Archives pour mars 2011



Music Box – Costa-Gavras – 1990

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Where the truth lies.    

   8.0   Excellent film de procès. Mais en fin de compte ce n’est pas vraiment ce qui intéresse le cinéaste, l’issue de l’affaire, savoir si cet homme est ou non coupable de ces crimes de guerre dont on l’accuse. Mais c’est bien le drame familial qui se noue autour de cette affaire. Le film commence sur une séquence de danse, d’un homme avec sa fille, sous les yeux de son fils et de son petit-fils. Y’a t-il une séquence de cinéma plus fédératrice qu’une scène de danse ? La situation familiale est installée, les liens sont forts, c’est une famille américaine soudée, modèle. Quand cet homme subit les accusations c’est sa fille, avocate, qui s‘apprête à la défendre. Tous sont alors certains qu’il s’agit d’une erreur, mais très vite les preuves s’accumulent, de plus en plus évidentes, pour le spectateur dans un premier temps, de plus en plus porteuses de doute en ce qui concerne la jeune femme. Costa Gavras joue sur la répétition, laissant se succéder les interventions les unes aux autres, de survivants de l’holocauste qui ont eu affaire à cet homme il y a plus de trente ans. Le cinéaste joue intelligemment. Il place le spectateur en avance, en lui donnant d’emblée trois indices importants, que la jeune avocate ne connaît pas, que l’on retrouvera par la suite, à savoir un mouvement, une appellation, une phrase. Il n’y a plus de doutes finalement en ce qui nous concerne. Le doute nous est installé par cette femme, si déterminée à innocenter son père. C’est sans doute ce qu’il y a de plus beau dans ce film. Cette façon qu’elle a de se jeter à corps perdu dans ce procès, parce qu’il s’agit de son père, sans vraiment ouvrir les yeux sur ce qu’elle remet en cause. Costa Gavras ne remet jamais en cause les crimes de l’holocauste. Pourtant il y un instant où je me suis demandé où il s’embarquait. Si tout cela n’allait pas se terminer joliment, sur un acquittement, remettant ainsi en question les preuves de la partie adverse. Music box aurait alors été un film atroce. Mais non car une fois de plus c’est un film sur le combat d’une femme, pas sur les évènements tragiques de la Shoah. Ce n’est pas non plus qu’une toile de fond, jamais chez Gavras, mais c’est tablé comme une certitude, comme quelque chose d’intouchable. Quand l’affaire touche à sa fin, la jeune femme découvrira la vérité, d’un seul coup, il lui aura fallu se déplacer jusqu’au bord du Danube. Une vérité qu’elle n’attendait plus. Et c’est une simple boite à musique qui la lui offre. Ou comment passer au travers d’une affaire, quand on y défend son propre père, dont on aperçoit que l’on ne connaissait rien de lui, rien de son passé. Un père qui s’était construit une famille comme alibi pour l’innocenter, un statut bidon et comptait sur sa propre fille pour le sortir de cette terrible affaire. C’est à la fois terrifiant et bouleversant. Les dernières minutes du film sont d’une puissance incroyable.

Black swan – Darren Aronofsky – 2011

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Let’s dance !    

   7.0   The wrestler n’était donc pas un simple accident. Aronofsky y retrouve ici la même puissance, plus exacerbée encore, moins grandiloquente que ses trois premiers films. Les trips hallucinatoires, films mentaux ou fables kitchissimes ont laissé place à quelque chose de flamboyant, moins reposé sur des partis pris de mise en scène dégueulasses mais sur une certaine idée de la performance, du personnage corps, qu’Aronofsky scrute davantage, observe, accompagne, des personnages qui ne sont plus antipathiques, des personnages bouleversants. C’était Mickey Rourke il y a deux ans, en ancien champion de catch sur le retour qui devait se battre contre son cœur. C’est cette fois Natalie Portman, qui incarne une jeune danseuse de ballet, candide, douce (une voix encore pré-pubère, voix de la danseuse qui utilise parcimonieusement ses muscles linguaux), fille à maman qui se lance vers l’inconnu, un horizon nouveau pour elle, cherchant à convoiter une noirceur qui lui permettrait d’atteindre cette perfection qu’elle recherche tant.

