• Accueil
  • > Archives pour octobre 2010

Archives pour octobre 2010



Close up (Nema-ye Nazdik) – Abbas Kiarostami – 1991

Close up (Nema-ye Nazdik) - Abbas Kiarostami - 1991 dans Abbas Kiarostami

Le passager.

   8.0   Dans son court métrage Le jour de la première de Close up, Nanni Moretti dit du film de Kiarostami qu’il est un film sur le pouvoir du cinéma. On pourrait même dire que c’est un film de cinéphile paradoxalement pour non cinéphile. Ce n’est pas le plus mystérieux des films du cinéaste iranien, ce n’est pas non plus son plus beau en terme de mise en scène, d’image, de profondeur de champ, de gestion des silences. C’est au contraire un film qui parle énormément, et qui tentant de reproduire l’authenticité d’un fait fonctionne selon des plans de documentaires, pas forcément hyper travaillés formellement. C’est pourquoi j’ai eu un mal fou à entrer dans le film, sans doute une bonne demi-heure a t-il fallu pour que je me passionne pour l’histoire atypique de cet homme.

     Ali Sabzian va se faire passer pour le cinéaste Mohsen Makhmalbaf auprès d’une famille, un peu par hasard, parce qu’on l’a pris pour lui et qu’il n’a pas nier d’emblée, mais aussi parce qu’il est entré dans un rôle, qu’il a joué ce personnage jusqu’à évoquer sa volonté de tourner un film avec les enfants de cette famille. C’est évidemment très malhonnête, il le reconnaîtra lors du procès, que Kiarostami reconstruit à merveille, mais ça n’avait pas pour but de l’être, ni d’être un escroc, encore moins un cambrioleur, ce qu’on l’a accusé, après qu’il ait fait des repérages dans toutes les pièces, parce que dit-il, un cinéaste se doit de faire cela avant de tourner dans les pièces d’une maison. Je précise qu’il s’agit d’une histoire vraie, et Kiarostami semble la raconter sans ornements, au sens où Bresson l’entendait quand il réalisa Un condamné à mort s’est échappé.

     Le film est doté d’une découpe étonnante : Il commence en voiture par l’arrestation hors-champ de ce faux Makhmalbaf. Il nous montre ensuite par instants sa rencontre avec la famille, entrecoupée de scènes de procès. Puis il se termine sur l’arrestation vécue du côté de cet homme. Il y a comme un jeu de miroir, qui ferait appel à une certaine idée de la connaissance ou non d’un sujet. En effet, les premières séquences, malgré le fait qu’elles soient intéressantes du point de vue de l’intrigue simple (On s’apprête à arrêter un homme qui occupe l’identité d’une célébrité, c’est vrai que c’est étonnant, mais il n’y a aucune proximité avec la personne) ne sont donc pas forcément passionnantes, d’où mon léger rejet dans un premier temps. C’est en déconstruisant son récit que l’effet de miroir fonctionne puisqu’il nous permet de voir en Ali Sabzian sa véritable identité, ses motivations, son amour pour l’art. Close Up devient de plus en plus fort au fil des minutes avant de déboucher sur une scène finale absolument miraculeuse, où Sabzian rencontre le vrai Makhmalbaf. C’est comme si l’on était repassé du côté flic/journaliste (le micro, le son intempestif sur la moto, le plan lointain devant la maison) mais que nous n’éprouvions plus du tout ce que l’on éprouvait en tout début de film. Sabzian n’a jamais rien fait de mal, il a utilisé une identité pour revendiquer son amour du cinéma et le transmettre (voir la citation de Tolstoï) et c’est bien entendu tout à son honneur, et c’est ce que le vrai Makhmalbaf semble vouloir lui dire dans ce final magnifique.

Des hommes et des dieux – Xavier Beauvois – 2010

Des hommes et des dieux - Xavier Beauvois - 2010 dans Cesar du meilleur film

Pas de repos pour les braves.     

