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Archives pour 28 février, 2011

Où est la maison de mon ami ? (Khaneh-ye doost kojast?) – Abbas Kiarostami – 1990

Où Est La Maison De Mon AmiDevoirs du soir.  

   10.0   Le réalisme du film ne se situe par forcément dans le déroulement de l’histoire, sorte de calvaire initiatique salutaire d’un enfant en école primaire, mais dans l’unité de lieu offert systématiquement par le cinéaste iranien. Une salle de classe ouvre et clôt le film. Entre ces deux séquences, un après-midi et une soirée en compagnie de Ahmad. L’extérieur de sa maison, puis ses va-et-vient incessants entre son village et celui vers lequel il doit trouver son ami afin de lui rapporter son cahier de devoirs, qu’il a embarqué par mégarde. C’est que Mohamad Reza, Ahmad et leurs camarades ont un professeur à cheval sur la discipline. S’ils doivent rester silencieux pendant toute la durée du cours, ils doivent aussi avoir fait leurs devoirs de la veille, que le professeur vérifie chaque jour en y apposant une note, mais surtout ils doivent faire ce devoir dans leur cahier, pas sur une feuille volante. Ce matin-là, Mohamad a dû une nouvelle fois rendre ce devoir sur une feuille puisqu’un élève lui avait embarqué son cahier. Aucune excuse ne lui est accordée, son devoir est déchiré – c’est déjà la troisième fois, lui répète le professeur – et Mohamad s’effondre en larmes, sous les yeux compatissant de son voisin de table Ahmad. Tout est déjà vécu à hauteur d’enfant, leur incompréhension, leur tristesse. L’adulte restera durant tout le film comme celui qui ne comprend ni ne cherche à comprendre l’enfant, d’une manière générale. Cette première séquence, qui rappelle quelque peu une scène de La maison des bois de Maurice Pialat, est très touchante, justement car l’on sait, en tant que spectateur que tous ont quelque part raison, Kiarostami ne fait pas non plus de ce professeur un monstre. Il est sévère mais semble juste. Ne pas stigmatiser le rôle de l’adulte, qui intervient malgré tout comme le grand méchant, puisqu’il fait pleurer le pauvre Mohamad, Kiarostami l’a très bien réussi. Mais ce qu’il réussit de mieux c’est l’impact qu’à cet événement et la menace qui s’ensuit – le renvoi de l’école à la prochaine erreur de l’élève – sur les comportements de ces élèves. Car un enfant prend ce genre de considérations au premier degré, et on n’imagine pas le cauchemar intérieur qu’a dû vivre Mohamad jusqu’au lendemain…

     La suite du film est entièrement centrée sur le petit Ahmad. On le voit rentrer chez lui, s’apprêter à faire ses devoirs avant que sa mère ne lui demande tout un tas de tâches quotidiennes l’empêchant de travailler. Quand il sort enfin les affaires de son sac, pressé par son ami qui lui montre clairement qu’il peut aller jouer parce qu’il a fini ses devoirs – ce que la mère d’Ahmad ne manquera pas de lui faire remarquer – le garçon découvre qu’il a embarqué, en plus de son propre cahier, celui de son voisin de classe, à savoir le petit Mohamad Reza, qui souffre de cet ultimatum lancé par le professeur quelques heures plus tôt. Ahmad est complètement perdu, il ne sait comment faire. D’autant que lorsqu’il en parle à sa mère, elle est d’abord indifférente avant de lui faire comprendre que l’endroit où habite son camarade, est beaucoup trop loin, que le mieux c’est de lui rendre son cahier demain. En attendant, il ferait mieux d’aller chercher une baguette. Ce n’est pas encore cette fois-ci que Ahmad fera ses devoirs donc. Mais dans l’obligation d’aller acheter du pain, il va saisir l’occasion d’aller à Poshteh, emmenant le cahier de son camarade sous son aile. Et le voilà en train de courir de toutes ses forces, quittant son village Koker, sous les yeux de son grand-père dubitatif, sillonnant un chemin désert en forme de Z, des champs, une forêt, puis le voilà arrivé dans un village mais on lui dit que Poshteh est un poil plus loin. Puis à Poshteh on lui dit alors que le village comporte plusieurs quartiers. Ahmad court toujours, demande son chemin, questionne les habitants sur l’éventuelle connaissance d’un Mohamad Reza Nematsadeh. En vain.

