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Archives pour 16 janvier, 2011

Los – James Benning – 2001

LosLost in the dream.   

   8.0   C’est une suite de plans de Los Angeles. Celui que l’on ne connaît pas, ou que l’on connaît moins. Le film s’appelle Los. Anges a disparu. Comme si Benning voulait dès le titre s’éloigner des stéréotypes que la ville laisse au cinéma. C’est peut-être cynique, pourtant c’est ce qui semble le plus vrai, le plus proche de la réalité donc le moins éloigné de ce faux rêve. Une suite de 35 plans au total. Et Los Angeles devient une ville comme une autre, multiple, fascinante. Et pourtant c’est en lui offrant cette forme ci que Benning la rend si singulière. Le seul reproche que je pourrais faire au film  - ou tout du moins ce qui m’en éloigne un peu – c’est qu’il a déjà été fait : il s’agissait de New York, c’était Chantal Akerman, avec son chef d’œuvre News from home. De grandes similitudes entre les deux films. Pourtant, du statisme, de cette froideur qu’en tirait Akerman, Benning continue d’expérimenter à sa façon, avec des durées de plans régulières, sans accorder pour autant plus d’importance à l’un qu’à l’autre, en se focalisant surtout sur l’apparition, la disparition, peut-être aussi davantage sur la variation. D’un quartier résidentiel il enchaîne sur une raffinerie de pétrole. D’une route désertique on passe à une casse de voitures. Un chantier, un immense panneau publicitaire, pour terminer sur l’océan. Il y filme des présences. Des choses abandonnées. Regarder un film de James Benning c’est voyager. Non pas avec un guide, ni selon une quête d’idéal via des défilés de carte postale mais en y débusquant des lieux inconnus, dotés d’un mouvement particulier, une émotion chaque fois nouvelle, des lieux sur lesquels on ne prend pas le temps de s’arrêter ni d’observer.

Ruhr – James Benning – 2010

Ruhr - James Benning - 2010 dans * 2010 : Top 10 CM+Capture+2

Das experiment.    

   9.5   7 plans fixes. Deux parties. La première contenant les six premiers plans.

     Premier plan. Un tunnel, très peu de passage. Quelques voitures, un camion, un cycliste. Une source lumineuse sous la forme d’un éclair. Un virage dans le fond, ligne de fuite vers le centre comme c’est régulièrement le cas. Une impressionnante maîtrise sonore, en écho ou étouffée. Tout est gris, cloîtré, c’est inquiétant. Avant le passage des véhicules on croit entendre les bruits d’un métro, comme s’il était à côté, ou pire, des tremblements de terre. Tout se joue donc hors du plan. La menace est ailleurs, dès que le véhicule apparaît on se relâche.

     Deuxième plan. L’intérieur d’une usine. On y fabrique de longs cylindres métalliques. Ils sont couleurs orange dans le fond puis disparaissent dans le côté de gauche de l’écran, grâce à une machine qui effectue un va et vient incessant d’avant en arrière. Au premier plan les cylindres sont froids, ils voyagent de gauche à droite. Un véritable balai, d’apparence ennuyant, finalement très envoûtant. Et une fois encore une ambiance sonore incroyable.

     Troisième plan. Une forêt. La caméra est inclinée, en contre plongée, on se croirait dans un Malick. Aucun mouvement. Simplement des bruits lointains d’une autoroute, d’un périphérique, le bruit des moteurs incessants. Puis, de façon surprenante, le bruit d’un moteur pas comme les autres, qui résonne, et dont le vrombissement s’accroît couvrant tous les autres sons, un bruit énorme. Le passage d’un avion, au-dessus de nos têtes. On doit être près d’un aéroport. On y voit les réacteurs puis il disparaît. L’oiseau d’acier n’est plus là pourtant il laisse derrière lui un vent violent qui secoue les arbres, y fait tomber et tournoyer les feuilles, l’automne est plus marqué ici qu’ailleurs. Le schéma va se reproduire plusieurs fois. On ne s’est pas trompé, c’est bien l’avion qui en est la cause, pas un simple vent. Rien ne bouge autrement.

