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Archives pour janvier 2011



Potiche – François Ozon – 2010

Potiche - François Ozon - 2010 dans Francois Ozon 19534590Les jeux de société.    

   4.5   Adaptation d’une pièce de théâtre, comme l’était avant lui Huit femmes, Potiche n’est rien d’autre que du théâtre filmé. Au pire c’est insupportable et suffocant. Au mieux c’est agréable, on passe un bon moment, et même si le film cherche à dire des choses intéressantes, il ne les véhicule pas par la mise en scène, souvent absente. Heureusement, Potiche appartient à cette deuxième catégorie. Très peu au tout début du film tout de même, les premières minutes sont hideuses. Disons que d’entrée (avec cette femme qui fait son jogging, parle aux animaux, affronte un mari despote et naïvement fait tout ce qu’il lui dit de faire) la mécanique tant attendue est en marche, mode Ozon, gros sabots, pantouflard, cliché à la manière de « je ne peux pas voir tes clients, je ne dois pas faire la cuisine, mais où est ma place ? ». Pourtant c’est d’abord dans la reconstitution que le film interpelle bien avant de séduire. Tout est kitch, criard, gentiment rétro, hyper appuyé (dans le bon sens : anti-naturaliste) et le film semblerait aussi vieillot s’il avait été fait dans les années 70.

     Puis peu à peu quelque chose de savoureux, dans les rapports, la réplique commence à se créer. Lorsque le mari tente d’apaiser une grève qui le mène à être séquestré, dérailler puis faire un infarctus, c’est la femme potiche (qui fait ça si bien depuis plus de trente ans) qui est amenée à reprendre les rennes. Schéma basique et attendu encore une fois. Mais c’est grâce à sa palette de personnages que le film rebondit. Car Luchini est excellent mais ça ne suffirait pas. Il y a d’abord les interventions (comme au théâtre) de la fille, qui ramène ses problèmes de cœur dont on apprend aussi à connaître les penchants politiques, très proche de son père. Il y a l’arrivée du fiston, fils à papa d’apparence, rebelle dans les faits, qui ne veut ni parler de l’usine de son père, ni de politique (ou alors seulement la politique de l’art) mais de son aventure amoureuse (qui pourrait très bien être de l’inceste contre son gré, ça il faudra attendre pour le découvrir) et de ses choix professionnels incertains. Mais c’est en la présence de Depardieu, en député-maire communiste que le film s’envole un peu encore. Evidemment tout ça n’est que du théâtre. Mais les acteurs en l’occurrence sont excellents. On se prend au jeu même si ça fait un peu politique d’entreprise pour les nuls. On se prend au jeu même si c’est un film d’étiquettes. De toute façon ça l’était déjà sur l’affiche du film, chaque personnage portait une étiquette sur son front qui ne lui correspondait plus, comme si tout avait été bouleversé, redistribué. Et Ozon joue beaucoup de ça.

     Le problème de ce cinéaste c’est la question de la distanciation qu’il offre avec ses films. Quand il fait Huit femmes, Potiche et même Sitcom je ne vois là aucune prétention, juste la volonté d’éveiller des sujets de sociétés, un peu barrés, théâtraux mais volontairement dérisoires. Ses films plus sérieux ne fonctionnent jamais. A l’exception de 5×2 qui restera encore aujourd’hui un grand mystère pour moi. Potiche ne révolutinne pas, il ne cherche pas à le faire. On pouvait s’attendre à un film féministe un peu bateau mais même là Ozon s’intéresse à l’évolution de ce personnage dans sa prise de pouvoir et sa volonté de reprendre les rennes matriarcaux qu’elle a définitivement perdu dans son foyer (il y a une très belle scène où la femme se voit refuser l’éducation de ses petits enfants par sa fille parce qu’elle est trop laxiste). Madame Pujol, désormais élue député (sans étiquette – l’expression est marrante) s’en va chanter une hymne à la vie (on reste dans le kitch, Ozon assume) après avoir remercier ses votants et les avoir réduit à être ses propres enfants, qu’elle veut chérir et cajoler. C’est donc moins une prise de pouvoir féministe que la volonté de revivre (par la jeunesse – une femme au marché dira que la Pujol rajeunit) une situation de famille à l’échelle du monde (enfin d’abord d’une région) et c’est à mon sens ce que réussit de mieux le film.