     Depuis toujours, Nina Sayers vit au crochet de sa mère, dans la danse à tout prix. Une mère qui voit en elle l’occasion d’obtenir ce qui lui a échappé avant la naissance de sa fille, héroïne déchue qui projète ses fantasmes. Nina a gardé sa chambre d’enfant, la couleur vive, les peluches entassées et maman l’accompagne au coucher, la borde et laisse à ses côtés une boite à musique qui laisse échapper une berceuse. Aronofsky n’a jamais été le cinéaste de la subtilité, tout est surligné, tout est là, puissance dix. Pas de commentaires sur ses trois premiers navets, mais l’on se souvient que déjà dans The wrestler il abusait de certaines scènes, il montrait, cherchait à choquer, que ce soient les plans d’agrafes lors d’un combat sur le ring ou le plan zoomé du pontage dans le miroir. Mais ça passait, parce qu’on enchaînait très vite sur autre chose, et puis ça entrait dans le schéma du film personnage. C’est la même chose ici. Ça ne me dérange pour ainsi dire jamais. J’ai rapidement de l’empathie pour cette danseuse, non pas que tout lui tombe dessus comme chez Loach ou Vinterberg, mais parce qu’il y a une impossibilité pour elle d’être une autre. Tout vient de cette mère. Son personnage avance, consciente de ses agissements, mais inconséquente. Elle ne s’épargne rien. La réussite comme premier ordre.

     Nina est donc une grande danseuse, pourtant elle aimerait être davantage. Obtenir un premier rôle. Croiser son propre visage sur les affiches de ballets dans son quartier. Il y a une quête sacrificielle de la perfection en permanence, comme ce catcheur qui voulait tant retrouver le meilleur niveau et se confrontait en même temps à la douleur de l’âge. Nina a toujours tout bien fait. Elle a toujours cherché à être parfaite, elle le dira au début du film et dans le dernier plan. Quand elle apprend par son chorégraphe que la perfection n’est pas la promesse de la réussite constructive, anticipée, qu’elle englobe aussi le pouvoir qu’à le corps de se laisser aller, transporter, d’abandonner tout contrôle, Nina ne le sait pas mais son esprit déraille déjà. La machine si bien huilée s’apprête à prendre feu. Cette nouvelle quête de la perfection est sans doute trop intense pour ses seules épaules. Black Swan ne parle que d’émancipation et du prix qu’il faut payer pour l’obtenir. C’est l’épreuve que traverse Nina. Elle ne s’en sortira pas. Et ce ne sont pas les évènements qui la conduisent jusqu’à cette représentation du Lac des cygnes comme elle en rêvait ni la méchanceté des personnes qui l’entourent qui participent à l’échec de sa quête, c’est son esprit, son seul esprit, pas prêt à assumer cette transformation, qui va l’emmener aux confins de la folie. J’aime la nuance qu’apporte le cinéaste à la lecture des personnages. Car sans trop y réfléchir, on ne peut y voir que des monstres. Pourtant, ne serait-ce que le chorégraphe est magnifiquement travaillé, même si ce cœur reste dans l’ombre, dans un premier temps cerné comme un mégalo sans âme, avant qu’on le découvre sous un jour plus fragile. Ses yeux ne sont plus dirigés vers le sol, sa voix ne force plus, il regarde un corps qui le transporte et se tait. Il l’appelle sa petite princesse, pas la black Swan qu’il fantasme en elle, justement l’autre, le corps fragile. Quant à cette Lily, elle n’a rien d’une concurrente à abattre, elle admire, félicite, admet sa place de doublure, ce n’est que parce qu’on la voit comme la voit Nina qu’elle nous apparaît black swan. Elle n’a rien d’une black Swan en fin de compte. Peut-être que ses ailes tatouées entre les omoplates sont uniquement le fruit de l’imagination de Nina. Mais c’est aussi peut-être la projection d’un désir homosexuel refoulé, symbolisé par une scène troublante. Nina a toujours tout refoulé ce qui ne concernait pas la danse, porté des oeillères. C’est en allant à l’encontre de ces symboles gros sabots qu’Aronofsky me surprend.

