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Archives pour novembre 2009

Irène – Alain Cavalier – 2009

Irène - Alain Cavalier - 2009 dans Alain Cavalier ireneLa douleur de se souvenir.

   6.4   En apparence ce film a tout pour me déplaire. Réinvestir souvenirs et leurs lieux, faire renaître les fantômes du passé, s’apitoyer sur leurs sorts, le tout filmé avec une toute petite caméra, subjectivement en permanence, en s’attardant principalement sur des objets, les contrées de la mémoire ici bien aidée par un journal intime quotidien. Donc au départ le procédé est écrasant, par sa volonté auto-satisfaite de faire ressurgir ces mots d’antan, que l’on accompagne par des mots de maintenant, son minimalisme stylistique et cette intimité à la fois fort gênante et complaisante. C’est au premier abord que j’ai eu ce sentiment. Celui d’un film pas fait pour moi, pire fait pour personne, excepté le cinéaste.

     Mais voilà j’y ai pris goût à ce procédé. Je me suis surpris à être passionné, à être touché de près par ce petit jeu, car c’est un jeu, aussi masochiste soit-il – Le cinéaste hésitera à de nombreuses reprises à tout arrêter, allant même jusqu’à commencer à brûler l’un de ses objets qui lui permettent de faire ce film – qui consiste à ne pas oublier le passé, à se rappeler des situations, les étoffer par le souvenir d’aujourd’hui, à s’étonner parfois même des tournures de phrases ou de certaines trivialités d’antan. Cavalier fait en somme ce que Marker faisait il y a presque un demi-siècle, dans La jetée, mais à une échelle intime, où les captations du passé servent tout aussi bien à comprendre le présent – Cette photo somptueuse d’Irène, en noir et blanc, comme au temps de paix, tandis que le chien malade de la photo à qui elle sourit, qui mourra deux jours plus tard dira le cinéaste, est un élément dramatique qui joue sur une émotion très forte, dévoilant toute sa force symbolique.

     Cavalier rappelle aussi le très récent et beau film d’Agnès Varda, Les plages d’Agnès, qui était une expérimentation de la mémoire et de l’image, racontée de façon très nostalgique vis à vis là aussi d’un être aimé en la présence de Jacques Demy, et du cinéma de la Nouvelle vague. Cavalier évite lui cette nostalgie, qui dans un contexte intime se serait révélé nuisible à sa démarche. Il choisit pour ainsi dire de ne jamais montrer Irène, ou alors via quelques photos. Ce sont les lieux, les objets, qui sont les acteurs de son film. Une couverture en boule qui lui rappelle la jeune femme. Un océan qui interpelle sa mémoire. Un journal qui le guide pas à pas. Cette fenêtre où il l’a vu vivante pour la dernière fois. Il revient beaucoup sur cet instant, cette dernière fois. J’ai pensé à Godard. Cette façon de jouer sur une fraction du temps. Cette fraction de seconde où tout à été bouleversé, comme Piccoli candide laissant aller Bardot dans la voiture du producteur, dans Le mépris. Il filme de cette fenêtre. Il montre cette fenêtre du doigt sur une photo. Il évoque leur dernier dialogue avant son accident. Tiens, là aussi un accident de voiture.

     Si Alain Cavalier a su me bouleverser, c’est aussi dû à cette voix douce, avec laquelle il accompagne son récit déstructuré. Ce récit instinctif qu’il étoffe par la sienne de voix. Et toutes ces hésitations, ces enjeux du présent, qui n’en cache pas sa sensibilité envers ses vieux démons qui apparemment le tiraillaient depuis un long moment, et qu’il se devait d’extérioriser. Au moins de montrer, de partager, tel un filmeur qui ouvre son cœur, s’interroge sur le passé, revit chaque instant par le prisme du cinéma.

Adventureland – Greg Mottola – 2009

Adventureland - Greg Mottola - 2009 dans * 2009 : Top 10 adventureland

Satellite of love.    

   8.7   Greg Mottola, protégé de Judd Apatow à la base est passé indépendant, dans le sens où il réalise donc sans son aide Adventureland, dans lequel on retrouve une équipe qui nous est quelque peu familière, comme Jesse Eisenberg, Kristen Wiig, Martin Starr ou encore Bill Hader, croisé deux ans plus tôt dans Supergrave produit par Apatow, déjà réalisé par Mottola.

