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Archives pour 12 janvier, 2011

A nos amours – Maurice Pialat – 1983

51Suzanne.   

   8.5   Maurice Pialat disait lui-même de A nos amours et du personnage interprété par Sandrine Bonnaire « La clef du personnage de Suzanne est cette phrase qu’elle dit ‘J’ai peur d’avoir le cœur sec’. Elle a seize ans au début, son incertitude est normale. Mais le film se passe sur deux ans et, à la fin, elle n’a pas changé, on peut s’inquiéter ». Tout se joue sur ce point là, sur l’évolution du personnage central. La jeune femme découvre la vie, c’est la fin de l’adolescence, elle découvre le sexe et décide de mettre un terme à la belle histoire qui la liait à son petit-ami, histoire que l’on peut imaginer de longue date. Elle couche alors à droite et à gauche, avec des cons puis des types plus sympathiques mais ça ne dure qu’un soir, jusqu’à ce qu’elle rencontre le bon, qu’elle se marie puis qu’elle le lâche pour aller avec un autre. C’est dans cette découverte et cette non-évolution qui s’ensuit que le portrait de Suzanne est passionnant. Elle ne paraît pas se poser les bonnes questions et semble se heurter à des hommes qui l’aiment mais qu’elle ne prend pas le temps d’essayer d’aimer.

     Et puis il y a le foyer familial dans A nos amours, il n’est pas simplement un décor, il est aussi déclencheur du comportement de la jeune femme. Elle semble proche de son père mais celui-ci n’est pas bien. Il s’apprête à quitter le foyer mais il comptait lui en parler avant, dans une séquence fabuleuse où il se rend compte que sa fille change, qu’elle n’est plus la même depuis quelques temps (Oui, elle est devenue femme du plaisir) et cette fossette sur sa joue qui a disparu. Dans cette scène il y a énormément d’amour ça se sent, mais ce n’est pas vraiment montré, au contraire, Suzanne semble lointaine, déjà détachée de toute réalité, n’évaluant pas encore les conséquences du départ imminent de son papa. Le climat familial jusqu’ici froid, silencieux, manquant d’amour concret, devient alors lieu de violence, de dissensions en tout genre, entre une mère et sa fille, l’une acceptant difficilement que l’autre vive sa vie de cette façon là, la seconde méprisant totalement sa mère, en train de s’abandonner à solitude et à la non prise en charge de soi. Et il y a le grand frère, joué par un étonnant Dominique Besneard, improvisé en nouveau chef de famille, qui tente de joindre les bouts, mais ne fait jamais rien comme il faut, protégeant l’une tout en frappant l’autre.

     C’est un film à fleur de peau, comme c’est souvent le cas chez Pialat. Avec des destinées de personnages, d’êtres humains qui n’arrivent plus à vivre ensemble, qui ne peuvent plus se supporter, mais qui s’aiment dans le fond toujours beaucoup. Ce sont des idéologies de vies différentes tout simplement, des idées qui ne peuvent plus cohabiter, à l’image de ce dernier repas avec le retour du père (bouleversant Maurice Pialat) qui déballe son sac devant des convives. Quand une jeune femme découvre son corps et s’aime à jouer avec, qu’un frère est trop canalisé par son travail pour comprendre son entourage, qu’une mère aveuglée aimerait que chacun se sente bien à la maison, un père ne supportant plus ce climat invivable décide de tout plaquer, voilà ce que ça peut donner. A nos amours a beau être un film sur la découverte de l’amour, mais davantage au sens sexuel que sentimental, c’est aussi et surtout un film sur la souche familial au bord de l’explosion. C’est éprouvant mais c’est somptueux.

My joy (Schastye Moye) – Sergey Loznitsa – 2010

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La terre de la folie.    

