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Archives pour septembre 2011



Voltiges (Apflickorna) – Lisa Aschan – 2011

Voltiges (Apflickorna) - Lisa Aschan - 2011 dans Lisa Aschan 678938_backdrop_scale_1280xauto   3.5   C’est un film qui pourrait avoir de belles choses à dire mais qui ne sait pas les dire. Qui ne sait pas comment le dire. Il semble s’orienter vers une adolescente férue de représentation hippique, représentation gymnastique ou plutôt une sorte de natation synchronisée transposée au cheval. C’est une passion que je ne connaissais absolument pas. Je ne sais d’ailleurs pas comment ça s’appelle. Donc évidemment je voudrais en (sa)voir plus c’est à dire que j’aimerais que l’on filme ça, que je ressente cette tension qui anime cette représentation aussi admirable que dangereuse, qu’il se passe comme une infiltration imperceptible de ce milieu sportif si singulier. C’est une première chose importante, puis désolante puisque l’on ne voit rien, tout devient affaire de montage tant est si bien que la montée sur le cheval est l’illustration exemplaire de ce que propose le film continuellement, à savoir de vouloir nous faire croire quelque chose que le film lui-même ne croit pas. Il n’y aura aucune montée de cheval dans le film (en tout cas rien d’essentiel qui ne puisse me faire imaginer que les actrices seraient ou non des professionnelles de cette discipline), la cinéaste étant beaucoup trop préoccupée sur cette rivalité des regards et des corps entre ces deux personnages féminins. Comment ne pas penser au film de Céline Sciamma, Naissance des pieuvres, qui était tout son contraire, dans la réussite j’entends. Pourtant il y avait cette même fascination réciproque entre deux adolescentes (et plus encore) et bon nombre de fois des choix incompréhensibles, de la part de la cinéaste comme des personnages. Mais on y croyait d’un bout à l’autre. Voltiges m’a davantage fait penser au film Des filles en noir, de Civeyrac, non pas dans son évocation de l’adolescence, le film de Civeyrac étant beaucoup plus traversé par la mort que par le désir (et c’est peu de le dire) mais dans cette propension similaire à vouloir systématiquement tout appuyer, brouiller les cartes pour faire genre. Rien ne marche puisque l’idée n’est pas à vouloir partager un point de vue mais à faire une démonstration de bon élève des émois adolescents par l’absurde.

     Et à côté de ça, Voltiges se décentre légèrement vers ce qui devrait emmener le film vers des cimes beaucoup moins ciselées, plus osées, en concentrant momentanément le récit sur la petite sœur de huit ans. C’est sans doute la seule chose que j’aime vraiment dans ce film, à savoir comment la cinéaste amène à voir ce que l’on n’imaginait pas. Cette petite fille évoque durant une bonne moitié du film, avec sa grande sœur autant qu’à son papa, son amour pour un garçon qu’elle tient sur un piédestal tel qu’il n’y a plus que lui à ses yeux. C’est lorsque plus tard que nous découvrons l’identité du garçon, son cousin, deux fois plus âgé qu’elle qu’une gêne s’empare de nous, un sentiment beau et limpide mais très malaisant, puisque l’on découvre non pas l’amour d’une petite fille pour son grand cousin (il n’y a rien de nouveau là-dedans, même si j’aime bien l’idée de le filmer) mais un désir sexuel, certes pas ostentatoire mais tout de même présent, évident. Et traiter de la précocité de cette manière là, c’est à dire en reléguant cette partie du récit en simple appendice au film, je trouve ça pire que maladroit mais tout simplement de mauvais goût. Du coup c’est comme si l’on avait traité cela à la légère, pas de manière plus embarrassante que dans Fish Tank d’Andrea Arnold, alors que les deux demoiselles en question n’ont manifestement pas le même âge.

