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Archives pour décembre 2010



La rafle – Roselyne Bosch – 2010

la-rafle_541363« On pleure pendant La Rafle parce que… on ne peut que pleurer. »   

   1.0   La base du projet : raconter les faits tragiques de la rafle du Vel d’Hiv. Il n’existe rien de plus noble. Encore faut-il le faire avec modestie, c’est une première chose. Ce qui n’est pas le cas de Roselyne Bosch qui décide d’asséner son discours didactique sous des pluies de performances et de violons incessants. On voit beaucoup les personnages pleurer, certains ne le font pas très bien. La réalisatrice tente aussi de faire des beaux plans comme celui de grue dans le vélodrome, c’est assez gerbant, d’autant que c’est très vite du numérique c’est flagrant. Et pour accompagner tout cela, une musique ronflante, lancinante qui revient sans cesse lors de sursauts dramatiques, le bouquet final à la toute fin du film en est l’exemple parfait. Parlons de cette fin justement : Pouvait-on faire pire ? Roselyne Bosch détruit l’ampleur tragique de la Shoah ni plus ni moins, en choisissant de faire revenir certains des  personnages, le premier parce qu’on l’a vu s’évader (là ça tient encore la route) le second parce qu’il semble être tombé du train. Tout cela intervient trois ans plus tard, lorsqu’une jeune infirmière qui s’est occupé de ces gosses au vélodrome puis dans le camp de Beaune, réapparaît post Armistice lors des retrouvailles (applaudit par tout le monde, on croit rêver) pendant que d’autres pleurent leurs enfants défunts. En tant que reconstitution ce n’est déjà pas réussi (il faut voir comment elle rend les quartiers pauvres de Montmartre, bien vivants, sympathiques, où il fait bon vivre ; et puis surtout il faut voir les vêtements des juifs tout au long du film, presque propres, simplement noircis au niveau de l’étoile jaune) mais en tant que rappel du drame (au sens où il ne faut pas oublier, jamais) c’est complètement à côté de la plaque.  Non, finalement, Roselyne Bosch invite à oublier cette page de l’histoire. En tout cas c’est comme cela que le verrons les enfants (car c’est à eux que le film se destine ça ne fait aucun doute) à travers les yeux du petit Nono. Quant à l’habillage du film, parce que la réalisatrice ne s’est pas contentée de faire un mélo que l’on vivrait intégralement du côté des victimes, il est d’autant plus atroce dans son traitement extérieur, entre les entrevues Pétain/Laval affligeante de naïveté, les quelques scènes avec Hitler, assez risible, et la présence dans tout ça d’une dichotomie Police/Pompier méchants/gentils carrément navrante. La scène des lances à incendie c’est un peu celle des douches dans La liste de Schindler, et se répercute à la toute fin lorsqu’on prend le parti d’occulter les drames réels de la Shoah en montrant des retrouvailles ou en disant dans un bandeau final que même s’il y a eu 13000 juifs emportés par cette fameuse rafle, la population française a tout de même permis à presque autant d’autres de ne pas partir. Ce n’est tellement plus le propos du film c’est désolant. C’est un film d’idées, d’intentions, parfois bonnes même, mais qui se noie dans le contraire de ce qu’il voudrait vraiment montrer. L’illustration parfaite de tout ça ce sont les acteurs. Comment croire que Gad Elmaleh en ancien combattant, Mélanie Laurent en infirmière protestante et Jean Réno en infirmier juif donnent une certaine idée vraie de cette page tragique de l’histoire. On n’y croit jamais. Et c’est complètement anachronique. Comme tout le reste ! Reste une belle reconstitution du camp de Beaune (enfin tout est relatif) dont on se demande s’il est fait en France, que le générique viendra confirmer notre hypothèse en laissant défiler des noms de lieux de pays de l’est. Même jusque là Roselyne Bosch n’a rien fait comme il fallait.

Le sang des innocents (Non Ho Sonno) – Dario Argento – 2002

Le sang des innocents (Non Ho Sonno) - Dario Argento - 2002 dans Dario Argento sang-des-innocents-10-gMi casa tu casa.