     Quatrième plan. Une mosquée. Nous sommes à l’intérieur, au milieu des fidèles. L’imam commence la prière. Chacun le suit, se lève, s’agenouille, se couche, fesses en l’air. Nous sommes à hauteur de taille, comme si nous étions l’œil d’un enfant. La prière se poursuit puis se termine. Les fidèles s’en vont petit à petit. Immense travail de perception.

     Cinquième plan. Un mur au milieu d’un champ. On dirait le monolithe de 2001. Il n’est plus noir, il est recouvert de graffitis. Un homme les efface, ce doit être son travail. Minutieusement, à l’aide d’une machine très bruyante, lentement, les dessins redeviennent noirs. Un moment il s’absente, remplit sa machine d’un produit blanc et farineux. Il continue.

     Sixième plan. Un quartier résidentiel désert. Très peu de passage. Quelqu’un semble jouer du piano, ou alors c’est un disque on ne sait pas vraiment, on distingue on n’entend pas clairement. Au loin une route, ligne de fuite vers le centre encore et toujours. Un passage fréquent que nous n’entendons pas. Tout est calme. Un homme sort de chez lui et vérifie quelque chose dans le coffre de sa voiture. Une femme promène son chien. Rien de plus. Tout paraît mort, inhabité. Même la flore semble être fausse ou morte. Quelques arbres devant les maisons, alignés. Quelques buissons dont on ne sait pas ce qu’ils viennent faire là. Fin de la première partie.

     Seconde partie. Un plan unique. Il va durer une heure. Le haut d’une cheminée d’usine, immense, sombre, qui crache une fumée discrète. Le soleil sur la droite mais hors champ semble se coucher. Il éclaire cette tour sombre mais bientôt disparaît. Pendant ce temps, la cheminée se met par moments à cracher d’épaisses volutes de fumée, en son haut mais aussi de ses côtés, à l’annonce d’une sirène. Le nuage de pollution occupe alors tout l’écran. Puis tout reprend forme. Les fins nuages dans le ciel se mettent eux aussi à disparaître. Le ciel qui était bleu devient gris. Le gris d’une fin de journée. On entend comme de sourdes explosions. Ou parfois le passage d’un tracteur. On est sur un chantier mais lequel ? C’est le plan le plus long mais aussi le plus fascinant. Le jour était éclatant, bientôt la nuit aura pris place. La cheminée était marron, presque orangée, on y décelait les étages, bientôt elle sera très sombre, presque noire, sans distinction dans ses détails. L’épaisse fumée laissait par moments apparaître quelques reflets dorés, elle devient ensuite opaque puis entièrement grise, presque noire. Fin du film.

     On sait que tout est filmé dans le district de la Ruhr. Immense travail sonore. Impressionnant. Rarement un film avec un espace si réduit n’aura éveillé en moi une imagination aussi étendue, une inquiétude latente, une fascination aussi hypnotique. Ce sont des lieux, des moments que l’on ne filme pas. Tout n’est qu’apparition, répétition, disparition. Certains des plans de la première partie font écho à d’autres. Mais ils ont tous un truc qui les différencie. Le plan de la seconde partie semble être un condensé de la première, c’est assez magnifique.

13 lakes – James Benning – 2004

13 lakes - James Benning - 2004 dans * 250 13lakes

L’œil invisible.

   9.0   13 lacs. 13 plans fixes de lacs. Pour chacun de ces lacs une ligne d’horizon séparant l’écran en deux parties plus ou moins distinctes, ciel et eau. Le cinéma de James Benning remplace l’œil humain, celui qui apprivoise l’espace dans sa durée réelle, celui qui se crée un monde avec ce qu’il a devant lui, ou ce qu’il entend, ce qui n’est pas forcément visible. L’œil est donc la caméra. Et notre œil voit ce que la caméra produit comme image en temps réel.

     Dans chacun des lacs, les éléments acquièrent une importance fondamentale, ils l’accompagnent, le guident, lui offrent une lumière singulière, un mouvement bien à lui, une température, une ambiance. C’est un lever de soleil sur le Jackson Lake, son coucher sur le Lake Powell. Une fine pluie silencieuse sur le Moosehead Lake, le mouvement des glaces éparpillées sur le Lake Superior. Une légère ondulation sur le Lake Winnebago, de minces vagues qui se cassent sur les bords du Lake Oneida. C’est aussi parfois un simple mouvement des nuages, discret ou non, un orage qui gronde au fond ou encore un léger changement de luminosité.