     Le film reprend vers l’affrontement entre ces deux jeunes femmes, mélange d’admiration, de désir refoulé et de rivalité primitive pour accoucher petit à petit et laborieusement vers un traité de bon élève, une fois encore, où le déséquilibre initial change de côté et où l’on tue symboliquement (une fille est à-terre) celle des deux qui paraissait la plus forte au départ avant que l’autre ne vienne lui prendre sa place…

Les yeux clairs – Jérôme Bonnell – 2005

Les yeux clairs - Jérôme Bonnell - 2005 dans Jérome Bonnell 0165p1

     6.5   C’est une renaissance. Celle d’une femme que l’on n’a pas appris à écouter, à comprendre. Une souffrance si terrible que lorsqu’elle s’extériorise il ne vaut mieux pas être à côté. Une souffrance qui se traduit par des accès de rage ou simplement un repli sur soi. Le film de Bonnell est scindé en deux parties. La scission est légitime pourtant c’est aussi à mes yeux la limite du film. Le traitement est si différent entre les deux parties que dans la seconde je regrette qu’on en ait eu une première. L’illustration c’est l’absence du père. Afin de renaître, la jeune femme se doit de retrouver le cimetière où il a été enterré, alors qu’il est décédé quand elle avait onze ans et qu’elle n’avait pas assisté à la cérémonie – chose qui la tracasse autant que ça l’attriste – car elle était trop jeune selon son frère. Mais elle sait très bien que c’était à cause de sa maladie, que sa mère avait sans doute cachée à son mari. En fait, cette explication n’a pas grande importance selon moi, c’est le souci de cette première partie de film : nous mettre sur la voie, nous préparer au radicalisme de la seconde. J’aurai préféré ne rien savoir, ne pas être au courant du motif de sa recherche, du déclencheur de sa renaissance. Car cette très belle séquence (la recherche de la tombe) me touche assez peu, je l’attendais. Je n’aime d’ailleurs pas vraiment la scène des chaises non plus, trop évidente, même si j’apprécie que cette rencontre n’aboutisse sur rien, qu’il y en aura une autre plus tard, bien plus puissante. Pour revenir à l’idée de scission, et en ce sens ça devient la grande force du film, la mise en scène de Bonnell change complètement avant et après la séquence en voiture, dont on ne verra rien sinon une route sillonnée très rapidement, de nuit avant que les phares d’une voiture en sens inverse ne vienne plonger l’écran dans le noir puis qu’au jour la jeune femme soit sur le bord d’une route de campagne. Le cinéaste laisse bien entendu planer l’idée d’une mort comme image d’un recommencement. Nous sommes à la moitié du film et nous ne verrons plus rien d’avant. Plus de frère. Peut-être même plus de Fanny, tant dans un premier temps on a ce sentiment qu’elle est guérie. Les yeux clairs était un film d’intérieur, il devient un film de forêt. C’était un film français. Tout se passera dorénavant en Allemagne, mais il deviendra presque un film muet. A la faveur d’une rencontre assez magnifique, Fanny est invitée chez un homme qui après lui avoir changé sa roue de voiture et conduite au cimetière qu’elle recherchait finit par lui offrir un verre chez lui et le plaisir de prendre une douche. Petit détail mais pas des moindres, l’homme ne parle pas un mot de français et cette rencontre devra se faire sans les mots sans doute pour le plus grand plaisir de l’un comme de l’autre. C’est d’ailleurs avec émotion que je retrouve, en la personne de cet homme Lars Rudolph, qui jouait Jànos Valuska dans Les Harmonies Werckmeister. Bonnell saisit des choses incroyables dans cette seconde partie, une scène de baiser magique ou encore de petites merveilles éparses lumineuses – la scène du piano par exemple. Lorsque le volcan entre à nouveau en éruption, avec cette violence que l’on apprit à apprivoiser, on s’inquiète pour le jeune homme. On doute de la ténacité de cette relation uniquement basée sur la confiance et l’interaction des regards, le flottement des corps, le mystère de la pensée. Mais cela se fait naturellement, non sans inquiétude et incompréhension, mais il a la merveilleuse idée de lui laisser se sortir de cet état, sans la regarder avec méfiance, sans la juger. Il est difficile de parler du deuxième film (après le chignon d’Olga) de Jérôme Bonnell, il faut entrer dans sa respiration, se mettre en synergie avec le film et les personnages. C’est en tout cas un beau voyage.

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