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Archives pour 12 décembre, 2008

L’Homme de Londres (The Man from London) – Béla Tarr – 2008

L'Homme de Londres (The Man from London) - Béla Tarr - 2008 dans Béla Tarr homme_de_londres2

Noir c’est noir.     

   7.0   Béla Tarr fait le cinéma qu’il aime, et qui l’aime le suive. Comme chez d’autres cinéastes (Mais il en existe trop peu) ses films sont une succession de plans. Impossible alors de dire à quelle minute se produit telle séquence puisque la durée nous est incroyablement inconnue. On avance sans savoir temporellement où nous sommes. Par conséquent pas facile de deviner à quel moment la fin va surgir. Impossible aussi de deviner à quel moment cette porte de cabane va s’ouvrir à nouveau, si l’on va entendre un coup de feu et sursauter, si l’on va voir le personnage entré en sortir… Béla Tarr capte un temps réel. Suspendu et réel.

     Et qu’il fasse une histoire pas forcément passionnante (c’est le cas ici à la différence des Harmonies Werckmeister qui est d’une puissance sans équivalence) son film reste lui passionnant, puisque mystérieux, anxiogène. La sidération procurée par chaque plan, sa lenteur, la singularité de son décor imposent un abandon absolu. C’est l’adéquation entre la musique, les sons, les plans-séquences qu’ils soient circulaires, mobiles ou presque fixes qui restent en mémoire comme des surgissements magiques qui font qu’en finalité le film n’est absolument pas comparable au reste de la production cinématographique . Comme si c’était un cinéma qui venait d’un autre temps, ancien ou futuriste, un cinéma intemporel, unique, qui trône de loin, de très loin au sommet d’un cinéma contemporain qui ne peut esthétiquement l’atteindre.

     Selon moi l’œuvre de Béla Tarr est cinématographiquement indétrônable. Seule sur son île. Maintenant, à l’affect, je garde certaines préférences cette année pour des films qui m’ont davantage touchés, comme ceux de Bonnello, Zviaguintsev ou Gray ou Desplechin. Mais, mauvaise nouvelle : Béla Tarr a dit qu’il préparait son dernier film. Après il se range. Tristesse.

Satantango – Béla Tarr – 1994

SatantangoLe village.

   8.5   Satantango est un film hors norme donc, un objet rare qu’il faut appréhender avec soin, une expérience cinématographique unique, comme chaque rendez-vous avec le cinéma du hongrois. La grande particularité de celui-ci c’est sa longueur : 7h30. 7h30 de Béla Tarr, imaginez ! Un format Série en gros. Une série hongroise, en noir et blanc. On en sort différent. Repu et émerveillé. Et désarçonné, surtout. 

     Les films de Béla Tarr, en tout cas ceux que j’ai pu voir, se concentrent principalement sur le destin d’un seul homme. C’est ce jeune homme naïf, fasciné par le miracle de la création, qui ère dans un village aux apparences de pré apocalypse, dans les Harmonies Werckmeister. C’est cet aiguilleur d’un port français qui trouve en une mallette égarée et remplie de billets le moyen de fuir cette vie sans avenir qui le poursuit lui et sa petite famille dans L’Homme de Londres.

     Ici, c’est très différent, et je m’en doutais. Car étant donné la durée du projet, se concentrer sur une seule personne aurait été mission délicate. Il choisit donc un village entier, sorte de ferme désaffectée, qui tente de survivre tant bien que mal jusqu’à ce que l’on apprenne le retour étrange de deux anciens habitants de la ferme censés être morts. Ce village paumé prend l’apparence d’un endroit reculé, désert, qui devient même coupé du monde lorsque l’automne arrive, et c’est le cas ici, car les précipitations saisonnières viennent inonder les routes. Chaque plan de cette première partie (2h30) est hallucinant de beauté, et lorsque cette entracte survient on se dit que tout ne fait seulement que commencer. Que ce voyage recèle de trésors insolites.

    Sauf que le film me perd un peu, brutalement. Que la partie suivante (celle entre 2h15 et 4h15, ou devrais-je plutôt dire entre le 40e et 80e plan, au hasard !) me convainc moins – même si ça reste d’un niveau très élevé - sans doute la faute à des séquences qui me touchent beaucoup moins. L’intérêt porté aux ivrognes par exemple qui me paraît moins passionnant, voir fastidieux (beaucoup plus fort dans Les Harmonies…), ou surtout à cet épisode de la fille et du chat, que je trouve plastiquement beau (je tiens à le dire à chaque fois quand même) mais affreux et gratuit dans ce qu’il s’y déroule. A propos, quelqu’un sait si ce pauvre chaton va bien ?    

     Bon, outre ces réserves, un procédé que je vois pour la première fois chez Béla Tarr, et souvent repris par Gus Van Sant (Dont on comprend clairement l’héritage) dans Elephant puis Last Days, qui consiste en des séquences identiques temporellement mais placé d’un point de vue différent chaque fois suivant le personnage concerné, me plaît énormément. Dans la première partie, lorsqu’il s’en va ivre titubant vers les bois, un docteur se trouve nez à nez avec une fillette qu’il envoie balader, laquelle disparaît aussitôt. Et bien dans la seconde, c’est justement la jeune fille que l’on suit. Et Béla Tarr ne manquera pas de nous montrer son bref dialogue avec le docteur.

     La seconde partie s’achève et le retour tant annoncé de Irimias et Pedrina n’a toujours pas eu lieu. C’est donc l’attente que l’on continue de suivre. C’est tout simplement incroyable, car on ne voit pas le temps passer. C’est l’attente sans l’ennui. Dans la troisième et dernière partie c’est l’entrée en scène d’Irimias. Personnage bientôt catalogué comme bienfaiteur ou messie de la petite communauté mis à part quelques sceptiques qui croient toujours en cette intervention satanique. Leur but dès lors : quitter cette ferme hantée et rejoindre un manoir qu’ils rénoveront tous ensemble et recommenceront une vie meilleure. Mais c’est Irimias qui a les cartes en main, autrement dit les économies de chacun. Et comme on sait avec Béla Tarr, si les personnages tentent de fuir leur destinée, rien n’y fera puisqu’ils sont déjà tous condamnés.

     Le final sous les sons de cloche (on pense à Andreï Roublev de Tarkovski) est sublime. Maintenant, comme durant la partie précédente, je ne suis touché que de loin. Et là où les Harmonies Werckmeister éveillait en moi de l’émotion ultra intense, Satantango ne fait qu’effleurer ce stade malheureusement. Hormis donc ce début de film (avant la première entracte) qui est au dessus de tout car à cet instant précis de l’histoire, je n’avais tout simplement jamais rien vu d’aussi beau. Ou si. Peut-être Stalker quand même.


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