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Quatre nuits d’un rêveur – Robert Bresson – 1972

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Illusions perdues.    

   9.0   Les nuits blanches, la nouvelle de Dostoïevski, et Quatre nuits d’un rêveur, l’adaptation libre du cinéaste Robert Bresson racontent la rencontre de deux âmes solitaires qui allaient faire parler leur mémoire et leur cœur. Dans le film les personnages se rencontrent sur le Pont Neuf à Paris, qui sera encore un lieu de rencontre singulière quelques années plus tard, dans Les amants du Pont Neuf de Léos Carax. Jacques sauve Marthe du suicide et c’est la première des quatre nuits qu’ils passeront l’un à côté de l’autre à se raconter leurs vies, principalement sentimentales.

     C’est un garçon solitaire, amoureux des femmes, qui ne le savent jamais, garçon qui se réfugie dans la peinture et ces instants suspendus (le début du film à la campagne) où il paraît convoiter une certaine idée du bonheur. C’est une jeune femme très amoureuse d’un garçon qu’elle attend depuis un an et trois jours, elle vit au chevet de sa mère et dans l’espoir qu’il revienne. Comme Une femme douce, Quatre nuits d’un rêveur commence par un suicide. Mais un suicide manqué, évité in-extrémis, selon les règles Bressonniennes : Trois plans grand maximum, dont un sur les mains, qu’il quitte rarement durant un film. Bresson filme davantage les mouvements que les émotions perceptibles sur les visages. Cela se vérifie beaucoup vers la fin du film où il s’agit d’un véritable ballai de mains, sous cette table, dans un bar parisien.

     Quelque chose a changé entre la nouvelle et le film, dans le comportement de Marthe lorsque Jacques lui avoue qu’il est amoureux d’elle : Lorsque Nastenka tombait des nues et s’en voulait d’avoir ouvert tant son cœur, Marthe avoue qu’elle s’en doutait mais qu’elle espérait se tromper. Il y a autre chose qui change assez clairement c’est la toute fin du film, complètement absente chez Dostoïevski, montrant le personnage masculin comme comblé, voire inspiré. Les mots du magnétophone que Marthe lui a glissé dans l’oreille avant de disparaître dans l’avenue, ou qu’il a simplement inventé – rêvé – semblent avoir un effet plus que positif sur le jeune homme, qui se saisit du pinceau, avec confiance et sérénité. A ce titre j’adore la troisième nuit, celle qui précède l’aveu, où les regards des deux personnages s’arrêtent instantanément sur cette péniche, où un groupe de musicien joue de leurs instruments ; et puis cette longue balade sur les quais de Seine, main dans la main (toujours), où là encore la musique semble faire office de lien, d’attirance, peut-être aussi de méfiance, d’incertitude. Il y a comme une plénitude totale sur les deux visages à cet instant, mais ça ne dure que deux minutes.

     Marthe ne peut s’empêcher d’aimer l’autre garçon, elle voudrait l’avoir oublié dit-elle (« Pourquoi n’est-il pas vous ? Pourquoi n’est-il pas fait comme vous ? Vous êtes plus intelligent que lui, plus gentil que lui, mais c’est lui que j’aime ») Mais il est pour le moment impossible. La quatrième nuit, devant les galeries marchandes nocturnes, un jeune homme fait la manche, et joue de la musique. Le garçon réapparaît, après trois ans sans nouvelles. Elle se jète dans ses bras. Elle revient se jeter dans les bras de Jacques, lui glisse quelques mots dans l’oreille, que l’on ne connaîtra pas (c’était la moindre des choses de la part du cinéaste le plus pudique du cinéma de ne pas dévoiler ces dernières paroles directement, après que l’on ait été voyeur, en quelques sortes, pendant tout le film) avant de repartir définitivement avec son amant de toujours… C’est une fin déchirante. Comme l’était celle de la nouvelle. Mais elle semble apporter un positivisme dans la vie de cet homme : « Oh Marthe, quelle force fait briller tes yeux d’une telle flamme, illumine ta figure d’un sourire pareil ? Merci de ton amour. Et soit bénie pour le bonheur que tu m’apportes ». On remarquera que la phrase n’est pas au passé, c’est là toute l’intelligence de ce cinéaste, qui signe ici son film le plus déchirant.

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