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Archives pour 17 décembre, 2013

La boulangère de Monceau – Eric Rohmer – 1963

1422531_10151821002462106_2067216716_nEn t’attendant.

     7.5   La singularité de ce moyen métrage est de créer ce dispositif parallèle où le garçon, afin de palier à l’absence de celle qu’il s’est convaincu d’être sa promise (et le sera puisque le film se ferme sur ses mots nous annonçant, en sortant de la fameuse boulangerie dans laquelle sa boulangère n’est plus, qu’il est marié depuis six mois) se met à batifoler autour d’une jeune boulangère dont il n’est guère épris mais avec laquelle il appréhende une relation de substitution provisoire et ouverte, comme s’il se faisait la main en somme, sorte de vengeance personnelle visant à attendre l’une tout en jouant avec l’autre. Le paradoxe veut qui plus est que le titre du film, malicieux, soit déplacé par rapport au récit, dans la mesure où Jacqueline n’est qu’un instrument au rapprochement d’avec Sylvie et sera par ailleurs abandonnée plus tard au rendez-vous bien qu’on ne sache, dès l’instant de la retrouvaille inattendue, ce qu’elle deviendra ensuite. C’est le premier volet des contes moraux, symbolisés six essais durant par une voix off prépondérante, un personnage central narrateur qui expérimente le jeu de la séduction dans un triangle amoureux précis. C’est déjà une esquisse à Ma nuit chez Maud, avec l’attention au personnage féminin qui est substituée par une autre durant la majeure partie du film. Maud comme la boulangère ne sont que des provisoires, des femmes pour l’attente, rencontres sans but sinon celui de guider et d’accompagner le personnage masculin dans ses interrogations jusqu’à cette relation qu’il convoite envers et contre tout. En grand peintre, Rohmer fait ici la toile de l’autisme. Il y aura l’autisme religieux, bohême ou celui de l’isolement. Ici le personnage palie à son manque en se construisant un autre objectif centré sur l’errance quotidienne en soignant chaque jour de plus en plus ses entrées dans la boulangerie, faisant des avances à Jacqueline tout en sachant qu’elle finira par être évincée nette le jour où Sylvie réapparaitra. C’est un film magnifique, tout en variations, déjà très complexe.

Nadja à Paris – Eric Rohmer – 1964

1467329_10151832523312106_1302746271_nVisite guidée.

     6.5   Nadja est une américaine d’origine yougoslave. Elle est à Paris pour ses études, dans le quartier de La cité universitaire. Elle raconte ses impressions, les manies parisiennes qui l’ont interpellée, comme les trois repas quotidien à des heures fixes, la lecture dans les cafés. On y visite La Rive gauche à ses côtés. Ses magasins, ses bars, ses rues. On y observe les gens, on y mange des pâtisseries, on écoute la voix des ouvriers. Elle apprécie le parc des Buttes-Chaumont (Rohmer aussi, sans doute, puisqu’il tournera plus tard la majeure partie de La femme de l’aviateur) dans lequel elle perçoit calme et harmonie et cela même si les rivières sont artificielles et les roches en ciment. Sur le point de la quitter, Nadja dit qu’elle ne veut pas perdre Paris de vue. Elle dit qu’elle est tombée amoureuse de la ville parce qu’elle s’y est installée à un moment propice à son développement personnel, où sa personnalité allait se construire. Paris devient donc le vecteur de cet éveil des sens et des influences. Peut-on magnifier davantage le milieu urbain ? Quelque part, ce film-là prépare méticuleusement le moyen métrage Métamorphoses du paysage dans lequel Rohmer laisse l’humain pour vanter l’architecture. Nadja à Paris est une cassure dans le cinéma de Rohmer, davantage Nouvelle vague que Rohmérien dans l’âme, cumulant l’errance du personnage, la voix-off et le documentaire un cran plus haut encore puisque l’actrice elle-même se prénommant Nadja on peut considérer qu’il s’agit d’un portrait authentique. Rupture esthétique surtout tant la photographie se singularise nettement, avec ce noir et blanc si solaire, tout en profondeur de champ, attribuant à Paris sa beauté de ville ouverte et majestueuse. Le grand bouleversement c’est bien entendu l’arrivée de Nestor Almendros, le plus grand chef op de la Terre, que Rohmer retrouvera aussitôt pour La collectionneuse, qui s’inscrit dans la continuité de ce beau court-métrage.


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