     Dans une majorité de ces lacs, une présence humaine. Discrète comme lorsqu’un avion au loin couvre le chant des oiseaux autour du Great Salt Lake. Evidente mais hors champ quand un train franchit un passage à niveau derrière nous. Lointaine mais remarquée avec ces coups de feux en écho récurrents, comme si l’on était près d’un lieu de chasse, aux abords du Crater Lake. Un paquebot de marchandises qui traverse lentement l’écran et le Lake Superior, avant qu’un autre bateau, cette fois-ci de tourisme, ne traverse le Lake Powell, beaucoup plus rapidement, nous offrant quelques secondes plus tard une ondulation de vagues plus forte. Un pont qui file vers l’horizon, le passage des voitures, mais nous sommes trop loin pour véritablement pouvoir y prêter une attention. Ou carrément un balai de jet ski qui tracent des lignes, apparaissent au loin avant de disparaître puis réapparaître sous nos yeux avec un bruit de moteur couvrant intégralement l’immensité du Salton Sea.

     Certains lacs fascinent plus que d’autres, m’emmènent si loin que j’aimerais en profiter davantage, les observer encore, apprivoiser leur respiration, l’espace, y trouver cette énergie qui se cache. J’aime beaucoup le tout premier lac qui nous est offert, le Jackson Lake, incroyablement doux, berçant, laissant peu à peu la lumière du soleil investir les flancs blancs des montagnes de l’autre côté du lac. On voudrait s’y baigner. Plus tard, le Crater Lake est impressionnant. Un horizon surplombé d’une épaisse colline verdoyante, puis plus loin des montagnes plutôt menaçantes, se reflétant dans une eau claire et immobile offrant une symétrie absolument parfaite à l’écran. Très peu de mouvement, seulement des bruits. Les oiseaux puis les coups de feux. Un écho incessant. Mais toujours cette sensation étrange quant à cette image visible. La symétrie se met à disparaître, pas réellement, juste dans l’imagination. On a l’impression d’y voir un morceau de terre perdue en plein ciel, on se croirait soudainement dans un Miyazaki. Et toujours cette partie terreuse, grise qui menace ces arbres, cette vie, la lumière. Comme un corps laid qui tente de menacer un doux visage. Le Lake Winnebago offre lui aussi un mystère fabuleux, sans doute le plus pure de ces treize lacs. Une eau immobile, un ciel qui l’imite. Une couleur rose vers l’horizon. Quelques bruits d’animaux. On ne sait pas si le jour se lève, s’il se couche. Ces quelques minutes m’ont rappelées celles des premiers et derniers plans du film de Carlos Reygadas, Lumière silencieuse, titre que l’on pourrait d’ailleurs offrir à ce lac.

     Et puis il y a des lacs plus mystérieux, qu’il est difficile d’appréhender ni de définir. Ils sont inquiétants comme le Moosehead Lake doté d’une ligne d’horizon quasi invisible dans sa nuance de gris. On dirait un Turner en noir et blanc. Il y a cet orange lointain sur le Lake Okeechobee qui ne vient pas, progresse, laisse échapper un rideau de pluie qui n’arrivera pas non plus. Ou alors c’est un simple reflet sur le Great Salt Lake qui empêche de se concentrer pleinement sur cette île mystérieuse, bout de terre flottant au beau milieu de l’écran. Et plus que les autres le Lake Iliamna et son vent violent, qui prend sa source derrière nous, soulève des particules d’eau et s’en va disparaître vers la base des montagnes polaires en face. Même le bleu de l’eau ici est mystérieux.

     Tous ces lacs ont quelque chose de beau, de fascinant, parce qu’ils sont montrés comme si nous les regardions en temps réel, comme s’ils étaient des peintures en mouvement. C’est un délice d’assister à ces treize magnifiques spectacles pendant plus de deux heures…


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