   5.5   C’est de l’histoire récente à zone d’ombres et c’est sans doute pour cela qu’elle est cinématographiquement adaptable, pour sa part de mystère qui l’accompagne, car le cinéma n’est-il pas fait pour en parler, le transmettre plutôt que pour le percer ? Xavier Beauvois ne s’intéresse donc pas tant aux faits qui ont engendré la mort de ces moines à Tibhirine qu’à de minutieux portraits de personnages. Filmer leur quotidien, c’est l’objectif premier du cinéaste ; est-ce réussi ? C’est une autre affaire. Pendant la prière, durant leurs repas, leurs activités respectives (le jardin, le bois, le miel, le courrier, les soins…) nous les accompagnons dans leur solitude, leur silence d’ailleurs plutôt en groupe qu’individuellement. Les échanges oraux sont rares, comme employés à bon escient, entre un médecin et ses patients, avec des dirigeants musulmans, mais principalement entre eux, autour d’une table, une fois qu’il est question de quitter ou non le monastère à cause de la présence de terroristes dans la région. Beauvois filme très bien ses interprètes, car c’est vraiment ce que je craignais le plus, que l’on voit du jeu d’acteur, que l’on voit Wilson et Lonsdale, et non deux moines. Leur transparence est d’autant plus réussi que le cinéaste filme chacun des huit moines à temps quasi égal, laisse s’exprimer chacun, les filmer de la même manière dans le groupe, que durant leurs tâches quotidiennes individuelles. Et quand l’heure approche – car il n’est question que de mort, d’une part car l’histoire est déjà écrite, mais aussi parce que tout est construit de manière à y sentir la mort très proche – le cinéaste installe une tension invisible, par la présence des terroristes (reviendront, reviendront pas ?) mais aussi celle de l’armée (le délicat échange autour de la mort d’un terroriste, le moins délicat boucan de leur hélicoptère au-dessus du monastère, les moines en pleine prière). Il manque un ton plus personnel dans le traitement de tout cela, par la mise en scène j’entends, il manque à Des hommes et des dieux une retranscription plus radicale par instants, ou plus comme une captation du réel à d’autres. Il y a une séquence que je trouve particulièrement fabuleuse c’est la cérémonie de la circoncision dans le village d’à côté, c’est cette façon de filmer qui me plait d’une part, d’y perdre les moines dans la foule, de ne rien expliquer de ce que l’on voit, et ce détachement d’autre part car la séquence n’a d’autres vertus que de montrer un quotidien, son prolongement, et non une menace, ou la représentation quelconque d’une menace, comme il est très souvent question dans le film. J’ai l’impression que Beauvois est partagé entre rendre un produit sensationnel tout en restant sobre (la scène du Lac des Cygnes en est le plus bel exemple – on est partagé entre la bonne idée de capter des visages et la moins bonne de forcer notre émotion – ou celle des deux interventions terroristes) et quelque chose de plus aérien, lyrique, moins impersonnel (je pense à deux séquences superbes d’une voiture et ses moines traversant une route attaquée, puis s’engouffrant dans un paysage flamboyant, dévoré par les montagnes et une aube ensoleillée accueillante, ou cette magnifique dernière séquence de moines marchant inéluctablement vers la mort, le blanc de la neige effaçant peu à peu leurs silhouettes). Des hommes et des dieux est loin d’être parfait, et il n’offre pas vraiment plus que ce qu’il a à raconter, mais malgré tout, il me touche énormément car il atteint parfois une forme de justesse, de sobriété qui me plaisent. Et encore une fois, j’ai vu des moines à l’écran, et à mon sens c’est la plus grande réussite du film. Et je ne parle pas de la photo du film en plus, très belle, très soignée, et de ses plans simples, beaux lorsqu’ils durent un peu.

Toy Story 3 – Lee Unkrich – 2010

Toy Story 3 - Lee Unkrich - 2010 dans * 2010 : Top 10Soigner sa sortie.    

   8.5   Voilà 15 ans que le premier volet des aventures de Woody, Buzz et toute la troupe voyait le jour, 10 qu’ils étaient revenus dans une suite légèrement en deçà mais tout de même excellente, et moi je découvrais tout dans la semaine, 1, 2 et 3 avec l’honneur de voir le tout dernier sur grand écran. On pensait le premier opus imbattable et pourtant, Pixar a une nouvelle fois frappé fort, si fort qu’il n’y a pour moi, dorénavant, rien qui puisse prétendre être au niveau de Toy Story 3, pas même le superbe Monstres & cie.