     Kiarostami multiplie alors les péripéties tout en conservant son unité de lieu. Koker ou Poshteh. On sent que Ahmad tourne en rond. Mais il progresse. Il sait alors que la maison de son camarade a une porte bleue et se trouve juste à côté d’une fontaine. Mais il n’y est pas. Un cousin lui dit alors qu’il est peut-être à Koker. Ahmad refait le chemin en sens inverse. En vain, une nouvelle fois. A Koker, en pleine discussion avec son grand-père qui lui fait la morale, Ahmad surprend une conversation à côté et croit entendre que l’homme sur sa mule s’appelle Nematsadeh. Quand il part pour Posheth, Ahmad décide de le suivre. Troisième fois qu’il traverse ce chemin en Z, ces champs, ces forêts. Mais arrivé à Poshteh, Ahmad découvre qu’il y a sans doute plusieurs Nematsadeh. Désespéré, il ère dans les ruelles, chemins, la nuit commence à tomber. C’est une rencontre avec un vieil homme qui aurait pu tout changer, mais c’est cette fois-ci la peur, la nuit poussent le jeune Ahmad à renter au gallot chez lui, effectuer rapidement ses devoirs avant d’aller se coucher.

     Kiarostami choisit de nous cacher deux éléments importants dans son récit. Le premier au tout début du film. On apprend en même temps que le personnage qu’il a malencontreusement pris le cahier de son camarade. La seconde à la fin. On découvre en même temps que Mohamad, le lendemain donc, ses devoirs accomplis par son camarade la veille. La fin de ce film est bouleversante. Il y a toute une angoisse qui se crée lorsque l’on est à nouveau dans ce lieu dans lequel nous avions souffert autant que le personnage. Mais Ahmad n’est pas là. On se dit qu’il peut-être honteux, qu’il est lâche. Le professeur passe entre les rangs. Mohamad est inquiet, prêt à éclater une nouvelle fois en sanglots. Puis Ahmad arrive. Ce n’est pas un messie. C’est un camarade qui aura tout essayer. Dont les cernes peuvent trahir une soirée surréaliste. Il sort les deux cahiers de son sac. Il a fait les devoirs de son camarade. Le professeur passe et assigne un ‘très bien mon garçon’ sur le cahier de Mohamad. Il n’y avait pas besoin d’un plan supplémentaire. Il n’y en aura pas. C’est magnifique. Et nous aussi, on peut souffler !

Cold prey 2 (Fritt vilt 2) – Mats Stenberg – 2010

Cold prey 2 (Fritt vilt 2) - Mats Stenberg - 2010 dans Mats Stenberg G7cGaUYETfN_mJ7WkBHoZoczAVk   4.0   Rien de neuf dans la pénombre. Cette suite surfe timidement sur la relative réussite du premier, s’inspirant alors très clairement des suites offertes au premier Halloween. Tout est surligné à tel point qu’il faut se coltiner en parallèle les recherches de ce policier qui découvre l’identité et ce don si particulier du tueur au piolet. Comme Michael Myers, le monstre humain des neiges semble increvable, on apprendra par la suite qu’il était mort-né puis revenu à la vie au bout de quatre heures. Un monstre. C’est sans doute pourquoi les parents ont voulu s’en débarrasser (voir la fin du premier opus). Problème est qu’on a de l’avance sur tout le monde dans ce film. On sent chaque rebondissement venir. Et ceux que l’on n’attend pas sont improbables, généralement meublés par l’effet old school du sursaut impossible, utilisé ici jusqu’à plus soif. Pourtant, le film n’est pas un échec total. Il y a déjà la bonne idée de commencer cette suite là où s’est achevé la première. Et ça fonctionne à mon sens mieux que dans la suite de The descent. Mais il y a aussi l’idée d’avoir transformé un lieu, de l’avoir fait ressembler comme deux gouttes d’eau à l’ambiance du premier. C’était un hôtel. C’est un hôpital. Le genre ne s’est jamais aussi bien porté qu’en lieu clos. Tout est prétexte à flipper. Une porte qui s’ouvre. Une autre qui claque. L’extinction d’une lumière. Un bruit de pas dans un couloir. Mais là où Cold prey réussissait mieux son coup c’était dans l’économie de l’apparition. On angoissait parce que le tueur pouvait être partout. La majorité du temps on angoissait donc pour rien. Dans Cold prey 2, le tueur est partout. On n’angoisse donc presque plus. Et puis cette mauvaise idée d’avoir fait intervenir deux personnages inutiles, principalement l’enfant, pour qui étrangement tout se termine bien. Cette suite n’a plus vraiment d’imagination. Elle recycle. Elle recycle bien dans un sens mais la vitesse avec laquelle tout s’enchaîne fait perdre le fil tenant de l’angoisse. Pas mauvais donc mais pas bon non plus.

