La fille du 14 juillet – Antonin Peretjatko – 2013

La fille du 14 juillet - Antonin Peretjatko - 2013 dans Antonin Peretjatko la-fille-du-14-juillet-7-300x168Slapstick estival.  

    7.5   Peretjatko pioche beaucoup à droite à gauche mais réinvente systématiquement. Plus que les gags ou les idées de mise en scène il s’invente un rythme, une esthétique. Durant le générique, une jeune femme (sublime Vimala Pons) distribue des exemplaires de La Commune (c’était des éditions de Gavroche dans French kiss, son court-métrage de 2004) au beau milieu du défilé du 14 juillet. Jean Seberg proposait le Herald tribune sur les champs dans A bout de souffle. De Godard il ne reste ici pas grand-chose, mais on pourrait en dire autant de toutes les références possibles, tant La fille du 14 juillet devient un film qui ressemble à beaucoup pour enfin ne ressembler qu’à lui-même.

     Ce qui frappe ce sont avant tout ces sonorités extrêmement travaillées bien qu’elles participent à un ensemble joyeusement foutraque. Le générique déploie cela de façon exagérée : on entend du défilé les pas accélérés des militaires, les reniflements, les tanks font des bruits de voitures. Tout le film sera gorgé d’idées sonores lubriques empruntées aussi bien aux déstructurations de la Nouvelle Vague qu’à l’humour slapstick d’un Keaton ou aux vaudevilles approximatifs à la Max Pécas. Il n’est d’ailleurs ni honteux ni interdit d’évoquer ce dernier tant la balourdise de certains gags et l’improbable candeur des personnages évoquent On se calme et on boit frais à St Tropez, entre autres. C’est peut-être cette alliance impossible-là qui le gratifie d’un charme très nouveau : ce qui fonctionne ici et non dans les nanars de Pécas c’est que l’inventivité est au service de la construction du gag et non de son éventuelle réussite, cela fonctionne la moitié du temps, les loupés de l’autre moitié passant à l’as dans la mesure où ce que l’on retient ce sont les tentatives.

     On pourrait alors dire que ce qui fonctionne sur court passe douloureusement l’épreuve du long, mais le dessein n’est pas comparable. L’un, plus condensé, mise beaucoup sur l’homogénéité du gag quand l’autre, étiré sur quatre-vingt-dix minutes, se permet volontairement des changements de rythme brutaux, des cassures dans la dynamique du gag, c’est le cas lors de la séquence du dîner par exemple, désopilante à souhait avant que n’embraille là-dessus une scène nettement plus down tempo, silencieuse. Je trouve la démarche assez osée et beaucoup plus représentative du réel où l’hystérie se substitue très vite à la mélancolie. En somme, je préfère French kiss mais je trouve La fille du 14 juillet nettement plus culotté.

     Le film est donc inégal mais tellement en surrégime en permanence qu’il ne peut tenir sa drôlerie sur toute la durée mais dans ces moments-là il fourmille de trouvailles, c’est un bonheur, toutes les scènes en voiture sont démentes par exemple, toutes les scènes avec Vincent Macaigne aussi d’ailleurs (« Ah c’est ça les vacances : Les femmes, l’alcool, la voiture ; Là c’est le Front populaire ! »). Tout est prétexte au florilège : La fille du 14 juillet doit avoir un nom, mais elle n’a pas envie de le donner, ce sera donc Truc, enfin non, c’est une fille donc Truquette. C’est quelquefois bâclé, d’autres fois trop long. L’idée étirée du Tchekhov en réponse à « Vous préférez Marivaux ou Racine, ou Sade » et la dérive onirique de la luge dans la forêt enneigée me plait dans son lancement puis me lasse, au contraire de séquences aussi en apparence disque rayée autour du docteur Placenta (voilà longtemps qu’un personnage ne m’avait pas autant fait rire dans une salle de cinéma « Soirée Diapos ! »). J’aime aussi beaucoup le fil rouge de la petite guillotine, qui évoque certains fétichismes d’un Podalydès (que l’on croise au début du film d’ailleurs) mais en beaucoup plus politique : elle apparait tout d’abord dans un panier aux côtés d’un pavé en mousse, avant d’être utilisée en tour de magie qui ne coupe pas mais coupe quand même le doigt du premier Sarkozyste venu, doigt relayé par le bras puis la tête plus tard dans le film.

     Le film semble dire que l’absurdité du voyage se révèle moins absurde que ne l’est la société. Et il exagère cette thématique en imaginant un groupe d’amis sans emploi (car sans logement) partir en vacances avant que la société ne les rattrape en privant les aoutiens de congés (klaxonnés par des juillettistes chambreurs) pour regonfler les caisses. Peretjatko se permet tout formellement : ralentis et accélérations, voix off ou dialogue face caméra, inserts diverses, brouillage voire bouillie voire coupe brutale sonore, absurdité relayée, absurdité oubliée, running gags, gonflement aigue des voix. Il y a un sens du montage aussi fauché qu’élaboré avec toujours en son sein une folie. C’est un film qui gagne à être (re)vu avec des amis. En tout cas ce serait beau si la comédie populaire d’aujourd’hui, celle du prime time télévisuelle, c’était ça…

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