     Adventureland est un parc d’attractions, ou plutôt une petite fête foraine qui a investit les lieux pour l’été. On y engage que des jeunes, qui n’auront guère le choix de se placer aux jeux ou aux manèges, ne pourront ni faire de cadeaux aux potes ni s’offrir une glace, et n’auront pour ainsi dire qu’une vulgaire pause pipi, où comme elle rare il vaut mieux faire la grosse commission, dira Joel (Martin Starr, le shooté de En cloque mode d’emploi). James fera partie de cette troupe. Lui  qui se voyait déjà en Europe avec ses amis pour juillet/août, mais qui mal aidé par des parents qui traversent une légère crise financière – prétexte pour le faire tafer ? Pour ne pas qu’il s’en aille ? – se voit contraint de bosser tout l’été pour financer sa rentrée à New York. Et ce sera donc Adventureland, le seul endroit où l’on accepte un type en pleines études littéraires.

     Un environnement que l’on imagine sans tricherie, où l’on découvre un chapeau collé dans le jeu des chapeaux, un panier ovale dans les tirs de baskets. Lieu que l’on pense sûr, où les forains eux-même n’iraient pas mettre le pied dans les manèges doutant de leur sécurité. Pourtant, ok le travail n’est pas spécialement passionnant – entre passer sa journée à commenter avec entrain imposé une course de chevaux colorés en plastique ou appuyer sur des boutons pour faire démarrer/arrêter un manège, pas sûr en effet que ce soit réellement palpitant -, ok il faut savoir se heurter parfois à une clientèle récalcitrante – qui voudrait, moyennant violence s’il le faut, le gros panda que les forains sont interdits d’offrir – mais il y a néanmoins un truc pour lequel on s’attache : Les collègues, dans la même merde que soi, on se fait des amis, voir plus. Cette phase de découverte du parc est probablement le moment le plus drôle du film. Ensuite il cherche beaucoup plus loin.

     C’est vrai chez Apatow et consorts, il est très souvent question de cul. Concrètement (En cloque mode d’emploi, Sans Sarah rien ne va…) ou dans le dialogue (Supergrave, 40 ans toujours puceau…) occasionnant pour les premiers une dimension conjugale intéressante et cocasse, et pour les seconds l’emploi d’un dialecte fait de grossièretés par des jeunes qui n’en demeurent pas moins attachants, par leurs maladresses et leurs émotions certes souterraines, mais fortes. Adventureland n’appartient à aucune de ces catégories, si je puis dire. C’est un film d’amour et de sexe. Le premier amour, la première fois, les amours déchus, les amours croisés. Mottola ne généralise pas. Car ce qu’il fait à merveille ici c’est de construire son histoire autour de cette kyrielle de personnages, finalement assez réduites (une dizaine seulement que l’on va bien connaître) avec lesquels, et pour chacun d’eux, il est possible de s’identifier au moins un peu. C’était Fassbinder qui disait, à propos de Douglas Sirk, qu’il était selon lui « l’unique cinéaste à aimer tant ses personnages pendant que de nombreux autres, moi compris, ne faisons que les mépriser ». Incroyable mais lorsque l’on sort d’un Sirk – je prends l’exemple de Mirage de la vie, celui qui m’a marqué au fer -  le cinéaste allemand a raison, on se rend compte que l’on aime tout le monde, qu’il n’y a pas ci et là de réels méchants, et ses films sont intenses aussi pour ça. Récemment je n’ai ressenti ça que devant deux films : Two lovers de James Gray, et donc Adventureland de Greg Mottola.

     Le fait de construire un récit à la manière d’un polar (quel amour s’en sortira ? Quelles vérités, quels mensonges éclateront ? Qui va payer l’erreur, la trahison d’un autre ? A quel niveau les différences se situent t-elle ? …) provoque généralement une identification à l’un, une répugnance à l’autre. Pas dans ces trois films. Pas dans Adventureland. Le film dans lequel il pourrait y avoir les pires connards de la terre et des salopes impossibles, et où finalement derrière chaque comportement, bon ou non, il y a un costume bien humain. L’exemple à citer c’est Connell, ou Lisa-Marie, mais prenons Connell : Le mécano du parc, play boy de ses dames qui drague en se faisant passer pour l’ancien batteur de Lou Reed, alors qu’il se trompe de titre pour Satellite of love, Connell qui avec ça entretient, alors qu’il est marié,  une relation purement sexuelle avec Em, dont James est tombé amoureux. Rien ne semble rattraper ce pauvre DomJuan. Et pourtant c’est un homme qui devient attachant peu à peu, car il se révèle une sorte de grand frère auprès de James, le conseille plus que l’enfonce dans son désir amoureux pour la jeune femme.