Le regard d’Ulysse (To vlemma tou Odyssea) – Theo Angelopoulos – 1995

Le regard d’Ulysse (To vlemma tou Odyssea) - Theo Angelopoulos - 1995 dans Theo Angelopoulos regard-d-ulysse-01-g

     7.0   C’est l’Antonioni du pauvre. C’est une quête d’identité, une quête concrète mélangée à une quête spirituelle. Un cinéaste revient sur sa terre natale pour y présenter son dernier film, mais il a une obsession qu’il ne peut se défaire, il souhaiterait retrouver de vieilles bobines du début du siècle, considérées comme perdues, qui constitueraient la genèse cinématographique grecque, un film documentaire des frères Manakis. Il effectue un voyage particulièrement éprouvant dans les vestiges de l’histoire, de sa propre histoire, ses souvenirs, traversant des lieux incroyables, rencontrant des gens qui le guident, avançant à tâtons, sachant ce qu’il cherche mais pas comment, de Belgrade à Sarajevo.

     Le regard d’Ulysse est un film embrumé, comme si notre vision était obstruée avec celle du personnage, il manque sans doute un mystère plus intense, mais il y a déjà cette gravité qui plane sans cesse, renforcée dès l’instant que le personnage met les pieds à Sarajevo. C’est son abnégation qui me passionne, cette faculté qu’il a d’avancer, naïvement, découvrant un peu du monde, modestement. Et puis il y a comme des miracles. Faire le voyage clandestinement aux côtés d’une statue de Lénine morcelée sur un immense bateau. Faire la rencontre d’une femme sur les rives du Danube. Puis celle d’un homme, qui doit être celui qui détient ces fameuses bobines, le tout sous les bombes, dans un paysage du présent, dévasté par la guerre. Un homme joué par Erland Josephson, qui jouait quelques années plus tôt dans le dernier film de Andreï Tarkovski, à nouveau dans un rôle sacrificiel. Il y a une idée incroyable dans ce film, c’est la quête. Un total abandon. Comme un corps qui ne serait plus guidé par une réflexion mais par une pulsion nouvelle, qu’auparavant il ignorait. Harvey Keitel apparaît alors comme une sorte d’élu. C’est de cela dont il s’agit de toute façon. Dans cette rencontre finale, ce passage de relais, se soldant par une mort, comme si elle avait toujours été en suspens, qu’elle attendait un nouvel hôte. Le film tient son tempo, près de trois heures et des plans très longs, des personnages qui marchent lentement, caressés eux aussi par la mise en scène. Il manque sans doute une émotion, quelque chose de saisissant, une fascination démente qui rappellerait intégralement Antonioni. Il n’y a peut-être pas suffisamment de prise de risque. Mais en l’état, c’est déjà un film qui me plait beaucoup.

     Je ne pense pas avoir compris grand chose. Un peu comme avec L’éternité et un jour d’ailleurs. Le cinéma d’Angelopoulos est ampoulé par ses propres références antiques multiples. C’est bien, mais sous cette décharge symbolique il y a parfois, au-delà de l’ennui, une forme de cassure entre le magnifique rendu formel, le matériau écrit et l’émotion. De la pose. Dans L’éternité et un jour j’ai un blocage énorme à ce niveau. Avec Le regard d’Ulysse, je ne cherche pas à détecter toute la symbolique, j’aime le film en tant que voyage, il me suffit.

Les amants du Pont-Neuf – Léos Carax – 1991

Les amants du Pont-Neuf - Léos Carax - 1991 dans * 250 les_amants_du_pont_neuf_ph1

Vers la joie.    

