La dernière piste (Meek’s cutoff) – Kelly Reichardt – 2011

35.3Somewhere.

   9.0   L’espace prend d’emblée une place importante. On est comme happé dès les premières secondes par ce petit groupe d’hommes et de femmes, dans l’Oregon de 1850, qui traversent une rivière. Il n’y aura pas un seul dialogue pendant un long moment, ou alors ce sont des mots perdus dans l’espace, que l’on ne distingue pas, mots capturés par les vents. Une femme effectue, accompagnée de son colibri en cage qu’elle protège au-dessus de sa tête pour ne pas le noyer, la traversée dans les eaux, pas tout à fait des rapides, mais une rivière qui s’amoncelle et disparaît tranquillement dans le désert au loin, plaines et collines ocres à perte de vue. L’eau ne menace pas encore mais c’est déjà un obstacle. Le film ne sera pas toujours silencieux, quelques dialogues disséminés ici et là, une prière, une attention, quelques discussions triviales et d’autres plus importantes, au sens où elles concernant ce voyage, enfin plutôt ce déplacement. On sait que l’on est dans l’Oregon mais l’on ne sait pas trop où l’on va. L’Ouest évidemment, c’est la conquête, mais rien de précis et très vite la piste disparaît, les hommes sont perdus – Un Lost sur la branche morte d’un arbre suffira. L’être humain qui se perd dans un espace est quelque chose de très beau et fascinant au cinéma. Gerry ou Zabriskie Point pour rester dans l’environnement désertique, le dernier étant par ailleurs davantage le reflet du film de Kelly Reichardt dans cette impression que l’on se déplace par ce que l’on n’a plus de place, qu’on n’est pas dans le monde mais au travers. Dans l’environnement clos il y avait Jeanne Dielman évidemment et cette sensation de perdition dès que la machine quotidienne rompait. Mais c’est bien la première fois que je vois ça transposé dans le genre Western, si l’on peut dire. Je ne suis pas grand connaisseur mais je sais qu’une chose m’a toujours perturbé dans ce cinéma là c’est le peu de regard que l’on porte sur la durée, la souffrance et l’espace dans ce qu’il a d’immense, de richesse plastique et sonore. C’est une traversée à l’infini. Vers un quelque part que l’on ne verra jamais. Les migrants viennent à manquer d’eau, les jours se répètent, les nuits sont fraîches et toujours rien à l’horizon qui donnerait signe d’une terre promise. Pas de lignes dessinées. La perdition est totale. On se déleste de quelques affaires comme cette chaise jetée par-dessus bord, témoin d’un déplacement, d’une histoire en marche ou d’absolument rien. C’est un cinéma extrêmement sec, peu bavard mais surtout doté de plans chargés de rien, donc de tout. Une femme qui lit un livre. Un homme qui observe au loin. Un enfant qui se repose. Et quelques fulgurances fondamentales dont un plan extraordinaire où les deux carrioles avancent en notre direction, avec toute la durée que cela suggère, avant de disparaître peu à peu dans un fondu enchaîné qui permet de les retrouver à l’horizon, tandis que l’effet nous donne l’impression de les voir traverser les nuages. C’est précis mais aussi plein d’idées lumineuses. C’est un voyage dans le désert d’une beauté incomparable.

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