     Il y a 15 ans (enfin moi il y a seulement quelques jours) on se demandait ce que deviendrait Toy Story lorsque l’enfant aurait grandi. Ou bien est-ce qu’ils allaient véritablement faire des suites ou peut-être même changer les personnages, les passer de l’un à l’autre, je ne pensais pas, sérieusement, que Pixar oserait montrer cela. Toutes les craintes qui nous parcourent durant les deux premiers films sont ici poussées à leur paroxysme. Les éléments perturbateurs tels que l’enfant monstrueux qui s’évertue à détruire les jouets dans l’un, l’épisode du vide grenier puis de l’homme qui veut muséifier des jouets rares dans l’autre, deviennent beaucoup plus menaçants encore dans Toy Story 3 puisqu’il ne s’agit ni plus ni moins qu’une éternelle angoisse du grenier avant de devenir celle de la poubelle. L’enfant a grandi, il s’en va à l’université. Mais avant cela il doit faire un peu de ménage dans sa chambre : faire le tri de ce qu’il emmène avec lui, de ce qu’il donne à sa sœur, de ce qu’il laisse au grenier, faire le tri de ce qu’il garde et ce qu’il jette. On l’aura compris, ce volet est un adieu à l’enfance si on le prend du côté humain, l’angoisse de la mort si on le prend côté jouet.

     Par de multiples péripéties que Pixar sait bien entendu nous concocter (il faut voir à quelle vitesse tout s’engendre depuis le début du premier Toy Story c’est absolument incroyable) nos amis jouets vont bientôt être séparés entre le grenier et l’université, puis par erreur certains seront destinés à la poubelle avant de partir pour Sunnyside, une garderie qui reprend les vieux jouets, puis une fois encore vers la poubelle. On n’a pas fini de se ronger les ongles pour nos petits personnages en plastiques qui n’ont jamais été aussi malmenés, géographiquement comme émotionnellement. Ils ne cessent de voyager, en voiture, en camion de poubelle, en objet volant. Et s’en prenne pour leur compte, l’enfant n’hésitant pas au tout début à dire à sa mère que personne ne voudra de ses jouets car ils sont nuls, ou plus tard à devenir les cibles d’enfants exécrables dans une garderie un poil hardcore. Rex, le dinosaure, abattu se dira « mais on n’a jamais joué comme ça avec nous, ils savent pas jouer ces gosses » et bien je peux t’assurer pauvre Rex que la sentence est loin d’être terminée. Car cette garderie referme surtout un gang de jouets, dirigé comme il se doit par Lotso, un ours maléfique, qui sous sa carapace dictatoriale referme un passé douloureux, une horrible peluche donc, servie par des sbires comme Robot ou Ken (oui, l’ami de Barbie) qui en faire baver aux nouveaux arrivants, qui n’acceptent plus de se retrouver dans la classe des enfants violents.

     C’est alors que le film embraye une nouvelle fois dans une autre direction. Notre petit groupe de jouet était éclaté et il va se reconstruire, par l’intermédiaire du malin et courageux Woody (s’il m’entendait, il hausserait les épaules, se tiendrait tout droit, fier autant que gêné) qui s’empresse de préparer tout un plan d’évasion nocturne. Cette partie du film dure un long moment, et il en faudra, une fois encore, des réussites mais aussi des échecs, avant d’arriver à leur seule destination de sortie, qui comble de l’ironie, n’est autre que le vide ordure de l’établissement. C’est comme ça tout le temps Toy Story : ne jamais s’imaginer que l’on est tiré d’affaire parce que tout semble dans la poche, il y a toujours une couille au dernier instant. Mais de la même manière il ne faut jamais s’avouer vaincu, nos jouets sont tellement intelligents et perspicaces qu’ils trouvent toujours un moyen de s’en tirer. Sauf que ce Toy Story 3 est beaucoup plus cruel que je ne l’imaginais ! Car non contents d’en avoir fait les pantins d’enfants disgracieux, les martyrs de jouets machiavéliques, c’est encore une fois avec la poubelle, mais cette fois ci une déchetterie, donc la mort, que tous nos personnages vont être confrontés. Une dernière course contre la mort, la plus éprouvante de tous les films Pixar, pour terminer sur une musique façon Terminator 2, les jouets se tenant tous la main, descendant inéluctablement vers les flammes, simplement résignés pour une fois, avant qu’un coup du sort aussi émouvant que si ça avait été leur dernier salut, viennent les sauver, j’ai nommé les trois aliens verts, ceux qui depuis le premier opus sont obnubilés par le grappin qui devait les mener au paradis, pensaient-ils, dans leur boite attrape-couillons de fête foraine. Une grue a remplacé ce grappin, dans une séquence absolument magnifique (j’en ai les frissons rien que de l’écrire) où le cœur n’était plus très loin de lâcher, où les larmes avaient pointer le bout de leur nez.