   6.0   J’ai de la tendresse pour ce film de Dario Argento – Bien qu’il soit situé dans une période où le maître du giallo n’est plus que l’ombre de lui-même. L’histoire est passionnante : Giacommo Gallo a vu jeune sa mère se faire tuer atrocement (à coups de clarinette) et l’on a parait-il retrouvé le tueur, qui n’en était pas à son premier coup. On appela ça l’histoire du nain, le tueur étant vraiment petit. Vingt ans après, de nouveaux crimes sont similaires à ceux-ci et l’enquêteur d’hier (Max Von-Sydow) reprend du service, surtout qu’il avait juré au jeune Gallo qu’il retrouverait l’assassin de sa mère.

     Il faut voir comment le film est construit. Il y a cette introduction, classique. Une intro de giallo, quoi. Puis on suit une femme, qui va se faire liquider dans un train, scène terrible. Ensuite une autre jeune femme, qui va se faire poignarder dans sa voiture. Puis une autre jeune femme que le tueur va noyer scrupuleusement. 40 minutes de film et on ne sait toujours pas sur quel héros ni sur quelle figure se reposer, c’est génial. Limite expérimental.

     Ensuite c’est plus classique, c’est très basé sur l’enquête, on dirait presque du Seven (pour la longue série à accomplir) et on retrouve pour l’ambiance sonore le Argento de Suspiria. La scène où il filme en travelling plongé un tapis où l’on voit les pieds de nombreuses personnes venues pour un spectacle, scène qui s’étire longuement, puis entre dans une pièce, une autre, et l’on voit l’ombre des pieds d’une fille, l’ombre d’elle en train de se faire étrangler, puis ses pieds… est une scène absolument jouissive. C’est un peu le maître mot du cinéma de Dario Argento : jouir, jubiler, s’éclater. Bien qu’il y ait quelques minutes en trop, le film fonctionne plutôt bien.

Date limite (Due date) – Todd Phillips – 2010

Date limite (Due date) - Todd Phillips - 2010 dans Todd Phillips Due+Date+Film

Les chèvres.    

   4.0   On prend (presque) les mêmes et on recommence. Todd Phillips semble avoir trouvé le bon filon : le road movie accéléré, à échéance, où il ne faut pas arriver en retard. Very bad trip montrait trois amis d’un type dont c’était le mariage imminent, qui lui organisaient son enterrement de vie de garçon à Vegas avant de le perdre dans une nuit mémorable mais dont ils ne se souviennent de rien.

     Dans Date limite, Robert Downey Jr. doit regagner la côte ouest pour assister à l’accouchement de sa femme, mais il est quelque peu retardé par une sorte de Pierre Richard, dont il fait malencontreusement la rencontre à l’aéroport, juste avant d’embarquer. C’est d’abord un arrachage de portière, puis un échange de sac, puis très vite une interdiction de vol. Et le voilà contraint de faire 3500 km en bagnole avec ce type à ses côtés, qui ne cesse de lui poser des questions, s’endort au volant, se masturbe la nuit sous son nez et adopte une démarche qu’Aldo Macione et le Serrault de La cage aux folles pourraient envier.

     Un film de dimanche après-midi. Rien de plus. Qui adopte un bon rythme et une bonne flopée de situations abracadabrantesques (l’accident de voiture, le café cendré) comme autant d’étapes improbables raccourcissant la possibilité d’arriver à temps à Los Angeles – Ou à Hollywood comme le répétera maintes fois son acolyte. Le film ne faiblit jamais, il est à l’image du précédent. Après, nombreuses situations sont hyper prévisibles, comme c’était déjà aussi un peu le cas dans le précédent qui gagnait cependant sur un tableau : sa fin. Hilarante. La fin de Date limite est quand même pas terrible.

     En tout cas c’était bon de voir quelques guest stars inattendues comme Jamie Foxx, en ami peut-être trop sympa que l’on soupçonne très vite être le père de cet enfant qui va venir, ou encore Juliette Lewis en mère dealeuse déjantée, comme un rôle synthèse de sa carrière. La musique aussi est top : de Neil Young à Pink Floyd, en passant par Fleet Foxes. Ouai, c’est cool. Mais c’est tout.

