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Archives pour décembre 2008



Khamsa – Karim Dridi – 2008

18967163.jpg-r_1280_720-f_jpg-q_x-xxyxx     6.0   Karim Dridi raconte les mes(aventures) du jeune Marco, évadé d’un foyer de la DDASS, qui a décidé de revenir aux sources, dans ce camp gitan de Marseille surplombé par un échangeur d’autoroute. Si dans un premier temps décide t-il de revoir ses potes, sa famille (sa mère le rejette depuis qu’il a mis le feu à la caravane familiale) et être au chevet de sa grand-mère mourante, il va très vite reprendre ses marques et faire les 400 coups dans les rues, en volant, trafiquant, pariant afin de survivre. Dridi, s’il démontre cette solidarité générale du camp, n’omet pas de souligner pour autant le racisme entre les communautés, le refus d’acceptation d’autrui. Et s’il force parfois le trait dans sa démarche scénaristique, son Los Olvidados à lui est évidemment un film à voir, déjà uniquement pour son scope lumineux, sa photo de la ville flirtant avec le sublime.

La belle personne – Christophe Honoré – 2008

50   7.0   Les Chansons d’amour m’avaient laissé quelque peu dubitatif, j’avais bien aimé mais avec de grosses réserves.Avec ce dernier film de Honoré, c’est le coup de foudre! C’est pas extraordinaire mais c’est le charme d’un film ultra touchant qui en fait sa singularité. Avant tout c’est magnifiquement mené, j’y crois de bout en bout. Il a dégagé tous les défauts de ses Chansons.. entre mise en scène lorgnant parfois vers le clip et film franchouillard un poil neuneu pour ici être beaucoup plus sobre, subtil et surtout dix fois plus beau! Entre cette sublime Léa Seydoux, sozie surprenant de l’Anna Karina dans Vivre sa vie, qui irradie l’écran par son étrangeté dévastatrice (et surtout sa beauté froide envoûtante!) ; La « belle gueule » du cinéma français, j’ai nommé Louis Garrel, toujours parfait dans son rôle de prof d’italien, ma foi un peu jeune pour la situation mais on s’en tape! Et le Way too blue de Nick Drake, qui d’origine est une musique qui m’émeut comme très peu savent le faire, renforce chacune des séquences qu’elle accompagne…

Street trash – Jim Muro – 1987

Street trash - Jim Muro - 1987 dans Jim Muro street-trash-toilet-hd   4.5   Woh La Vache, quel massacre!!! Alors pour les amateurs de grands frissons et d’angoisse on repassera. En revanche pour avoir du gros gore (sans trop d’hémoglobine, plutôt une sorte de liquide dégueu!) ça on est servi. Et puis c’est vraiment sympa à regarder. On a quelques situations bien cocasses pour un film qui ne se prend jamais au sérieux et s’affranchit clairement de tout éventuels sentiments… Ici le sérial killer c’est une bouteille – sensé être de l’alcool à la base – de Viper, un produit hyper toxique qui provoque lorsqu’on en boit une goutte une réaction de liquéfaction. Comme ci on buvait de l’acide chlorhydrique en gros!  Donc bien de quoi se fendre la gueule d’autant que certains dialogues sont délirants. Et puis officiellement c’est le remake – le temps d’une petite minute – formidable de 2001 l‘odyssée de l’espace, où l’os dans les airs est remplacé par la bite d’un mec qu’un type a coupé avec son « couteau fémur » parce qu’il lui pissait sur la tronche! Moi je dis respect.

Home – Ursula Meier – 2008

18940652.jpg-r_1280_720-f_jpg-q_x-xxyxx     5.0   Je suis resté un peu sceptique au départ, sur cette histoire de famille qui vit au bord d’une autoroute dont l’ouverture est imminente, car je voyais le sujet caricatural au possible, au moins pour ses personnages, finalement pas trop (bon on a quand même l’ado rebelle et l’ado intello hein!) mais surtout c’est la mise en scène qui fait oublier les quelques imperfections. Car le récit lui se suit mais s’essouffle. Heureusement Ursula Meier ne s’arrête pas là. La fin est surprenante. Par extension on pourrait même penser que Meier convoque Haneke, en réalisant le versant positif du film Le Septième continent. Bien entendu ça n’en atteint pas la puissance, la tension et la beauté froide, mais bon c’est quand même déjà pas mal, et c’est un film qui se démarque.