     Il y a un côté très intime là-dedans, qui sonne vrai, que l’on ne voit jamais au cinéma : ce garçon qui est gêné par une gaule persistante et qui décide de rester dans la piscine au moment où la jeune fille lui demande de la suivre, cet instant où il embrasse Lisa-Marie après le resto alors qu’elle lâche un « hum, fondue… », lorsqu’il dévoile ses (non) expériences sexuelles à Em et qu’elle sourit, mais pas d’un sourire moqueur. C’est ça que j’aime ici, ça me parle vachement, l’impression de l’avoir ressenti comme l’ayant déjà vécu. Et il faut croire que Mottola a vécu ce qu’il filme. Cette date déjà, 1987, qui semble le rapprocher de sa propre jeunesse. Et cette évocation permanente du chanteur des Velvet Underground qui est partout : Sur les murs, les tee shirts, dans les discussions, à l’écoute dans la voiture. Je voulais justement parler de Pale Blue Eyes, morceau employé comme love theme du film. Une scène quasi muette où les regards se perdent et se croisent. On se croirait l’espace d’un instant tout droit sortis de la Swedish Love Story de Roy Anderson.

     Bref, c’est selon moi un grand film romantique. Avec des acteurs superbes, Kristen Stewart devant, littéralement magnifique, qui en plus est doté d’une mise en scène sobre et belle. Au verso du dvd on a droit à une perle : le film est présenté comme déjanté et hilarant. A se demander si les distributeurs ont vu le film. Cela dit, ils n’ont pas totalement tort. Le film est aussi très drôle. Il y a ce personnage très Superbad qui s’exprime à coups de « chat-bite violents » et aussi certaines séquences avec Bill Hader par exemple, avec le client violent ou le commentaire de course, qui sont des trucs énormes dignes des plus grands moments de Supergrave. Mais en mieux, car mieux dosé. Qu’importe, en ce qui me concerne, ce fut un super moment. Drôle mais surtout bouleversant.

La raison du plus faible – Lucas Belvaux – 2006

18613954Un plan simple.

   7.8   Plein cœur de Liège, en Belgique. On suit de nombreux personnages, dans un coin industrialisé, un coin assez pauvre. Tous ne semblent pas être liés entre eux. Mais c’est évident pour chacun ce n’est pas le confort absolu. Un gentil bonhomme, d’apparence un peu bourrue, finalement tout doux dans le parlé, vit sur une chaise roulante et se plaint de ses conditions de vie qui l’ont inexorablement conduit à vivre dans ce grand immeuble délabré, où l’ascenseur tombe parfois en panne, car aujourd’hui c’est au vingtième étage que l’on cloître les handicapés dit-il. Déjà, de part un seul de ces personnages sur lesquels nous allons nous pencher, on arrive à cerner le cinéaste. Cinéma engagé, mais cinéma de l’humour aussi, et cinéma de l’espace, avec des plans très Zhang-Keien de cette cité industrielle.

     Viennent se greffer à cet homme deux amis, deux de ses anciens collègues. Leur industrie a récemment fermé ses portes, Belvaux en dira très peu à ce sujet – on parlera un peu de délocalisation – il se contente de filmer des visages rabougris par les changements de ce paysage, des visages derrière des barrières scrutant ces machines qui les ont diminués avant de le faire plier. Ces machines presque humaines dans leur conception. Puis plus tard sans doute d’autres machines, celles-ci entièrement humaines, qui se tueront à la tâche pour un salaire encore plus faible. Le contexte est grave. La forme n’est pas dans la grève, est-on en mesure de brandir des bannières devant une armada de tracteurs ? Trois amis qui se retrouvent chaque jour dans ce petit bistrot, jouent aux cartes, boivent et parlent de rien. Ou sinon, comme le chanceux Patrick, retrouve son foyer, son fils, son jardin dans lequel il semble passer le plus clair de son temps. Tous ont des gueules sympas. Ce sont des corps fatigués, las de la situation, des esprits sans espoirs, sans possibilité d’avenir.

     C’est une rencontre qui va tout changer. Cette construction de récit est simple, efficace et très intelligente. Il y a une empathie pour ses personnages et dans le même temps on préférerait les voir se bouger. C’est par l’intermédiaire de cet homme, Marc, nouveau venu dans le petit groupe d’amis, il travaille dans une société de bières, ça ne lui plait guère mais surtout il se rachète. Il sort de prison. Jusqu’ici c’était du Loach, ou du Zaïmeche, du Kechiche même. Le récit bascule soudainement et on le ressent d’emblée, dans le thriller, le film noir. Cet homme est une aubaine pour nos amis. Enfermé par le passé pour braquage à mains armées. Patrick veut acheter une mobylette à sa femme, Jean-Pierre veut s’acheter un nouveau fauteuil, chacun va y trouver son compte. Pourquoi La raison du plus faible ? Parce que finalement il y a une légitimité à tout ça. C’en est assez de se faire détruire. Manifester, où cela mène ? Un braquage c’est plus sympa, et la récompense est immédiate. C’est un rêve bien naïf, comme chacun des protagonistes, même Marc, le visage dur et marqué, mais dégageant une affection et une confiance singulière. On le sent, ça va probablement mal tourner, mais on a envie d’y croire. Ce ne sont pas eux les méchants, eux ne font que répondre au système avec ce qu’il leur reste. Une dignité envolée que l’on voudrait récupérer de façon ludique, personne n’est taillé pour ce boulot et pourtant les voilà lancés.