La maison des bois – Maurice Pialat – 1971

11.La maison des bois - Maurice Pialat - 1971My childhood.    

   10.0   J’ai cette belle sensation que le film ne me quittera jamais, qu’il est déjà bien ancré dans ma mémoire, que je me souviendrai de cette maison, ce village, ce petit garçon pour toujours. J’ai beaucoup pleuré, de tristesse bien sûr, surtout dans le dernier tiers du film, mais de bonheur aussi, parce que je trouvais ça magnifique tout simplement. La scène du pique-nique en est l’illustration parfaite je crois : il n’y a rien de dramatique durant ce long moment, tout est affaire de joie, d’amusement avec en parallèle les mamans condamnées à faire le chemin à pied parce que leurs lettres ne sont pas arrivées. Ce n’est pas triste, c’est même très drôle, d’ailleurs il y a une scène où toutes deux, très remontées, laissent échapper un fou rire nerveux, je n’avais jamais vu quelque chose de ce genre dans un film. Il y a donc cette scène de pique-nique, comme substitution éphémère à ces peines quotidiennes, le départ au front de Marcel, cet enfant sans nouvelles de ses parents. Dans le même registre, ce qui doit d’ailleurs être ma scène préférée, il y a ce moment suspendu là-aussi (il y en a énormément dans La maison des bois) où les trois enfants, Hervé, Bébert et Michel jouent avec leur ‘grande sœur’ Marguerite à deviner les cris d’animaux en les imitant plus ou moins bien. Et le film regorge comme cela d’instants miraculeux, ce genre d’instants qui resteront gravés dans ma mémoire.

     Car La maison des bois pourrait tout aussi bien être plombant, il est au contraire lumineux, sincère et surprenant. La première guerre mondiale se passe puis se termine, il y a ceux qui disparaissent et ceux qui restent. C’est dans ce déchirement que tout devient beau, sensible, ce garçon appelé qui ne reviendra pas, ces familles que la guerre fait éclater puis à sa fin les reconstruit en en éclatant alors une nouvelle. Il n’y a pas plus de bonheur après la guerre (ou alors il est bref, le temps d’une journée d’Armistice) qu’il y en avait pendant. A l’image de Maman Jeanne, attachée aux enfants qui ne sont pas d’elle plus qu’aux siens, dira son mari Albert, et elle de répondre que c’est simplement parce que les uns sont grands, les autres il faut encore s’en occuper. La guerre permet à Jeanne de vivre, de s’épanouir, ce n’est qu’après celle-ci qu’elle mourra, séparée de son grand fiston que la guerre lui a pris, bientôt séparée de sa fille qui s’apprête à vivre sa propre vie, mais surtout de ses bouts de choux de retour dans leurs familles d’origine, donc sans plus aucune raison de rester parmi les vivants. Tout est magnifique jusque dans les nuances. Nuances apportées aussi dans la classe, dont Maurice Pialat s’est attribué le rôle délicat de l’instituteur.

     Ce film est un poème. Il parle finalement plus de la vie et de l’enfance que de la mort. La preuve, dans ce dernier épisode, Pialat choisit de montrer Hervé, de montrer Paris, il ne montre pas vraiment l’absence d’Hervé dans La maison des bois, il aurait pourtant bien pu le faire. Les dernières minutes sont probablement les plus belles et tristes que j’ai vu de ma vie. Comme le format utilisé est celui de la télévision on pouvait craindre que la commande s’en ressente, que Pialat ne fasse plus vraiment du Pialat. Au contraire, c’est même du Pialat puissance 10, et un beau passage de relais entre L’enfance nue et Nous ne vieillirons pas ensemble. Il est aussi question d’adaptation de l’enfant (nous suivons Hervé en permanence) et de couples qui se déchirent (Le père et la mère d’Hervé, qu’on ne voit pas, puis son père et sa nouvelle femme auquel on assiste dans la dernière partie du film). C’est un film sur les familles déchirées, recomposées, sur ces instants de bonheur qui ne se reproduiront plus, des gens qui vivent ensemble et que l’on sépare. Des vies que la guerre a détruit. Mais c’est surtout, à mes yeux, le plus beau film sur l’enfance.

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