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Archives pour 19 janvier, 2013

Le samouraï – Jean-Pierre Melville – 1967

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 Le dernier souffle.   

   9.5   Le samouraï représente à mes yeux le film Melvillien par excellence. C’est un condensé de ses plus belles réussites où son style s’affirme de la manière la plus radicale. Il se déroule en une suite de séquences monstrueuses, quasi muettes où le cinéaste se contente de filmer l’action, le mouvement, contenus dans un contexte temporel restreint.

     Un moment donné, Jef Costello rentre chez lui. Le spectateur a de l’avance sur lui puisqu’il a vu précédemment une séquence où deux hommes y déposaient un micro. Cette scène de retour est filmée comme celle de départ qui ouvrait le film, en temps réel. Le temps réel chez Melville est un temps d’attente, la mèche d’un pétard qui se consume, un sablier qui se vide. C’est une attente qui génère forcément un dérèglement. En l’occurrence, il se dévêtit, puis s’apprête à passer un coup de fil mais un détail attire sa méfiance : l’oiseau, dans la cage. Dans un schéma classique, l’oiseau serait mort, le spectateur garderait donc son avance sur le personnage et attendrait uniquement le moment où le personnage découvrirait la supercherie. Chez Melville, l’oiseau se déplume, à force de cogner, craintif, les parois de sa cage. Ce n’est que cela qui attire le regard de Costello et fait qu’il raccroche aussitôt le combiné et se met à chercher ce que cette pièce a de changé.

     Le style Melvillien est à l’image une affaire de contrastes, dans un cadre monochrome, sec, grisé, à la recherche d’une épure de trait, entre l’abstraction et le vertige d’un réel fantasmé du film noir. Style hautement influencé qui aura séduit d’érudits cinéastes qui s’en sont magnifiquement inspiré autant qu’il aura contaminé bon nombre de films de gangsters qui n’auront fait que de singer le style. Qui auront tenté de reproduite la sécheresse formelle sans se plier, comme l’osait parfaitement Melville, à une épure dramaturgique.

     Si l’action intéresse évidemment Melville c’est l’action au sens de processus pour parvenir à ses fins. Pas le spectaculaire. Ni le jubilatoire. La première séquence de meurtre est un modèle de déplacement éternel en temps que préparatifs du futur travail accompli. L’exécution n’intéresse Melville que dans sa plus plate représentation. Premier plan large : Deux hommes face à face. Le suivant : Un coup de feu tiré, plan serré sur l’arme. Troisième plan à nouveau large : Le tableau de l’exécution accomplie, avec la personne tuée et le nuage de fumée de l’arme encore chaude. Ce n’est qu’affaire de précision. Affaire de gestes parfaits. La mise en scène se plie à ce qu’elle traite : la rigueur exemplaire à laquelle se soumet le tueur à gage.

     La dimension dramaturgique est évacuée ou évasive, pourtant Melville ne lui tourne pas entièrement le dos, il préfère lui attribué une dimension sous-jacente, inexpliquée pour laisser surgir l’âme enfouie de la machine dans une dernière scène magnifique. Costello n’a ni passé ni présent, nous n’apprendrons rien de lui, il n’existe qu’au gré de ses déplacements et de la minutie de ses gestes. Malgré cette épure du romanesque, cette douce agonie de la froideur incarnée se révèle être d’une tristesse absolue.


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