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Archives pour 4 décembre, 2008

Elephant – Gus Van Sant – 2003

elephant-gus-van-santDrame en sourdine.

   10.0   Sur un plan entièrement personnel, Elephant fut une très grande découverte cinématographique. Ce fut pour moi la découverte d’un genre, d’une mise en scène, d’un cinéma qui jusque là m’était encore inconnu. Elephant a changé ma vie. Du moins a-t-il changé ma perception cinématographique. C’est à partir de Van Sant que je me suis passionné pour d’autres grands qui imposent un style pouvant s’en rapprocher : Béla Tarr, Chantal Akerman, Alan Clarke, pour ne citer qu’eux.

     Elephant c’est quelques heures dans un lycée, les cours, les rencontres, les discussions, les repas au réfectoire, les longues marches quotidiennes. Une journée banale, la semble t-il répétition des jours précédents, et pourtant cette fois un drame approche. La singularité avec laquelle le film (archi court : 1h20) parvient à instaurer un climat des plus doux et angoissants est ahurissante. Dans un état de tension, d’étouffement, où les plans mobiles s’étirent, s’attardant très souvent sur le dos des personnages, en les accompagnant sur la Sonate au clair de lune de Beethoven, Gus Van Sant impose un style en marge – qui lui vaut de décrocher moult prix dont la convoitée palme d’or à Cannes.

     La réussite de ce petit bijou réside principalement dans l’agencement de ces longues séquences, qui s’entrechoquent toutes entre elles, provoquant un lien de causalité particulièrement sidérant. Une sidération d’une simplicité désarmante. Ce que Béla Tarr promet dans Satantango (la superbe scène de la jeune fille prostrée à la fenêtre du resto bar), son admirateur le reprend dans ici en le malaxant à l’infini : Montrer une scène sous plusieurs angles, que l’on soit cette jeune étudiante solitaire et exclue, ce photographe errant ou un autre. Le climat de tension s’accentue car ce que l’on voit d’un côté nous ne le voyons pas de l’autre et découvrons petit à petit certains signes provoquant le glissement jusqu’à la catastrophe.

     La légère brise matinale qui semble accueillir chacun entre les murs de ce lycée en début de film accouche dans un carnage final, une violence sourde, complètement déréalisée, sans emphase, et surtout dans une prise de distance rendant l’émotion de glace. L’alliance parfaite entre image et sons parvenant à éviter toute forme de pose. L’alchimie totale. L’état de grâce. Presque flippant tant ça paraissait improbable d’y parvenir de cette manière là. Faisant référence au massacre de Columbine, le succès de Elephant est d’autant plus important qu’il permet à Gus Van Sant de sortir un film des placards qu’il avait réalisé en 2002, un film qu’il n’avait pas sorti sur les écrans, un film qui aurait puni le cinématographe de l’un de ses plus beaux bijoux : Gerry !

Hunger – Steve McQueen – 2008

Steve McQueen Project - 'Hunger'Polyphonie de l’enfer.

   10.0   1981. Cinq ans que le gouvernement britannique a retiré le statut de prisonnier politique aux militants indépendantistes de l’IRA enfermés donc sous le joug carcéral. Ils sont maintenant reconnus criminels de droit commun. Pour s’opposer à cette décision, les prisonniers entament le « Blanket And No-Watch Protest » qui consiste en un refus d’hygiène et un refus de porter l’uniforme carcéral commun. Ils laissent leurs restes de bouffe dans un coin de leur pièce exigu qu’ils partagent à deux, ils repeignent les murs de leurs excréments, ils se débarrassent de leur pisse par-dessous la porte… leur unique moyen de s’opposer à cette loi. De cela découlent des altercations très violentes où il faut les emmener aux douches, mais à l’aide d’une matraque. Le film de Steve McQueen met parfaitement en ‘lumière’ ces lieux pourris de crasse, cette violence avec souvent une crudité telle qu’elle en devient insoutenable, au point de se demander si le cinéaste n’a pas véritablement fait souffrir ses acteurs (coups de matraques, marques rouges qui apparaissent peu à peu, tout cela en un seul plan-séquence, j’avoue que c’est douteux!). Peut-être le cachet performance rentre t-il en compte ici, mais je préfère ne pas m’attarder là-dessus, le film ayant beaucoup d’autres atouts pour les masquer par ce sentiment. Le film est une formidable passation de rôle puisqu’il commence par nous montrer le quotidien d’un surveillant de la prison avant de passer du temps avec deux hommes dans leur cellule pour terminer sur la tragique histoire de Bobby Sands. Destruction de la linéarité et des conventions de récit. C’est assez bluffant. Trois parties. Ou deux parties séparées par une (longue) transition de vingt minutes entre Bobby Sands et le père Dominic Moran – le premier expliquant au second son désir de ne plus manger jusqu’à mourir – sans nul doute la scène que je préfère. Hunger est une symphonie en quelques sortes. Une partition. En trois mouvements. Le trois c’est le chiffre du film. Trois personnages : Le surveillant, Gillen/Gerry, Bobby Sands. Trois parties : La solitude,des uns et des autres, la violence insoutenable, la découverte des lieux, les premières rencontre familiales, les discours lointain de Tchatcher ; Le dialogue entre Bobby Sands et le père Moran ; La décrépitude volontaire de Bobby. Mais revenons sur cette immense scène de dialogue : Ce qui est formidable c’est la découpe de ce dialogue. Un peu au rythme des cigarettes fumées d’ailleurs. Au début c’est la causette, le prêtre semble même se confesser. Les questions, les réponses, explosent à tout va, du tac au tac. Ensuite c’est ce pourquoi Bobby invite le père Moran. Cette grève de la faim qui semble inéluctable. Puis, dernière clope, souvenir d’enfance. Encore plus passionnant, ce sont les remarques, le ressenti du prêtre à l’égard de Bobby Sands, de son acte. Il semble à première vue moqueur, il n’y croit pas (la première grève avait foirée de toute façon). Puis il est moralisateur. Il se sert de dieu. Si dieu ne te puni pas pour ton suicide, il le fera pour ta bêtise. Dernière partie du dialogue. Qui devient un monologue : Bobby raconte l’histoire du poulain. Le prêtre ne parle plus, il ne le peut pas. Leur contradiction a des racines trop lointaines, jamais il n’arrivera à le convaincre. Bobby est un résistant, il ne restera pas les bras croisés. Le prêtre c’est l’incarnation du renoncement. Il se sert de l’argument pense à ta vie avant tout. Un peu comme une majorité d’entre nous. Hunger est d’une efficacité redoutable, tranchant comme la lame d’un rasoir, qui joue à merveille avec le son (certaines scènes sont là encore musicales : Le nettoyage de la pisse, le karscher sur la merde, bien entendu le bruit des matraques…etc.). La violence des coups de matraques répondant à la finesse des flocons de neige. L’odeur de la merde à celle de la campagne à la fin du film. Un film admirable. Très immersif, organique, on en sentirait presque cette merde murale, et surtout c’est un grand coup de poing dans la tronche de la Tchatcher, que cette grève de la fin a tout de même dû secouer…


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