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Archives pour 3 mars, 2010

Ne change rien – Pedro Costa – 2010

Ne change rien - Pedro Costa - 2010 dans Pédro Costa Costa     6.0   Pedro Costa, dans une interview aux cahiers du cinéma, raconte qu’avec ce film il a voulu filmer l’action davantage que le rêve. Dans cette avalanche de plans fixes uniquement (une vingtaine pas plus) on est en droit de se poser la question de la véracité de ses dires. A première vue, ces visages lumineux, blancs sur fond noir, durant tout le film, donnent une impression cosmique. C’est que le fond, chez Costa, épouse la forme. Il n’y a pas plus statique, au sens mouvement dans un petit espace, qu’une répétition musicale, une répétition de chant. Car Balibar, à l’origine actrice, n’a plus l’espace pour laisser parler son talent, elle est enfermée dans un dispositif géographique (une salle de répétition, une salle de concert, une salle d’enregistrement, un cous de chant lyrique) et formelle (objectif fixe, plans parfois larges mais avec un cadre épousant les bords muraux, plans souvent serrés cadrés visage). Et pourtant il y a tout un jeu sur la trivialité qui permet d’y entrevoir l’action plus que le rêve. Jeanne Balibar répète. L’exercice est difficile parfois même fastidieux lorsqu’on en arrive à devoir chercher un rythme, à répéter le même couplet pendant un long instant. Il y aurait une dimension onirique si Costa avait filmé avec plusieurs caméra, s’il avait cassé son dispositif de cloisonnement lumineux. Mais l’étirement du plan provoque un mal aise pour le spectateur, comme s’il assistait à cela sans qu’on lui en ait donné le droit. En un sens je suis quelque peu mitigé ici. Car d’une part je trouve le procédé carrément plus intéressant que celui utilisé par Scorsese pour filmer les Stones par exemple, cette dimension du spectacle n’est pas ce qui m’attire. Voilà c’est en fait cela : Ne change rien ce n’est pas du spectacle, c’est un film qui se penche sur la répétition (mot extrêmement important puisqu’il s’agit bien d’instants répétitifs, redondants, parfois usants) d’une actrice/chanteuse au calme. La durée du plan correspond à la durée de l’apprentissage. Il n’y a pas de dialogue dans le film, ou si peu, entre une répétition et une autre. On reste dans un cadre professionnel. Et puis d’un autre côté je trouve qu’il demande beaucoup à son spectateur, justement à cause de ce ton très pro. Il manque un échange véritable. Un échange entre les membres du groupe. Et un échange avec le spectateur. C’est cette non-proximité entre le réalisateur et l’actrice qui me perturbe quelque peu. Il y a bien Jeanne Balibar, on ne voit qu’elle, dans presque chaque plan. Mais il n’y a pas Pedro Costa. Il est là, derrière la caméra, mais on ne le voit pas, on ne l’entend pas, personne n’en parle. Costa dit qu’il a voulu faire une fiction, entièrement. Je comprends tout à fait sa volonté mais je ressens comme un manque.

     Quoiqu’il en soit formellement c’est extraordinaire. Heureusement qu’il a opté pour le noir et blanc, heureusement. Il y a comme ça, par moments, des percées lumineuses, par forcément sur les visages, mais dans le plan lui donnant un aspect assez unique. Dans la salle d’enregistrement il y a une fenêtre, toute la lumière vient capter la beauté de la chanteuse. Lorsqu’elle répète Offenbach, il n’y a que son visage qui est illuminé, le fond est noir. Cette déformation du visage, avec le mouvement des cordes vocales sur sa gorge, les yeux qui s’ouvrent puis se ferment, cette bouche qui reste ouverte et n’existe seulement comme porte au son. On dirait un tableau. C’est magnifique. Et cette souffrance avec laquelle elle chante Offenbach, avec cette femme à ses côtés (son maître, hors-champ) qui la reprend sur chaque mot. Rarement je n’avais aussi bien ressenti l’agacement, la prise sur soi, le courage de continuer. Bref ce n’est pas vraiment évident d’en parler de façon claire car je suis partagé. J’admire beaucoup et dans le même temps je me suis par moment ennuyé. Tout dépend de l’humeur je pense. Il faut accepter d’y plonger, d’y entendre Balibar chanter 75% du temps, et en répétition, donc avec toutes les sautes que ça engendre. Mais bon, je pense qu’on aimerait tous être immortalisé de la sorte par la caméra divine de Pedro Costa. C’est assez unique ce qu’il a réussi à faire.

Sous le sable – François Ozon – 2001

under the sand5La disparition.

     6.5   Il y a les films de deuil (Après lui, Shara, La chambre du fils…) qui mêlent lente agonie et espoir enfoui et il y a les films de disparition (L’avventura, A propos d’Elly, Sous le sable…) où il ne peut justement y avoir deuil tant qu’il n’y a pas réalité matérielle. Dans les deux premiers films de ma seconde parenthèse plane, logiquement, la possibilité d’une disparition accidentelle ou planifiée. Une mort injuste ou la volonté de se faire passer pour mort afin de changer de vie. Sous le sable déploie davantage car il y a aussi la possibilité que cet homme se soit suicidé. C’est même ce qui semble peu à peu être le plus plausible (médicaments douteux à l’appui). Il y a au moins une scène formidable dans le film c’est la rencontre avec la belle-mère, soit la mère du disparu. C’est un échange difficile qui en dit long sur l’instabilité – au sens entente fantaisiste – du couple. L’idée d’un départ volontaire n’a pas effleuré l’esprit de cette femme et pourtant c’est bien ce que lui assène sa belle-mère, qui voyait en son fils un être malheureux dans son couple. Auparavant nous observons cette femme qui ne pratique aucun deuil. Les quelques échanges avec des amis laissent penser que la vie a repris son cours. Elle semble aller mieux même si elle continue de parler de son mari au présent. Elle continue de vivre avec, se l’imagine, parle avec lui, n’a rien changé dans sa vie. Jusqu’à ce que le drame tant attendu pointe le bout de son nez : un corps a été repêché et pourrait très bien correspondre au signalement initial de cette femme, qui n’a désormais probablement plus envie de connaître la vérité. Ces larmes finales sur la plage peuvent vouloir dire deux choses : soit ce sont des larmes de joie, le corps retrouvé n’étant vraiment pas celui de son mari elle va continuer de vivre à ses côtés, de l’imaginer. Soit ce sont des larmes de joie mitigée, où pour ne pas sombrer cette femme s’est convaincue d’un mensonge. Son mari serait bien celui retrouvé, mais elle se serait persuadée du contraire afin de préserver l’entente éternelle avec son fantôme. J’aime l’idée d’une manière générale, c’est un film d’Ozon qui me parle, plutôt rare. Malheureusement il y a ça et là des choses plus grossières comme cette scène de visite d’appartement qui donne sur un cimetière. Comme souvent Ozon s’étouffe sous ses symboles, son film en pâtit. Heureusement qu’il a une actrice, superbe Charlotte Rampling. Heureusement qu’il a un lieu, Les Landes, car se faire bercer durant une bonne partie du film par le bruit des vagues c’est un point très positif, en ce qui me concerne.


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