     Lucas Belvaux a beau faire trois films en un, il ne délaisse jamais sa mise en scène initiale. Sa caméra virevolte dans Liège, au début autant qu’à la fin. Entre temps certains auront péris mais la ville, la fumée de cette ville les aura englouti. Il y a toujours cette immensité autour des personnages, comme si tout était beaucoup trop grand pour eux, pas à leur portée. On est dans l’amateurisme de toute façon. Marc a déjà braqué mais ça ne l’empêche pas d’avoir été pris. Le type ce n’est pas Al Capone. Et pourtant il y a cette confiance aveugle envers cet homme qui est fascinante comme si toute foi avait disparu, comme si le seul espoir inébranlable ne résidait que dans ce casse. Ils auront d’abord tenté le loto mais à quoi bon ? On les sent à l’aise dans leur nouveau boulot, investit, enfin vivant. Et les relations de ce petit groupe de personnages, aussi dépassé soit-il, permettent de voir une des plus belle histoire d’amitié de ces dernières années. Une histoire tragique et belle, pleine d’abandon et d’abnégation.

Polly et moi (Along came Polly) – John Hamburg – 2004

Polly et moi (Along came Polly) - John Hamburg - 2004 dans John Hamburg 18370707_jpg-r_640_600-b_1_d6d6d6-f_jpg-q_x-xxyxx-300x200     6.0   Pourquoi j’aime Polly et moi ? Tout d’abord parce qu’il ne baisse jamais de régime, et c’est d’une importance capitale dans la comédie. De ne pas s’abandonner à un sentimentalisme malvenu, à en délaisser les capacités rythmiques. Ces derniers temps les seuls à pouvoir se vanter de réussir cet examen c’est cette fameuse bande Apatow (Supergrave, En cloque mode d’emploi, Sans Sarah rien ne va…) ou encore les indécrottables frères Farelly (Fous d’Irène, Deux en un…). Polly et moi à lui aussi sa ligne de conduite, il ne la lâche pas. Point positif et surtout rare. Et il a une autre grande qualité c’est son désir de dire merde à tout. Ces conventions, ces chiffres, ces vies planifiées (la vie de Ben Stiller). A embrasser quoiqu’il arrive un dessein de vie improvisée, pulsionnel (la vie de Polly, et même du futur assuré casse-cou base-jumper). Dans Polly et moi ce qui choque ce ne sont pas ces vies marginales et impulsives mais bien cette vie toute faite (la paranoïa, ce petit confort, le matérialisme permanent, la volonté de tout calculer, ne jamais être surpris) symbolisé par ce très bon Ben Stiller, plutôt en retenue d’ailleurs à côté d’un Philip Seymour Hoffman, bourrin et lourdaud en pleine folie Stilleriste, qui le remplace. Je me suis donc surpris moi-même à être touché et par Stiller (avec qui j’ai du mal) et par Aniston, laquelle je ne supporte habituellement pas du tout. Et puis le film a cette façon d’envoyer paître le mariage, ses coutumes et tout le toutim – par dans un premier temps l’idée du mariage avorté le lendemain de la nuit de noce pour tromperie, puis à la fin l’idée du mariage oublié, tout au moins mis de côté, se connaître, profiter du bonheur du couple étant hautement plus important – qui le différencie d’un 27 robes par exemple qui crachait là-dessus pendant 90 minutes avant de finalement lui rendre grâce. Polly et moi est un super film je trouve.

The Box – Richard Kelly – 2009

The Box acteursDilemme.    

   7.1   Un couple reçoit une mystérieuse boite. Une boite vide avec un bouton rouge sur le dessus. Ils ont alors vingt-quatre heures pour faire leur choix : soit ils appuient et reçoivent un million de dollars mais une personne dans le monde mourra par leur faute instantanément. Ou alors ils n’appuient pas, n’ont rien, la boite est reprogrammée et atterrira chez quelqu’un d’autre.

