French kiss – Antonin Peretjatko – 2004

100058860Le petit monde d’Antonin.     

   6.0   French kiss est un court métrage de 20 minutes, que l’on pourrait voir comme la version condensée de La fille du 14 juillet. Pour ceux qui l’ont déjà vu, voici quelques dialogues savoureux, commentés :

      « C’est l’arc de triomphe ! Regarde, il y a toutes nos victoires dessus (…) tu sais en France on ne rigole pas quand on fait la guerre. N’oublie pas qu’on a des bombes atomiques… » On retrouve le frère du long métrage, moins lourd mais toujours aussi beauf, ayant troqué son t-shirt Mc Merde pour une grosse doudoune et un bonnet et on retrouve aussi l’anecdote politique, avec le timbre de voix alambiqué, tendance Groland.

     Le personnage central ici, que l’on ne retrouvera pas dans les films suivants de Peretjatko, est fantastique, de part sa candeur et sa diction improbable. Il y a cette séquence où il souhaite retrouver le passeport de son amie américaine et appelle l’ambassade des Etats-Unis :

« Allo, bonjour, je sais que ça vous est resté en travers de la gorge qu’on ne soit pas d’accord avec vous sur la guerre en Iraq étant donné que vous n’avez toujours pas trouvé d’armes de destruction massive, vu qu’y’en avait pas, à moins que vous les mettiez vous-même, enfin bon, j’aimerai savoir comment on fait quand on arrive à la frontière des Etats-Unis et qu’on a perdu son passeport ? Allo ? Allo ? Ça commence bien »

Puis :

« Bonjour, je sais que le 11 Septembre 1973 vous avez mis Pinochet au pouvoir et on ne peut pas dire que ce soit un progrès pour les droits de l’homme… »

Enfin, à son amie :

« On va devoir chercher nous même ! Faut qu’on retourne partout où t’es passé hier comme ça tu visiteras deux fois un peu comme si t’étais passé deux fois à Paris »

     Plus tard sur le Champ de Mars, Une rencontre impromptue et hop voilà qu’il faut écrire un numéro de téléphone sur l’unique bout de papier que l’on a sous la main : un billet de banque. « Zut je me suis trompé, vous en avez pas un autre ? » Le film regorge d’absurdités comme celle-là, entièrement assumées dans la mesure où les personnages ne tentent à aucun moment de la contourner. C’est le cas ici, le personnage sort de sa poche un autre billet, le plus naturellement du monde.

     Absurdité parfois relayée par la blague, le jeu de mot. En s’arrêtant à un stand de pâtisserie : « Deux passeports au chocolat s’il vous plait, euh deux pains au chocolat s’il vous plait ». La phrase, dans son contexte, est très drôle. Mais l’image l’est davantage puisque dès l’instant que l’on entend le mot passeport, le pâtissier sort provisoirement les deux passeports au chocolat en question. C’est drôle car ce n’est pas appuyé. C’est un tout petit gag presque enseveli au milieu du reste.

     Comme ce sera le cas dans son long métrage, il y a aura la naissance d’un amour et la contrainte géographique. Ce sera le départ en vacances d’un côté et ici c’est le déplacement dans la capitale. Faut-il oui ou non rappeler cette fille ? « Merde ! Ecoute, dans la vie la chance ne passe qu’une fois sauf si t’as d’la chance auquel cas elle passe deux fois. Mais pour toi elle ne passe qu’une fois » De la même manière que le passeport, ce pourrait être une phrase facile, juste pour faire rire, mais elle se révèle tellement anecdotique et relayée d’emblée qu’elle ne donne pas cette impression de punchline pour la punchline.

Chez le fleuriste :

« Bonjour je voudrais des fleurs, mais pas des roses c’est un peu trop explicite ». On se croirait dans un Truffaut. Un Jean Pierre Léaud pourrait très bien dire exactement la même réplique dans Baisers volés.

Dans la voiture, en attendant le pote qui est chez le fleuriste :

« Ce qu’il fait froid.

-          Un whisky pour te réchauffer ? (une main entre dans le champ avec un verre de whisky) Une bière ? (Cut puis une main entre dans le champ avec un verre de bière) Un cocktail maison ? (Cut puis une main entre dans le champ avec un très beau cocktail coloré et scintillant) » C’est du slapstick de base mais du slapstick délicieux.

Chez le fleuriste, encore :

« Je vais vous prendre quelques cyclamens, deux ou trois bergeronnettes et un iris.

-          Ah non monsieur, ça ce n’est pas un iris.

-          Ah si, ça c’est un iris (le plan se ferme en iris sur la fleur) »

Idée Trufaldienne autant que Godardienne, dans tous les cas on sent l’influence de la Nouvelle vague et l’amour pour ces petits effets de montages chers à une autre cinéaste d’aujourd’hui : Sophie Letourneur.

Vers la fin, les amoureux se retrouvent. L’américaine perdue dans Paris est retrouvée grâce à un mégaphone et au miaulement de son chat :

« Miaou.

-          Pussy ?!

-          Miaou.

-          Pussy ! »

Et le film se termine dans un grand n’importe quoi général, comme ce sera aussi le cas dans La fille du 14 juillet, avec ce personnage (qui jouera quasi le même rôle dans le long métrage) qui reçoit un appel l’informant que Les Etats-Unis ont été renversés par un Coup d’Etat (« désormais, ils arrêtent l’expansionnisme impérialiste économique ! ») et qu’il y va de ce pas.

Finalement la fille n’était pas américaine mais elle demande un frenck kiss.

Iris, bouchon de champagne, fondu au noir.

C’est aussi simple et jubilatoire que ça de faire du cinéma !

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