Powaqqatsi – Godfrey Reggio – 1988

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Obscénité.    

   2.5   Quand il commence par filmer des corps en mouvement, le calvaire de ces corps, grimpant des masses rocheuses, s’échouant dans la boue, on se dit que l’on sort du cadre mystique et cosmique offert par Koyaanisqatsi. On se dit que ce deuxième opus sera un film sur le corps humain constamment au premier plan. L’accompagnement musical est le même : une composition de Philip Glass qui accompagne les images durant tout le film. A de rares instants nous entendrons le bruit de la nature, c’est déjà ce qu’il nous manquait dans Koyaanisqatsi, dans lequel ça ne gênait pas, l’envoûtement était tel que le film existait ainsi, avait sa personnalité : des images en musique. Problème est qu’ici les plans sont généralement très courts, il n’y a pas d’expérimentation temporelle offerte par l’image. Reggio est l’anti Benning. Quand ce dernier filmait des trains dans RR il les laissait entrer et sortir du champ, donnait une place importante à l’attente, toujours dans un dispositif d’apparition/disparition. Evidemment le dessein n’est pas le même chez Reggio, on pourrait se dire pourquoi pas, mais je me suis rendu compte que ça ne donnait rien, ça n’existait uniquement que dans un but esthétique. Quand il filme un train, Reggio ne le laisse ni apparaître ni disparaître. Il prend toute la durée du plan et sa forme varie étrangement, la rétine, avec la durée de ce plan, n’arrive plus à lui donner sa forme première. En plus des trains, Reggio filmera un peu de la circulation, des gratte-ciel, des chantiers, commençant son film dans la boue pour le terminer dans la poussière. Le plus gênant dans Powaqqatsi c’est le temps offert aux grands plans sur des trognes. Des visages d’enfants du tiers-monde essentiellement, montrant l’impact de l’évolution des sociétés développées sur celles en voie de développement, montrant le calvaire enduré par certain pour que d’autres en profitent, la survie d’un côté, la vie de l’autre. C’est fait sans pincettes, c’est assez vite insupportable. Ajouté à cela des plans inutiles à l’envers, de côté, des flous artistiques, des reflets à travers des fleuves ou des flaques, des ralentis à n’en plus finir (les trois-quarts du film) ou des accélérations inutiles, là aussi. Et autant la musique de Koyaanisqatsi était formidable, jouant sur les variations, les montées de puissance, elle savait se fondre dans le rythme imposé par l’image. Ici c’est le contraire. Sans compter que les morceaux se ressemblent beaucoup, pour ne pas dire que certains sont rejoués à plusieurs reprises. A voir ce défilé de visages en musique on se croirait dans un spot humanitaire, pour Unicef. Franchement, pendant une heure je me suis demandé ce que Reggio tentait de me dire (de plus qu’avec Koyaanisqatsi) et puis je me disais il y a de beaux plans (ce sont des photos finalement) tout de même, puis très vite j’ai trouvé ça vain, insupportable, terriblement énervant. Je me suis alors demandé ce que j’avais aimé dans Koyaanisqatsi. Est-ce que c’était le message ou la puissance de l’image, l’intelligence ou l’absorption. Toujours est-il qu’ici je n’ai jamais été emporté par quoi que ce soit. Je trouve ça pédant, poseur et obscène.

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