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Archives pour 5 octobre, 2010

Des hommes et des dieux – Xavier Beauvois – 2010

Des hommes et des dieux - Xavier Beauvois - 2010 dans Cesar du meilleur film

Pas de repos pour les braves.     

   5.5   C’est de l’histoire récente à zone d’ombres et c’est sans doute pour cela qu’elle est cinématographiquement adaptable, pour sa part de mystère qui l’accompagne, car le cinéma n’est-il pas fait pour en parler, le transmettre plutôt que pour le percer ? Xavier Beauvois ne s’intéresse donc pas tant aux faits qui ont engendré la mort de ces moines à Tibhirine qu’à de minutieux portraits de personnages. Filmer leur quotidien, c’est l’objectif premier du cinéaste ; est-ce réussi ? C’est une autre affaire. Pendant la prière, durant leurs repas, leurs activités respectives (le jardin, le bois, le miel, le courrier, les soins…) nous les accompagnons dans leur solitude, leur silence d’ailleurs plutôt en groupe qu’individuellement. Les échanges oraux sont rares, comme employés à bon escient, entre un médecin et ses patients, avec des dirigeants musulmans, mais principalement entre eux, autour d’une table, une fois qu’il est question de quitter ou non le monastère à cause de la présence de terroristes dans la région. Beauvois filme très bien ses interprètes, car c’est vraiment ce que je craignais le plus, que l’on voit du jeu d’acteur, que l’on voit Wilson et Lonsdale, et non deux moines. Leur transparence est d’autant plus réussi que le cinéaste filme chacun des huit moines à temps quasi égal, laisse s’exprimer chacun, les filmer de la même manière dans le groupe, que durant leurs tâches quotidiennes individuelles. Et quand l’heure approche – car il n’est question que de mort, d’une part car l’histoire est déjà écrite, mais aussi parce que tout est construit de manière à y sentir la mort très proche – le cinéaste installe une tension invisible, par la présence des terroristes (reviendront, reviendront pas ?) mais aussi celle de l’armée (le délicat échange autour de la mort d’un terroriste, le moins délicat boucan de leur hélicoptère au-dessus du monastère, les moines en pleine prière). Il manque un ton plus personnel dans le traitement de tout cela, par la mise en scène j’entends, il manque à Des hommes et des dieux une retranscription plus radicale par instants, ou plus comme une captation du réel à d’autres. Il y a une séquence que je trouve particulièrement fabuleuse c’est la cérémonie de la circoncision dans le village d’à côté, c’est cette façon de filmer qui me plait d’une part, d’y perdre les moines dans la foule, de ne rien expliquer de ce que l’on voit, et ce détachement d’autre part car la séquence n’a d’autres vertus que de montrer un quotidien, son prolongement, et non une menace, ou la représentation quelconque d’une menace, comme il est très souvent question dans le film. J’ai l’impression que Beauvois est partagé entre rendre un produit sensationnel tout en restant sobre (la scène du Lac des Cygnes en est le plus bel exemple – on est partagé entre la bonne idée de capter des visages et la moins bonne de forcer notre émotion – ou celle des deux interventions terroristes) et quelque chose de plus aérien, lyrique, moins impersonnel (je pense à deux séquences superbes d’une voiture et ses moines traversant une route attaquée, puis s’engouffrant dans un paysage flamboyant, dévoré par les montagnes et une aube ensoleillée accueillante, ou cette magnifique dernière séquence de moines marchant inéluctablement vers la mort, le blanc de la neige effaçant peu à peu leurs silhouettes). Des hommes et des dieux est loin d’être parfait, et il n’offre pas vraiment plus que ce qu’il a à raconter, mais malgré tout, il me touche énormément car il atteint parfois une forme de justesse, de sobriété qui me plaisent. Et encore une fois, j’ai vu des moines à l’écran, et à mon sens c’est la plus grande réussite du film. Et je ne parle pas de la photo du film en plus, très belle, très soignée, et de ses plans simples, beaux lorsqu’ils durent un peu.

