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Archives pour 24 février, 2011

Frozen – Adam Green – 2011

Frozen - Adam Green - 2011 dans Adam Green frozen2306

Passe-montagne.

     7.5   Le spectateur est masochiste. Il se plait à jubiler autant qu’à souffrir. Devant un film d’horreur ou dérivés, c’est ce qu’il recherche, souffrir, rechercher ses limites, un certain dépassement de soi. Celui qui éprouverait la sensation opposée, à savoir l’attirance du bourreau, serait déjà passé de l’autre côté. Le seul plaisir du film de genre, à l’échelle animale, physique c’est celui de souffrir. Comme dans une montagne russe ! On aime envisager cette limite. Pour en revenir au cinéma, deux schémas générationnels s’impose, que je trouve assez passionnants. Le film d’horreur entièrement jubilatoire, basé sur le gore, le sursaut, l’étranger physique en fin de compte. C’est le film d’avant. Aujourd’hui, on a droit à toute une vague de films qui s’affranchissent de ces oripeaux, cherchant davantage le réel, les situations réelles, les négligences, la durée, la souffrance dans la durée, le futile, la peur de mourir installée dans un espace qui permet de la voir venir. C’est le nouveau plaisir du spectateur. Souffrir avec ses personnages. Le rire (la jubilation) n’est pas loin d’avoir disparu. L’identification ultime. Le masochisme pur.

     Voilà bien longtemps que je n’avais pas passé un moment aussi éprouvant physiquement devant un film de genre. Il faut sans doute remonter à Eden Lake. Deux ans. Je n’ai pas trouvé mieux. Et pourtant il n’y a aucune ressemblance entre les deux films, preuve que le genre a encore de belles heures devant lui. Frozen m’a rappelé deux autres films, mais j’en parlerai plus tard. Je voulais avant tout un peu parler de son déroulement, dire à quel point il est brillamment écrit, à quel point tout fonctionne à la perfection. Car meubler un film avec (presque) uniquement trois personnages, c’était pari risqué, surtout lorsque l’essentiel du décor est un télésiège en montagne. A première vue, on entre dans un film assez classique, une bande d’amis qui tente d’éviter le prix fort pour les remontées mécaniques en envoyant la jeune femme payer directement le type qui s’occupe d’une remontée, lui faire un semblant de gringue mensonger et s’en tirer avec trois tickets pour la journée. On peut se dire d’emblée, comme tous ces films qui commencent sur une insolence, un détournement des règles, que les personnages vont payer de leur vie cette petite marginalité fantaisiste. C’était le cas de la bande de potes dans Cold prey, le slasher norvégien, qui payaient leur choix de faire du hors-piste. Ce parti pris peut très rapidement offrir quelque chose de moraliste malheureusement. D’autant que lors de leur dernier passage, j’en reviens à Frozen, les jeunes forcent la fermeture du télésiège, pas méchamment, juste pour la déconne. Mais en fin de compte, le film s’éloigne tellement de ça par la suite que ce n’est jamais gênant. D’autant que cette situation que l’on attend tous, à savoir un télésiège arrêté, trois amis dessus en passe d’y être pour la nuit, n’est pas tant provoqué par cette petite bravade que par une négligence hyper probable. C’est sans doute ce qu’il y a de plus ardu dans Frozen, la négligence n’est pas rattrapable. Le type du télésiège laisse momentanément sa place à un collègue le temps de s’entretenir avec son patron pour un problème d’horaire, n’oubliant pas de lui dire que trois personnes doivent descendre. Plus tard, le type voit trois personnes descendre, il pense qu’ils sont les derniers, passe un coup de fil à son collègue probablement à l’autre bout du télésiège, qui dit être bon lui aussi, voyant débarquer le siège balai, avec ce fameux drapeau rouge accroché signalant qu’il n’y a plus personne derrière. Drapeau rouge que l’on a vu mettre, quelques minutes avant que nos trois amis embarquent quasi clandestinement. On ne peut pas faire plus probable. Il n’y a pour ainsi dire aucun espoir, si ce n’est celui de s’en sortir par ses propres moyens.

     Cette négligence cruelle et cette longue nuit qui s’ensuit rappellent évidemment un film : Open water. Film que j’avais aussi beaucoup aimé à sa sortie. Film qui valait essentiellement pour sa partie survie, éprouvante, où un couple de plongeurs, oublié par leur bateau, affrontait le large, d’abord tiraillé par les besoins primaires, bientôt attaqués par méduses et requins. Frozen est construit de la même manière. Affronter le froid et tout le reste. Puis affronter une meute de loups. Je trouve Frozen deux fois plus réussi. Ce n’est pas seulement dans l’efficacité du déroulement, c’est aussi dans l’écriture des dialogues entre ces trois personnages, que l’on apprend véritablement à connaître sur ce télésiège, suspendus une dizaine de mètres au-dessus du vide, entre neiges et sapins. Pour la nuit. Plus d’une heure du film se déroule là-dessus. C’est insoutenable. Il faut voir avec quelle maîtrise le cinéaste utilise le temps, la durée. Au début c’est presque du temps réel. Puis il y a quelques ellipses. Le temps réel revient dès l’instant qu’une décision importante est sur le point d’être prise. C’est le fait qu’elle soit sur le point d’être prise qui est important. Rien ne va trop vite dans Frozen. Tout est magnifiquement dosé. Tout ce que l’on voit. Sans parler des marques du temps. Gerçures, engelures, crampes, teint. Tout change progressivement. Ce froid d’abord absent, ou presque, puis menaçant, avec ces stalactites de glaces sous les sièges, puis la fonde le lendemain à l’arrivée du soleil. Les coups de soleil apparaissent, les gerçures s’amplifient. Je tiens à préciser que s’il n’y a toujours personne pour les secourir le lendemain c’est qu’ils ont choisi une petite station de ski old school (remontées vieillottes, domaine limité) ouverte le week-end, dont ils assuraient la fermeture dimanche au soir, avant qu’elle ne rouvre le vendredi soir suivant. Autant dire une éternité.

