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Archives pour octobre 2014

Mange tes morts – Jean-Charles Hue – 2014

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Macadam à deux voies.

   7.8   Il y a la fougue et la crudité d’un Brillante Mendoza à son meilleur (Kinatay), la plongée crépusculaire entre le western et le fantasme d’un André de Toth, la puissance des grands polars aux allures de tragédies familiales évoquant largement le cinéma de James Gray – On pense principalement à ses premiers sublimes essais, Little Odessa et The yards. Ajoutons à cela l’impétuosité des premiers Richet, avec son approche à la fois trash et comique du réel. J’espère d’ailleurs me tromper mais je crois qu’on a là un cinéaste de cette trempe, pétri de talent, mais en pleine quête hollywoodienne, visant à devenir le Scorsese moderne. N’empêche, cette équipée nocturne – glissant d’un quotidien diurne cartésien vers une nuit mystérieuse et sans issue – est une merveille de film noir – pourtant tirée d’un fait vécu par le réalisateur.   

     Un moment, un plan hallucinant, suspendu, laisse apparaître un homme mourant, après une opération de vol de cuivre ayant mal tournée, ramper dans la pénombre d’une casse – plongée dans le silence – vers une flaque de boue irréelle, éventuellement salvatrice. On dirait presque du Tarkovski. Surtout que le chien n’est pas si loin. Le film est baigné comme ça dans une lumière étonnante, qui aveugle ou apaise c’est selon, à l’image de celle accueillant ce camion de cuivre en tout début de film. La lumière est l’élément fondamental du cinéma de Jean-Charles Hue et ce halo en est le caprice le plus représentatif, forçant le réel ou se la jouant carrément surréaliste, il symbolise toujours un dialogue abstrait avec un divin mystique. On se souvient forcément de ces embardées fantastiques dans La BM du seigneur.

     Le cinéaste se débarrasse ici de ces parasitages inutiles qui atténuaient la beauté de ce premier film. Mange tes morts est sec, nerveux, dépouillé, frontal, dans un mouvement indécis perpétuel. La BM avait été l’une de mes plus grandes frustrations en 2011. J’avais trouvé ça fort mais gâché par cette réalisation clinquante pour festival Sundance. Là, tout est équilibré, éprouvant, j’ai fait le voyage, j’étais aussi bien sur ce bord d’autoroute que dans cette Alpina en plein run. Saisi par la violence du bouleversement aux côtés d’un Fred (Dorkel) qui redécouvre les lieux après son emprisonnement de quinze ans, se perdant dorénavant sur cette route de Creil qu’il ne reconnait plus, évoquant continuellement ce vieux bar où il terminait ses diverses chevauchées nocturnes chez Colette, une providence sans visage.

     Il y a un vrai vertige que de suivre cet homme qui préfère se volatiliser – comme le fit son père – plutôt que de se faire prendre. Son entrée en scène est d’ailleurs la plus hallucinante vue cette année : il est au volant d’une Clio, débarque dans le camp à toute berzingue et alors que sa voiture s’arrête dans un nuage de poussière, son petit frère – partagé d’ailleurs entre sa fascination pour ce chasseurs hors pairs et son entrée dans le rang via la religion – observe avec envie sa sortie, mais celui-ci viendra lui tapoter dans le dos. Il faut voir le nombre d’idées comme celle-ci qui traverse le film – sublime séquence dans une grotte – le rendant très indiscernable, malgré son approche hyper réaliste, pour ne pas dire documentaire. Cet étroit mélange entre réel et fiction est superbement agencé par ce cinéaste génial qui signe un deuxième film hallucinant, anxiogène et complètement à part.

Breaking Bad – Saison 5 – AMC – 2012/2013

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Blood money.

   9.5   Breaking Bad, Saison 5A

     Un point à la mi saison s’impose puisque les deux moitiés furent diffusées ainsi à un an d’intervalle l’une de l’autre. Bon, c’est vraiment très fort. La série n’aura jamais été si maîtrisée, fascinante et dingue. On sait que le point de retour est franchi depuis un bail mais les évènements prennent désormais une telle ampleur que chaque épisode semble enfoncer davantage le clou. Je crois qu’on n’avait jamais vu un tel déplacement d’empathie pour un personnage aussi significatif dans une fiction. Le titre de la série prend donc tout son sens. Ce n’est plus Walter pour lequel on s’inquiète mais ceux qui gravitent autour de lui, Jesse forcément mais dorénavant aussi Mike (le personnage de cette moitié de saison) ainsi que Skyler, qui a nous a beaucoup agacé par le passé, mais que l’on plaint terriblement dorénavant. L’épisode Fifty-one centré sur la cellule familiale et l’anniversaire de Walt est terrifiant, on y ressent tous le poids de cette transformation, il n’y a plus de transition, c’est déjà une forme d’adieu. Mais la saison joue aussi sur un autre terrain, moins western que dans la saison précédente, elle atteint là les plus grands polars contemporains, d’ailleurs ouvertement cités. Breaking Bad a passé un cap dans l’acceptation de son impact, de son statut hors des normes. La spirale meurtrière lancée dès la deuxième saison, sur un mode relativement passif, aura petit à petit atteint un palier supplémentaire jusqu’ici où le pire du pire est franchi. Plus que huit épisodes, putain…