     Mais ce n’est pas terminé, car la véritable fin de Toy Story (j’ose espérer qu’il n’y en aura pas d’autres, cette fin est tellement parfaite) la voilà : Rentrés à la maison grâce au camion de poubelle avec l’éboueur qui écoute sa musique au casque, les jouets reprennent leur place, à savoir dans le carton qui les destinerait au grenier. Finalement, par l’intermédiaire d’une pirouette à la Woody, le jeune garçon choisit de donner ses jouets, à une jeune petite fille dont Woody a fait la connaissance durant son escapade cauchemardesque, seul brun de douceur dans lequel il semblait bien installé, avant qu’il ne dut se rendre à l’évidence que le sauvetage de ses amis dans les mains de Lotso était primordial. C’est probablement une adresse qui est écrit sur ce post-it, Woody ayant fait comme si c’était la mère de l’enfant qui lui conseillait de donner ses jouets. La fin, comme un passage de relais, est quelque chose d’absolument fabuleux. Ce n’est pas un simple échange, c’est un adieu, l’enfant maintenant presque adulte joue une dernière fois avec ses petits amis inanimés comme pour montrer à la jeune fille quels sont les pouvoirs de ceux-ci, quels sont les noms de ceux-là. Et c’est en rallongeant cet échange que l’émotion vient le submerger, et qu’elle vient nous submerger par la même occasion. Les jouets continueront à vivre. A travers les yeux d’un nouvel enfant mais aussi à travers la mémoire d’un enfant devenu grand.

     Pourquoi vaut-il mieux avoir vu les deux premiers épisodes avant de voir le troisième ? Je pense que ça a à voir avec la proximité que l’on peut ressentir envers les personnages. La première séquence du train n’aurait pas cet impact là sans la connaissance des Toy Story précédents. Il y a toute une science de la construction des personnages qui trouve son aboutissement dans celui-ci mais qui en a déjà beaucoup dévoilé auparavant. On sait comment réagissent certains, comment pensent d’autres, il y a toute une gamme de sentiments que l’on connaît déjà pour chacun d’entre eux, avant qu’ils soient décuplés dans ce troisième opus. Selon moi c’est très important de se les regarder dans l’ordre, enfin c’est ce que j’ai fait, même sur un laps de temps assez moindre, et j’en suis ravi.

Les neuf reines (Nueve reinas) – Fabian Bielinsky – 2001

e8658e74b11bd2953ff3fe63a0e509fbb0998918     4.5   C’est une histoire de voleurs. Un homme tente de collecter des fonds qui lui permettrait de réunir une rançon pour faire sortir son père de prison, de l’argent qu’il vole petit à petit, souvent à l’étalage ou dans des supérettes. Un jour il fait son coup de magicien habituel avec une histoire de monnaie, avec une caissière puis une autre, dans le même magasin, et il se fait prendre. C’est là qu’il rencontre un type qui va le sortir du pétrin en se faisant passer pour flic, alors qu’il est lui aussi un voleur confirmé, mais plus de la grande école. Il l’embarque alors sous son aile, lui montre quelques astuces du métier, mécaniques, sans ratages possibles, quand son acolyte lui montre les siennes, davantage basées sur l’improvisation et la réflexion. Tous deux forment bientôt une petite équipe s’embarquant dans un gros coup à plusieurs zéros où il est question de timbres rares, que l’on appelle les neuf reines. C’est le début des emmerdes. Ce n’est pas le syndrome d’Icare que le cinéaste souhaite peaufiner mais bien s’amuser avec ses personnages façon Sparrow de Johnnie To. Problème est qu’il ne filme que ses personnages et souvent en train de discuter, en gros plans. Il y a bien ci et là des instants sympathiques mais ils concernent l’action, qui se fait rare. Je me prenais à rêver de Pickpocket de Bresson, lui a tout compris. Du coup l’intérêt ici s’effiloche peu à peu, et le twist final mode Usual Suspects mais que l’on sent tout de même venir, n’obtient pas l’effet escompté. C’est plutôt sympathique mais très anecdotique. Déjà oublié.

