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Archives pour 27 novembre, 2012

In another country (Dareun Naraeseo) – Hong Sangsoo – 2012

08_-in-another-country-hong-sangsoo-2012Triple rêve.   

   6.0   Il est important d’évoquer les premiers instants du film, c’est à la fois ce qui traduit sa légèreté et ce qui lui apporte sa profondeur. Dans les films de Hong Sangsoo il y a souvent (toujours ?) au centre un artiste, écrivain ou cinéaste, plongé dans un doute existentiel ou créateur, qui compose en entrant en collision avec le monde. C’est une errance (Night and day), un dialogue (Ha ha ha), un vaudeville (Woman on the beach), la rencontre de solitudes (tous les autres. Tous, en fait). La particularité d’In another country qui apporte alors une rupture bienvenue, délicate pour ne pas sortir de l’univers du cinéaste coréen, intelligente pour dépareiller de ses récentes réalisations qui souffraient manifestement d’une certaine jouvence, c’est justement de ne pas donner suite à cette focalisation habituelle.

     Une adolescente et sa maman parlent de problèmes financiers, à table sur la terrasse d’un appartement, concernant un oncle apparemment malveillant. L’adolescente s’enferme ensuite dans une pièce et semble prendre le parti d’évacuer ce trouble intérieur en écrivant. Une feuille, un stylo, elle devient voix off et nous dit qu’elle va écrire trois histoires, trois scénarios, contant les aventures d’une française débarquée dans un village, non loin de Séoul. Ce qu’il adviendra de cette adolescente, nous n’en saurons plus rien puisque le film devient ces trois histoires qu’elle met en plume.

     C’est sans doute le film de Hong Sangsoo le plus enfantin, au sens ludique et mélancolique du terme, puisque ses films l’ont toujours été, dans les relations comme dans les quiproquos qu’il met en œuvre. Enfantin dans le traitement des personnages, cette manière qu’ils ont de compenser toute méprise par une générosité, forcée ou non. Cette manière qu’ils ont de se déplacer et de se parler – gestuelle comique du maître-nageur, démarche à l’ivresse montante, barrière de la langue, imitations d’animaux. Et enfantin dans cette manière de substituer la fiction à la réalité (le film dans le film) ainsi que dans ses enchevêtrements entre les trois nouvelles. C’est un film qui m’a rappelé mes écrits adolescents, ces petites fictions que j’écrivais et qui sans doute se rejoignaient les unes aux autres, via un objet, un personnage, une idée.

     In another country c’est chaque fois un personnage féminin au destin différent – d’abord cinéaste en vacance, puis femme adultère, puis femme délaissée – se prénommant Anne, qui pourrait tout aussi bien être une même personne à différents moments de sa vie. Mais le film a la double intelligence de ne pas faire de cette idée une organisation rigide, préférant s’ouvrir que de se cloisonner, il n’explique pas, laisse l’imagination se propager, et de ne pas tomber dans le film à sketches dans la mesure où il ne recrée pas chaque fois le décor dans lequel Anne va évoluer. Il est un peu modifié mais demeure familier. Ainsi, il met en scène trois rencontres avec le même homme, un maître-nageur, toutes similaires, toutes différentes les unes des autres. L’errance, la drôlerie et l’impasse. C’est un cœur qui s’ouvre. Non pas celui de Anne, ni celui de l’adolescente en train d’écrire, mais celui du cinéaste, qui cette fois a projeté tout ce qu’il a dans un miroir à double reflet et à triple entrée.

     Le film dans le film, le rêve dans le rêve, le rêve dans le film, Hong Sangsoo s’est amusé à partager un peu de lui, imbriquant ses questionnements existentiels dans une sorte de vaudeville irrésistible, non loin des Rendez-vous de Paris, mais en mieux, plus étincelants, plus étranges avec des percées fantastiques magnifiques via l’utilisation d’objets récurrentes – bouteille de soju cassée sur la plage que l’on observe dans le premier segment, que l’on jette dans le troisième ; parapluie caché sous un feuillage dans le second que l’on récupère dans le dernier. Le film est régulièrement parcouru de petites touches d’apparence anodine, un phare que l’on mime difficilement, un « lighthouse » que l’on n’arrive pas à faire comprendre, un tee shirt où est écrit « lifeguard », des chaussures, chaque fois différentes, des robes, chaque fois de couleur différente, une tente orange, un homme qui nage le crawl, une femme enceinte, une chevelure rousse en bataille, des baisers mystérieux, qu’il ne faut plus évoquer sans les oublier, qui sont accompagnés de petites baffes, qui sont masqués par une recherche de palourdes.

     C’est un film imprimé de petits éléments de scénario (une femme est en train d’écrire) et c’est filmé avec une douceur pré ou post estivale, on ne sait pas bien, que ça devient un doux rêve plein d’ambiguïté, où l’on ne sait plus très bien dans quoi on est plongé, un doux rêve sans limite, sans mécanique où l’on ouvre les parapluies alors que nous n’avons jamais l’impression qu’il pleut.


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