Deuxième sous-sol (P2) – Frank Khalfoun – 2008

Deuxième sous-sol (P2) - Frank Khalfoun - 2008 dans Frank Khalfoun rachel-nichols-300x198Sous toi, la ville.     

     4.5   C’est toujours agaçant de voir combien une situation de peur extrême – à savoir les parkings souterrains d’un immeuble – est si mal exploitée dans un film. Force est de constater que le cinéaste s’est endormi sur ses lauriers pensant que l’angoisse dans ce lieu clos, qu’il soit filmé d’une manière ou d’une autre, fonctionnerait inévitablement. Frank Khalfoun ne filme rien de ce parking, ou très mal. Il va dors et déjà à l’encontre de ces survivals classiques en dévoilant le visage du tueur psychopathe rapidement. En même temps, pourquoi pas ? Mais il n’en tire rien non plus. Il ne fait exister ni les lieux ni les personnages. On se fiche autant de cette sympathique nana, cadre d’une grosse boite, qui s’apprête à fêter Noël en famille, que de ce gardien un peu dérangé bien décidé à passer la soirée aux côtés de la belle blonde, qu’il affuble d’une jolie robe blanche, après l’avoir assommée, dévoilant donc pendant tout le reste du film un décolleté plongeant. Contra rempli, on est content nous aussi. Dès l’instant qu’elle monte dans sa voiture la jeune femme découvre que celle-ci ne démarre plus. Ensuite, elle souhaite prendre un taxi, mais les issues des souterrains sont fermées. Elle s’adresse alors au gardien, type seul d’apparence sympathique – on sent venir le coup à des kilomètres – qui lui ouvre gentiment les portes de l’ascenseur. A l’étage, taxi appelée, reposée, elle s’apprête à sortir, mais les issues sont là aussi bloquées. Elle descend à nouveau pour demander de l’aide à son serviteur. Elle ne sortira plus de ce parking. La bonne nouvelle c’est que le film ne multiplie pas les instants de bravoure et péripéties en tout genre peu probables. Mais il y en a tout de même quelques-unes unes. Dont une assez inattendue, mais qui ne débouche sur rien. Le gardien est juste cinglé, un cinglé sympathique, peut-être même amoureux, lui qui voit cette femme chaque jour dans les couloirs et ascenseurs à travers ses vidéos de surveillance. Dans sa partie survie le film s’améliore un peu. On n’échappe pas aux poncifs comme la débilité du méchant, la transfiguration animale de la victime, une mise à mort impressionnante, une intervention de la police inutile et une fin sous forme de happy end sans imagination. Finalement, les meilleurs instants ce sont ceux où nous sommes en compagnie de la jeune femme, condamnée à se cacher sous les bagnoles, derrière des piliers, mains liées par des menottes, poursuivie par cet homme, accompagné d’un Rottweiler et d’une lampe torche. Rien à signaler. On ne s’ennuie pas, mais ce n’est pas non plus l’épreuve physique tant espérée. Le film en sous-sol reste donc à faire.