   7.5   A l’heure où l’on commence un peu partout à dresser les bilans de l’année qui se termine, certains films arrivent encore à se hisser vers les sommets, rejoindre ceux que l’on considérera comme des œuvres marquantes. C’est à mon sens le cas de My joy de Sergei Loznitsa, ovni cannois, adoré ou archi-détesté qui suit les périples d’un jeune homme, qui transporte une cargaison de farine en Russie, effectue diverses rencontres et s’engouffre dans un pays enneigé, fantomatique et violent principalement dominé par l’idée du pourrissement et de la mort. Bref, un film à cent lieux de ces réconciliations avec soi-même, avec son pays, comme on en voit chaque semaine. Le film de Loznitsa, dont c’est le premier long-métrage de fiction –c’est d’autant plus fulgurant – est un brûlot qui fait mal. Mais pas vraiment pour asséner une didactique, faire éclater des vérités, rendre compte d’une déchéance humaine dans tel ou tel lieu, non, My joy agit avant tout comme simple expérience, comme voyage initiatique, au travers d’un pays qui n’a que dégoût comme surprise. Dans la première scène du film, des tracteurs soulèvent des tonnes de terre. Un corps est transporté et jeté dans une fosse cimentée. Tout est recouvert, le film peut continuer. Il est déjà d’entrée de jeu question de cadavre. C’est en se radoucissant dans un premier temps que My joy s’en va chercher dans un crescendo déstabilisant et perturbant des séquences terribles, de violence froide Hanekienne. Mais il n’y a pas cet enfermement qui est un moteur pour le cinéaste autrichien, ici on est constamment dans l’idée du voyage, de la traversée, du mouvement géographique. Tout se joue dans ce fin paradoxe, surprenant d’étouffement par la durée du plan, plus que par l’espace cadenassé. Un moment donné, il y a une scène très forte, un contrôle de police. Loznitsa joue énormément sur les possibilités du regard. Il y a du mouvement devant nous, il y a aussi un dialogue qui accompagne cette scène, mais il y a du mouvement plus loin, avec ce flic qui contrôle cette jeune femme, il y a du mouvement au loin, la nature, un homme qui passe, il y a du mouvement dans les rétroviseurs. Le film a sa respiration. Et c’est elle qui va le mettre sens dessus dessous, un peu plus tard. Après une nouvelle rencontre – le film tient comme objet de fascination pour ces rencontres d’ailleurs, les trois premières essentiellement, simples, limpides, inquiétantes avec des policiers corrompus, un ancien combattant de l’armée rouge, puis avec une jeune prostituée – l’homme s’engouffre dans un village et affronte les visages des habitants pendant un marché, des regards marqués, presque éprouvants qui apparaissent comme les premiers signes d’un changement, d’un égarement. Plus tard, dans le désert d’un champ, au beau milieu d’une forêt, en pleine nuit, l’homme se perd, bientôt assommé par des types venus à la base le piller. Le film effectue alors un virage violent. Il nous perd sans nous perdre. Il perd de son cheminement simple linéaire, il gagne en tension, fascination et pure expérience physique. Il laisse un temps son personnage, s’intéresse à d’autres, puis le retrouve, changé, et continue d’avancer avec la mort comme fil rouge, comme autant de rebondissements étranges qui peuplent chaque rivage du film. Il n’y a plus de limites, plus de repères, c’est à peine si l’on arrive à reconnaître notre personnage, qui semble perdre sa personnalité et en gagner d’autres, celle de ceux qu’il croise, qui le recueillent, qu’il tue ou qu’il voit mourir. Des lieux qui reviennent parfois, sans que l’on sache vraiment pourquoi. Peut-être même des évolutions à diverses strates de temps. Inutile de parler de la fin, absolument incroyable, qui donne l’impression que le film décolle à nouveau avant de s’éteindre violemment sur un homme s’engouffrant sur une route, vers le noir. Loznitsa n’aura eu de cesse de le faire plus de deux heures durant, s’engouffrer vers l’inconnu, dans le noir, se libérant des contraintes temporelles, des repères cinématographiques habituels. Rien que narrativement le film a quelque chose de nouveau, il fascine. J’ai vu le film il y a plus d’une semaine lorsque j’écris ces lignes, et je n’arrive plus à reconstruire un ordre précis dans les séquences dont je me rappelle, qui m’ont le plus marqué. Il n’y a plus rien qui ne fait vraiment sens dans mon souvenir. D’autant plus étrange pour un film comme celui-ci, d’apparence très simple, qui peu à peu prend des aiguillages nouveaux. Et comme si ça ne suffisait pas, cette étrangeté que l’on vit durant la projection, ce sentiment de gêne, de mal aise, d’angoisse mais aussi de flottement, s’est perpétué pour moi après le film : My joy est enneigé, cette neige est le poids du film. Quand je suis sorti, la neige devait tomber chez nous depuis un moment, elle était absente à mon entrée dans la salle, elle recouvrait alors tout. C’était comme un prolongement au film. Moi aussi j’empruntais des rues sinueuses, marchant dans la poudreuse, pour rentrer. J’étais devenu le personnage, un peu, un temps.

