Les feux de la rampe (Limelight) – Charles Chaplin – 1952

Les feux de la rampe (Limelight) - Charles Chaplin - 1952 dans Charles Chaplin limelight13

Dernier tour de piste.     

   8.0   Sous couvert d’un sens critique aiguisé de la société actuelle atteignant son apogée dans un film comme Les temps modernes par exemple, Chaplin a toujours su garder cette ligne de conduite, ce qui l’a conduit à cette icône mondiale qu’il est devenu, cette arme qui lui permettait de traiter tout sujet, grave ou non, avec une légèreté incandescente, à savoir Le rire. On rit beaucoup chez le cinéma de Charlot, lui qui utilise à merveille comique de situation allié à celui de répétition, sans en abuser. On se souvient de ses aléas sous le chapiteau dans Le cirque où il était poursuivi par un âne à qui Charlot ne devait pas revenir, et inconsciemment ce dernier venait de faire rire la foule qui jusque là s’ennuyait ferme. Cette situation ô combien singulière allait se répéter de nombreuses fois par la suite quand Charlot naïf est engagé dans l’entreprise comme accessoiriste et à son insu se retrouve, chaque soir, dans la position du clou du spectacle. Ce genre de procédés qui ont fait la renommée du cinéaste/acteur, must évident de la comédie cinématographique muette, sont utilisés à outrance suivant un rythme effréné dans La ruée vers l’or, film réalisé quelques années plus tôt, qui demeure à ce jour un sommet de perfection comique.

     Avant de regarder Lime light on pense inévitablement à City lights, les titres sont très proches mais surtout on se dit que le clown Chaplin a aussi des réserves émotionnelles encore inexploitées et qu’un second Les lumières de la ville deviendrait à coup sûr un second immense chef d’œuvre dans sa géniale filmographie. C’est assez amusant de les rapprocher car cette rencontre entre le vieux clown et la ballerine que nous offre Les feux de la rampe dès les premiers instants (il est son voisin du dessus et rentrant chez lui un soir, il sent une odeur de gaz qui s’échappe de chez elle, et la sauve du suicide in-extremis) est similaire à celle dans son presque homonyme de 1931. A la différence que Charlot a vieilli, les rides sont visibles, le visage semble plus fatigué et le pantalon noble et serré a remplacé cette espèce de sac trop grand entouré d’un fil que le vagabond portait à l’époque.

     On le remarque très vite, Lime light est un film sur la vieillesse, sur le clown vieillissant. Calvero a triomphé par le passé grâce à ces talents comiques comme Chaplin a fait naître un Cinéma tout en déridant les zygomatiques. Mais un peu comme Norma Desmond dans Sunset boulevard ils sont tous deux dans une phase inverse de leur évolution continue d’antan. En ce sens à aucun moment je ne vois de clown Calvero à l’écran, je vois Chaplin, masqué peut-être, mais c’est tout. Un type qui semble revivre grâce à cette jeune femme dépressive (n’oublions pas qu’au début Calvero est ivre, car lui non plus n’est plus dans une période triomphale de sa vie) et veut l’emmener au bout de ses désirs, de ses rêves (ce qu’il a pu faire auparavant lui-même), une sorte de retour gagnant par procuration. Car là est toute la difficulté du travail d’artiste clown. Par retour gagnant on n’entend pas seulement le retour sur la scène, mais un retour réussi sur scène, c’est à dire : faire rire le public. Calvero aura eu de nombreuses occasions de l’effectuer ce come-back, toujours au détriment du changement d’ailleurs, se relançant chaque fois dans ses mêmes numéros d’époque, qui maintenant ne font plus rire grand monde. Ce qui le conduira inévitablement à l’échec, donc au mépris des piliers du monde du spectacle et donc à son état d’ébriété dans lequel on le découvre. Quand je disais qu’on pouvait le rapprocher de Sunset boulevard ! Cette notoriété perdue c’est bien cela qui effraie l’artiste, et tout artiste qui se respecte par ailleurs. Heureusement chez Chaplin le bonheur n’arrive finalement jamais seul : Lorsque sa petite protégée a su vaincre sa soi-disant paralysie et qu’elle en arrive sous le feu des projecteurs, semblant devenir reine de Londres, son nom apparaissant sur un grand bâtiment, c’est alors Calvero qui fait sa première partie, ce vieux clown à qui l’on a décidé de laisser une dernière chance. Le public aura conseil de rire quoiqu’il arrive, à la demande de Terryqui pense qu’un nouvel échec le tuerait. Et même sous la mascarade d’une foule en délire (qui semble peu à peu étrangement prendre le plaisir des retrouvailles) Calvero quitte la scène, il a tellement donné que son cœur lâche, pendant que la petite ensuite fait une triomphe total. Une manière de dire, peut-être, que quitter la scène sous de faux applaudissements est toujours plus fort et constructif qu’obtenir un bide. C’est dur de l’admettre, presque enfantin – ce besoin de reconnaissance, même faux – mais c’est cette naïveté, cette candeur qui fait de Chaplin un grand artiste. Cette faculté à ne jamais toisé le public de son ego, l’avoir toujours considérer à sa juste valeur, dans un cinéma simple et drôle.

     Pour répondre à une question que je me posais précédemment : je pense sincèrement que Les feux de la rampe est la réponse parfaite aux Lumières de la ville. Il y a une force émotionnelle dans ces deux films qui reste sans égal dans la filmographie du maître. C’est pour moi ce que Chaplin a fait de meilleur.

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