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Archives pour 21 juin, 2013

Le passé – Asghar Farhadi – 2013

Le passé - Asghar Farhadi - 2013 dans Asghar Farhadi 1010311_le_passe_1366977667311-300x200Les temps qui changent.    

   5.5   Farhadi fait de moins en moins de mise en scène. Une séparation, déjà, se cantonnait à filmer un scénario mais il y avait ce parti pris du huis clos qui étouffait complètement le cadre. C’était puissant mais irrespirable, je ne veux surtout pas le revoir. Je me souviens pourtant d’A propos d’Elly qui était une vraie proposition post-Antonionienne, où l’on avait remplacé le grand rocher de L’aventura par cette maison au bord d’une plage perdue. Il y avait un lieu, une force qui s’en dégageait, c’était fort, même si parfois maladroit.

     Là, avec Le passé, il ne reste qu’un scénario, avec les rebondissements qu’il engendre. Film à secrets, à tiroirs. Des cadeaux au pied d’un sapin que l’on déballe un par un. Pour que l’on y croie, et personnellement j’y ai cru, il faut une qualité d’interprétation. Farhadi est je crois un grand directeur d’acteurs. Et il s’agit parfaitement de direction tant la maîtrise respire dans chaque plan, qui ne laisse passer aucune idée de cinéma qui pourrait germer à l’improviste. Tous les acteurs sont excellents. Même Tahar Rahim. Et Béjo, j’en doutais, mais non, elle irradie l’écran, je trouve que son personnage est très délicat à camper tant il est souvent antipathique. Le cinéma de Farhadi a au moins cela pour lui : un scénario et des acteurs. C’est qualité téléfilm mais en mieux. Du film pour Télérama, haut du panier. Tout ce que je pourrais détester (cf A perdre la raison, de Joachim Lafosse) sauf que j’ai trouvé ça très émouvant.

     Outre le fait d’être le cinéaste des acteurs, Farhadi aime les intrigues. Il ne vise pas à établir de mystère insoluble comme déclencheur d’un drame existentiel ou Shakespearien, mais celui qu’il va s’enorgueillir de résoudre en comblant peu à peu les embouchures, sans rien laisser trainer. A propos d’Elly méritait déjà qu’on lui sectionne ses dix dernières minutes. Là, il faudrait se séparer du dernier quart : suites de rebondissements improbables rejetant la culpabilité sur chacun des personnages. L’autre idée désagréable c’est la sur-symbolisation parce que Farhadi ne supporte pas de faire un imprévu sans connotation symbolique, quelque chose d’inattendu débarrassé de sa grossière écriture, il ne laisse rien vivre à l’intérieur du plan. Ce sont deux mains puis une seule sur un levier de vitesse, une voiture que l’on manque d’emplafonner, une paroi de plexiglas dans un aéroport, une poignée de main évincée, un jouet coincé entre deux branches d’un arbre. Ces situations pourraient être traitées selon leur trivialité mais le cinéaste ne leur accorde qu’une place explicative quand elles mériteraient d’être déviatrices. Tout a un sens, tout prend sens, systématiquement. Il veut raconter la vie mais la vie est plus complexe, inqualifiable et surtout insoluble. Ce genre de récit devrait laisser davantage place à l’abstraction et ne pas se noyer dans la signification. Le seul symbole du film qui aurait dû être retenu c’est cette maison, en chantier, mais pas totalement en chantier, avec cet évier bouché, ce pot de peinture que l’on renverse et cette peinture que l’on nettoie, cette remise qui abrite le passé mais qu’il faut vider, ces étranges étages, cette cuisine à multiples entrées comme autant de point de convergence de relations isolées qui lient les personnages.

     L’élément qui catalyse le cinéma d’Asghar Farhadi, celui que l’on retrouve dans chacun de ces films, c’est la culpabilité. Ce nouveau film en tient une forte dose. Peut-on avancer en souffrant ou doit-on supprimer le remord et revenir en arrière ? Souffrir intérieurement ou souffrir en ouvrant sa souffrance ? Paroxysme atteint lors du climax de la souffrance mis en lumière par le personnage de la fille ainée qui dévoile son secret, ou dans la très belle scène de fin qui voit Tahar Rahim avancer dans un couloir d’hôpital, jusqu’à un point de non-retour, qu’il finit par ne pas franchir.

     J’aime tout particulièrement deux choses dans Le passé : la mise en place et l’intelligence du mystère en début de film sur cette relation indiscernable, sont-ils amants, ont-ils été mariés, sont-ils frères et sœurs ? Puis plus tard lorsque l’on essaie d’établir des liens familiaux : Est-il le père des enfants ou non ? Le film est très doux dans l’explicatif au début. Et j’adore la manière qu’a le film de glisser, quasiment en quatre temps, d’un personnage à un autre, en les installent provisoirement au centre (de leur culpabilité ?) du récit. J’aime que tout d’un coup l’un efface l’autre sans que l’on s’y attende véritablement, efface les autres avant de s’effacer à son tour et que ce soit finalement l’histoire d’amour bouleversante du plus effacé qui soit révélée finalement comme si cette histoire avait plus d’importance que les autres qui n’étaient que des intrigues de substitution.


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