Les femmes du 6ème étage – Philippe Le Guay – 2011

19665198     5.5   Si vous cherchiez la meilleure comédie de ce début d’année, la voilà. A la fois simple friandise – comme l’était le film de Jean-Pierre Améris, Les émotifs anonymes, sorti sur les écrans il y a deux mois – et satire sociale un rien caricaturale, jamais niaise, juste naïve, au sens utopique. C’est la beauté du nouveau film de Philippe Le Guay, à qui l’on devait le très mauvais Du jour au lendemain, qui trouve ici une véritable grâce, entre tourbillon enchanté, drôle, jubilatoire, jamais hautain et dérive humaine d’une société qui se regarde le nombril, donc ne voit rien. C’est ce à quoi sont réduits Suzanne et Jean-Louis, couple bourgeois, heureux sur le papier, qui ne partagent plus rien ensemble. Lui, agent de change, qui n’a d’yeux que pour son travail et de goût pour un œuf coque idéalement servi, autrement la journée est fichue. Elle, dont les journées se résument à ses parties de bridge avec des copines comme elle, le shopping, petite femme domestique assistée, entre un mari qui lui donne de l’argent et une femme de ménage qui entretient sa maison. C’est justement de cette personne dont il est question dans ce film, cette femme de ménage, ces femmes du 6ème étage.

     Suite au décès de la mère de Jean-Louis, Suzanne décide d’investir enfin le foyer de ses propres marques. Si cela indiffère son mari, ce n’est pas le cas de la femme de ménage, à leur service depuis plus de vingt ans, qui ne supporte plus la jeune femme et ses caprices et décide de foutre le camp, bien aidée par ses maîtres qui n’ont pas eu à se faire prier. A première vue, ces deux là sont deux bourgeois archi détestables, mais Philippe Le Guay va bouleverser ce matériau de départ, étayer ce changement. Une nouvelle femme de ménage est convoquée et très vite engagée. Elle s’appelle Maria. Elle est espagnole et vit avec les autres femmes de ménage de l’immeuble au 6ème étage, dans des chambres minuscules, sans eau courante, avec lavabo et toilettes bouchées sur le palier. On se doute que la situation n’est pas nouvelle, pourtant elle va changer. Par l’intermédiaire de Jean-Louis, qui s’intéresse bientôt au sort des bonnes, au grand dam de son épouse, essentiellement parce qu’il éprouve quelque chose pour cette jolie jeune femme qui lui prépare son petit déjeuner et lui lave ses vêtements. Il se passionne littéralement pour elle, s’intéresse à ce qu’elle fait, la plaint avant de finir par l’envier. C’est cette utopie surprenante qui règne bientôt dans cet immeuble, qui va donner quelque chose de magique. Alors qu’il était craint et détesté auparavant, il est bientôt considéré comme un homme bon, quelqu’un en qui on peut avoir confiance, quelqu’un qui fait presque partie de la famille. Le jour où sa femme le met dehors parce qu’elle pense, à tort, qu’il la trompe avec la nouvelle coqueluche des affaires dont tout le monde parle comme une femme à hommes, alors qu’il était simplement en train de manger un couscous avec ses nouvelles amies, le voilà qu’il emménage dans une pièce au grenier qui lui servait de dépotoir. Le voilà donc voisin des femmes de ménage. Le voilà qu’il reprend goût à la vie, qu’il se sent pour la première fois depuis l’enfance libre comme l’air.

     S’il y a des facilités ci et là dans les enchaînements scénaristiques, on prend tout de même un plaisir fou à participer à cette transformation. D’autant que certains personnages sont minutieusement travaillés, comme c’est le cas de Maria, dont on apprend qu’elle a laissé un enfant dans un centre en Espagne parce qu’elle avait copiné avec son patron bourgeois là-bas. C’est le cas aussi de ces autres femmes, cinq ou six au total, dont on apprend les difficultés pour économiser un peu d’argent, les problèmes d’une de leurs amies liés à la précarité de son logement, que Jean-Louis va tenter de palier. Philippe Le Guay s’intéresse moins à l’autre face. Celle des bourgeois, beaucoup plus caricaturale, qu’il s’agisse des amies de bridge de Suzanne, des collègues de Jean-Louis ou même de ses propres enfants, véritables têtes à claques pourris gâtés, dont le cinéaste fait un portrait un poil grossier tout de même. Malgré tout, le film prend. Le rapprochement entre Maria et Jean-Louis est très beau, sans doute ce qu’il y a de plus beau dans le film, jamais appuyé, toujours en douceur, comme quelque chose d’indicible. Et si le film termine dans un sublime happy end, il reste néanmoins cette sensation que s’il l’on veut cette utopie bien réelle, il faut savoir saisir l’opportunité, il faut savoir changer, se séparer de son confort pour pouvoir revivre. Il n’y a rien de foncièrement moraliste, c’est juste l’idée que Philippe Le Guay se fait du bonheur. C’est un film modeste, presque futile, et c’est aussi pour cela qu’il est irrésistible.

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