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Archives pour 17 juin, 2014

Adieu au langage – Jean-Luc Godard – 2014

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For ever Godard.

   7.5   Voir un Godard en salle est un événement monstre en soi. C’est continuer d’admettre l’évolution infini de ce penseur emblématique octogénaire. Car le cinéaste expérimente toujours. Entre vidéo, métaphore et collage. Avec son temps. Première vraie incursion 3D et des idées d’expérimentations que l’on ne verra que chez Godard. A l’heure où on te balance du Gravity et du Avatar, Godard se joue de tous les effets qui lui sont mis à disposition, maîtrise son média comme personne, jusqu’aux surimpressions de champ contre-champ dans le même plan, le champ pour un œil, le contre champ pour l’autre œil. Ou jusqu’à reproduire quasi fidèlement des peintures célèbres en relief – Monet, Van Gogh, Warhol. Une pluie d’idée, comme toujours. Saisir un peu ici, un peu là, à la volée, apprécier des sons, des images, se fasciner pour leur déstructuration, on se souvient encore des superpositions qui nourrissaient Passion ou Sauve qui peut (la vie). Depuis, il y a eu Film socialisme. Un paquebot à la dérive. Dérive spirituelle. Avant qu’il ne sombre vraiment quelques mois plus tard. Ce paquebot que Godard continue de filmer un peu ici, glissant sur les eaux, en tant que dernier vestige du confort conjugal, fuite et départ, ou unique passerelle vers la déliquescence. On ne sait pas trop, on choisit. C’est encore une affaire de couple défait, de mépris peut-être, de passion probablement. Des coups de feu. Puis un chien. Et pourquoi pas des enfants ? Non, d’abord un chien (belle Roxy). Les cris de bébés supplanteront ceux du chien plus tard. Passion oubliée, dévorée, à peine à son embryon, corps nus déambulant dans cette maison sur une île qui pourrait être le Faro de Bergman. Bientôt, il faudra un interprète pour se comprendre soi-même. Le langage se défait. Le sexe appelle la mort, dans une scène de douche, de caca comme de draps. Et le chien est là, regarde, n’a pas les mots mais n’en pense pas moins. Le chien, seul espèce qui aime l’Homme plus qu’il ne s’aime soi même. Le film n’est que citations, collage, brouillon propre. Cinéma rappelant la musique concrète ou minimale, entre Michel Chion et Thomas Köner. Adieu au langage est un film de cinéma qui ne ressemble à rien sinon à du Godard. Prolongement du précédent, comme souvent et testament avant l’heure ou début d’un ailleurs. Œuvre solitaire, mourante, qui n’a besoin ni de cérémonie ni de comparaison, qui plus est dans un « maps to the stars » cannois. Un cinéma riche, unique, reconnaissable entre mille.

Khan Khanne – Jean-Luc Godard – 2014

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   6.0   Appendice à Adieu au langage, en guise de lettre filmée en réponse à l’invitation de Gilles Jacob et Thierry Frémeaux à voir Godard monter les marches cannoises. C’est génial, ça pourrait être 8min dans le vide mais Godard y explique selon un procédé de collage dont il est maintenant coutumier, le pourquoi de sa non-présence. Petit film très touchant, hanté par la peur de la solitude et de la mort.

Métabolisme (ou quand le soir tombe sur Bucarest) – Când se lasa seara peste Bucuresti sau metabolism – Corneliu Porumboiu – 2014

20Et la forme.  

   5.5   Nouvelle relecture de Blow-Up (j’ai d’abord pensé que ce serait plutôt L’aventura mais un basculement direct m’a surpris) où le meurtre serait uniquement remplacé par une endoscopie. La photo par le cinéma. Les mimes par une camionnette de maquillage. L’errance par des dialogues infinis en voiture ou à table. Minimalisme du cinéma roumain poussé à un tel degré d’abstraction (le film doit compter en tout et pour tout quinze plans) qu’il m’est difficile de voir plus qu’un brillant exercice de style, contrairement au magnifique Policier adjectif. Mais c’est déjà un bel exercice de style quoi qu’il en soit.

Poussières d’Amérique – Arnaud des Pallières – 2011

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Le dispositif.   

   4.0   Grosse déception. J’attendais ce film comme le messie pour terminer ma petite rétro Des Pallières. Mais ce n’est pas à la hauteur, déjà pas de son Disneyland alors encore moins de son Drancy. Le dispositif est trop préfabriqué et agaçant : raconter l’Amérique via plusieurs anecdotes/histoires/dialogues historiques, accompagnées d’images amateurs péchées ci et là au moyen de cartons hyper organisés et méticuleux, genre un plan de deux secondes, un carton de deux secondes. C’est ça pendant plus d’1h30 et c’est exténuant. Maintenant, c’est un cinéaste infiniment intelligent aussi et l’idée de le raconter ainsi (en superposant les combinaisons image/son) suffit à ne pas me faire le détester presque à imaginer ce qu’il aurait pu être sans ce dispositif grossier.

A tears go by (Wong gok ka moon) – Wong Kar-Waï – 1989

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   6.0   C’est le tout premier long métrage du cinéaste Hongkongais et j’aurais tendance à presque dire que c’est son plus réussi, tant il est encore dépourvu de cette pose globale qui caractérise son cinéma aujourd’hui inhérente à la certitude d’être devenu un grand. Mais je pense que les gens se sont un peu enflammés au sujet de cet auteur. Même In the mood for love n’est pas si génial qu’on le dit j’en suis sûr (il me faudrait le revoir). Disons qu’il a marqué il y a dix ans mais je suis quasi certain que ça vieillit super mal. Là, je retrouve ce qui me plait dans les films de Carax par exemple, cette espèce d’urgence, de romantisme fou. Voire ce qu’on peut retrouver dans certains Coppola, comme Rusty James. C’est hyper esthétisé, kitch, musical, un peu incontrôlé, j’aime ça. Je trouve que c’est un très beau premier film plein d’envie et d’humilité.

Les petites marguerites (Sedmikrásky) – Věra Chytilová – 1967

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Le grand bazar. 

   3.5   J’en rêvais, je suis même allé le voir en salle. Mais je trouve ça raté, disons moyen, daté. Le film m’insupporte à vouloir s’ériger tout seul en étendard de la dépravation (mention spéciale au générique final). Alors d’accord, il y a des idées fortes et impressionnantes mais le tout est souvent noyé dans un déluge quasi cartoon, où tous les effets sont appuyés (les filtres de couleurs toutes les deux minutes, mon dieu). N’est pas Godard qui veut, car Pierrot le fou, sorti deux ans avant, reprend un credo semblable quelque part mais est parcouru d’une maturité bien plus intéressante qu’ici. Plus tard il y aura La grande bouffe que personnellement je trouve infiniment plus réussi que ce machin un peu trop certain de son impact. Quant aux deux nénettes elles sont atroces, ridicules, insupportables elles aussi. Ce ne sont que des figures sur-écrites, désincarnées. Je préfère cent fois mes glandeuses de Du côté d’Orouët, franchement.


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