Hubert Bonnisseur de La Bath. On est apparemment en terrain connu, on est bien.

     Pourtant quelque chose s’est bien cassée. Quelque chose qui a sans doute à voir avec un certain mépris pour le spectateur. Hubert est toujours cet imbécile heureux, mais Bedos n’omet pas de le rappeler, par un gag de trop, une réplique de trop, un personnage de trop, systématiquement comme s’il s’excusait de son irrévérence ; Le monologue de son compère avant l’épisode du crocodile est à l’image de cette lourdeur. Quant à l’homosexualité refoulée d’Hubert elle était mieux tenue dans les deux premiers, là on force le trait en permanence. Même chose sur le gag de la panne sexuelle.

     Ainsi les contrepoids d’Hubert sont moins des figures antagonistes et libres (rendez-nous Larmina, Gerhard Moeller, Dolores ou Heinrich) que de purs faire-valoir du personnage principal, sans relief et fonctionnels, un comble puisqu’il s’agit d’affubler OSS 117 d’un partenaire, OSS 1001 aka Pierre Niney – Idée intéressante sur le papier tant le genre du buddy movie était florissant (notamment via les comédies de Veber) à cette époque ; Mais le résultat de ce tandem est très décevant.

     La mise en scène elle-même est moins fringante : Plus virtuose (à l’image du plan-séquence d’ouverture m’as-tu-vu) mais plus consensuelle. Et l’image est moche.

     Le film est par ailleurs moins séduisant du point de vue de l’écriture tant il ne fait qu’appuyer sur le vieillissement d’Hubert (Le récit se déroule juste avant l’arrivée de Mitterrand au pouvoir) et ainsi de sa mise en situation : Bedos copie James Bond (le générique l’annonce clairement) mais choisit le kitch de ceux des années 80, évidemment.

     La seule idée plutôt réussie c’est de voir Hubert tenter de se contenir, parce qu’on lui a dit que les africains étaient susceptibles. Ça occasionne une bêtise supplémentaire dans sa retenue, c’est très drôle et Dujardin sait incarner cela à merveille.

     Bref c’est pas terrible, mais je n’ai pas passé un mauvais moment, loin de là. Faut juste pas le comparer aux deux précédents.

La Pat’ Patrouille, le film (Paw Patrol,the movie) – Cal Brunker – 2021

03. La Pat' Patrouille, le film - Paw Patrol,the movie - Cal Brunker - 2021« Chase est sur le coup ! »

   5.0   C’est un simple prolongement des épisodes télévisés : Les enfants ne seront pas trop dépaysés. Reste qu’il ne faut plus tenir dix minutes mais une heure et demie. L’occasion de changer de lieu (arpenter la grande ville d’à côté), d’y injecter un nouveau personnage (Liberty, le basset errant) et d’y insuffler un peu plus de romanesque qu’à l’accoutumée : La mission des chiots patrouilleurs se déploie en effet là où Chase fut jadis abandonné. Bref, c’est clairement un épisode pour le chiot berger allemand (gageons que les prochains mettront davantage en avant Ruben, Stella ou Marcus) et pour la petite nouvelle, Liberty, qui apporte un doux vent de fraicheur. Les autres se font discrets. Et ma foi ça se regarde. Surtout aux côtés de ma fille, les yeux écarquillés dans la salle, entre deux baignades estivales.

Winchester’73 – Anthony Mann – 1951

29. Winchester'73 - Anthony Mann - 1951Il était une arme dans l’Ouest.

   7.0   Premier des cinq westerns qu’Anthony Mann tourna avec James Stewart, Winchester’73 est un affrontement entre deux frères par le prisme d’une arme (celle du titre) autour de laquelle le film est construit. Les figures de l’Ouest se croisent et l’arme devient objet de fascination de tous, pur mythe justifiant les nombreux éclats de violence jalonnant le film. Qu’elle s’aventure dans un concours de tirs, dans une maison assiégée ou lors d’un gunfight sur un massif rocheux, la mise en scène de Mann en impose par sa limpidité d’exécution, sa sécheresse et son épure.

This is us – Saison 2 – NBC – 2018

This Is Us - Season 2Un monde sans père.

   8.0   Moins forte car moins cohérente dans son découpage notamment, cette deuxième saison aura toutefois confirmé que le hors champ concernant la mort du père existait moins en tant que cache pour le spectateur qu’en tant que deuil irrésolu pour les trois enfants. Cette saison aura convergé vers cette impossible acceptation commune en ouvrant – via trois quatre derniers épisodes pas très convaincants par ailleurs – vers leur résurrection en marche. Il va dorénavant falloir davantage voir les autres : Toby, Déjà, surtout Miguel & probablement la nouvelle conquête de Kevin : Car ils étaient / sont / seront beaucoup dans leur capacité à tous de revivre. Bref, ça me surprend moins dans l’ensemble, mais globalement ça continue de bien me mettre sur le carreau.

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