     C’est le point de départ, le pitch de The box, le nouveau film du réalisateur de Donnie Darko et Southland Tales. Pour son troisième film il tire cette idée d’une nouvelle de Matheson. C’est alléchant, quoique très enfantin, et c’est comme une évidence que j’ai beaucoup pensé au cinéma de Shyamalan, qui par chacun de ses films attire la curiosité et pour beaucoup ne répond pas aux attentes. Il y donc dans ces deux cinémas quelque chose de très stimulant, de très construit, se situant à la barrière entre réel et fantastique. En cela, ces récits initiatiques provoquent une identification immédiate (en l’occurrence l’intrusion de cette boite dans la vie de ce couple) rappelant quelque part certains films de Spielberg. Mais, là où le travail de Richard Kelly est vraiment intéressant, à l’instar de son compère Shyamalan, c’est qu’il a aussi sa propre singularité. On va le comparer aussi à Cronenberg, Fincher, à Lynch peut-être mais en fin de compte on se dira que Kelly se suffit à lui-même. Il a sûrement, de part sa culture, été piocher un peu partout, il n’y a pas de référence véritablement évidente, mais elles sont tout de même présentes, dans chaque plan. Tout comme dans son précédent film, Southland Tales (que personnellement je n’aime pas mais passons), film malade, qui n’a pas eu les honneurs d’une sortie cinéma après avoir été accueilli froidement à Cannes, qui avait cette richesse, cette espèce de trip hallucinogène, partait dans tous les sens, sorte d’ovni (incompris ?) qui déjà présentait un monde apocalyptique ! The box est plus classique. Déjà, ne serait-ce que par son accroche il renflouera les caisses. Mais pas sûr que les foules soient pour autant convaincues.

     Il y a deux parties très nettes dans The box. Une première assez géniale, où l’on suit ce couple, ce dérèglement enclenché par l’apparition de cette boite, sorte d’essai philosophique sur les choix humains, précipités par le temps et le besoin de confort. C’est passionnant. Ce suspense, cette tension qui tourne autour de ce bouton, et ce doute conjugal tout de même (l’envers du décor Shyamalanien) quant à la véracité des éventuelles conséquences. La deuxième aussi est très intéressante, mais plus foutraque, sur laquelle j’émettrais quelques réserves. D’abord l’utilisation outrancière de l’étrange. J’aime quand les personnages saignent du nez, tout ce mystère, cette peut autour de Mr Stewart, cette paranoïa régressive qui condame le couple peu à peu. Là ça marche à merveille. Kelly se perd un peu ensuite, à vouloir trop en faire. Faire son Lynch (Inland empire) et moins son Kubrick (Shining). Vouloir nous perdre à tout prix. Nous faire peut aussi, alors que c’est déjà plus ou moins réussi. A vouloir chercher le trop farfelu alors que le récit n’en a guère besoin. L’idée des citoyens-cobayes gérés par une conspiration géante remettant l’avenir de l’humanité en question c’est génial, mais on ne peut s’empêcher d’imaginer un traitement différent, meilleur car plus sobre, moins criard – y aurait-il des relents de Southland Tales ? Peut-être qu’il y a plus d’enjeux qu’on ne le voit à l’écran, tout simplement. Un penchant évident vers des questions philosophiques (les choix possibles, la considération d’autrui, les tentations) basiques, voire un soulèvement mythologique (le principe d’Adam et Eve – n’oublions pas que la femme fait la boucle, par trois fois durant le film (à méditer) – et celui de la boite de Pandore).  Il y a beaucoup de choses à en dire mais je vais m’en tenir là, en attendant de le revoir.

Rapt – Lucas Belvaux – 2009

19189573Chute libre.

     5.5   A l’origine du projet il y a un fait divers, sur lequel le cinéaste s’est beaucoup appuyé, à savoir l’enlèvement du baron Empain, alors PDG du groupe Empain-Schneider en 1978. Dans le film il s’agit de Graff-Peyrac(enfin je crois). Graff comme le nom de cet actionnaire principal du groupe, campé par Yvan Attal, qui n’a rien du baron Empain, et tant mieux.

     Belvaux a choisi de montrer un prologue à cet enlèvement. Afin de nous pencher quelques instants et rapidement sur cet homme, sa vie, tenter de le cerner pour ne pas ensuite avoir une fausse image – une image de médias – et n’éprouver du même coup aucun sentiment à son égard. En somme c’est une revanche pour le cinéaste qui, à l’époque du vrai rapt, suivait cette actualité dans la presse et s’était même dit que finalement c’était bien fait pour lui, cet homme plein de pognons, qui faisait du mal autour de lui. Graff est bien un salaud, avec sa famille surtout, mais il n’en demeure pas moins humain, et c’est ce à quoi Belvaux s’intéresse dans ce film, sa meilleure idée ici selon moi. Graff est un homme speed qui navigue entre sa boite, ses rendez-vous importants, sa passion de la chasse et ses parties de poker. Forcément il ne reste plus de place ou presque pour sa famille. Cette intro est une bonne idée, elle permet d’atténuer l’effet salopard dont la presse rendra ensuite l’image. Cet extérieur qui durant ses deux mois de détention, de souffrance physique et mentale, profite de la situation pour rendre publique ses excès aux tables de jeu, ses parties de jambes en l’air extra-conjugales, même exposer sa fortune totale, la fausse, pas la sienne, celle du groupe.