Yo tambien – Alvaro Pastor & Antonio Naharro – 2010

Yo tambien - Alvaro Pastor & Antonio Naharro - 2010 dans Alberto Pastor & Antonio Naharro yo+tambi%C3%A9n

Un beau jour.  

     3.5   Prototype du pur produit Sundance, avec suffisamment de sourires pour que l’on ne le taxe pas de misérabiliste, avec autant de grimaces et de larmes pour qu’on ne dise pas que c’est sans émotion, calibré aussi niveau emballage avec l’enrobage musical en quasi-permanence. Formellement c’est catastrophique, même l’image est moche, et la réalisation optant pour les gros plans insistants ou lointains mais qui tremblotent, et ces flous récurrents, est à la limite du supportable. Au centre un bien joli couple de personnages : Laura et Daniel. La première est complètement dépassée par tous les évènements, elle semble à côté de la plaque, couche avec des hommes dans des relations sans lendemain à répétition, et est un peu la risée de ses collègues. Le second est un homme de 34 ans, trisomique, qui s’ouvre à peine le chemin d’entrée dans la société après avoir obtenu son diplôme, et atterrit dans le centre social dans lequel bosse la jeune femme. C’est leur rencontre qui nous intéresse, cette étrange relation, basée sur le rire et peut-être même sur l’amour, bien que les réalisateurs aient eu la bonne idée de ne pas seulement se cantonner à cela en filmant aussi leurs relations familiales respectives, la vie avec les collègues de bureaux et surtout quelques belles séquences dans une école de danse pour handicapés. Les deux acteurs en font des tonnes, il est donc souvent intéressant de se pencher sur autre chose que leur relation. C’est la bonne idée du film, heureusement qu’elle était là. Cela dit c’est tout de même très dispensable.

Submarino – Thomas Vinterberg – 2010

Submarino - Thomas Vinterberg - 2010 dans Thomas Vinterberg SUBMARINO4

La douleur.    

   3.0   Si l’on connaît Festen, on sait que Vinterberg aime anéantir ses personnages, surligner la douleur de leur passé, son surgissement dans un présent plus nuancé, mais toujours aussi morose. Mais il y avait quelque chose dans Festen qui me plaisait beaucoup sans que je ne puisse dire objectivement qu’il s’agissait d’une idée de génie : le recours formel à la caméra vidéo, accentuant l’esprit de drame familial pris de l’intérieur, comme un film de famille, ce qui en faisait, malgré tous ses défauts (penchant inévitable pour le glauque, plans impossibles, personnages antipathiques…) un objet plutôt étrange, presque jouissif où se dégageait une énergie nouvelle.

     Submarino échoue presque à tous les niveaux. Car dans cet acharnement compulsif dominé par la mort d’un bébé, l’alcool, la drogue, la prostitution, la prison, l’amputation et le suicide, ne naît absolument aucune mise en scène, aucun relief de la société, simplement des personnages sur-écrits, une volonté de les détruire pour aller chercher le pardon dans leurs entrailles, un montage parallèle parfois rance, des rebondissements glauques et insensés. Vinterberg ne filme jamais l’espace, il ne s’occupe que de la souffrance de ses protagonistes. Il ne fait pas bon vivre au Danemark. Surtout si l’on sort d’une enfance douloureuse (drame commun + mère alcoolique et violente) et bien dis-donc quelle bonne nouvelle !

