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Archives pour septembre 2012



Perfect sense – David MacKensie – 2012

31Douce extinction.   

   7.0   L’apocalypse en douceur. En y réfléchissant, je me demande s’il y a plus inquiétante extinction humaine que de se voir progressivement – en l’occurrence épisodiquement – privé de ses sens. C’est la belle idée de ce film qui bien que respectant un schéma volontiers mécanique et optant pour une mise en scène peu inventive ou en roue libre derrière son récit ou à l’Américaine faussement humble (omniprésence musicale, construction linéaire et inserts de vidéos/photos de lieux du monde entier pour ne pas se borner d’égocentrisme) m’a saisi par son déroulement, sa puissance d’évocation et le lien amoureux qu’il fait naître entre ses deux protagonistes principaux, qui aurait tout pour ne pas fonctionner (Eva Green et Evan Mc Gregor, c’est tellement clean, tellement in sur le papier) mais qui trouve une grâce inattendue. On pourrait résumer Perfect sense ainsi : Naissance de l’amour à l’aube de la disparition de l’humanité. La force du film est donc de tirer parti de ce qui pourrait lui faire défaut. Ainsi, son systématisme ô combien prévisible est intéressant. La voix off, celle d’Eva Green, appuie cela dans la mesure où elle ne cache pas la progression funeste imparable. C’est une voix de l’au-delà, qui observe cet épisode tragique de la destinée humaine. « Ça a commencé comme cela » dit-elle, quand l’être humain, aux quatre coins du globe, subit la perte de l’odorat en vingt-quatre heures. On le sait par le titre et par le reste, ce ne sera pas le seul sens touché. Et le film, sinon de se terminer bêtement sur un retour à la normale miraculeux (car le film n’a jamais la mauvaise initiative de prétendre l’homme capable de contrer le désastre) se terminera sans doute dans le silence et dans le noir. Pourtant Perfect sense surprend autrement, dans sa manière de mettre en œuvre la tragédie. Il suit un processus infiniment mélancolique, se nourrissant de l’excès. Ainsi toutes les composantes de l’humain sont exacerbées autant dans la colère que dans la joie, mais surtout à travers le souvenir, donnée ô combien passionnante dans ce type de récit. Le souvenir d’un lieu liée à une odeur par exemple. Le cinéaste profite de cette liberté qu’il s’offre pour tout se permettre et tenter de mettre en communion spectateurs et personnages, tous deux devenus très vite spectateurs sans goût, sans odorat de leur vie ou expérience de cinéma. Des idées géniales émergent comme le simple fait de se jeter sur le savon et la mousse à raser et d’en déguster non pas le goût mais le bruit, le craquement, la texture. Se redécouvrir autrement. Vivre avec un sens en moins quand chacun s’en trouve dépourvu c’est vivre différemment, partout. Plus besoin de se parfumer puis plus besoin de saler les assiettes. Le sens parfait serait celui qui s’en trouve totalement dépourvu, le sens zéro, l’amour abstrait, sensé, mais non sensitif.

Le crime était presque parfait (Dial M for murder) – Alfred Hitchcock – 1955

Le crime était presque parfait (Dial M for murder) - Alfred Hitchcock - 1955 dans Alfred Hitchcock crime-etait-presque-parfait-01-gLa clé de l’énigme.

   8.0   Film d’apparence mineure, quelque part entre Agatha Christie et Sherlock Holmes, il faut préciser que ce n’est que l’intrigue que l’on peut qualifier de mineure, bien qu’elle soit d’une efficacité redoutable, le film en lui-même, la mise en scène du film, elle, est prodigieuse. Hitchcock pourrait être le cinéaste qui répond exactement à la théorie selon laquelle les petits récits peuvent faire des grands films. C’est le procédé de mise en scène qui est passionnant ici, un huis-clos comme pour La corde ou Fenêtre sur cour. Tout ou presque se joue dans un appartement. Je dis presque car il faut prendre en compte ces plans au club de l’époux, essentiellement par téléphone avec l’appartement, au moment du meurtre, donc en somme, bien que oui nous n’y somme pas, nous ne quittons jamais vraiment l’appartement ; Ainsi que ces plans (proches de ceux qu’Hitchcock utilisera dans Vertigo) faisant office de scènes de tribunal, où l’épouse se retrouve face caméra, comme derrière un parloir, sur fond neutre avec couleurs tournoyantes, avant que l’on apprenne son incarcération et sa condamnation à mort. Du coup, le film ne subit pas de découpage, il ne propose pas de souffler puisqu’il revient, aussitôt ces quinze secondes transitionnelles passées, dans l’appartement conjugal. Ce parti prix est à l’image de l’entracte qu’Hitchcock insère entre deux séquences qui ne sont finalement pas déliées par la possible idée d’un découpage. Si bien que le film terminé on a oublié que l’on avait eu le droit à un entracte. Tout ou presque se joue dans le salon de cet appartement. Hitchcock gardera malgré tout certains plans autour (chambre, cuisine, couloir) très brefs construisant tout de même un décor de cinéma et non de théâtre. Hitchcock joue avec la vitesse du dialogue comme rarement il l’a fait auparavant et le fera ensuite, créant ainsi un flux d’informations conséquentes qui perdent peu à peu le spectateur, qui observe un détail pour en perdre deux. La clé devient l’exemple parfait puisqu’il appuie tant sur cet objet, aussi bien dans les mots que par l’image, que l’on ne quitte pas des yeux ces relais et chamboulements, dans les sacs ou les poches pour finalement commencer à négliger son importance dès l’instant où justement elle refait surface et sonne le glas de la résolution. Ce qui frappe avant tout dans Dial M for murder c’est l’écriture des personnages, stéréotypés sauf pour le mari trompé, ingénieux qui construit tout un plan pour se débarrasser de sa femme. Cette nuance là me fascine chez Hitchcock. Cette attirance pour le méchant. Cette manière de flatter le mal. C’est le bon gros salaud qui échafaude tout un mécanisme criminel minutieux fascinant, et les autres qui n’ont que peu d’épaisseur, ou unilatérale, cartésienne : un shérif à qui on ne la fait pas, une femme gracieusement nunuche et un amant écrivain obsédé par les romans policiers et le crime parfait. En somme, il y a les personnages facilement cernables et donc celui du mari, surprenant, insituable donc forcément passionnant. Cette qualité Hitchcockienne pour la valorisation mise en scénique d’un récit mathématique et l’inversement des rôles me fascine au plus haut point.

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