     Cette détention est pénible, aucun doute là-dessus (n’oublions pas qu’il a un doigt en moins), les ravisseurs de son premier lieu d’enfermement ne sont pas des rigolos c’est une évidence. Au passage il se passe quelque chose d’étrange dans le second lieu, le nouveau ravisseur, moustache grisonnante, accent de la cannebière, a un côté sympa, il laisse davantage de liberté, donne plus à manger, lui offre de faire sa toilette. Il n’en reste pas moins une enflure qui serait capable de le tuer, mais sans souffrance dit-il. Mais une détention pénible qui se révèlera sûrement moins choquante, moins dure que l’accueil glacial qui est lui est réservé à sa sortie. Ses agissements de salauds, on peut le dire, ont nettement pris le pas sur une quelconque inquiétude à son égard. A se demander si lorsque les ravisseurs lui ont demandé s’il préférait mourir ou être relâché, la solution première n’était pas la plus sensée ?

     Yvan Attal est excellent. On nous l’avait vendu comme tel de toute façon mais j’en ai douté disons pendant une heure, où l’on voit pour ainsi dire jamais son visage, ça faisait performance (les cris, les yeux rouges, la perte de poids) mais je me suis rendu à l’évidence. Moyenne en revanche la prestation d’Anne Consigny qui de film en film, a les yeux de plus en plus embués à la Hupert. Quant à l’actrice qui joue la fille aînée, mon dieu, calamité, elle se croit au théâtre ou quoi ?! Autrement dans l’ensemble ça fonctionne assez bien, parfois très bien même, les scènes de violence ou d’action par exemple, un peu moins lorsque l’on rentre dans le cercle familial, voir ci-dessus ! Il y a une sur-utilisation musicale c’est un peu dommage. Mais les dernières minutes sont géniales, elles font éclater la dimension amicale, familiale, professionnelle autour de l’homme meurtri, qui n’aura rien perdu financièrement parlant mais pour le reste…

Nelly et Monsieur Arnaud – Claude Sautet – 1995

Nelly et Monsieur Arnaud - Claude Sautet - 1995 dans Claude Sautet 19044906

Brève rencontre.     

   6.0   On a connu Claude Sautet plus inspiré, néanmoins son film est intéressant sur de nombreux points. Comme son titre le suggère c’est un film sur deux personnages, mais à double consonance. C’est tout aussi bien un film sur Nelly et Monsieur Arnaud, qu’un film sur Nelly ainsi que sur Monsieur Arnaud. L’un peut aller sans l’autre, même si l’on est en droit de se demander s’ils ne se font pas grandir mutuellement l’un et l’autre. Quoiqu’il en soit ce sont deux personnes d’apparence complètement opposée, il est riche, elle galère financièrement, il a le poil gris, c’est une jeunette, il aime raconter sa vie, elle est très secrète, deux personnes rapprochées par leurs antagonismes, comme s’il y avait une pression magnétique qui ne serait autre ici que le désir commun de faire le ménage dans sa vie.

     Nelly rencontre M. Arnaud par hasard, à un café. Elle partageait une table avec une amie qui a demandé à ce dernier de les rejoindre, et s’absentant un instant elle laisse nos deux protagonistes ensemble. Brève discussion, des banalités, mais Arnaud, très curieux voir insolent, apprend de la jeune femme qu’elle a des loyers de retard et que son homme ne l’aide pas, situation délicate qu’il se propose de combler. La jeune femme refuse, d’abord, puis quitte son mari et accepte. C’est le début de sa nouvelle vie.

     Ce qu’il y a de passionnant c’est cette rencontre, et ce lien qui unit les deux personnages. Si lui a très vite une avance sur elle, pour ce qui est de connaître la vie de l’autre, elle ne va pas tarder à se rattraper. Lui voyant cela comme une aide bienvenue, elle comme un dédommagement aux miraculeux trente milles balles qui la sortent du désastre, ils vont travailler ensemble. Lui qui a besoin d’une main pour qu’on lui écrive par traitement de texte un manuscrit qu’il semble avoir écrit depuis belle lurette, et de quelqu’un a qui parler, qui serait en mesure d’apporter une opinion critique à son récit. C’est à partir de cet instant, soit l’intrusion de cette femme dans la vie de cet homme, que le film prend réellement forme. C’est l’occasion d’une part de profiter de l’excellent talent d’acteur de Michel Serrault, impeccable (même si Béart n’est pas en reste, mais plus renfermée, avare en paroles) mais aussi de cette toile tissée autour de ce personnage. Cet homme mélancolique qui se complait à raconter son passé, cette femme qu’il a aimé qu’il n’a jamais réussi à quitter, cet homme (Lonsdale de passage) avec qui il a fait des affaires après la guerre. Il voudrait débuter une nouvelle ère, symbolisée par cette bibliothèque qu’il veut se séparer, ce bouquin qu’il voudrait terminer pour de bon. Comme si la mort rodait, pas loin – ce mal de dos récurrent. Nelly a besoin de cet homme pour modifier sa vie – elle ne la change pas, elle la chamboule, mais reste très terre à terre – tandis que Arnaud a besoin de la jeune femme pour en commencer une autre. C’est un peu le maître mot final : ce grand voyage avec comme point d’orgue de revoir le fiston oublié, ce retour à la routine mais en ayant tout bouleversé.