Aguirre, la colère de dieu (Aguirre, der Zorn Gottes) – Werner Herzog – 1975

Aguirre, la colère de dieu (Aguirre, der Zorn Gottes) - Werner Herzog - 1975 dans * 100 41542683Le gouffre aux chimères.  

   10.0   Premier plan : les montagnes verdoyantes, une vallée mystérieuse, des conquistadors espagnols qui arpentent le chemin abrupt, suivis de leurs esclaves indiens, sous une brume étouffante. Le premier plan d’Aguirre, accompagné d’une musique ambiante très envoûtante est absolument magnifique.

     Si l’on s’en tient seulement à ce film (je ne connais pas les autres films du cinéastes allemand pour le moment) Herzog c’est un peu la rencontre de Malick (mode mineur) et de Kusturica à son meilleur. Le premier pour ce qui est de faire du naturalisme poétique contemplatif, il y a une importance évidente des éléments, l’eau et la terre, la nature, bref tous les sons naturels. Le deuxième pour son esprit décalé, justement dosé. Certaines scènes sont assez surprenantes parce que les personnages sont très excentriques. Evidemment Aguirre, l’aventurier qui a toujours l’air constipé, par ses mimiques, sa gestuelle. Cet homme qui finit de compter après avoir été décapité. L’autre qui reçoit une flèche en plein genou et imagine que c’est un rêve. C’est assez particulier puisque ce n’est pas accordé avec le reste du film. Et personnellement je me suis mit à penser que c’était une qualité. On pourrait même y voir du Coppola aussi qui peu de temps plus tard fera lui aussi son film en majorité sur un fleuve…

     Et le personnage central est fascinant. Cette épopée est d’abord dirigée par un certain Ursua. L’issue devenant catastrophique (indiens cachés dans les feuillages, décuplement des morts, perte des radeaux…) il décide qu’il faut revenir sur leurs pas. Aguirre, le second, ordonne de l’abattre. Ursua s’en sortira, et Aguirre nommera son ami comme chef de l’expédition. Tout se passera en fonction de ce personnage dictatorial, lui voudra atteindre son but, construire une nouvelle Espagne à l’Eldorado. Le dernier plan du film voyant Aguirre seul sur son radeau, croyant faire Un avec les dieux, après avoir croisé une barque esseulée dans un arbre (que le fleuve n’a pu débarquer), est absolument fabuleux, sorte d’analogie du désir de puissance, de pouvoir, d’aliénation.

Elephant – Gus Van Sant – 2003

elephant-gus-van-santDrame en sourdine.

   10.0   Sur un plan entièrement personnel, Elephant fut une très grande découverte cinématographique. Ce fut pour moi la découverte d’un genre, d’une mise en scène, d’un cinéma qui jusque là m’était encore inconnu. Elephant a changé ma vie. Du moins a-t-il changé ma perception cinématographique. C’est à partir de Van Sant que je me suis passionné pour d’autres grands qui imposent un style pouvant s’en rapprocher : Béla Tarr, Chantal Akerman, Alan Clarke, pour ne citer qu’eux.

     Elephant c’est quelques heures dans un lycée, les cours, les rencontres, les discussions, les repas au réfectoire, les longues marches quotidiennes. Une journée banale, la semble t-il répétition des jours précédents, et pourtant cette fois un drame approche. La singularité avec laquelle le film (archi court : 1h20) parvient à instaurer un climat des plus doux et angoissants est ahurissante. Dans un état de tension, d’étouffement, où les plans mobiles s’étirent, s’attardant très souvent sur le dos des personnages, en les accompagnant sur la Sonate au clair de lune de Beethoven, Gus Van Sant impose un style en marge – qui lui vaut de décrocher moult prix dont la convoitée palme d’or à Cannes.