Breaking Bad, Saison 5B

     Voilà, c’est fini. Pfiou, que dire ? Que c’est quelque chose d’incroyable, une série plus qu’exemplaire qui n’aura fait que monter en puissance de bout en bout, su se poser et rebondir là où on ne l’attendait jamais. Cette deuxième partie de saison accentue le recul et la nostalgie procurée par l’imminence de la fin. J’avais envie de tout revoir d’une traite, de revenir aux sources, au tout début et de vivre à nouveau, morceau par morceau, cette descente aux enfers hallucinante. Mais bien au-delà du craquage absolu (que le titre promettait) la série aura montré la passion d’un prof de chimie pour la création de sa vie (la dernière discussion avec Skyler est un sommet bouleversant) qui lui aura enfin permis de se sentir en vie – alors qu’il était mourant. On parlera bien entendu longtemps de cet épisode titanesque qu’est Ozymandias, réunissant à lui seul tout ce que l’on pouvait rêver voir dans un épisode de série mais les deux suivants – donc les deux derniers – n’ont rien à lui envier tant ils déroulent leur mécanique émotionnelle et inéluctable de fort belle manière. Chaque séquence, chaque moment, chaque mot prend des proportions énormes puisque c’est la fin. Et la boucle se boucle. Heisenberg, Walter White, Les Schwartz, Jesse, Saul, Sky, Holly, Walter Jr.. Tout devient purement anthologique jusque dans cette dernière scène qui conclut tout cela à merveille. J’étais noué tout le long de cet ultime épisode, les yeux embués. Merci Gilligan d’avoir pondu un truc pareil et bravo. Merci Breaking Bad. Série qui entre haut la main dans mon panthéon personnel.

Louie – Saison 3 – FX – 2013

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Lucky Louie.

   7.5   Je vais principalement m’attarder sur deux épisodes qui font que je considère cette saison comme la meilleure, pour le moment.

Louie, Saison 3, Episode 4

     Il y a dans cet épisode tout ce que j’adore – elle parvient régulièrement à me combler mais rarement aussi pleinement – dans la série, qui en utilisant sa faculté de glissement (certains épisodes sont parfois trop sèchement scindés en deux) parvient à ouvrir l’épisode sur une multitude d’émotions qui viennent à converger.  D’emblée, la partie Stand up sur les préjugés est très drôle et parfaitement relayée par une discussion entre Louie et ses filles dans un fast food (Les taxes des frites) et l’envie soudaine de leur trouver une belle maman, sur les remarques qu’elles lui ont proférées. S’ensuit un triple délire fantasmé sur des maîtresses d’école, une brève aventure sexuelle avec une collègue bien cinglée et enfin une rencontre magnifique avec une bibliothécaire après une autre partie stand up désopilante, sur  l’exultation en solitaire. Il y a parfois des problèmes de dosage dans la série (abus de l’absurde, du gag ou de l’exagération) mais dans cet épisode 4 je la trouve au contraire très homogène, où chaque séquence est plus ou moins complémentaire d’une autre. Le malaise coutumier est ici superbement distillé pour se révéler in fine très jouissif. Je me rends compte que je suis client de ces épisodes où l’on voit ses filles, à tous les coups. Et puis j’aime quand la série se permet de si belles boucles.