     L’éventuel rencontre amoureuse peut-être évoquée de manière sous-jacente dans le film. Elle n’est pas explicite mais elle paraît évidente, comme en témoigne cette étreinte finale qui n’aura d’autres répercussions que la réussite dans ce combat respectif contre l’oubli et la routine régressive. Mais peu importe qu’il y ait ou non un sentiment amoureux, une jalousie mutuelle, il y a dans cette relation quelque chose de formidable qui est au-delà de cela même, une relation presque spirituelle, un développement parallèle mutuel.

The Descent : Part 2 – Jon Harris – 2009

the-descent-part-2   2.9   Pour faire court et de mauvais goût, on pourrait dire que la recette est usée, qu’en fin de compte Marshall n’avait laissé aucune miette pour une quelconque suite, que son The Descent était un chef-d’œuvre du genre, donc qu’immanquablement celui-ci n’innove pas, n’éprouve pas, se révèle complètement inutile, donc qu’il n’y a guère besoin qu’on en parle.

     Sauf que cette suite mérite un peu plus que ça. Je pense sincèrement qu’elle est ratée, qu’elle avait un fort potentiel en ayant comme postulat de base de se situer quelques minutes après la fin du premier. Le problème du coup c’est que Jon Harris se perd dans un déluge d’incohérences qui n’a d’égal que sa paresse dans des situations censées être les plus délicates (Sarah face aux monstres, la fille enfermée entre deux éboulements…). La bonne idée est d’avoir fait revenir Sarah, lui faire affronter à nouveau ce qu’elle a vécu – avec une légère amnésie, vouée à disparaître – mais ça ne colle pas, il est impossible que Sarah, dans l’état où elle se trouve, soit contrainte de redescendre. L’autre bonne idée c’est le caméscope – à la mode ces derniers temps au cinéma : Cloverfield, Rec, Diary of the dead… – laissé à l’abandon un peu plus tôt. Et il fonctionne très bien ! Qu’on me trouve des caméras avec une autonomie pareille, qui plus est dans un lieu pareil !

     Il y avait aussi un truc systématique mais important que Neil Marshall avait compris, que Jon Harris délaisse, c’est le temps accordé aux personnages à l’écran. Le montage était prodigieux dans le premier, principalement dans la partie où elles se retrouvent toutes séparées, on voyait chacune d’elles, personne n’était de côté. Harris se plante aussi à ce niveau là, le personnage du shérif en est l’exemple flagrant. C’est monsieur catastrophe, le boulet de la bande mais on le voit que très peu, pourtant il est à l’origine du premier désastre (le coup de feu) et pire encore, il est présent (vivant) durant très longtemps. Il y a donc un problème de gestion temporelle. Aussi la fin est bien amenée, on se retrouve ‘entre nanas’ comme avant, tout se joue sur les silences, mais une fois encore c’est brouillon, c’est bâclé.

     The Descent restera pour moi le film avec des femmes, seulement des femmes, comme The Thing de Carpenter était un film qu’avec des hommes. Ce deuxième volet trahit cette idée lumineuse de filles entre elles, d’amies entre elles, pour une fois nous n’avions pas d’histoires de couples à gogo, avec des flash-back incessants, des engueulades à tire-larigot. Mais malheureusement il a fallu que l’on envoie ce shérif républicain, barbu et répugnant, et ces deux play-boys bodybuildés écervelés. Quoiqu’il en soit certains auront leur lot de sursauts mais pour le reste c’est un peu le point mort. Dommage parce que j’y croyais.

The Descent – Neil Marshall – 2005

the-descent-01La grotte des rêves perdus.

   8.5   Qui se demande s’il doit tenter ou non la spéléo ne doit pas regarder The Descent, auquel cas il serait vite fixé! Neil Marshall annihile toute envie ou curiosité, son film est tout simplement l’un des plus éprouvants de ces dernières années, aux côtés de La colline a des yeux remake du Craven par Alexandre Aja, Eden Lake de James Watkins ou encore Martyrs de Pascal Laugier.