     La réussite de ce petit bijou réside principalement dans l’agencement de ces longues séquences, qui s’entrechoquent toutes entre elles, provoquant un lien de causalité particulièrement sidérant. Une sidération d’une simplicité désarmante. Ce que Béla Tarr promet dans Satantango (la superbe scène de la jeune fille prostrée à la fenêtre du resto bar), son admirateur le reprend dans ici en le malaxant à l’infini : Montrer une scène sous plusieurs angles, que l’on soit cette jeune étudiante solitaire et exclue, ce photographe errant ou un autre. Le climat de tension s’accentue car ce que l’on voit d’un côté nous ne le voyons pas de l’autre et découvrons petit à petit certains signes provoquant le glissement jusqu’à la catastrophe.

     La légère brise matinale qui semble accueillir chacun entre les murs de ce lycée en début de film accouche dans un carnage final, une violence sourde, complètement déréalisée, sans emphase, et surtout dans une prise de distance rendant l’émotion de glace. L’alliance parfaite entre image et sons parvenant à éviter toute forme de pose. L’alchimie totale. L’état de grâce. Presque flippant tant ça paraissait improbable d’y parvenir de cette manière là. Faisant référence au massacre de Columbine, le succès de Elephant est d’autant plus important qu’il permet à Gus Van Sant de sortir un film des placards qu’il avait réalisé en 2002, un film qu’il n’avait pas sorti sur les écrans, un film qui aurait puni le cinématographe de l’un de ses plus beaux bijoux : Gerry !

Hunger – Steve McQueen – 2008

Steve McQueen Project - 'Hunger'Polyphonie de l’enfer.

   10.0   1981. Cinq ans que le gouvernement britannique a retiré le statut de prisonnier politique aux militants indépendantistes de l’IRA enfermés donc sous le joug carcéral. Ils sont maintenant reconnus criminels de droit commun. Pour s’opposer à cette décision, les prisonniers entament le « Blanket And No-Watch Protest » qui consiste en un refus d’hygiène et un refus de porter l’uniforme carcéral commun. Ils laissent leurs restes de bouffe dans un coin de leur pièce exigu qu’ils partagent à deux, ils repeignent les murs de leurs excréments, ils se débarrassent de leur pisse par-dessous la porte… leur unique moyen de s’opposer à cette loi. De cela découlent des altercations très violentes où il faut les emmener aux douches, mais à l’aide d’une matraque. Le film de Steve McQueen met parfaitement en ‘lumière’ ces lieux pourris de crasse, cette violence avec souvent une crudité telle qu’elle en devient insoutenable, au point de se demander si le cinéaste n’a pas véritablement fait souffrir ses acteurs (coups de matraques, marques rouges qui apparaissent peu à peu, tout cela en un seul plan-séquence, j’avoue que c’est douteux!). Peut-être le cachet performance rentre t-il en compte ici, mais je préfère ne pas m’attarder là-dessus, le film ayant beaucoup d’autres atouts pour les masquer par ce sentiment. Le film est une formidable passation de rôle puisqu’il commence par nous montrer le quotidien d’un surveillant de la prison avant de passer du temps avec deux hommes dans leur cellule pour terminer sur la tragique histoire de Bobby Sands. Destruction de la linéarité et des conventions de récit. C’est assez bluffant. Trois parties. Ou deux parties séparées par une (longue) transition de vingt minutes entre Bobby Sands et le père Dominic Moran – le premier expliquant au second son désir de ne plus manger jusqu’à mourir – sans nul doute la scène que je préfère. Hunger est une symphonie en quelques sortes. Une partition. En trois mouvements. Le trois c’est le chiffre du film. Trois personnages : Le surveillant, Gillen/Gerry, Bobby Sands. Trois parties : La solitude,des uns et des autres, la violence insoutenable, la découverte des lieux, les premières rencontre familiales, les discours lointain de Tchatcher ; Le dialogue entre Bobby Sands et le père Moran ; La décrépitude volontaire de Bobby. Mais revenons sur cette immense scène de dialogue : Ce qui est formidable c’est la découpe de ce dialogue. Un peu au rythme des cigarettes fumées d’ailleurs. Au début c’est la causette, le prêtre semble même se confesser. Les questions, les réponses, explosent à tout va, du tac au tac. Ensuite c’est ce pourquoi Bobby invite le père Moran. Cette grève de la faim qui semble inéluctable. Puis, dernière clope, souvenir d’enfance. Encore plus passionnant, ce sont les remarques, le ressenti du prêtre à l’égard de Bobby Sands, de son acte. Il semble à première vue moqueur, il n’y croit pas (la première grève avait foirée de toute façon). Puis il est moralisateur. Il se sert de dieu. Si dieu ne te puni pas pour ton suicide, il le fera pour ta bêtise. Dernière partie du dialogue. Qui devient un monologue : Bobby raconte l’histoire du poulain. Le prêtre ne parle plus, il ne le peut pas. Leur contradiction a des racines trop lointaines, jamais il n’arrivera à le convaincre. Bobby est un résistant, il ne restera pas les bras croisés. Le prêtre c’est l’incarnation du renoncement. Il se sert de l’argument pense à ta vie avant tout. Un peu comme une majorité d’entre nous. Hunger est d’une efficacité redoutable, tranchant comme la lame d’un rasoir, qui joue à merveille avec le son (certaines scènes sont là encore musicales : Le nettoyage de la pisse, le karscher sur la merde, bien entendu le bruit des matraques…etc.). La violence des coups de matraques répondant à la finesse des flocons de neige. L’odeur de la merde à celle de la campagne à la fin du film. Un film admirable. Très immersif, organique, on en sentirait presque cette merde murale, et surtout c’est un grand coup de poing dans la tronche de la Tchatcher, que cette grève de la fin a tout de même dû secouer…