     Néanmoins des choses m’ont plu. Même si je ne vois absolument aucune issue là-dedans, un peu à la manière d’un film d’horreur (Vinterberg devrait se mettre à en faire, ce pourrait être monstrueux) je suis emporté par le jeu d’acteurs, et mine de rien ce drame qui les ronge à une intensité qui ressort à l’écran, et dans cette dernière partie de film, qui fonctionne comme une retrouvaille macabre, je suis tout de même touché parce que le cinéaste sait être sobre dans sa mise en scène, plus terre-à-terre, moins abracadabrante. La mère vient de décéder, il y a un héritage, que le plus grand des deux frères offre au plus jeune (drogué) pour recourir à ses manques. Il y a alors un personnage qui prend une place très importante c’est le fils du plus jeune. J’aime la relation qu’ils nouent tous les deux, je n’aime pas spécialement les déroulements, mais j’aime certains regards, certains gestes. J’aime l’amour qui d’une manière unit ces deux frères, à jamais meurtri par ce qu’ils ont fait étant petit. J’aime l’amour qu’ils portent l’un sur l’autre, le même que le plus jeune porte à son fils. Les personnages de Submarino ne prennent jamais soin d’eux, ils prennent soin des autres, même dans les pires situations (le frère de l’ex petite amie) à l’image de cette main ensanglantée, sans cesse recouverte d’un bandage artisanal, qui ne tardera pas à lâcher. C’est sans issue, tous les artifices symboliques y sont présents pour accentuer cela, mais derrière cet acharnement il y a tout de même un truc qui curieusement vient me cueillir, le même genre de truc que dans Dancer in the dark, de Lars Von Trier, même si ce dernier me bouleversait littéralement.

Je suis une légende (I am legend) – Francis Lawrence – 2007

47060579ce89eThe last of us.

   6.0   Comme dans mes souvenirs le début du film est nettement meilleur que la fin. Ce qui diffère de mes souvenirs c’est que ce début de film justement est magnifique, je ne m’attendais pas à ça. On est dans un New York entièrement dévasté et le cinéaste filme très bien la ville. Il filme la solitude d’un homme et son chien, à la recherche de nourriture le jour, extrêmement barricadé la nuit. Le jour n’est pas menaçant dans I am legend c’est de la nuit dont on a peur, cette nuit occupée par des cris étranges et répugnants, les restes d’une humanité transformée en créature enragée. Il s’agit pour l’homme et son chien d’éviter tout contact avec l’obscurité, naturelle (La montre de Will Smith retentit chaque jour à une heure précise les prévenant de rebrousser chemin avant la tombée de la nuit) ou provoquée (immeubles, souterrains…). Le jour vient se frotter à la nuit quand le chien et son maître, alors en pleine poursuite d’un daim (leur chasse quotidienne, il faut bien qu’ils mangent !) s’échouent dans un vieil immeuble entièrement sombre, dans lequel le chien s’est jeté à corps perdu. Le film prend alors une autre direction, il ne montre plus le respect mutuel d’une chasse quotidienne entre l’homme et l’animal – il ne s’agit que de ça au départ, un troupeau de daims est poursuivi par l’homme d’un côté, les lions de l’autre – mais une attaque directe entre l’homme et ces créatures que jusqu’ici nous ne connaissions l’existence que par leurs gémissements nocturnes.

     Plus tard, l’homme déposera en terrain obscure une petite fiole contenant un peu de son sang prélevé afin d’attirer la créature dans un piège. On ne sait toujours pas quel est son dessein, toujours est-il que l’opération réussie, une créature mâle viendra menacer notre homme, visage légèrement exposé au soleil, prêt à s’enflammer, lui montrant qu’il n’en a pas terminé avec lui. Ce sont les premiers signes de sentiments que l’on peut voir chez la créature, sa faiblesse quant à sa volonté de manger mais aussi sa force quant à son regard menaçant, comme s’il chercherait à reprendre prochainement l’un des siens. On découvre peu de temps après que l’homme effectue des expériences scientifiques sur ces créatures visant à les guérir de leur agressivité, à leur redonner une apparence humaine. On a vu précédemment que les expériences sur des rats échouaient en majorité, hormis une seule, qu’il souhaite désormais essayer sur cette créature cobaye féminine, que l’on peut imaginer être l’amie de la créature menaçante. Dans ce laboratoire on découvre de multiples photographies de créatures sur les murs, montrant que durant ces trois dernières années (depuis que le fléau a démarré) cet homme a probablement dû effectuer une infinité de tests sans résultats. Encore une fois, dans son approche progressive de la vie de cet homme, de la vie en ville nuit et jour, I am legend est un excellent film de fin du monde, très sobre, silencieux, mystérieux même souvent, ne se dévoilant que progressivement.

