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Archives pour 24 septembre, 2010

Le rebelle (The fountainhead) – King Vidor – 1950

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     8.2   Ce qui frappe avant toute chose dans Le Rebelle, et très rapidement, c’est la mise en abyme du cinéma à travers le métier d’architecte, comme si ce dernier n’était qu’un prétexte pour que Vidor parle des problèmes liés à sa profession, de la liberté sans cesse remise en question, l’appât du gain, les travers de la réussite face à la beauté de la passion. Howard Roark est un jeune architecte que l’université rejette pour sa volonté créatrice qu’il oppose constamment aux attentes du public. Un jour il est engagé par un architecte reconnu, qui pense comme lui, l’expérience en plus, capable de construire des immeubles nouveaux, dans les règles de l’art, mais reconnaissant avoir été obligé de construire selon l’attente pour survivre. C’est le journaliste qui est le grand méchant ici, c’est lui qui dicte le sentiment du peuple en décidant d’une bâtisse si elle est convenable ou non. Roark est condamné à être en perpétuel désaccord avec tout le monde, et ne se voile pas la face pour s’en sortir, mais travaillera la pierre avant que l’on vienne le relancer sur des buildings dont lui seul aurait le dernier coup de crayon.

     Oui c’est un rebelle. Mais pas n’importe quel rebelle. Il ira jusqu’à dynamiter une cité en construction quand il apprendra que l’on a retravaillé ses plans. Il ira sur le banc des accusés pour avouer son crime mais en exposer la cause pour ne jamais se fourvoyer. Quand nombreux disent qu’il est la personne la plus égoïste car il ne se plie sous aucun prétexte au goût du public, d’autres voient en lui (nous les premiers) l’homme le plus intègre qui soit, l’homme le plus respectueux, qui s’en va tel un artiste, offrir au public une réflexion sur la grandeur de l’art, les possibilités nouvelles que cela lui permet, ses exigences. Ce qu’un (vrai) cinéaste nous offre par le cinéma en fin de compte. Offrir du neuf. Y mettre son cœur.

     Il faut voir avec quelle énergie Vidor développe tout cela, son film dure presque deux heures, on ne les voit pas passer. Avec quelle intelligence il traite ses personnages, je pense dans un premier temps au grand patron du Banner, ce journal sans âme, qui n’est finalement pas loin de Roark quelque part (il lui dira d’ailleurs qu’ils sont les mêmes, mais que lui n’a pas pris la bonne direction). L’amitié qu’il offre aux personnages désespérants/désespérés comme cet ancien collègue, pur produit de la consommation de masse. J’aime aussi énormément le personnage féminin, qui n’est autre que la pierre angulaire de ce chambardement final. Le rebelle est un poème à la création, une ode au beau. C’est un film d’une flamboyance incroyable, qui ne se satisfait jamais de rien, et propose à n’en plus finir. Quel magnifique (autant qu’il est malheureusement improbable) dernier plan !

Passion – Jean-Luc Godard – 1982

30   8.0   Il n’est pas impossible que Passion devienne un jour à mes yeux aussi intense, passionnant et important que Le mépris. Godard ça ne prend pas vraiment au premier coup en ce qui me concerne, jamais, je sens que ça me plait, que ça va me plaire ou non, mais il faut re visionner pour en saisir toute la subtilité, toute la richesse. Ce fut donc le cas avec Le mépris, avec Pierrot le fou entre autres et maintenant c’est ce qui se passera sans doute avec Passion. Il y a quelque chose d’extraordinaire dans ce film sans que je ne sache trop en parler encore. L’utilisation des peintures déjà avec ce cinéaste, dans le film, qui tourne essentiellement en reproduisant de grands tableaux, principalement à caractère historique ; La déstructuration totale du récit à tel point que l’on envisage difficilement les différentes interactions entre les personnages. Comment se connaissent-ils ? Quel lien unit telle ou telle personne ? C’est dans cette déstructuration que naît une histoire à la fois très complexe et pas sensationnelle. Une fille d’un côté qui lutte pour obtenir sa prime de licenciement dans l’usine dans laquelle elle travaille. D’un autre, un homme qui tourne un film de façon très scrupuleuse, qui prend trop de temps, qui n’avance pas et est embêté par des problèmes de financements. Il y a cet hôtel qui semble faire le lien. Avec Isabelle Hupert en Isabelle. Et Hanna Shygulla en Hanna. Je ne sais même pas comment raconter un peu de ce film, ne serait-ce qu’un peu. C’est presque impossible. Ça va dans tous les sens. Il y a autre chose que je trouve particulièrement fou mais fabuleux ce sont ces scènes où le son devient indépendant de l’image (légère désynchronisation ou pire encore) où l’on voit donc des personnages s’exprimer, écouter, avec le son de leur voix ou d’une autre par-dessus. On suit alors une parole et une image dissociées. Et puis on a droit à des personnages extraordinaires, comme cette femme qui sert ses hôtes dans une position de gymnastique assez particulière. On n’est jamais rassasié avec Passion. Le film nous emmène dans des contrées étranges sans cesse, sans que ce soit explicable. Dans la toute dernière scène le cinéaste polonais rentre au pays, il croise cette femme que l’on connaît seulement sous le nom de ‘princesse’, lui demande de monter. Elle refuse prétextant qu’elle n’aime pas les voitures. Ce n’est pas une voiture, c’est un tapis volant, répond t-il. Je ne sais pas combien de fois faut-il le voir pour comprendre tout ce que Godard a voulu dire mais quoi qu’il en soit, si cette première fois m’a un peu désarçonné comme quasiment à chaque fois, je n’ai qu’une envie c’est de m’y replonger aussitôt !

