Adieu au langage – Jean-Luc Godard – 2014

10-Adieu-Au-Langage

For ever Godard.

   7.5   Voir un Godard en salle est un événement monstre en soi. C’est continuer d’admettre l’évolution infini de ce penseur emblématique octogénaire. Car le cinéaste expérimente toujours. Entre vidéo, métaphore et collage. Avec son temps. Première vraie incursion 3D et des idées d’expérimentations que l’on ne verra que chez Godard. A l’heure où on te balance du Gravity et du Avatar, Godard se joue de tous les effets qui lui sont mis à disposition, maîtrise son média comme personne, jusqu’aux surimpressions de champ contre-champ dans le même plan, le champ pour un œil, le contre champ pour l’autre œil. Ou jusqu’à reproduire quasi fidèlement des peintures célèbres en relief – Monet, Van Gogh, Warhol. Une pluie d’idée, comme toujours. Saisir un peu ici, un peu là, à la volée, apprécier des sons, des images, se fasciner pour leur déstructuration, on se souvient encore des superpositions qui nourrissaient Passion ou Sauve qui peut (la vie). Depuis, il y a eu Film socialisme. Un paquebot à la dérive. Dérive spirituelle. Avant qu’il ne sombre vraiment quelques mois plus tard. Ce paquebot que Godard continue de filmer un peu ici, glissant sur les eaux, en tant que dernier vestige du confort conjugal, fuite et départ, ou unique passerelle vers la déliquescence. On ne sait pas trop, on choisit. C’est encore une affaire de couple défait, de mépris peut-être, de passion probablement. Des coups de feu. Puis un chien. Et pourquoi pas des enfants ? Non, d’abord un chien (belle Roxy). Les cris de bébés supplanteront ceux du chien plus tard. Passion oubliée, dévorée, à peine à son embryon, corps nus déambulant dans cette maison sur une île qui pourrait être le Faro de Bergman. Bientôt, il faudra un interprète pour se comprendre soi-même. Le langage se défait. Le sexe appelle la mort, dans une scène de douche, de caca comme de draps. Et le chien est là, regarde, n’a pas les mots mais n’en pense pas moins. Le chien, seul espèce qui aime l’Homme plus qu’il ne s’aime soi même. Le film n’est que citations, collage, brouillon propre. Cinéma rappelant la musique concrète ou minimale, entre Michel Chion et Thomas Köner. Adieu au langage est un film de cinéma qui ne ressemble à rien sinon à du Godard. Prolongement du précédent, comme souvent et testament avant l’heure ou début d’un ailleurs. Œuvre solitaire, mourante, qui n’a besoin ni de cérémonie ni de comparaison, qui plus est dans un « maps to the stars » cannois. Un cinéma riche, unique, reconnaissable entre mille.

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