     Entre la survie de cet homme à l’instant présent et son désir de reproduire une vie humaine occidentale décente (Il va même jusqu’à louer des dvd dans des séquences très réussies où Will Smith se couvre de ridicule au point d’en devenir touchant, lorsqu’il tape la bavette avec des gens qu’il a remplacé par des mannequins, et qu’il appelle par leur petit prénom), nous naviguons aussi dans ses pensées, ses souvenirs plus exactement. Nous verrons uniquement le soir où tout a basculé, lorsque l’homme, alors scientifique reconnu, s’apprête à faire évacuer sa femme et sa fille par hélicoptère parce qu’il sait que le virus est en train de se propager. Finalement tout sera beaucoup plus rapide et cruel que prévu, les créatures prenant d’assaut la ville le soir même, l’hélico de sa famille se crashant dans l’atlantique. Nous allons découvrir ces souvenirs par bribes. Ce n’est pas vraiment le format le plus original, mais c’est à mon sens très réussi, très émouvant aussi. On imagine donc qu’il n’a pas quitté la ville depuis ce soir là, vivant au même endroit que durant cette soirée cauchemardesque. On peut se demander comment l’homme a pu survivre alors qu’il décrit le fléau comme un virus qui se propagerait par le contact, mais aussi dans l’air, mais c’est oublier qu’il est scientifique de base et qu’il contient les produits nécessaires lui permettant de s’immuniser contre l’infection.