One + One – Jean-Luc Godard – 1969

38Eloge de la musique.     

   8.5   One + One c’est avant toute chose Les Rolling Stones. L’enregistrement tout en panoramique de leur désormais célèbre chanson Sympathy for the devil, que l’on n’écoutera jamais en son entier dans le film, selon le vœu de Godard lui-même. Une bonne moitié du film s’attarde donc sur des bribes de la chanson, cinq jeunes musiciens chacun à sa place ou alors en rond, en train de fumer des clopes, chercher l’accord parfait, le tempo parfait, l’intonation de voix adéquate. La caméra devient personnage indiscret en se faufilant dans les moindres recoins du studio d’enregistrement, derrière les membres du groupe ou de face. C’est une sensation incroyable de voir cela, j’étais envoûté, l’alliance mise en scène du cinéaste / génie musical des Stones offre alors un truc divin, en symbiose, probablement était-ce la meilleure façon de filmer un groupe. Mais le thème de One + One ce n’est pas vraiment la musique des Stones, c’est la révolution, sous nombreuses de ses formes. Car en parallèle à ces enregistrements, plusieurs types de revendications : Les Black Panthers, dans une sorte de casse pour voiture, énoncent leurs principes révolutionnaires en citant les pensées de leaders noirs et tuent des femmes blanches à la mitraillette ; En off et pendant toute une partie du film est lu un roman politico-pornographique ; Un homme lit Mein Kampf dans son sex-shop tout en giflant des clients pro FLN et anti-Vietnam ; Eve Democracy, une jeune londonienne, fait des graffitis sur les murs et les voitures, des jeux de mots en critique au pouvoir en place, et répond succinctement aux questions des journalistes. One + One c’est donc tout ça à la fois ! Tout en sachant qu’il y a bien cet autre moyen de révolution, beaucoup plus poétique, qu’utilise le groupe de rock : la musique. Eux aussi ils font la révolution, à leur manière. On ne tire pas de véritables leçons ou conclusions avec Godard, mais on apprend constamment. On ne résolve pas mais on s’étend. Film archi passionnant, qui mine de rien semble faire la liaison entre son cinéma des années 60 et le suivant.

Taxidermie (Taxidermia) – György Pálfi – 2006

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Freaks.    

   7.0   C’est en montrant le glauque à l’excès qu’une oeuvre devient malsaine, mais c’est en lui offrant une beauté lyrique improbable qu’elle devient fascinante, de manière aussi subversive qu’inspirée. Taxidermie est construit en trois parties, trois époques, trois générations d’une même famille, trois récits différents.

