Faust – Aleksandr Sokurov – 2012

Mostra-de-Venise-2011-Sokourov-repart-avec-le-Lion-d-Or_image_article_paysage_newA l’origine.

   6.0   Ci et là, j’entrevois le Faust que j’aurais adoré voir. Je pense à l’ouverture, aux vingt dernières minutes ou à quelques séquences éparses où nombreuses idées viennent s’inscrire dans le voyage non pas comme des morceaux de bravoure mais comme des notes qui me paraissent plus judicieuses que le reste. Toutes les scènes d’eau en font partie : bains de femmes, rivière apaisante, lac à l’ondée magique et geyser divin. Cette attention exaltante avec laquelle Sokurov s’attarde sur ces éléments me sidèrent, cette manière de filmer leur puissance en douceur. Un peu comme lorsqu’il tient le plan sur le visage de Marguerite, qu’une lumière aveuglante vient blanchir les traits jusqu’à l’immaculer. Ce plan final de Faust courant au travers des pierres pour rejoindre cette montagne cristalline est aussi un très grand moment.

     Dans le site Independancia, une analyse du film dit : « C’est aussi un mouvement d’épuration qui s’avance sur cette boucle. Les premiers quarts d’heures fourmillent de personnages et de paroles. L’image et les sons encombrent les sens. Pas à pas, le film se purge à mesure que le héros se damne. Le spectateur avance main dans la main avec Faust, du fourmillement vers l’image purifiée ». Cette sensation d’encombrement m’a rarement quitté, je n’ai donc pas vraiment reçu cette évolution formelle. Le problème ne réside aucunement dans ce voyage ni dans l’agencement séquentiel, quant au récit je le trouve passionnant d’un bout à l’autre, si tant est cela dit qu’il soit un peu moins bavard. Les bonnes idées en accueillent des mauvaises : Ce fourmillement de personnages entraîne une saturation sonore, de même qu’une saturation par le cadre (la première moitié du film se déroule dans des lieux extrêmement fermés entre pièces exigus et couloirs, caves et tunnels) qui n’excuse à mon sens jamais le parti pris d’interrompre le plan rapidement, de façon systématique. Au début, il n’y a pas un plan qui ne dure plus de trois secondes. C’est à dire que cette frénésie (ou ce fourmillement) est avant tout provoqué par cette découpe au montage. Alors, tout y passe : Anamorphose, oblique, distorsions. Bande sonore chargée, douloureuse. Formellement je trouve cela affreusement démonstratif, tout en admettant que le film est par ailleurs très cohérent dans sa mise en scène puisqu’il fait intervenir un monde de viscères, glauque, presque puant à l’image. Comme symbole ultime cette séquence de l’homoncule tombé se dépêtrant parmi les bouts de verres cassés. Sokurov filme les corps, leur morbidité, ce qu’ils ont de répugnant, jusqu’à certaines grimaces dans des gros plans de mauvais goût. Etat de putréfaction atteint dès le premier plan qui démarre dans les nuages pour s’achever dans les entrailles d’un cadavre. Là, ça me plait car on accélère pas le découpage pour créer la saturation.

     N’est pas Tarkovski qui veut. C’est un film plein qui veut prendre l’apparence d’un film trop plein et y parvient par le montage. Pourtant, la caméra de Sokurov est en mouvement, sans cesse. Elle se glisse par là, saisit un visage, des pieds, suit en passant au travers, s’envole mais jamais elle ne prend l’option de faire durer son mouvement et choisit de le remplacer par un autre mouvement. Et pourtant, je me sens plutôt bien dans ce film. C’est étrange parce que j’y reste totalement extérieur mais je regarde cela avec un oeil mi-déçu, mi-fasciné. J’ai trouvé le voyage long mais j’ai beaucoup aimé certaines escales, je m’y sentais bien, je découvrais un monde. Mais le Sokurov que j’aime, celui de Mère et fils, je ne l’ai pas retrouvé. Reste que je ne suis pas un grand connaisseur de l’oeuvre de Goethe et que le film dans son propos et ce voyage central de Faust aux côtés de Méphistophélès m’a fasciné sur bien des aspects. Ce n’est peut-être pas le résultat que j’espérais mais sa richesse et sa démesure sont loin de me laisser indifférent. La tétralogie du pouvoir (entamée avec Moloch (Hitler), Taurus (Lénine) puis Le soleil (Hirohito) prend donc fin avec ce quatrième volet, sorte de préquel : Faust ou les origines du mal. Ne serait-ce que pour cette ambition là, il faut aller se faire son avis en salle.

1 commentaire à “Faust – Aleksandr Sokurov – 2012”


  1. 0 Madison Smith 15 août 2012 à 10:12

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