Archives pour juin 2009

Saw – James Wan – 2005

bj0d5js4   1.8   Saw est une bande-annonce. Il est filmé comme tel, il est monté comme tel. Un peu à la manière de Seven (dont il s’inspire tout du long) le climat est glauque, mais à l’inverse du Fincher qui reste un « polar à enquête » honnête, Saw multiplie les effets de montage immondes, tente d’installer un suspense mais n’y parvient jamais. Il s’embourbe dans son propre jeu (l’idée du puzzle à énigmes progressives) pour finalement nous désintéresser de son sujet premier, à savoir l’enfermement de ces deux hommes dans une salle de bain répugnante. Le huis clos espéré en tout début n’est vite plus. Saw explique tout, montre tout et finalement se plante sur tout. Il n’est pas un film d’horreur, ne répondant pas aux critères. Il n’est pas angoissant. Il n’a pas une ambiance qui lui est propre. Et il n’est pas drôle, ou alors involontairement (Ah si quand même la VF est poilante!) parce qu’il se prend sans cesse au sérieux.    

J’en gardais le souvenir (vieux de sa sortie dvd) d’un film mauvais mais regardable et surtout doté d’un twist surprenant. Ce n’est finalement qu’une grosse merde abyssale qui n’aurait jamais due voir le jour. Car là où il aurait presque pu être un minimum intéressant se trouvait dans la construction des jeux sadiques que le tueur propose (énorme sur le papier cette séquence de la fille qui a un casque sur la tête relié à sa mâchoire qui s’ouvrira façon piège à loups à l’envers dans trois minutes si elle ne l’a pas ouvert avec la clé se trouvant dans le ventre de son compagnon de cellule endormi et drogué, avec un canif gros comme une phalange…), là on aurait bien de quoi se la fendre (même en doutant de la santé mentale du scénariste) mais le problème c’est que tout cela est servie par une réalisation exécrable, dégueulasse. Complètement vain donc.

Kes – Ken Loach – 1970

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L’oiseau au plumage de cristal.    

   6.4   Un petit bonhomme d’une quinzaine d’années, souffre douleur de son grand frère minier – dont la seule préoccupation extraprofessionnel se résume à tenir son beau brushing et se regarder dans la glace, jouer au tiercé et s’enivrer le soir entre potes jusqu’à ne plus tenir debout, et même à ne plus pouvoir retirer son pantalon obligeant son petit frère alors en plein sommeil à s’en occuper… – et fils invisible d’une mère qui n’a d’yeux que sur les petits célibataires de la ville qui pourrait lui donner un peu de plaisir dans sa vie misérable, se voit passer ses journées à travailler tôt le matin comme distributeur de journaux, avant d’aller à l’école, puis de recommencer sa tâche le soir. Sans compter que l’école n’est pas son refuge non plus, n’ayant ni véritables amis, ni bonnes relations avec ses professeurs embourbés dans un système de répression dont ils sont les plus fidèles moutons. Mais voilà, ce garçon, nommé Billy Kasper, surnommé Casper, se découvre très vite un intérêt tout particulier pour la fauconnerie. La lecture d’un livre d’abord (qu’il volera au libraire, la femme de la bibliothèque n’ayant pas voulu qu’il l’emprunte parce qu’il avait les mains sales) qu’il lira une nuit entière, pendant que ses proches s’adonnent à leur quotidienne débauche désespérée (Magnifique séquence en trois temps). Le vol d’un jeune faucon à sa mère ensuite, dans une campagne reculée de la vie industrielle, où il avait cru voir, et à raison, l’un des oiseaux entrer dans la brèche d’un mur en ruine d’une propriété privée. Et le dressage de cet oiseau, dans un climat silencieux, où sublime séquence encore, avec beaucoup de patience, Billy appellera de nombreuses fois Kes avant qu’il ne vienne finalement se posé sur son gant afin de chipper ce petit bout de viande. Jusqu’ici, selon moi, Kes (le film) était un ovni, un pur chef d’œuvre. A partir de cet instant, on navigue entre le bon et le moins bon, le sublime et le maladroit, le subtil et le grossier. Grossier dans cette partie de football (on sait maintenant combien Ken Loach aime le foot) où dans un climat très froid (on le devine aux plaintes des élèves dont les pieds sont gelés) une saleté de professeur de sport leur ordonne de jouer, de bien jouer sous peine de grosses mandales. Le professeur modèle : celui qui se dit capitaine, qui choisit ses coéquipiers (les gros, les maigres, les Casper sont évidemment pris en dernier par défaut), son équipe de foot, son joueur fétiche, qui ne fait pas de passes, tire tout les penaltys, et crie sur son gardien (Casper par défaut) quand il encaisse un but. Il y a une exagération de la situation, c’est éprouvant, manipulateur, bref cette longue séquence m’a donné la nausée. Et puis la suite dans le vestiaire enfonçait le clou lorsque ce monstre ordonne au jeune garçon de prendre sa douche (alors qu’il dit être enrhumé), l’enferme à l’intérieur et le gèle complètement. Là je n’en pouvais plus, le type c’est un prof, qu’il soit con d’accord mais de là à en faire un dignitaire nazi… Heureusement le film se veut plus subtil par moments. En fait dès l’instant où enfin, en face de cette classe, on nous offre un prof compréhensif, intelligent. Fabuleuse scène où lors d’un cours/débat « facts and fiction » ce prof oblige notre petit garnement à raconter un fait de sa vie. Fait qui sera bien entendu porté sur sa relation avec Kes. Et là ce qui se passe est miraculeux. Absolument inespéré. Son histoire est magnifique. Chaque élève l’écoute, attentifs, lui posent des questions et au terme, à la demande de ce prof, l’applaudissent. Plus tard cet homme rendra visite à son élève dans sa campagne où il l’observera faisant voler son oiseau, dans un sublime ballet, aérien et silencieux. Le dialogue qu’ils s’échangeront après, dont la spiritualité effacera les défauts du film que j’expliquais précédemment, est une fois encore un miracle. Malheureusement, le cinéaste anglais retombera dans ses travers ensuite, dans une fin que je trouve attendue et facile. Bref, c’est très beau, parfois proche de la perfection, dommage que par moment Ken Loach prenne les gros sabots pour dégueulasser tout le reste.

