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Archives pour 6 décembre, 2010

Deux jours à tuer – Jean Becker – 2008

deux-jours-a-tuer   3.5   J’étais surpris de voir à quel point fonctionnait plutôt bien la première partie du film. Tout est relatif évidemment, on est chez Jean Becker, très souvent les dialogues sonnent faux, la mise en scène est sans extravagance, généralement en champ/contrechamp et les mots des uns arrivent en réponse à ceux des autres du tac au tac, sans donner de vie, sans passer au-delà de l’écriture. Deux jours à tuer ne déroge pas à cette règle, pourtant pour la première fois j’ai l’impression que Becker a voulu un peu faire son Blier, qu’il en a eu marre de ses gentils personnages habituels, toujours bien dans leurs pompes, toujours irréprochables même quand ils ne sont pas aimables. Non cette fois-ci il s’agit d’un homme qui décide du jour au lendemain de tout envoyer balader. Sans doute qu’il s’est réveillé un matin, et qu’un excès de clairvoyance lui a permit de se rendre compte de la vacuité de son existence. Un bon boulot fait de mensonges qui lui rapportent gros, une jolie petite femme au foyer, deux enfants, des amis qui ne parlent que de leurs réussites, tout ça il en a soudainement tellement marre qu’il envoi tout bouler de façon assez jubilatoire à défaut d’être comique. Oui, car c’est fait méchamment, à la manière de Dewaere dans Coup de tête, mais c’est différent car les gens autour de lui ne lui ont pas fait grand chose si ce n’est d’avoir été comme lui, de l’avoir suivi, de l’avoir aimé. Le film marche donc un temps parce qu’il surprend, il est limite malsain, comme durant ce repas de famille où il critique un à un les dessins que ses enfants lui ont offerts pour son anniversaire, ou encore lorsque dans une fête lui étant concerné, il déballe ses quatre vérités à ses amis convives les humiliant tour à tour, jusqu’à sa propre femme. Je n’aime pas ce que cherche à dire le cinéaste avec ce personnage pour lequel il espère que l’on va s’attacher, mais je me dis que quelque chose peut émerger de tout ça. Non, le gros problème c’est la deuxième partie du film, c’est le revers de la médaille, celui qui montre la véritable identité de Becker. On découvre un Dupontel qui a tout lâché pour retourner voir son père en Irlande, qu’il n’avait pas vu depuis trente ans, ce père qui avait fui tout comme lui le domicile familial à l’époque et ne fait dorénavant que pêcher à la mouche. Deux trucs fondamentaux me répugnent alors au plus haut point. On apprend d’une part, dans les cinq dernières minutes, que cet homme (Dupontel) est malade, comme un twist, qu’il a fait tout ça parce qu’il n’avait plus que quelques jours à vivre. Manipulation affective et donc narrative depuis le début, et le film tombe dans un atroce pathos, c’est une chose. Mais le pire c’est ce que cherche à dire Becker : Cet homme a envoyé balader tout son entourage c’était dans son droit, mais c’est cette façon de le faire qui est finalement plus que disgracieuse, carrément répugnante. Sauf que la fin permet une inversion des choses, avec la présence du père qui ne répondait jamais aux lettres de ses petits enfants : Tout cela n’était que mascarade mais comme cet homme était malade il ne faut pas trop lui en vouloir, il a agit dans le bien de tous. D’autant plus sale lorsque le film se termine sur les retrouvailles du grand-père venu annoncer la mort de son fils auprès d’une famille qu’il ne connaît pas, et sur ce dernier plan d’une femme qui pleure, parce qu’en fin de compte c’est elle la coupable. Becker n’avait en fait rien à dire de nouveau, il s’est fait passer pour le méchant loup pendant les trois quarts de son film pour ne déboucher que sur son habituel cinéma de misère et réac, déballant son couplet pantouflard sur la vieillesse et la mort.

La rafle – Roselyne Bosch – 2010

la-rafle_541363« On pleure pendant La Rafle parce que… on ne peut que pleurer. »   

   1.0   La base du projet : raconter les faits tragiques de la rafle du Vel d’Hiv. Il n’existe rien de plus noble. Encore faut-il le faire avec modestie, c’est une première chose. Ce qui n’est pas le cas de Roselyne Bosch qui décide d’asséner son discours didactique sous des pluies de performances et de violons incessants. On voit beaucoup les personnages pleurer, certains ne le font pas très bien. La réalisatrice tente aussi de faire des beaux plans comme celui de grue dans le vélodrome, c’est assez gerbant, d’autant que c’est très vite du numérique c’est flagrant. Et pour accompagner tout cela, une musique ronflante, lancinante qui revient sans cesse lors de sursauts dramatiques, le bouquet final à la toute fin du film en est l’exemple parfait. Parlons de cette fin justement : Pouvait-on faire pire ? Roselyne Bosch détruit l’ampleur tragique de la Shoah ni plus ni moins, en choisissant de faire revenir certains des  personnages, le premier parce qu’on l’a vu s’évader (là ça tient encore la route) le second parce qu’il semble être tombé du train. Tout cela intervient trois ans plus tard, lorsqu’une jeune infirmière qui s’est occupé de ces gosses au vélodrome puis dans le camp de Beaune, réapparaît post Armistice lors des retrouvailles (applaudit par tout le monde, on croit rêver) pendant que d’autres pleurent leurs enfants défunts. En tant que reconstitution ce n’est déjà pas réussi (il faut voir comment elle rend les quartiers pauvres de Montmartre, bien vivants, sympathiques, où il fait bon vivre ; et puis surtout il faut voir les vêtements des juifs tout au long du film, presque propres, simplement noircis au niveau de l’étoile jaune) mais en tant que rappel du drame (au sens où il ne faut pas oublier, jamais) c’est complètement à côté de la plaque.  Non, finalement, Roselyne Bosch invite à oublier cette page de l’histoire. En tout cas c’est comme cela que le verrons les enfants (car c’est à eux que le film se destine ça ne fait aucun doute) à travers les yeux du petit Nono. Quant à l’habillage du film, parce que la réalisatrice ne s’est pas contentée de faire un mélo que l’on vivrait intégralement du côté des victimes, il est d’autant plus atroce dans son traitement extérieur, entre les entrevues Pétain/Laval affligeante de naïveté, les quelques scènes avec Hitler, assez risible, et la présence dans tout ça d’une dichotomie Police/Pompier méchants/gentils carrément navrante. La scène des lances à incendie c’est un peu celle des douches dans La liste de Schindler, et se répercute à la toute fin lorsqu’on prend le parti d’occulter les drames réels de la Shoah en montrant des retrouvailles ou en disant dans un bandeau final que même s’il y a eu 13000 juifs emportés par cette fameuse rafle, la population française a tout de même permis à presque autant d’autres de ne pas partir. Ce n’est tellement plus le propos du film c’est désolant. C’est un film d’idées, d’intentions, parfois bonnes même, mais qui se noie dans le contraire de ce qu’il voudrait vraiment montrer. L’illustration parfaite de tout ça ce sont les acteurs. Comment croire que Gad Elmaleh en ancien combattant, Mélanie Laurent en infirmière protestante et Jean Réno en infirmier juif donnent une certaine idée vraie de cette page tragique de l’histoire. On n’y croit jamais. Et c’est complètement anachronique. Comme tout le reste ! Reste une belle reconstitution du camp de Beaune (enfin tout est relatif) dont on se demande s’il est fait en France, que le générique viendra confirmer notre hypothèse en laissant défiler des noms de lieux de pays de l’est. Même jusque là Roselyne Bosch n’a rien fait comme il fallait.


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