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Archive for 7 mars, 2012

127 heures (127 hours) – Danny Boyle – 2011

127 heures (127 hours) - Danny Boyle - 2011 dans Danny Boyle 21.-127-heures-Danny-Boyle-2011-300x200    4.4   Le cinéma de Danny Boyle se situe à l’opposé de celui que je défends aujourd’hui. Il n’a pas bougé d’un iota : effets de style en tout genre, accélérations, split-screen, ralentis, superpositions sonores, saccades, inserts, gros plans vulgaires, grands plans carte postale ou plans absurdes en série. Le temps comme donnée cinématographique n’intéresse pas Danny Boyle, au contraire il le déforme sans cesse, le découpe, le triture dans le seul but de ne pas ennuyer, de capter l’œil de son spectateur, de lui balancer sa sauce. Ce sont les mêmes desseins qu’un clip publicitaire.

Confier le récit de l’histoire d’Aron à Danny Boyle c’est un peu comme laisser des enfants faire un cache-cache dans un magasin de porcelaines. Un jour, Aron, alpiniste et randonneur chevronné, se retrouve coincé dans la crevasse d’un canyon en plein désert, le bras sous un rocher. 127 heures, c’est le temps qu’il passe dans cette crevasse, avec très peu à manger, très peu à boire, dans une position délicate et surtout avec comme seul possibilité de s’en tirer de prendre l’option de se séparer de son bras, qu’il fut obligé de sectionner qu’avec l’aide d’un vieux canif. Un film sur la durée, l’attente, l’ennui, réalisé par Danny Boyle, c’te blague !

Deux choses : On voit d’une part ce qui intéresse le réalisateur, le récit de l’extrême. D’autre part, on prévoit ce qui ne l’intéresse pas, le temps passé. Le seul grief que j’aurais à faire contre ce nanar se situe là : Pourquoi le film se nomme t-il 127 heures, puisque le temps n’est pas ce qui l’intéresse ? Danny Boyle se retrouve avec le cul entre deux chaises, vouloir aller vite et vouloir faire du réel. Tout ce qui pourrait être passionnant et qui s’inscrit dans la durée ne l’est pas chez Boyle. On ne pourra jamais saisir la puissance du temps puisque celui-ci qui devrait paraître long est rendu très court. C’était donc une performance : Evoquer le récit d’un ennui (en tout cas ce que Boyle considère comme ennuyant) et le maquiller en divertissement. 127 heures est le contraire de Frozen (le film de Adam Green qui se rapproche assez sur le papier du film de Boyle), ce n’est pas un film éprouvant, c’est un film cool. L’idée fait rire, pourtant on se prend parfois à imaginer le film entre les mains d’un vrai cinéaste, qui aurait filmé intensément cette séquence (survolé chez Boyle) où Aron tente de faire un mouflage en vain sur le rocher afin qu’il se soulève, ce qui d’une part lui prend des heures (dira t-il) et qui en plus exige toute une connaissance de la technicité que j’aurais adoré que l’on me raconte.

J’ai tout de même pris le parti de prendre le film comme on sauterait en parachute, une séance d’adrénaline, un rail de cocaïne, de l’extrême écervelé. Je ne cache pas mon plaisir. Mais que l’on ne vienne pas me dire que le film est légitimement rapide puisqu’il tente d’apprivoiser la personnalité de Aron. Très franchement, je pense que pauvre Aron qu’il soit, il a dû sentir le temps passé. Et que l’on ne vienne pas non plus me rabâcher que c’est tiré d’une histoire vraie, j’en ai plus rien à foutre, le film est à mon sens complètement nul de ce point de vue là. De toute façon je préfère le Danny Boyle qui part dans le faux pour raconter ses récits de l’extrême : l’équipage d’une navette spatiale dont l’objectif est de rallumer le soleil qui meurt, un garçon qui part à la découverte d’une île paradisiaque thaïlandaise inconnue des cartes, un homme unique rescapé d’un Londres post apocalypse zombifié, le destin heureux d’un garçon des bidonvilles qui s’apprête à remporter la grosse somme à Qui veut gagner des millions. Les films de Danny Boyle ont une énergie dont lui seul a le secret. Géniaux ou nuls, agaçants ou vitaminés, j’avoue avoir un petit faible (voire gros : La plage) pour certains d’entre eux. Ces films sont tellement bêtes que l’on se sent intelligent devant ; c’est aussi la vertu du cinéma de Danny Boyle : Il conforte sans sentimentalisme, sans grossir le trait de façon malhonnête, sans second degré. Simplement en étant lui-même.

     127 heures comporte à la fois son lot de scènes gags et son lot de scènes chocs. Ça devient la marque de fabrique du film qui n’a plus d’identité sinon celle d’être le film où le héros se coupe un bras, d’être le film où le héros s’improvise vedette d’un jeu télévisé, d’être le film où il finit par boire son urine ou encore à profiter d’un quart d’heure de soleil journalier. Même ça Danny Boyle ne sait pas le filmer, ce quart d’heure de soleil si salvateur, ces poussières d’espoirs, il va vite, accélère tout, il n’y a pas un brun de lyrisme dans ce film, rien ne passe, rien ne prend, tout tient de l’anecdote. Le pire tient dans l’idée même de certains plans. Comment le réalisateur a l’idée de ces obscènes placements de caméra ? Se lève t-il un matin en se disant qu’un plan à l’intérieur d’une bouteille ce pourrait être fun ? Le film est gorgé d’exemples comme celui-ci. Il suffit de se rappeler une des premières séquences qui dévoilent les préparatifs de Aron et ce plan à l’intérieur de son placard (le seul plan qui dépasse deux secondes dans ce déluge d’images clipesques) avec cette main qui ne prend pas le couteau-suisse. On sait déjà où il veut en venir, on sait déjà ce qui l’intéresse, qui dit couteau, dit sang, dit sensation extrême. Et tout ça il faut bien l’appuyer au marqueur et ce sera toujours comme ça pendant tout le film.

Et le paradoxe que l’on retrouve dans nombreux de ses précédents films c’est ce plaisir non dissimulé dont on ne sait guère d’où il vient vraiment. La sympathie pour les personnages ? Pas vraiment, James Franco est antipathique au possible, sans compter qu’il ne sait ou ne peut ni jouer la douleur ni l’attente. Quelle est cette sympathie alors ? Je pense qu’il s’agit de son énergie, j’en reviens toujours à ce terme en ce qui concerne Danny Boyle. Sunshine m’avait littéralement emporté. J’aimais la frénésie de Slumdog millionnaire. La plage c’est une de mes drogues. Qu’ont en commun tous ces films ? Tout simplement que je me fiche de ce qu’ils me racontent. J’aime leur rapidité de glissement, l’efficacité de cette marmite d’effets. 127 heures restera un nanar, peut-être encore plus que les autres, parce que je ne ressens absolument rien pour ce personnage, je n’éprouve rien, mais je ne m’ennuie pas pour autant, je rie aux gags et je me laisse bêtement porté par son énergie anti-cinématographique et efficace.


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