     C’est d’abord un homme, en pleine seconde guerre mondiale, on suppose, dont l’activité se résume à être le larbin d’un sergent totalitaire qui l’a embarqué sous sa houlette avant tout comme esclave. Pour combattre sa morne existence il se laisse aller aux plus grands fantasmes sexuels, obsédé par le corps, la chaleur, le sexe, s’amusant à se brûler avec des bougies, s’accrochant un chalumeau au bout de la queue, se masturbant à outrance grâce au simple rêve d’une petite fille qui le branle, ou en observant des jeunes femmes dans une baignoire, ou en copulant dans un tas de viande de porc toute fraîche. Montrer le besoin de sexe à l’extrême, c’est l’enjeu de cette première partie de film, qui ne recule absolument devant rien, jouant sur la carte du gore et de l’humour, montrant tour à tour une scène de masturbation transformée par le rêve en triple coït avec une jeune femme, une grosse femme et un porc mort, tout en y insérant des scènes clairement pornographiques, jusqu’à des scènes plus jouissives mais tout aussi grotesques comme lorsqu’un coq vient piquer le bout du gland du jeune homme qui se branlait à travers un trou du chalet large comme sa bite, qu’il venait de lubrifier avec du sperme. Rien ne nous est épargné. Mais le plus fort dans tout ça c’est l’occupation de l’espace qu’en fait le réalisateur, et l’utilisation esthétique, avec cette brume permanente, et une très belle ambiance sonore. C’est laid mais c’est très beau.

     Avant de se faire liquider par son supérieur, cet homme laisse derrière lui un marmot, curieusement doté d’une petite queue de cochon, que l’on lui coupera sans hésitation, l’abandonnant à de terribles cris témoignant d’une douleur atroce. On reste dans le contexte du gore mais sous un aspect plus douloureux, comme s’il fallait s’attendre à souffrir. Ce n’est pourtant pas tant le signe de ce second récit, davantage placé sous le signe de l’excès par la bouffe. Le fiston a grandi, il est énorme, et son quotidien se résume à se goinfrer de nourritures les plus variées, le plus vite possible, de façon à remporter un maximum de prix. Génération de la reconnaissance par le sport, dans un pays qui après une guerre douloureuse, tente de racheter sa population et d’en faire des élites. C’est le patriotisme qui ressort ici plus qu’autre chose, où chaque compétiteur obèse représente son pays. György Pálfi utilise de nombreux travellings, comme celui tout d’abord latéral où il s’agit d’observer en un seul plan les différents mangeurs en train de s’empiffrer à outrance, ou comme ce travelling circulaire où l’on voit chacun en train de vomir ce qu’il a avalé, en cercle, caméra placée au centre. Le sexe est un sentiment qui a plus ou moins disparu ici, les personnages parlent maintenant d’amour, ils courent après l’american dream, ou quelque chose du genre, après le succès en tout cas et la vie tranquille sur un pédalo par exemple.

      Un enfant va naître de cette union, un enfant albinos. Plus tard, pendant que le père ne sera plus qu’un légume dans son fauteuil, devant sa télé, aussi gros qu’une vache, dévorant ses friandises avec le papier, le fils, devenu taxidermiste reconnu, éprouvera comme une fascination pour l’immortalité, que son métier, pense t-il, pourrait lui apporter. De jour en jour il achète ses produits au supermarché, dans ces rayons identiques à n’en plus finir, car on est désormais en pleine période de consommation extrême, on est aujourd’hui. Symbole de cette génération, le père incapable de bouger sa graisse, qui semble avoir avaler quelques big mac de trop, est en train de se mourir tranquillement, pendant que ses chats, aussi désagréables que lui, salivent d’avance de pouvoir déguster ce gros plein de soupe. Le jour venu, le jeune taxidermiste passera à l’acte et tentera de relier tous ses organes à une machine permettant son fonctionnement ad vita eternam. Comme dans tous projets humains il y a des imperfections, son bras et sa tête en feront les frais. Fin du film.

     Pour György Pálfi l’homme est un animal malade. Ses trois personnages ont une particularité physique étrange : le bec de lièvre pour l’officier, la queue de cochon pour le compétiteur hors pair, l’albinos pour l’empailleur. Tout semble être relié à l’animal quand on observe bien. Et les animaux du film, qui sont en nombre conséquent ici, ne sont pas toujours très sympathiques. Rarement un film ne m’aura paru aussi jusqu’au-boutiste dans ses excès. J’aurais très bien pu l’arrêter au bout d’un quart d’heure, je n’ai même d’ailleurs pas réussi à regarder toute la séquence finale, pourtant il y a une vraie réflexion sur les enjeux humains, son attrait pour le sordide, voire même un test pour le spectateur, qui sans doute pour la plupart est capable de tenir devant cette débauche de gore extrême. Mais esthétiquement c’est remarquable, c’est très drôle aussi, et c’est cet aspect ovni qui rend clairement cette expérience charnelle passionnante.


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