     Ce nouvel esprit oublie l’essentiel, qui lui permettrait de vivre pleinement et consciemment ce rêve d’enfant  : la quête pure de l’absolu. Rien n’est pur dans son cheminement vers sa perfection tant rêvée. Il y a cette mère qui la couve et la pousse. Il y a ce chorégraphe en pleine crise mégalomane qui souhaite construire un nouveau lac des cygnes sans précédent. Cette star déchue à qui elle voudrait tant ressembler. Cette adversaire si talentueuse, si nonchalante. Une fille qui nous apparaît comme pile son contraire. Le Lac des cygnes a toujours eu sa white swan, Nina est là-dessus imbattable. Mais c’est de la black swan que dépend ce premier rôle qui échouera donc dans les pas de danse d’une fille qui jouera aussi bien le cygne blanc que le noir. Aronofsky réussit quelque chose de génial dans la progression de son récit, jusqu’à sa folie de son personnage. Tout apparaît petit à petit, rien n’est effectué par étapes, ou si c’est le cas je ne l’ai pas ressenti. Tout est imperceptible. Ce qui n’empêche pas que tout soit très vite inquiétant. Cette rougeur sur l’épaule qui prend rapidement la forme d’une griffure, avant que des ailes noires y poussent façon The fly de Cronenberg. De toute façon Black Swan m’a fait penser à Cronenberg, pas seulement à La mouche, mais aussi à Crash, dans une version plus soft, moins mystérieuse. Il y a ici aussi une plongée organique, curiosité de la plaie (Beth à l’hôpital), crainte de la dégénérescence physique mêlée à une sorte d’excitation, puisque c’est lorsque ce corps semble se métamorphoser que Nina se découvre aussi sexuellement. Passé le stade de la simple inquiétude de ces transformations que l’on apparente à un simple stress, Nina commence à voir son double, le croiser dans la rue, le confondre avec Lily sa concurrente, bientôt ce double viendra a bout du miroir, ou alors il sera clairement présent, menaçant ou brièvement entre ses cuisses. La petite fille à sa maman pourrait bien être en train d’acquérir des pouvoirs façon Carrie. Mais finalement tout se passe dans sa tête, c’est la réussite flagrante du film d’avoir opter pour l’idée de suivre quoiqu’il arrive le point de vue de Nina, dont la réalité est de plus en plus obstruée. Un couteau dans la main, du sang sur les doigts. Bientôt cette pièce avec ses photos, des dessins que la mère entasse les uns à côté des autres, prennent soudainement vie, un simple clin d’œil d’une part puis tout une horde de cris, rires insupportables dans un vacarme assourdissant, on croirait retrouver la jeune Catherine Deneuve dans Répulsion de Polanski.

     Aronofsky n’y va pas de main morte, une fois encore. Chaque plan est pensé. Chaque plan a sa symbolique. Si le film gagne en épure dans le mélodrame, moins choc qu’un Requiem for a dream, plus émouvant qu’un Pi, peut-être aussi moins personnel qu’un The Fountain, c’est dans ce qu’il tire de la folie qu’il peine à creuser une transcendance, tout est assez creux dans la première partie du film, quoique pas creux, pas vraiment, disons plutôt mécanique. Ce sont les nouveaux aiguillages que prend le film qui deviennent passionnants, se risquant alors à jouer sur tous les niveaux, tous les genres. Film réaliste ou vérité avant tout, empruntant le sillon creusé par The wrestler (Aronofsky cite partout que sa découverte du cinéma des frères Dardenne a changé un truc en lui) le film prend ensuite la route de l’american dream, puis le thriller paranoïaque avant de déboucher dans un climat d’horreur. Finalement, il fonctionne à la manière du film horrifique. Du cinéma de genre. On en prend plein la face durant deux heures, c’est immédiat, c’est éprouvant. Puis Black Swan se délite peu à peu, avec le temps. De cette riche idée d’accompagner le seul point de vue de cette fille dans sa quête de son côté sombre, il ne reste plus grand chose. Le film se vivrait, uniquement. Cinéma de l’instant, cinéma physique. Et bien plus ça va plus je me rends compte que ça me convient amplement.

Incendies – Denis Villeneuve – 2011

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Twins story.    