Toy Story 3 – Lee Unkrich – 2010

Toy Story 3 - Lee Unkrich - 2010 dans * 2010 : Top 10Soigner sa sortie.    

   8.5   Voilà 15 ans que le premier volet des aventures de Woody, Buzz et toute la troupe voyait le jour, 10 qu’ils étaient revenus dans une suite légèrement en deçà mais tout de même excellente, et moi je découvrais tout dans la semaine, 1, 2 et 3 avec l’honneur de voir le tout dernier sur grand écran. On pensait le premier opus imbattable et pourtant, Pixar a une nouvelle fois frappé fort, si fort qu’il n’y a pour moi, dorénavant, rien qui puisse prétendre être au niveau de Toy Story 3, pas même le superbe Monstres & cie.

     Il y a 15 ans (enfin moi il y a seulement quelques jours) on se demandait ce que deviendrait Toy Story lorsque l’enfant aurait grandi. Ou bien est-ce qu’ils allaient véritablement faire des suites ou peut-être même changer les personnages, les passer de l’un à l’autre, je ne pensais pas, sérieusement, que Pixar oserait montrer cela. Toutes les craintes qui nous parcourent durant les deux premiers films sont ici poussées à leur paroxysme. Les éléments perturbateurs tels que l’enfant monstrueux qui s’évertue à détruire les jouets dans l’un, l’épisode du vide grenier puis de l’homme qui veut muséifier des jouets rares dans l’autre, deviennent beaucoup plus menaçants encore dans Toy Story 3 puisqu’il ne s’agit ni plus ni moins qu’une éternelle angoisse du grenier avant de devenir celle de la poubelle. L’enfant a grandi, il s’en va à l’université. Mais avant cela il doit faire un peu de ménage dans sa chambre : faire le tri de ce qu’il emmène avec lui, de ce qu’il donne à sa sœur, de ce qu’il laisse au grenier, faire le tri de ce qu’il garde et ce qu’il jette. On l’aura compris, ce volet est un adieu à l’enfance si on le prend du côté humain, l’angoisse de la mort si on le prend côté jouet.

     Par de multiples péripéties que Pixar sait bien entendu nous concocter (il faut voir à quelle vitesse tout s’engendre depuis le début du premier Toy Story c’est absolument incroyable) nos amis jouets vont bientôt être séparés entre le grenier et l’université, puis par erreur certains seront destinés à la poubelle avant de partir pour Sunnyside, une garderie qui reprend les vieux jouets, puis une fois encore vers la poubelle. On n’a pas fini de se ronger les ongles pour nos petits personnages en plastiques qui n’ont jamais été aussi malmenés, géographiquement comme émotionnellement. Ils ne cessent de voyager, en voiture, en camion de poubelle, en objet volant. Et s’en prenne pour leur compte, l’enfant n’hésitant pas au tout début à dire à sa mère que personne ne voudra de ses jouets car ils sont nuls, ou plus tard à devenir les cibles d’enfants exécrables dans une garderie un poil hardcore. Rex, le dinosaure, abattu se dira « mais on n’a jamais joué comme ça avec nous, ils savent pas jouer ces gosses » et bien je peux t’assurer pauvre Rex que la sentence est loin d’être terminée. Car cette garderie referme surtout un gang de jouets, dirigé comme il se doit par Lotso, un ours maléfique, qui sous sa carapace dictatoriale referme un passé douloureux, une horrible peluche donc, servie par des sbires comme Robot ou Ken (oui, l’ami de Barbie) qui en faire baver aux nouveaux arrivants, qui n’acceptent plus de se retrouver dans la classe des enfants violents.