Appaloosa – Ed Harris – 2008

?????????????????????????????????????Goodbye, old paint.     

   6.0   Le Western est un genre désuet. Il n’empêche certains cinéastes d’encore s’y frotter aujourd’hui. Le seul piège à éviter est de ne pas tomber dans la redite voir le remake.

     Aussi, le western est un rêve de gosse. J’entends par là que chacun d’entre nous qui jouions avec des armes en toc petit, qui regardons les westerns de Ford et de Léone, chacun rêverait de faire parti d’un casting, de jouer le hors-la-loi ou le shérif. Quand on est dans le milieu il y a mieux comme rêve : réaliser son western. Ed Harris s’octroie donc un double rêve : celui de faire son film dans lequel il campe un shérif. Et grand bien lui fasse car son film est vraiment réussi. Lorgnant vers Ford et Hawks il pond un film aussi très personnel, un film dont l’issue rappellerait celle de No Country for old men des Coen. Un film aux décors somptueux agrémentés d’une histoire somme toute classique mais charmante.

     Et le pari est réussi autant du point de vue de l’intrigue que de l’ambiance. En ce qui me concerne je me suis toujours senti mal à l’aise devant un western (peut-être moins devant un Léone, l’aspect baroque, le détachement fait que l’on se fait plaisir sans pour autant craindre telle situation) parce que tout est possible du moment que l’on soit dans le village ou dans les collines. On ne sait jamais si un tireur n’est pas embusqué derrière un rocher, ou caché derrière une fenêtre. Tout peut arriver. Et Ed Harris parvient à faire ressentir cela, sans pour autant tomber dans le trop plein de situations abracadabrantes.

     Bref, c’est du divertissement comme on aimerait en voir plus souvent, digne, avec des acteurs sobres, charismatiques, des scènes clés de western qui réservent son lot de tension, de surprise. En revanche : Mais qu’est ce que Renée Zelwegger fait là ? Franchement, miscast absolu. Elle décrédibilise toute la tension romantique. Attends, il y a Mortensen et Harris en face, quand même pas dégueu, faut pas déconner quoi.

