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Archives pour 18 avril, 2011

Faux-semblants (Dead ringers) – David Cronenberg – 1989

Faux-semblants (Dead ringers) - David Cronenberg - 1989 dans * 250 dead+ringers

Evil twins.    

     9.0   C’est un thème musical aussi triste que mystérieux qui accompagne ce générique de début de film dans lequel des images comprenant outils de chirurgie et dessins de fœtus jumelés préparent calmement le mélodrame que l’on s’apprête à voir. C’est vrai que le genre est assez nouveau chez Cronenberg, à cet instant de sa carrière. On est encore habitué à ses films de série B englobant toute la période Rage/Scanners/Chromosome3 et sous le choc de ses précédentes réussites que sont entre autres Dead zone/Videodrome/La mouche. C’est d’ailleurs de ce dernier que Dead ringers semble se rapprocher, en tout cas d’un point de vue émotionnel, La mouche déployant cette même intensité dans son dernier quart avec cette transformation fulgurante et effrayante qui écrasait sans demi-mesure l’histoire d’amour que le couple Davis/Goldblum avaient formés. Le monstre accouchait dans la banalité. C’est aussi une histoire d’amour qui est la cause d’un dérèglement absolu ici. Elliot et Beverly Mantle sont deux gynécologues réputés et admirés, complètement dévoués. Ils ont aussi la particularité d’être des jumeaux indissociables. Si bien qu’ils se partagent leur vie. La notoriété, leurs idées, leur appartement, les patients, les femmes. Il arrive à Elliot d’être Beverly, à Beverly d’être Elliot. Autour d’eux, les gens n’y ont toujours vu que du feu.

     Mais ce secret est sur le point d’être démasqué. En la présence d’une jolie patiente, Claire Niveau (Geneviève Bujold), célébrité auscultée pour stérilité, qui devient bientôt une de leur conquête. Non pas qu’elle soit plus perspicace que les autres, simplement, Beverly, le plus frêle des deux, en tombe bientôt amoureux, sentiment nouveau pour lui, qui a toujours vécu dans l’ombre de son frère, qui lui refilait ses filles, lui faisant profiter de ses facilités d’approche. Quand la jeune femme soupçonnera le grossier subterfuge, la machine aura déjà déraillée. Quand Beverly, abandonné par cet amour, plonge dans un état léthargique qu’il compense par les médicaments c’est Elliot qui tentera de le tirer de là, avant de lui aussi plonger dans les abysses de la drogue, pendant que Beverly deviendra fou, avec une seule idée en tête, la fabrication d’outils pour femmes mutants, des trucs inimaginables, qu’il entretient depuis la connaissance du corps de Claire, doté d’un utérus à trois entrées. Sorte de cauchemar permanent qui l’empêche systématiquement de penser à autre chose qu’à Claire, allant jusqu’à devenir dangereux pour ses patients.

     Plus qu’une réflexion sur le double, Dead ringers semble parler de ces liens indéboulonnables. Deux hommes qui n’ont plus vraiment d’identité propre sinon celle de la combinaison avec cet autre depuis la naissance. C’est la prise de conscience sur le tard d’une dissociation de deux êtres qui se croyaient identiques. C’est par l’amour et le désir que cette rupture va arriver. Beverly tentera vainement de s’extirper d’Elliot, comme s’il cherchait quelque chose qu’il n’avait jamais soupçonné, qui ne lui avait jamais traversé l’esprit : Ne plus jamais dépendre de son frère. Une séquence onirique très forte voit Beverly au lit avec Claire, observés par Elliot assis à côté, ce qui répugne le frère amoureux qui voudrait se séparer de ce lien organique – Cronenberg comme a son habitude (plus tard il y aura Existenz) montre un morceau de chair – comme un grand cordon ombilical – qui fait la liaison entre les jumeaux – dans lequel Claire tente de mordre pour les détacher. Il y a bien une volonté de se séparer de son frère, mais aussitôt c’est comme si celle-ci disparaissait. Ça ne peut donc que mal finir. De cette saturation, cet emprisonnement physique et mental naît une forme de mélange d’envies, d’amour, de drogue, de chair, de mort. L’issue promise par le titre aura lieu dans un carnage de sang et de larmes aux confins de la folie, qui en fait l’un des films les plus tristes et beaux de son auteur. Cette empathie en permanence pour ses personnages, Cronenberg l’intensifie par la dramaturgie. De cet enfermement, cette réclusion en marge de la société(jamais nous ne verrons le cabinet des Mantle du point de vue d’un patient) le cinéaste tire une sensibilité extrême entre les deux frères, qui s’aiment à en mourir. Deux frères, un esprit, deux corps. Puis un corps pour deux esprits. C’est là que se joue cette terrible tragédie… Le double jeu de Jeremy Irons, qui arrive non sans ambiguïté à offrir deux personnalités bien différentes se faisant face, à travailler l’individu de manière que l’on différencie peu à peu assez facilement les frères Mantle, est le tour de force magnifique du film.