The children – Tom Shankland – 2009

children   5.0   Avec plus d’inventivité, de radicalisme, moins d’effets de style inutiles et un travail d’écriture plus poussé ce film aurait été une merveille. L’espace d’un moment je retrouvais cet état si malaisant ressenti devant Le village des damnés de Carpenter. Les enfants c’est la grande idée des films de genre. Ce sont les symboles de l’innocence alors quand il est question d’en faire des êtres cruels, diaboliques, il y a quelque chose de très gênant à l’écran, d’imperceptible. L’expérience peut très vite être traumatisante, c’est le cas d’un Eden lake par exemple, même si l’esquisse est moins poussée puisqu’il s’agit d’adolescents. C’est aussi le cas avec les débiles mais flippants films de la saga Chucky. Poupées tueuses que l’on associe directement au corps de l’enfant, immobiles quand on les regarde, psychopathes par derrière – On verra que le procédé est similaire ici. C’est donc le cas dans le film de John Carpenter, où une force surnaturelle vient occuper les petites têtes blondes d’un village. Un virus, une contamination, une intervention surnaturelle, c’est aussi ce qui se passe dans The children. Effet de surprise amoindri dès l’instant que l’on sait, et cela au bout de deux minutes, qu’il y a quelque chose d’étrange autour de ces enfants. C’est d’abord le plus petit qui est touché, par on ne sait quoi, une force autre, qui le fait tousser, vomir une sorte de glaire jaunâtre, perdre progressivement de son teint pour carrément très vite répéter des gestes très étranges. La contamination procèdera petit à petit. Ils seront tous touchés. Tous les enfants. Comme si le virus inconnu avait en premier lieu choisi de s’installer dans ces petits corps, justement peut-être parce qu’ils sont les plus sensibles. Que rien ne soit dit durant le film ne me dérange pas, au contraire cela permet de vivre le drame de l’intérieur, dans le mystère le plus total. Problème est que cette ambiance mystérieuse et glaçante ne fonctionne pas très bien. En cause, l’interprétation, d’une part. Autant les enfants, surtout lorsqu’ils fixent un truc, ne bougent plus, construisent leur machination diabolique, sont assez flippants. Autant les parents adoptent un jeu limité, probablement parce qu’ils ne sont pas très bien filmés. Montage saccadé, déluge de couleurs (sûrement pour contrer le blanc de la neige qui a recouvert le paysage) et vitesse des enchaînements sont nombre des lacunes du film. Donc, l’installation ne fonctionne pas. Je ne sais pas s’il s’agit d’une famille, s’il s’agit d’amis, si c’est la maison de l’un d’eux ou simplement une maison de campagne. Je n’arrive pas non plus à attribuer les enfants aux parents. Tout est trop rapide, comme s’il fallait bâcler pou s’intéresser en priorité au futur carnage, qui paradoxalement, se fait attendre. Malgré tout, voilà, dès que les premiers signes dangereux s’intensifient, le film ne quittera alors plus jamais cette dynamique. C’est dans un premier temps un repas complètement avorté où des yeux d’enfants n’ont jamais été aussi menaçants. Scène très réussie. C’est plus tard un piège tendu à un adulte, embroché dans un outil de jardin, qui précipite l’inquiétude et le carnage général. Enfin, qui aurait dû précipiter. C’est le second gros souci de The children. Comment les personnages adultes ne peuvent-ils pas voir que leurs enfants sont devenus des tueurs sanguinaires, ou tout du moins qu’ils sont habités par une pulsion démoniaque ? Je veux bien croire à un aveuglement, c’est vrai il s’agit d’enfants, comment peut-on craindre un enfant… Mais cet aveuglement est général, ça ne marche pas. Enfin si mais beaucoup trop tard. Et puis ce père de famille qui accuse sa femme avant de se prendre à sa belle-fille, là c’est un peu du foutage de gueule quand même. De toute façon l’acteur qui joue ce personnage est mauvais, complètement. Le film tente aussi par instants de dire des choses sur l’entente hypocrite entre les deux couples, c’est intéressant, mais finalement peu travaillé. De la même manière, tout ce qui se dit sur l’avortement, par-ci par-là, est d’un goût douteux, mais tout autant vite oublié. Je n’aime pas non plus les espèces de flashs récurrents dans les yeux des enfants, je trouve ça kitch au possible, et tentant d’installer un trouble qui n’a pas lieu d’être. Je préfère voir les enfants de l’extérieur, c’est bien plus angoissant, comme vers la fin, lorsque deux d’entre eux montent les escaliers, de façon étrange, habités, presque désarticulés. J’aime les plans redondants sur le poste de radio, qui probablement en raison de la neige, continue de chercher une station en vain. Et encore une fois, malgré des tonnes de défauts, la tension du film est tout de même très soutenue, alors je suis sans doute trop indulgent, mais dès l’instant qu’il y a un effet sur la durée, aussi léger soit-il (une fois terminé, il est vite oublié) je suis comblé. Pas un must du genre mais à voir, pour la férocité avec laquelle les crimes, d’un côté comme de l’autre, sont commis, et pour ces regards si déstabilisants des gosses, sauf si vous en avez chez vous, auquel cas vous ne les verrez plus pareil… Encore un film de genre correct qui nous vient d’Angleterre.


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