Blow out – Brian de Palma – 1982

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Un jeu brutal.  

   9.5   A l’instar de Carrie, Dressed to kill ou Body double, la séquence initiale permet d’évacuer Psychose, de tuer Hitchcock. Introductions qui portent en elles l’humble prise de conscience d’un référent absolu, un peu trop existant, qu’il faut détruire, pour éviter tout fétichisme afin de ne pas tomber dans une proposition impersonnelle.

     Mais Blow out s’inspire de Blow up, aussi, évidemment, le chef d’œuvre de Michelangelo Antonioni. Chez l’italien il fallait agrandir l’image pour en saisir une signification. Chez De Palma il faut remettre en ordre les pièces d’un puzzle qui a explosé. Thomas dans l’un, Jack dans l’autre souhaitent trouver une alternative à leur avenir paresseux, qu’ils soient photographe de mode ou ingé-son de film bis. Dans les deux cas, une opportunité se crée et dans les deux cas, cela mène vers une impasse, errance poétique chez Antonioni (les mimes sur le terrain de tennis), tragique chez De Palma (le retour à la case départ de Jack, dans la salle de mixage du navet où le cri ridicule initial est remplacé par le véritable dernier cri de son amie défunte « It’s a good scream »). Dans les deux cas, le nez est fourré dans quelque chose de trop grand, indomptable et l’art de l’un comme de l’autre est amené à disparaître via un cambriolage radical qui restera inexpliqué.

     La trame est donc similaire entre les deux films, pourtant Blow out m’évoque davantage un autre chef d’œuvre : The conversation, de Francis Ford Coppola, dans lequel Harry Cowl (Gene Hackman) était embringué dans une spirale qu’il ne maîtrisait plus, alors qu’il l’avait lui-même mise en place. Il y est aussi question de micro, élément majeur de Blow out au travers du souvenir puis de la résolution : Scandale de Watergate, Assassinat de JFK et l’accident de Chappaquiddick. Trois événements historiques qui marquent Brian de Palma.

     La première séquence du film (par ailleurs magnifiquement analysée par Jean Douchet, dans l’édition Blu Ray du film) est une mise en abyme du navet pour mieux le transformer, lui donner de la chair. Classique du tueur en subjectif, attiré par l’étalage sexuel, filles dansants, couple baisant, avec la dichotomie joie/rabat-joie via cette étudiante qui vient se plaindre du bruit de ses voisines de chambre. Plus tard, une porte où est écrit Shower. Irrémédiablement attiré, le tueur (substitué au spectateur) devient Perkins, bien que son bref reflet dans le miroir, telle une erreur de cadrage, ne laisse apercevoir une présence masquée quelque peu archaïque. Le déplacement est grossier, la partie de cache-cache improbable et le meurtre sous la douche, ambiance fauchée, assez épouvantable, mais le pire est à venir… Un cri interrompt le processus meurtrier, un cri navrant, entre l’égorgement d’un porcinet et le crissement d’un pneu. L’image s’arrête, se met sur pause et un rire retentit. Le film dans le film s’éteint, le film démarre.

     Jack, l’ingé-son, visionnant les rushs aux côtés du réalisateur, dans la salle de mixage, s’esclaffe devant cette aberration qui relègue le gentil nanar au rang de navet ultime qui ne dupera personne. Le réalisateur, conscient de la médiocrité de son travail, demande à Jack ce qu’il fait là-dedans, lui reconnaît un talent lui permettant d’aspirer à autre chose. Le réalisateur se fiche de la merde qu’il est en train de pondre, sans doute le fait-il pour mettre du beurre dans ses épinards, à ce stade on peut même le considérer pornographe, il s’inquiète davantage pour celui qui travaille sur ce projet navrant. Peut-être trouve-t-il en Jack un fils, alter ego de ce qu’il aurait pu être vingt ans auparavant, s’il n’avait choisi cette voie confortable. Un protecteur du bon choix. Un sage. Mais dans l’immédiat il faut donc à Jack trouver un digne cri, à moins qu’il décide de se prendre sérieusement en main. De palma tient son alter ego à lui, celui qui peut choisir la facilité ou opter pour la grande aventure, plus dangereuse, plus personnelle. Rappelons à toute fin utile que Blow Out fit un four monumental lors de sa sortie en salle, allant jusqu’à couler la boite de production liée au projet. Et c’est pourtant le plus beau film de Brian de Palma, de loin. Le plus fascinant. Le plus expérimental, aussi.

     Jack doit trouver un cri, mais de retour chez lui, tripotant ses bobines qu’il range soigneusement, son esprit semble passer créatif. Les sons d’un film s’assemblent, quelque part, dans le cerveau de Jack. « Tonnerre » sur une bobine. « Corps qui tombe » sur une autre. Un film se dessine. Ne lui manque plus qu’une histoire. Jack lance alors les annonces télévisuelles, à la recherche d’une trame, il se déplace dans la pièce, les idées pleuvent. Le cadre est fermé, la télévision encore minuscule, le visage de Jack, au premier plan, prend parfois tout l’écran, il domine. Mais plus loin, le cadre se dérobe, se met en branle, le plan effectue un panoramique effréné autour de Jack, créant un vertige. Il ne domine alors plus rien, son film a disparu.

     Une ambiance, un sujet, des idées, le voilà lancé, matériel de prise de sons sous le bras, dans une équipée nocturne fascinante. Un pont perdu entre les arbres, Jack y attrape toute source sonore qu’il peut récupérer : le vent secouant les branches, le cri d’un hibou, le déplacement d’un crapaud, l’ambiance est quasi merveilleuse. Dans ce dédale naturel et fantasmatique s’échappent trois sonorités inadéquates. C’est d’abord un étrange bruit de ressort dont on ne peut situer la provenance (on comprendra bien plus tard ce dont il s’agissait). Une conversation intime d’un couple qui s’éclipse aussitôt. Et bien entendu cet accident de voiture.

     Plus que le tournage d’un film dans lequel Jack s’était engagé, il devient alors le héros d’un fait divers. Il y a sans doute beaucoup de plaisir pour lui à être un semblant de metteur en scène dans la mesure où il a sauvé de la noyade une femme présente dans la voiture accidentée. Il déambule nonchalamment dans les couloirs de l’hôpital, il tient simplement à dire au revoir à la victime et peut-être la remercier implicitement parce qu’elle lui a offert son sujet. De metteur en scène il devient acteur quand il découvre que la victime de l’accident n’était autre que le gouverneur et qu’il est donc tenu de garder pour lui le fait qu’il était accompagné, pour protéger son image.

     Je pourrais en parler pendant des heures et des pages. Une autre fois, peut-être. Le vertige Blow Out se poursuit indéfiniment… »That’s a good scream. A good scream. A good scream… »

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