   9.0   C’est toute la démesure du cinéma de Carax : Une histoire d’amour comme on ne l’avait jamais vu, avec tous les rebondissements mélodramatiques qu’elle engendre, des instants de bonheur suprême et une créativité en permanence, une énergie hors-norme. Paris. Alex marche on ne sait où, il semble perdu, affamé, presque un somnambule voire un zombie. Michèle aussi, mais dans le sens inverse, avec le même état d’esprit. Puis lorsque Alex s’affale sur le bitume et se frotte la tête contre le goudron, une voiture passe et lui écrase la jambe le laissant inerte là, sans assistance, il n’existe déjà plus. Michèle le voit mais ne fait rien, elle disparaît. Plus tard, Alex est dans un centre d’accueil insalubre, où la police semble entasser les sans abris. Une fois guéri (patte bandée) Alex ne souhaite qu’une chose : Retourner sur son pont. Il y verra Michèle qui y aura trouvé refuge. Mais Hanz, l’ami d’Alex, avec qui il partage le pont n’est pas d’accord pour que la jeune femme reste, il faut donc la faire partir. Alex découvre alors que la jeune femme en question peint et dessine, il est fasciné par ses travaux surtout qu’il découvre un dessin de lui. Il voudrait qu’elle fasse son portrait. Mais elle ne souhaite qu’une chose, retrouver son ami Julien. Elle est amoureuse. Bientôt Alex sera jaloux. Mais Michèle a une obsession pour ses yeux, elle perd la vue peu à peu, elle croit qu’il s’agit d’une maladie incurable, elle croit être condamnée. Un jour, Alex découvre un avis de recherche, disant que son amie peut être guérie, il ne supporte pas de savoir qu’il peut la perdre ainsi. Avant de perdre intégralement la vue, Michèle voudrait aller au musée à côté voir un tableau de Rambrandt qu’elle aimait beaucoup, Hanz l’y accompagnera la nuit, et aura accompli sa dernière initiative. Les amants du Pont-Neuf foisonne comme cela de situations nouvelles, tout le temps, il ne s’arrête jamais. Il ne cherche pas à plaindre ses personnages, il veut nous faire entrer dans leur vie, leur délire. A l’image de cette soirée festive du bicentenaire de la révolution, avec feu d’artifices, où Alex fait le spectacle en cracheur de feu, puis se noie dans l’alcool avec son amie, avec qui il vole un bateau de pompier et lui fait faire du ski nautique sur la Seine. Puis ils dansent sur le pont. Carax fait intervenir de multiples genres de musique, comme pour montrer que tout se rencontre, qu’il y a collision de tous les sentiments, dans un total abandon de soi. Il y a comme une gourmandise de tout raconter. Le film est tellement riche qu’on se demande avec le recul comment tout est rentré en seulement deux petites heures. C’est du cinéma total, ou du cinéma opéra, on voudrait que ça ne s’arrête jamais. C’est aussi un conte, celui d’une rencontre improbable entre deux paumés sur un pont, qui iront, grâce à de petits larcins, voir l’océan, mais ça ne leur suffira pas. Le corps a une présence incroyable chez Carax. Il déambule (le nombre de travelling est impressionnant), il s’entrechoque (à l’image de cette violence dans le centre d’accueil, puis sur le pont entre Hans et Marion, ou plus tard entre Marion et Alex), il sautille (Alex dans les couloirs du métro), il voltige (le saut dans la Seine), il se roule dans le sable (sur cette plage du Nord), s’égratigne (le corps d’Alex, véritable corps à plaie), il se mutile (le coup de revolver dans le doigt), il s’enlace (durant le feu d’artifice). Et faut-il évoquer le lieu du tournage ? Le Pont-Neuf, pendant la quasi-totalité du film, périmètre parisien intégralement reconstitué, et ce pont qui à l’image de nos deux amants, tombe en ruine avant de se reconstruire. La fin est un peu abrupte, imprécise, il y a ce saut dans la Seine, cette hélice, puis nos deux amants sont repêchés, une péniche qui file vers Le Havre. Carax a jonglé entre la vie et la mort dans son film, constamment, depuis que Alex marche en titubant jusqu’à ce saut suicidaire. Peut-être que le film ne finit pas bien. Mais il y a un tel éclat d’amour et de vie que l’on peut tout aussi bien penser le contraire. La fin est peut-être une projection onirique, qu’importe. Le film ne pouvait donc finir que bien.

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