     Vient alors une partie du film plus qu’intéressante, très bien exploitée à première vue, avant qu’elle ne soit bien trop rapidement abandonnée. On sentait que la créature pouvait prétendre à une certaine intelligence au vu de la scène du piège humain décrite précédemment. Il y a une séquence qui arrive en écho à celle-ci un peu plus tard, où l’homme est à son tard piégé par les créatures, s’aventurant dans un lieu où il est étonné d’y voir l’un de ses amis mannequins du magasin. Cette séquence s’avère très drôle, toujours dans l’esprit de l’homme seul ridicule, mais aura bientôt des répercussions cruelles. Le même piège qu’il avait tendu quelques jours plus tôt lui est tendu à son tour, le laissant inconscient quelques instants dans une ville ensoleillée dont l’extrême silence n’est perturbé que par les aboiements de son chien. A son réveil, l’homme se découvre en mauvaise posture, attaché par les pieds la tête en bas, mais sans avoir bouger. Surtout il est réveillé par le bruit de sa montre, témoignant du couché de soleil. Il y a donc urgence. C’est dans ces moments là, cette faculté de passer du (très) calme à l’angoisse progressive que le film gagne aussi du galon. Cette séquence est énorme. Pendant que l’homme, blessé à la jambe, rampe jusqu’à sa voiture, les chiens des créatures, elles-aussi enragées et hallucinées, s’apprêtent à se précipiter sur lui, attendant simplement que le dernier rayon de soleil disparaisse. La suite se passera moyennement bien pour notre homme qui devra se séparer de son chien, mordu, sur le point de se transformer lui aussi à son tour. Dans son souvenir, que l’on vit comme un flash-back, nous ne voyons pas sa famille mourir, la scène est largement supposée, mais elle s’arrête avant. Dans celle au présent, avec son chien, la mise à mort est hors-champ là aussi, le cinéaste préférant cadrer sur le visage de Will Smith. C’est dans l’économie de sensationnalisme, de sentimentalisme facile que I am legend tire là aussi son épingle du jeu. Puis il y a une dernière partie de film, qui me gêne beaucoup, suivant de quel côté on la prenne (humain ou infecté) mais aussi suivant la fin choisie aussi, puisque grâce au dvd on peut désormais voir deux fins, qui ne sont toutes deux pas sans qualités, mais insuffisantes. Dans la première fin, celle que l’on a eu au cinéma, l’homme s’enferme dans son labo, entouré de ses nouveaux invités (une femme et son fils qui lui ont sauvé la vie un peu plus tôt) et de la créature de son expérience, endormie par les médicaments. Les créatures qui ont découvert sa résidence – par une négligence de la jeune femme qui l’a reconduit de nuit – assiègent littéralement sa maison puis son labo, avant que celui qui semble le poursuivre et qui semble être revenu pour son amie, se mette à défoncer la vitre en plexiglas, et que Will Smith, témoin d’une intervention divine, décide d’offrir la chance de sauver l’humanité (car l’expérience sur la créature fonctionne, elle est en train de guérir) à son invitée, avant de se sacrifier héroïquement, tuant à la grenade chacune des créatures. La jeune femme et son fils prenaient la route le lendemain pour déboucher dans une colonie d’humains non-infectés, portant avec elle l’antidote leur permettant de se sauver, ce qui fait du Docteur Neville une légende. C’est une belle fin dans un sens, car elle fait triompher la foi (il s’agit bien de foi, aucun signe de religion quelconque) de la jeune femme qui croyait en cette destinée. On se croirait rendu chez Shyamalan avec ces éléments imbriqués qui apportent une sorte de happy-end. Ici, l’élément majeur c’est le papillon. Revendiqué à de nombreuses reprises par sa fille, se trouvant souvent sur des murs, des oreillers avant de se trouver en tatouage sur la jeune créature et sur le plexiglas près à lâcher. C’est bien beau tout ça mais c’est oublier totalement la possible intelligence de la créature. Ou alors c’est qu’elle serait intégralement habitée par la vengeance et plus du tout par le désir ce reprendre son amie. Enfin quoiqu’il en soit il manque quelque chose, une simple subtilité aurait suffi, un signe qui prouverait que la créature aurait des sentiments, mais que l’homme ne serait pas capable de les comprendre. Ce qui en aurait fait un unhappy-end évident, où la société des hommes serait sans doute après cette hécatombe encore plus égoïste qu’elle ne l’est aujourd’hui. Mais voilà, il a fallu qu’il y ait une fin alternative, j’étais tout excité à l’idée d’y trouver peut-être mon compte cette fois. Que dalle ! Disons que Lawrence va beaucoup trop loin avec cette fin. Il nous rend témoin d’une prise de conscience de l’homme face à la véritable identité de ces créatures, et donc d’une entente, on est presque pas loin d’une cohabitation. Faut-il rappeler que sa famille et son chien ont elles-aussi été tuées. Robert Neville a une rage contre eux c’est évident (Pour rappel la scène suicidaire où il est en voiture et tente les écraser en troupeau), alors pourquoi ne pas l’avoir garder ? Et puis la dernière scène en voiture, où la jeune femme parle d’espoir ne m’a pas convaincu non plus. Bref, un mix entre les deux fins aurait été intéressant. Dans l’état, je préfère, nettement la première. Elle est ratée et ne tient pas la route. Mais elle a au moins le mérite de ne pas prendre le spectateur pour un con comme le fait la seconde.

     D’une manière générale le film devient moins bon après la mort de la chienne (magnifique moment où l’on découvre que le chien est une chienne, lorsque Neville l’appelle Samantha, dès l’instant qu’elle s’est fait mordre, et non Sam comme il le faisait depuis le début du film), il s’embourbe dans sa propre originalité, fait intervenir de nouveaux personnages et accélère un peu trop sa cadence. Il s’américanise. Pendant une heure, I am legend est un grand film de genre, superbement mis en scène. Pris dans son ensemble, on dira qu’il est correct, mais dont la magie s’essouffle.

123

Catégories

Archives

octobre 2010
L Ma Me J V S D
« sept   nov »
 123
45678910
11121314151617
18192021222324
25262728293031

Auteur:

silencio


shaolin13 |
Silyvor Movie |
PHILIPPE PINSON - ... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Playboy Communiste
| STREAMINGRATOX
| lemysteredelamaisonblanche