     The Descentc’est un sujet en or, pas au sens facile (quoique ?) mais au sens où l’on se demande comment personne n’avait pu y penser plus tôt. Faire un film d’horreur en dessous la surface de la terre. Evident. Le climat est propice au genre, car obscur, inconnu, claustrophobique, et c’est un lieu qui intensifie nos angoisses car on ne le connaît pas, un peu comme si nous étions en pleine mer (Open Water) ou dans l’espace (Alien). D’un point de vue de l’image donc ça fonctionne à merveille, on a les jetons toutes les cinq secondes ! Mais ce qui marche encore davantage, ce qui fera à l’avenir The Descent comme un étalon du genre, c’est le travail sonore. Cette ambiance poisseuse, très humide, caverneuse incroyablement bien rendu, où l’on a cette impression d’être plongé dans les ténèbres (alors que peu avant nous étions dans une forêt en plein jour, bref bien sur la Terre !), un lieu qui prendrait une apparence humaine intérieure, un lieu fait d’organes, de boyaux, d’eau et de sang. Une descente dans les enfers, les entrailles de l’âme. Un ‘désacouchement’.

     En guise d’entrée, le cinéaste nous sert trois séquences intéressantes, quelque peu détachées du film, mais qui ont une importance : Tout d’abord back to The river wild (with Meryl Streep) où l’on découvre six femmes dans un rafting affrontant vagues et courants sans défaillir. Le montage est syncopé mais l’idée de montrer un groupe d’amies soudé et fédérateur est bien présente. Une seconde scène, cette fois on semble s’intéresser tout particulièrement à la jeune femme blonde, Sarah, dans la voiture avec son mari et sa fille. La petite famille est pleine de vie, dynamique, banal retour ? Non, moment d’inattention, accident, que l’on sait d’emblée mortel pour l’homme, un truc en ferraille lui ayant traversé le crâne. Première scène d’horreur, très forte, Marshall donne le ton. Dans la suivante, la jeune femme est à l’hôpital, elle est sonnée, peut-être à moitié folle, et apprend que sa fille ne s’en est pas sortie non plus. Dramatisation poussée avec gros plans sur les yeux, les larmes de ses amies, ce n’est pas génial mais ça fait son effet, et surtout ça a le mérite de ne pas s’éterniser. Un prologue rapide, de cinq minutes, qui pose les bases. Un an plus tard les six jeunes femmes sont reparties, cette fois ci pas pour affronter les courants, mais les grottes souterraines. Voyage dans Les Appalaches qui semble surtout être destiné à guérir les maux de Sarah qui ne s’est apparemment jamais remise des évènements. Certains prendraient du valium, d’autres s’évaderaient sous les cocotiers, nos six casse-cou partent en spéléo !

     Dans la première partie de cette aventure spéléologique exclusivement féminine, le cinéaste installe une tension par certains sursauts classiques et d’autres peurs primaires que le genre connaît. Mais nul besoin d’en faire des caisses car l’endroit suffit à nous rendre nerveux, on sait que ça peut s’ébouler à tout moment pourtant une par une les filles passent dans les endroits les plus étroits, on sait qu’on ne sort pas de là-dessous comme ça, qu’il y a des codes à respecter, qu’il faut beaucoup de patience, de sang-froid. Bref, rien de pire pour stimuler nos nerfs. Voilà nos six amies progressant dans les tréfonds terrestres, qui s’éclatent et s’envoient des vannes. Et Marshall qui fait des plans de dingue. Certes il abuse de la lumière intempestive mais elle n’est pas grandiloquente, on ne s’en rend pas compte la première fois, c’est lors de la seconde vision qu’on se demande parfois d’où proviennent certaines sources lumineuses. Enfin le début, on a l’impression d’y être. Puis Sarah commence à voir quelque chose d’anormal, une présence qui se fond dans les couleurs murales. Est-ce vrai ou bien est-ce son esprit qui lui joue des tours ? Inutile d’avancer que ses camarades ne la croiront pas tout de suite – Sarah reste Sarah, la fille traumatisée – retardant encore davantage leur éventuelle sortie.

     C’est dans la deuxième partie que le tour de force du cinéaste atteint son apogée. Le trouillomètre est alors à son maximum et pourtant il nous a fait flipper pendant 45 minutes avec rien. Je ne préfère pas dévoiler des clés importantes de l’intrigue, diminuant du même coup certains effets émotionnels, mais disons qu’entre trahison, sacrifice, achèvement, accident, violence musclé, perforations, éclats de chair, effusion de sang… on est servis, Neil Marshall s’en est donné à cœur joie. Les effets spéciaux sont d’ailleurs excellents. C’est un film très fort, très tendu jusqu’à son générique, vraiment, très éprouvant – on en sort avec des suées -, extrêmement physique, qui oscille entre situations de gore ultime et longs moments de silence, unique arme pour faire face à des monstres aveugles. Avec en prime cette femme sonnée depuis un an, dont on ne sait si les visions/souvenirs/rêves vont l’aider à s’en tirer ou tout le contraire.


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silencio


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