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Archives pour 17 février, 2010

La dame de trèfle – Jérôme Bonnell – 2010

La dame de trèfle - Jérôme Bonnell - 2010 dans Jérome Bonnell 4140265potmb_1798

     7.0   C’est un film sous tension, en permanence. Nous n’avons même pas le temps de connaître le Malik Zidi serein. Dès la première scène il lit un journal qui évoque un cambriolage de métaux qui aurait mal tourné. Dès cet instant il se sent en cavale. Il le sera tout le film durant.

     Il y a une scène remarquable, qui montre tout le talent et l’interprétation en retenue de Malik Zidi. C’est la seule scène au commissariat de police, où il est interrogé, juste après le meurtre. Je n’avais jamais vu ce genre de scène, au combien difficile, aussi bien jouée. Il y a une telle lenteur, une telle sérénité dans sa voix pour contrer sa peur et cette respiration irrégulière, je trouve cela hallucinant. Lors de l’infiltration dans We own the night Joaquin Phoenix joue de la même manière, mais ça tourne mal. Zidi s’en sort bien lui mais on imagine qu’une moindre perturbation aurait réussi à le trahir. Il a cette faculté à savoir trembler au cinéma. Pas forcément facile à faire. Lui le fait avec beaucoup de justesse. Il est bien épaulé, il y a aussi Florence Loiret Caille. Un personnage dans le film parlera d’elle comme une princesse. Elle a cet esprit gueulard, complètement à côté de ses pompes, très dépendante, immature qui lui donne une certaine grâce, qui donne envie de la prendre dans ses bras. On peut penser qu’elle est dans l’exagération de temps à autres mais elle joue son personnage en réalité, de candide rentre-dedans. Elle fait un festival à la fin. Elle est immense. C’est elle qui donne toute la folie au film, on dirait un personnage tout droit sorti de la nouvelle vague. Le paradoxe est grand puisque cette liberté qu’elle dégage – en draguant tous les mecs, improvisant quelques pas de danses, en se bourrant la gueule à en vomir, à crier sans raison – est largement étouffée par ce cloisonnement dans lequel le frère et la sœur se sont embringués.

     Et puis il y a un personnage important à l’histoire, sorte de vecteur, c’est Jean Pierre Daroussin. Il campe Simon un personnage qui travaille pour Aurélien. Le coup ayant foiré il veut son fric et se tirer. Mais Aurélien n’a pas de fric et il doit pour cela vendre une partie de sa ferraille. Lors d’un déplacement où son complice l’accompagnera, les choses, une fois encore, tourneront mal et le jeune garçon tuera accidentellement son vis-à-vis. Il n’y a pas de relâche dans La dame de trèfle. Aussitôt qu’on se soit, comme le personnage principal, habitué un temps soit peu à une situation, qu’une nouvelle péripétie se pointe. C’est sans issue. Et Bonnell joue avec ce climat tendu. C’est une altercation meurtrière le long d’une départementale. Un contrôle de police oppressant. Un interrogatoire. Un instant de trahison, d’immense lâcheté pour sauver sa peau. Non-stop, et ce jusqu’à l’issue.

     Il y a une ambiguïté assez géniale, parce que finalement c’est surtout un film sur un frère et une sœur. Ils vivent ensemble, depuis toujours apparemment. Ils se sont toujours occupé l’un de l’autre. Un peu comme un couple. Là se situe toute l’ambiguïté de leur relation. J’ai d’abord cru à une relation amoureuse entre les deux, avant que l’on découvre la jeune femme dans les bras d’un autre. Avant on les avait vu prendre un bain ensemble, dormir ensemble. Pire encore, un peu plus loin dans le film, on apprend qu’elle est enceinte, nous ne saurons jamais de qui, elle se fera avorter. Mais il y a des regards étranges entre le frère et la sœur, comme un sentiment de culpabilité mutuel. Bonnell ne nous dévoilera rien sur cet enfant, ni même sur leur relation. Ils s’aiment c’est une évidence. Savoir comment on s’en fiche un peu, on sait juste qu’ils sont proches, sûrement trop proches, qu’ils ne peuvent vivre l’un sans l’autre. Qu’ils sont près à tout l’un pour l’autre. Ce sont encore des enfants. Deux orphelins collés l’un à l’autre.

     En parallèle il y a une relation amoureuse qui est amenée à naître. Elle ne verra jamais vraiment le jour. Aurélien a rencontré cette jeune femme un jour où il lui livrait des fleurs – c’est à l’origine son emploi officiel – pour le compte de son homme. Ils se reverront plusieurs fois. A un autre moment de sa vie tout ça aurait été différent, probablement, mais le garçon n’a la tête qu’à cette histoire de cambriolage raté d’une part, et ce meurtre d’autre part. C’est l’histoire d’un homme prisonnier de tout. De sa sœur, de sa maison, de cette ville même, qui semble réduite à des champs à perte de vue, ses routes départementales désertes, ses bars de débauche.

     Pour s’en sortir, Aurélien devra probablement tout quitter. On ne voit pas comment il peut en être autrement. Même Argine, sa frangine, fameuse dame de trèfle, dans un jeu de cartes désormais dépourvu de repères.


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