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Archives pour 6 juin, 2014

La ligne rouge (The thin red line) – Terrence Malick – 1999

la-ligne-rouge-grandJourney to the line.   

   9.0   Je ne suis jamais parvenu à écrire quoi que ce soit sur un film Malick – Et ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé. Tentons donc l’expérience avec ce qui s’apparente comme étant son film le plus ample, le plus ambitieux. Voilà un film de guerre atypique détournant avec une aisance confondante les canons hollywoodiens, tandis que l’imposant casting (une vingtaine de noms (très) connus) permettait d’en douter. Mais Malick était à cet instant l’un des cinéastes secrets les plus aimés et attendus, sortant d’un silence de près de vingt ans, après Days of heaven, 1979. Vingt ans à se demander ce qu’un tel talent (deux films, deux merveilles) pouvait pondre après un si long congé.

     Je n’ose imaginer le bouleversement tellurique que provoqua La ligne rouge lors de la sortie, chez ceux dont les attentes et les craintes se confondaient à leur paroxysme. La ligne rouge est un poème de cinéma, singulier, qui s’est inventé une forme, une esthétique, une démesure. Jamais pourtant le récit n’est en quête de quelconque ambivalence ou vérité historique, ni à relater son exhaustivité ni à devenir à la Spielberg ce film que l’on érige en emblème d’un genre alors qu’il n’est que resucée de références et pale initiation héroïque. Malick crée une bulle dans le monde, une bulle de rêve au milieu de l’horreur, une bulle qui s’apprête à éclater. Le film contourne tout ce que l’on pouvait craindre. C’est une lente agonie en forme de méditation. Je crois n’avoir jamais vu une telle représentation de l’hébétude au cinéma.

     Hébétude méditative (voix off prépondérante) qui prend acte en Witt, jeune soldat béat, d’abord évadé sur une île paradisiaque, où il tente de se fondre ou de voguer librement dans la culture locale, se dissoudre au sein de cette sensation de pureté absolue. Une méditation relayée rapidement à une somme d’individualités, en dialogue extatique avec le divin. D’un colonel mégalo et gueulard au bord du gouffre à un petit sergent n’assumant plus ses directives. Il n’y a plus de personnages bons, de personnages mauvais, seulement des personnages face à leur peur, leur excitation, s’en remettant inévitablement à dieu puisqu’il n’existe guère d’autre échappatoire. Ce n’est donc plus un récit dans sa linéarité dont on se souvient, ni celui d’une bataille qui marque mais une somme d’instants, un regard, un plan. C’est Guadalcanal mais ça aurait tout aussi bien pu être ailleurs.

     Ou c’est une simple situation, parce qu’elle sort des schémas. Comme celle-ci et ce lieutenant refusant l’ordre de son colonel lui sommant de lancer l’assaut de front. Il dit craindre l’opération suicide et ne veut pas envoyer les hommes (qu’il a appris à connaître) vers une mort certaine et prématurée. Ce n’est pas tant qu’il tente de résister qui soit beau mais bien qu’il y parvienne. Et cela bien qu’il le paie d’un avertissement et davantage. Il n’y a rien d’héroïque, c’est simplement un instant au milieu d’autres. Mais l’amplitude narrative est telle que le film ne s’apitoie jamais sur ses maigres prouesses.

     Le film est construit en blocs. Au travers d’échappées naturelles où le cinéaste fait se marier les éléments dans leur beauté et leur cruauté. C’est ici un immense arbre étreint par des racines dévoreuses, suspectes. Là un oisillon pour ainsi dire mort-né titubant dans un chaos qui n’est pas le sien. Ici un cadavre recouvert de boue. Des êtres bientôt égaux ailleurs, futures poussières.

     Le fétichisme qui habite The tree of life (je n’ai pas vu son dernier) et ce même si j’adore le film pour l’inventivité de sa construction, sa démesure et son ambivalence, n’apparaissent pas encore dans La ligne rouge. Alors bien sûr l’imagerie est déjà là, mais elle n’est pas perçue en tant que marque déposée. Et puis cette imagerie est provoquée par la multiplicité du dialogue avec le divin qui l’habite, qui habite chaque personnage contaminé par l’hébétude de Witt, le personnage qui s’offre en sacrifice. The tree of life me séduit encore pour sa quête de grandeur et sa candeur. La ligne rouge pour son homogénéité. J’avais peur de ne pas revoir le film qui m’avait marqué par sa distance poétique mais en fait j’ai bien revu le même film, ce climat que l’on ne trouve nulle part ailleurs. Tout ce qu’il trace et charrie dans chaque plan et parole n’a pas fini de me fasciner ni de me hanter.

Un papillon sur l’épaule – Jacques Deray – 1978

26. Un papillon sur l'épaule - Jacques Deray - 1978

Don’t walk now.  

   8.5   Je n’aime pas beaucoup Lino Ventura. Disons que c’est selon moi le stéréotype du cabotin. Mais là il est fabuleux. Son plus beau rôle, à des années-lumière des autres films où j’ai pu le voir – Excepté dans Les aventuriers, de Robert Enrico, où il excelle. Le côté Cary Grant dans North by Northwest lui sied à merveille. A part ça, la mise en scène est magnifique, faisant un portrait unique de Barcelone, un Barcelone de cinéma comme on l’avait jamais vu. Un Barcelone de cinéma comme Roeg avait fait son Venise dans Don’t look now. J’ai pensé aussi à Profession reporter. A Mr Klein. A Blow Up. A Conversation secrète. Que des chefs d’œuvre, quoi. Je trouve ça dingue que Deray ait pondu un truc pareil. Qui n’explique jamais rien, n’appuie sur rien, se contente de suivre ce personnage prisonnier de cette machine infernale, alors que Deray est coutumier de films plus mainstream et bancals généralement. Le dernier plan m’a achevé.


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