   7.5   Il y a mille choses que je n’aime pas dans ce film, mais reçu dans son ensemble, et sa spirale émotionnelle infernale, Incendies m’a bouleversé. Si le matériau de base est une pièce, Denis Villeneuve a su largement se débarrasser des dangers de l’adaptation, du changement de format. Hormis quelques défauts, de dialogues notamment, que l’on peine à croire, sans doute trop écrits ou les plans en intérieurs parfois maladroits, la mise en scène est à la fois très lumineuse, elle saisit l’espace, varie les distances autour de ses personnages. Un poil trop démonstrative par moment elle sait aussi se faire oublier, se laisser gagner par l’émotion pure. Il n’y a vraiment que les instants musicaux, accompagnés par Radiohead, que je trouve horripilants, carrément obscènes. C’est la première séquence, une horreur. Et une autre un peu plus loin. Heureusement, le tourbillon reprend aussitôt, j’arrive à m’en débarrasser, à oublier. Et même si j’aime beaucoup le film en l’état, je me suis aussi imaginé le recevoir sur une seule unité de temps, à savoir la simple recherche du passé de la mère, sans aucune image la concernant. Le film aurait gagné en fluidité, en mystère. Car, dans sa construction actuelle, réelle, il est par moments confus, un peu ‘trop fait pour impressionner’, ça a tendance à me gêner. Je pourrais tout aussi bien citer plein d’autres choses qui m’ont dérangé, principalement au niveau de l’histoire, dans ses coïncidences quelque peu invraisemblables, mais comme il y a une volonté démesurée d’envoyer la totale façon tragédie grecque ça ne me gêne plus du tout. C’était le cas l’an dernier pour Tétro de Coppola, auquel le film m’a fait penser, dans ce contexte familial si mélodramatique. Vraiment, j’ai pris cher. C’est le souffle du film qui m’impressionne en fin de compte. Ça commence avec rien, puis on a envie d’y croire, de jouer le jeu. Il s’agit quand même d’une mère qui vient de mourir, et dans son testament demande à ses deux enfants, frère et sœur jumeaux, à l’une de rechercher son père toujours en vie, à l’autre son frère dont il ignore l’existence, en échange d’une sépulture décente. On se sent dans un premier temps proche de la réaction de Simon, qui ne voit là qu’un énième caprice d’une mère devenue dingue. Alors que Jeanne se fascine d’emblée pour cette mission, qui est sans doute, pense t-elle, la seule issue qui lui permettrait d’éclaircir l’histoire de sa mère – et par la même occasion sa propre histoire – toujours restée mystérieuse quant aux origines familiales. C’est un récit douloureux, qui progresse sur deux niveaux. La recherche au présent des uns, le chemin de croix dans un Liban en guerre de l’autre. C’est éprouvant, chaque seconde. Certaines séquences sont hors norme, qu’il s’agisse d’angoisse pure en quasi-temps réel, comme c’est le cas dans une attaque de bus, ou d’une rencontre à l’ambiance si pesante de la fille dans l’ancien village de sa mère. Et je ne parle même pas des dernières minutes du film, qui, s’il a tendance à appuyer, vouloir trop en dire, ne gâche pourtant rien de sa puissance. J’en suis sorti épave. Il m’a vraiment, vraiment fait mal. Double réussite donc, puisque si le film semble avant tout chercher la claque scénaristique abracadabrante, c’est dans le tourbillon rythmique et son intense mouvement géographique qu’il se révèle mémorable.

I wish I knew, histoires de Shanghai (Hai shang chuan qi) – Jia Zhang-Ke – 2011

I wish I knew, histoires de Shanghai (Hai shang chuan qi) - Jia Zhang-Ke - 2011 dans Jia Zhang-Ke I-Wish-I-Knew-Zhao-Tao-1

     4.5   Je ne vois pas où Jia Zhang-Ke veut en venir. Il évoque Shanghai, cite Shanghai, et les œuvres qui ont évoqué Shanghai, fait parler les gens qui ont fait et traversé l’histoire de Shanghai. Mais dans un kaleidoscope peu passionnant. On y parle un peu de la guerre. Du communisme. Les intervenants racontent leur vécu ou bien les dires de leurs ancêtres. Des personnes mortes pendant des fusillades. Ou encore ceux qui ont décidé de mettre fin à leur vie. Ceux qui sont restés. Ceux qui se sont exilés. On y voit Shanghai. On y voit aussi Hong Kong. Une femme qui ère sous la pluie. Des gens qui travaillent. D’autres qui se promènent. L’effervescence d’une ville est toujours excellemment filmée par le cinéaste chinois. Entre ces moments silencieux suspendus, uniquement accompagnés par des sons aussi détachés que mélodieux, une dizaine d’intervenants, qui racontent un peu de leur histoire. Un peu de l’Histoire. Essentiellement les bouleversements de la révolution communiste. Et puis un rapport intéressant au cinéma avec les interventions des actrices Wei Wei et Rebecca Pan, et du réalisateur Hou Hsiao Hsien ou encore d’un ancien collaborateur d’Antonioni. Film maelström qui en devient déroutant à force de d’éparpiller. Car à côté de ces écoutes simples qui évoquaient en moins fort son précédent film 24 city, Jia tente une approche beaucoup plus cynique avec deux intervenants arrivistes qui ont profité des montées du capitalisme pour s’enrichir, l’un en bourse, par hasard, l’autre dans les bagnoles en y ayant réinvestit ses droits d’auteur d’écrivain. Ce n’est pas un mauvais film, c’est juste que c’est pour moi un film qui n’a plus la poésie ni la subtilité d’un Still Life. 24 city avait, malgré un parti pris de l’interview exigeante, parfois trop empathique, de belles idées de mise en scène. Il n’y en a plus vraiment ici. A persister dans cette voie, Jia pourrait devenir un vieux con. Ou dans le meilleur des cas se reconvertir dans le pédagogique.

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