     C’est alors que le film embraye une nouvelle fois dans une autre direction. Notre petit groupe de jouet était éclaté et il va se reconstruire, par l’intermédiaire du malin et courageux Woody (s’il m’entendait, il hausserait les épaules, se tiendrait tout droit, fier autant que gêné) qui s’empresse de préparer tout un plan d’évasion nocturne. Cette partie du film dure un long moment, et il en faudra, une fois encore, des réussites mais aussi des échecs, avant d’arriver à leur seule destination de sortie, qui comble de l’ironie, n’est autre que le vide ordure de l’établissement. C’est comme ça tout le temps Toy Story : ne jamais s’imaginer que l’on est tiré d’affaire parce que tout semble dans la poche, il y a toujours une couille au dernier instant. Mais de la même manière il ne faut jamais s’avouer vaincu, nos jouets sont tellement intelligents et perspicaces qu’ils trouvent toujours un moyen de s’en tirer. Sauf que ce Toy Story 3 est beaucoup plus cruel que je ne l’imaginais ! Car non contents d’en avoir fait les pantins d’enfants disgracieux, les martyrs de jouets machiavéliques, c’est encore une fois avec la poubelle, mais cette fois ci une déchetterie, donc la mort, que tous nos personnages vont être confrontés. Une dernière course contre la mort, la plus éprouvante de tous les films Pixar, pour terminer sur une musique façon Terminator 2, les jouets se tenant tous la main, descendant inéluctablement vers les flammes, simplement résignés pour une fois, avant qu’un coup du sort aussi émouvant que si ça avait été leur dernier salut, viennent les sauver, j’ai nommé les trois aliens verts, ceux qui depuis le premier opus sont obnubilés par le grappin qui devait les mener au paradis, pensaient-ils, dans leur boite attrape-couillons de fête foraine. Une grue a remplacé ce grappin, dans une séquence absolument magnifique (j’en ai les frissons rien que de l’écrire) où le cœur n’était plus très loin de lâcher, où les larmes avaient pointer le bout de leur nez.

     Mais ce n’est pas terminé, car la véritable fin de Toy Story (j’ose espérer qu’il n’y en aura pas d’autres, cette fin est tellement parfaite) la voilà : Rentrés à la maison grâce au camion de poubelle avec l’éboueur qui écoute sa musique au casque, les jouets reprennent leur place, à savoir dans le carton qui les destinerait au grenier. Finalement, par l’intermédiaire d’une pirouette à la Woody, le jeune garçon choisit de donner ses jouets, à une jeune petite fille dont Woody a fait la connaissance durant son escapade cauchemardesque, seul brun de douceur dans lequel il semblait bien installé, avant qu’il ne dut se rendre à l’évidence que le sauvetage de ses amis dans les mains de Lotso était primordial. C’est probablement une adresse qui est écrit sur ce post-it, Woody ayant fait comme si c’était la mère de l’enfant qui lui conseillait de donner ses jouets. La fin, comme un passage de relais, est quelque chose d’absolument fabuleux. Ce n’est pas un simple échange, c’est un adieu, l’enfant maintenant presque adulte joue une dernière fois avec ses petits amis inanimés comme pour montrer à la jeune fille quels sont les pouvoirs de ceux-ci, quels sont les noms de ceux-là. Et c’est en rallongeant cet échange que l’émotion vient le submerger, et qu’elle vient nous submerger par la même occasion. Les jouets continueront à vivre. A travers les yeux d’un nouvel enfant mais aussi à travers la mémoire d’un enfant devenu grand.

     Pourquoi vaut-il mieux avoir vu les deux premiers épisodes avant de voir le troisième ? Je pense que ça a à voir avec la proximité que l’on peut ressentir envers les personnages. La première séquence du train n’aurait pas cet impact là sans la connaissance des Toy Story précédents. Il y a toute une science de la construction des personnages qui trouve son aboutissement dans celui-ci mais qui en a déjà beaucoup dévoilé auparavant. On sait comment réagissent certains, comment pensent d’autres, il y a toute une gamme de sentiments que l’on connaît déjà pour chacun d’entre eux, avant qu’ils soient décuplés dans ce troisième opus. Selon moi c’est très important de se les regarder dans l’ordre, enfin c’est ce que j’ai fait, même sur un laps de temps assez moindre, et j’en suis ravi.


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