     Il y a une attention toute particulière accordée à la machine. Au mécanisme. Les premiers plans du film sont d’ailleurs ceux d’un câble de ce télésiège, d’une roue, d’un siège, d’un pylône. Un mécanisme pas très discret. Que l’on entendra bientôt plus. Faire balancer un siège, soulever la barre de sécurité, c’est le stade de l’amusement, on est tous passé par là, il n’y a rien d’autre à faire sur un télésiège, qui plus est lorsqu’il est arrêté. Nos trois amis passeront aussi par cette étape. Sauf que plus tard il ne s’agira plus de s’amuser à lever la barre, il s’agira de la lever pour envisager de sauter. Il ne s’agira plus de balancer la nacelle mais de l’escalader afin d’envisager une descente par les câbles. Je ne préfère même pas évoquer les loups. Ce film est la plus éprouvante expérience cinématographique d’agonie lente rencontrée depuis Gerry. Le froid a remplacé la chaleur, il transforme les corps, les comportements. L’espace dévore à petit feu. J’en suis sorti exténué, complètement anéanti. Chef d’œuvre !

Cold Prey (Fritt Vilt) – Roar Uthaug – 2010

Cold Prey (Fritt Vilt) - Roar Uthaug - 2010 dans Roar Uthaug Coldprey3Hors-pistes.     

   5.5   Slasher classique de bonne facture. Si le début n’est pas très intéressant, à savoir tenter de faire exister un groupe, mission en l’occurrence bâclée, la suite des événements, donc l’action, se révèle bien supérieure à son introduction. Car au début, rien ne semble judicieux. Il faut aller vite. Il faut que le montage soit hyper syncopé – affreux générique. Les personnages ont tous trois pauvres mots à dire. Il y a deux couples, un qui se roule des galoches, un couple tout récent alors, et un autre plus distant, à l’avant de la voiture, façon papa et maman. Mouais. Et un dernier gars, cinquième roue du carrosse, accessoirement aussi petit rigolo de la bande, qui n’a pas fini d’être un boulet. En effet, en plus de porter la chandelle, il se retrouve à la traîne lors de l’escalade du massif – il faut rappeler que le groupe a choisi de s’éloigner des pistes, afin d’éviter la foule mais aussi pour faire de l’extrême – avant d’être le personnage pivot du film puisque c’est lui qui essuie une violente chute et se casse une jambe. A cause de lui, le groupe est condamné à passer une nuit dans cette espèce de refuge/hôtel perdu dans la montagne, parce qu’il n’y a plus de réseau. Solution de facilité. Mais très mauvais choix, on s’en doute, c’est gros comme le nez au milieu de la figure. Le film restera d’ailleurs très prévisible jusqu’au bout, ne laissant que très peu d’envergure mystérieuse après une première séquence sous forme de flash-back laissant imaginer l’identité de notre futur tueur au piolet. Malgré tout, la tension s’intensifie. Et les couloirs de cet hôtel lugubre vont être d’un bon secours à la qualité du film qui aurait sans cela pu en pâtir. Le cinéaste norvégien passe alors à ce qu’il fait de mieux, l’aspect survival de son film. Chaque snowboarder va y passer un par un, jusqu’à un final efficace mais décevant. Je suis toujours surpris par les motivations du tueur, essentiellement lorsque rien ne nous est dit. Le tueur ici c’est un peu Jason de Vendredi 13. Il n’y aura rien d’autre que ce traumatisme trouble de l’enfance, vraiment révélé à la toute fin du film comme un bon twist, mais pas folichon non plus, ni même vraiment utile finalement. Le tueur a une facilité à se débarrasser de la plupart de ses victimes mais il en laisse deux en vie. C’est assez surprenant. Le premier il l’assomme seulement. La seconde on ne sait pas trop. Toujours est-il qu’avant de la jeter dans la crevasse il aurait quand même pu vérifier si elle était bien morte. Il y a de grandes facilités scénaristiques dans Cold prey mais ça fonctionne relativement bien, parce que le rythme est soutenu, c’est quasiment du non-stop, et surtout encore une fois, parce que le réalisateur a su filmer le lieu, ses pièces, ses recoins, ses bruits. C’est classique, très modèle américain, pas du luxe, parfois un peu limité au niveau de l’écriture mais ça se regarde bien, ça fou quand même bien les jetons d’ailleurs. Bonne surprise donc.


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