Electroma – Thomas Bangalter & Guy-Manuel de Homem-Christo – 2007

 

 daft-punk-electroma-4-lecatalog_com_    7.0   En somme c’est le petit frère de Gerry, épousant les paysages désertiques un peu à la manière d’un Gus Van Sant, et surtout centrant l’histoire uniquement sur deux personnages, peut-être même deux frères. A défaut de se perdre géographiquement ici ils se perdent dans leurs illusions. Daft Punk’s Electroma ce sont donc deux hommes-robots (on s’en serait douté !) qui voyagent à travers on ne sait quel désert afin d’y changer leur visage car une espèce de chambre perdue façon 2001 peut permettre de refaire le visage en le façonnant avec des traits humains. Ils l’auront leur nouveau visage, mais au prix de leur vie… Maintenant on va pas se le cacher, ce n’est pas Gerry. C’en est même très loin. Gerry étant le film proche de la perfection autant sur un plan poétique que sur celui de la mise en scène. De Gerry on sort bouleversé. D’Electroma on sort conquis, juste admiratif. Le film des DP est aussi très musical (ce qui le différencie du Van Sant qui n’est accompagné que par moment d’Arvo Part) et il évite le clip avec brio, ce qui déjà n’est pas une mince affaire quand la musique occupe facilement les ¾ du film.  Bref, c’est très bon. Et très beau. On en prend plein les yeux !

Jeanne Dielman 23, Quai du commerce, 1080 Bruxelles – Chantal Akerman – 1976

01.-jeanne-dielman-23-quai-du-commerce-1080-bruxelles-chantal-akermanDeux ou trois choses que je sais d’elle.

   10.0   Une mère et son fils habitent un appartement de la capitale belge. Lui va chaque jour au lycée. Elle reste à la maison et vit de baby-sitting et de prostitution. En outre, le mari n’est plus, depuis six ans. Leur journée est programmée comme une horloge : Jeanne réveille Sylvain le matin avant de lui servir le petit déjeuner ; elle fait la vaisselle une fois que celui-ci est parti ; elle allume le poste radio chaque soir lorsque son fils lit et qu’elle tricote ; chaque fois qu’elle quitte une pièce elle se doit d’éteindre la lumière avant d’en allumer celle de la pièce dans laquelle est entre.

     Le film commence à l’heure où Jeanne prépare le dîner (son fils arrivera plus tard) en attendant son client hebdomadaire (il dira « à la semaine prochaine »). 1h30 plus tard, le film aura fait une boucle : 24 heures. Jeanne prépare à nouveau le dîner, on sonne à la porte, elle ouvre, débarrasse le client de ses frusques superflues et l’emmène dans sa chambre.

     Le choix de démarrer le film à cet instant n’est pas le fruit du hasard. C’est après la venue de cette autre personne qu’il semble se produire un premier dérèglement dans la routine de Jeanne. Sans doute que l’homme a davantage pris son temps par rapport aux autres, par rapport à ses habitudes, qu’importe, une chose est sure, quelque chose a perturbé la jeune femme. Ses pommes de terre sont trop cuites. Il ne lui en reste plus assez pour le repas, il faut qu’elle descende en acheter. Effet boule de neige, ce petit contretemps aura des répercussions sur le quotidien et la personnalité de Jeanne. Et l’on sait maintenant à quel point elle est attachée à sa routine. Le nombre de détails de ce dérèglement est absolument passionnant. Jeanne fera tomber une brosse, incident mineur, mais peu coutumier. Ou bien Sylvain lui fera remarquer qu’elle est décoiffée, la jeune femme n’ayant pas eu le temps de s’occuper de ses cheveux, perturbée par le changement du temps.

     Le dérèglement à son paroxysme le lendemain matin lorsque le réveil de Jeanne sonne une heure plus tôt. C’est dès lors sans nul doute le véritable déclencheur d’une prise de conscience d’une aliénation refoulée qui conduira Jeanne à l’implosion, l’apogée se trouvant évidemment dans cette chambre de prostitution, la boucle est bouclée, dans la plus cruelle des libérations morales. La précision chirurgicale des plans, tous fixes. La réflexion sur la répétition, sur le temps. Les ellipses narratives mesurées. Une Delphine Seyrig incroyable. Un travail sonore hors norme. Des cadrages d’une justesse insolente. Chantal Akerman réussit tout ce qu’elle entreprend. Fascine durant près de quatre heures. C’est tout simplement l’un des plus beaux et douloureux films que je connaisse. C’est absolument sidérant. Chef-d’œuvre absolu !

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