Les demoiselles ont eu 25 ans – Agnès Varda – 1993

Les demoiselles ont eu 25 ans - Agnès Varda - 1993 dans Agnès Varda Les-demoiselles-ont-eu-25-ans-setfoto-300x219 Merveille d’appendice.  

   7.0   Catherine Deneuve dit quelque chose d’important dans le film : que c’est une fête, comme l’était le film en 1966, qu’il faut le revivre ainsi et tenter de ne pas se laisser gagner par la mélancolie, mais que plus que tout autre chose il s’agit d’un film sur la mémoire, le souvenir d’un film vieux de 25 ans. Elle a bien résumé le travail d’Agnès Varda. On pourrait même ajouter un intérêt supplémentaire, celui de s’intéresser et de produire les images du travail de Jacques Demy, qui s’était totalement investit dans ce projet, mais aussi le plaisir de faire la rencontre au présent d’acteurs, figurants ou techniciens, pas forcément ceux que l’on se souvient en repensant ni même en revoyant Les demoiselles de Rochefort. C’est donc, avant tout, une ode à Rochefort et à l’influence des Demoiselles de Demy sur Rochefort. C’est à la fois un making off un peu spécial puisqu’il est cinématographique (dans le sens où il intègre parfaitement la filmographie d’Agnès Varda), mais aussi un reportage ou la parole est donnée. On y découvre le travail sur certaines séquences, notamment des discussions entre le cinéaste et Gene Kelly, ou encore des répétitions avec Deneuve et Dorléac. Et puis à côté de cela, entre de nombreuses images de Rochefort aujourd’hui (le plaisir de Varda est, nous dira t-elle, de filmer les habitants, ce qu’elle préfère) quelques personnages qui se souviennent, des quatre motards de la place Colbert aux deux enfants qui effectuent de brefs pas de danse avec Gene Kelly. Et puis aussi quelques mots de Jacques Perrin, Michel Piccoli voire même Agnès Varda elle-même. L’ambiance est à la fête même si celle-ci est entrecoupée de moments mélancoliques et forts, lorsque sont évoquées les inaugurations de noms de place ou d’avenue, Jacques Demy ou Françoise Dorléac. C’était cela dont parlait Catherine Deneuve. Parce que sa sœur a disparu dans un accident de voiture peu après le tournage du film et que Jacques Demy est décédé tout récemment. Il fallait l’évoquer, Varda le fait avec la manière, en s’intéressant davantage aux images qu’ils nous laissent d’eux. Et puis il y a encore d’autres instants fabuleux comme cette scène entièrement filmée, où Demy enfile un pull-over, dans un rythme qui n’appartient qu’à lui, dit Agnès Varda. S’intéresser à ces petits riens qui nourrissent la mémoire de chacun, s’intéresser aux détails de la vie. N’était-ce déjà pas le principe et sujet même des Demoiselles de Rochefort, toujours finement écrit et passionnant ? La proposition d’Agnès Varda fait un peu fouillis, mais c’est un fouillis qui me plait, j’aime chaque seconde de son film, même quand elle reprend certaines séquences du film de son mari. Il y a une sensation très intense, mais ce n’est pas une mauvaise émotion, c’est vraiment pour la mémoire, pour agrémenter le chef d’œuvre de Jacques Demy pas tant pour le compléter mais plutôt pour donner immédiatement envie de s’y replonger. Et c’est magnifique.


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