Poursuite – Marina Déak – 2011

Poursuite - Marina Déak - 2011 dans Marina Deak poursuite-poursuite-09-03-2011-09-03-2011-4-g

    4.0   Culottée Marina Déak ! Elle est ici réalisatrice et actrice de son film. Et pour ainsi dire présente dans chaque plan. Cela rappelle le malin film de Valérie Donzelli sorti l’an dernier. Mais Poursuite n’a absolument rien à voir avec La reine des pommes. Les deux films ne visent pas les mêmes tableaux. Ils sont tous les deux fait avec rien mais à la drôlerie de l’un répond l’aridité de l’autre. J’étais passé tout près de ne pas aimer du tout le film de Donzelli et puis il m’avait emporté, me surprenait sans cesse. C’est un peu le contraire qui se passe ici. J’aime énormément le principe, à savoir filmer une jeune femme, la filmer en train de rien faire, ou plutôt si, de la filmer dans sa banalité, sans que rien ne surgisse physiquement, à aucun moment du film. Aucune progression dramatique. Mais je ne suis touché par absolument rien. Une pierre. Tout est lourd, cloîtré, approximatif, ennuyant. Tout se passe dans la tête d’Audrey, la trentaine, un enfant (le propre fils de Marina Déak). Elle a quitté son mari, vit une aventure plus ou moins sérieuse avec un jeune homme qui n’habite pas chez elle. Elle vit dans un studio de Paris. Elle laisse la majorité du temps son fils à sa mère, qui a plus de temps à lui consacrer. Marina Déak filme constamment très serré, saisissant chaque grimace, regard de son personnage, d’elle donc. Elle nous prive de respirer, veut nous faire comprendre son personnage. C’est déjà une mauvaise chose. Par moment les plans durent mais ils sont pleins, trop occupés, désagréables. Finalement, on se rend compte que Audrey ne veut rien, ou ne sait pas ce qu’elle veut, ou plutôt que ce qu’elle veut ce n’est pas ce que les autres veulent d’elle. Que son petit ami se prenne la tête sur le choix d’un appartement la débecte. Qu’une vieille ami lui raconte sa vie de couple, avec son enfant, ses réussites professionnelles l’horripile. Voir sa mère au petits soins avec son propre fiston la dégoûte. Audrey ne veut plus être soumise à quoi que ce soit, elle veut vivre, s’occuper d’elle. Son leitmotiv c’est de se demander si son fils serait plus heureux avec ou sans elle, si elle est en mesure de lui offrir une sorte de bonheur. Il y a quelques bonnes idées dans ce film. Les moments de voix-off disséminées ci et là, jamais explicative, presque en distinction totale avec le récit. L’absence totale de musique externe. De mettre en scène une femme que tout rebute et va à l’encontre de tous ces personnages féminins cinématographiques habituellement protecteurs et responsables. J’aime aussi comment Marina Déak s’est décentrée de son personnage quelquefois, à trop peu d’instants à mon goût cependant – reléguant les autres aux statuts de pas mieux qu’elle – de son personnage pour s’attarder sur ceux qu’elle croise, à savoir son ex-mari (avec sa collègue de bureau) et son nouveau petit ami (avec la fille à la botte) démontrant qu’il n’y a pas que ce petit bout de femme qui galère, rêve d’autre chose mais bien tous ceux qui l’entourent, à l’image de cette première et dernière scène, quasi identique dans le métro, où l’on filme à la fois le visage de la jeune femme et ceux qu’elle ne connaît pas autour d’elle, comme un défilé d’âmes errantes, qui n’ont en commun que de se croiser. Il est possible que Marina Déak ait de grande chose à raconter, mais je ne suis pas certain – ni convaincu – pour l’instant que ce soit par le cinéma. En l’état, je me suis senti trop facilement malmené, étouffé, pour que ça me touche un minimum. C’est un peu le film qui aurait pu (car sur le papier totalement pour moi) mais en fait non.


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