L’humanité – Bruno Dumont – 1999

1L’origine du monde.

     8.5   C’est un film étrange, qui reste. Pas austère non, mais à l’atmosphère à la fois aérienne et accablante, qui semble baigner dans le réel mais pas totalement. Il y a certaines scènes formidables.Je pense à celle sur une plage du nord où Domino va faire ses besoins dans les vagues tandis que nos deux hommes la regardent, elle, mais aussi l’horizon, où les regards semblent apprivoiser les deux beautés. Dumont étire le plan, chacun des plans, c’est magnifique. Et puis il y a ce village, fantomatique, pourtant jamais théâtral, sans cesse porté sur la nature, les paysages que sur les personnages. Et pourtant, une nouvelle contradiction, au milieu de cette lenteur, de ces immensités (on pourrait songer à Akerman même par moment) Pharaon marchant dans les rues, et ses bonjours successifs aux autochtones. Une douceur de façade, une violence en sourdine. C’est un écart que je n’ai vu que chez Dumont, il me semble.

     Parfois on s’y perd. Et je m’y perds parce que je vois un personnage avancer, et grandir, avec ses réactions surprenantes. Sur le coup j’ai eu pas mal de problème avec ça (le baiser final avec son ami par exemple, très long, presque sans vie…) et j’y ai pas mal réfléchi depuis. Ce personnage vit dans « l’exorcisme » d’autrui, il a en tout cas le pense t-il la faculté de s’emparer des maux de ceux qu’ils touchent, qu’il côtoie. De la même manière c’est quelqu’un de très humble, qui encaisse sans jamais exploser. Il implosera lors d’une seule séquence où ses cris seront couverts par le bruit du train.

     Sur le moment j’ai eu du mal avec la fin aussi. Pourquoi avoir choisi ce coupable ? Pourquoi pas un autre ? Après tout je ne pense pas que Dumont ait fait son film avec comme idée première ce coupable là. Et à bien y réfléchir je pense que ce parti prit est important. Il rend la situation à son paroxysme. Le pardon au plus grand des péchés. Le plus grands des péchés de quelqu’un que l’on considère son ami. Dumont invente un rythme dans sa mise en scène, et il invente aussi une autre manière d’appréhender le crime. Terriblement moderne. Film impressionnant sur la culpabilité. Comme sur une appréciation des limites humaines, du bon et du mauvais, une différence qui ne m’a rarement paru aussi étroite que devant l’humanité.


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silencio


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