Louie, Saison 3, Episode 9

     Encore un épisode magnifique, à la fois dans la continuité dramatique (la quête amoureuse) et en rupture avec les deux précédents épisodes plus guest, exubérants (la mort d’un ami, l’absence du père, Robin Williams, F. Murray Abraham). C’est le retour de Liz (Episodes 4 et 5) ! On craignait que la série l’oublie aussi vite qu’elle l’avait fait apparaître (c’est aussi son charme, l’ellipse, passer du coq à l’âne) tant elle avait offert deux épisodes si beaux et détachés, qu’il aurait été dommage de la sortir ainsi. Pourtant on ne la verra pas. Enfin, uniquement son visage dans un rêve de Louie. Rêve qui le décide à retourner à la bibliothèque, où elle n’y sera plus, remplacée. Cette remplaçante et Louie discuteront, au sujet de cet amour qu’il a laissé filé. Elle, un peu folle, trop altruiste, l’accompagne dans sa quête. C’est un semi épisode très rohmérien au départ qui se clôt dans un café de façon aussi glauque qu’inattendue (Formidable Chloé Sevigny). La deuxième partie se joue dans son quotidien parental. Il récupère ses filles à l’école mais l’aînée semble contrariée, sans doute fait-elle son entrée dans la crise de l’adolescence. Après un agacement très Louie CKien et une bonne dose de prise sur soi (Je ne me lasse pas de ces fameux doigts d’honneur en guise de défouloir) Louie se retrouve à chercher sa fille qui serait (selon la cadette) sortie pendant sa sieste. Branle-bas de combat, inquiétudes, recherches intensives poussent Louie dans le désarroi face aux gendarmes. Magnifique séquence (en un seul plan) qui dévoile une résolution drolissime. L’épisode s’était lancé dans une quête rohmérienne et il s’achève sur un quiproquo rohmérien. Je ne pouvais qu’adorer.

     A part ça, cette saison est formidable. Le triple épisode sur le Late Show est un pur bonheur, avec qui plus est un invité de choix en la présence de David Lynch, parmi Jerry Seinfeld, Paul Rudd ou Susan Sarandon, rien que ça.

Le policier (Ha-shoter) – Nadav Lapid – 2012

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Israël, état.

   5.6   Malgré sa construction méthodologique, pour ne pas dire mathématique et une antipathie globale soudant chaque partie (1, L’unité d’élite ; 2, Les révolutionnaires ; 3, Les milliardaires) entre elles selon un modèle distancié à l’emphase, je trouve le film fascinant et fort d’un point de vue idéologique, sur ce qu’il raconte de son pays, cet Etat israélien cloisonné dans ses préjugés anti arabes, n’acceptant pas que le danger puisse venir en son sein. Pour tout un chacun, Israël fait Un et la menace vient d’ailleurs. Mais pas ici. C’est cette impureté imaginaire là que choisit de raconter Nadav Lapid, dont c’est le premier long métrage, avec notamment en guise de point d’orgue ce dernier plan terrible, qui apporte le doute et la nuance que le film méritait, après avoir été un peu trop catégorique. Un impensable. Une ombre au tableau des certitudes, une tâche qui pourrait ébranler un système. Ce plan permet cette rupture du stéréotype policier convaincu de sa guerre, qui bien qu’on ne la nomme pas, fait inévitablement référence aux voisins palestiniens. Une répression persuadée de sa force – jusqu’à cette bavure évoquée mais hors-champ, que l’on fait intégralement portée à un collègue atteint d’une tumeur – mais surpris de se retrouver là face à ces enfants révolutionnaires qui veulent abolir les hiérarchies et le gouffre social. Puis il y a le regard de ce policier – face à un visage qu’il n’avait pas imaginé – dans la douleur, qui empêche le film de s’enfermer dans un traçage sans espoir. C’est un film captivant aussi sur ce qu’il dit de la représentation de soi. Les trois parties dévoilent des personnages qui sont systématiquement dans leur propre mise en scène, de manière radicalement différente : le culte du beau et de la virilité chez le policier, l’approche verbale des radicaux et l’image photographiée du bonheur chez les riches. Si le titre suggère le portrait d’un homme, comme c’était le cas dans Policier adjectif de Corneliu Porumboiu, il s’agit ici en fait d’un portrait de groupes qui à eux trois semblent caractériser schématiquement les enjeux de la société israélienne. C’est un film plus complexe qu’il n’y parait. Néanmoins, si je trouve ça intéressant à analyser en tant qu’objet théorique, je reste aussi très loin de cette sécheresse, de ce détachement un peu complaisant.

Céline – Jean-Claude Brisseau – 1992

21.-celine-jean-claude-brisseau-1992La croisée des chemins.

   8.7   Si ce n’est dans le futur cinéma de Bruno Dumont – pourtant assez différent de celui de Brisseau – il est rare de ressentir une telle adéquation formelle entre la mystique et les éléments. Le film s’ouvre sur des images d’Afrique, soleil rasant accompagné d’une voix off qui semble être celle d’un garçon lisant un poème, contant sa fascination pour l’antiquité égyptienne, tout en harmonie lyrique. On découvrira ensuite que le garçon en question est hémiplégique et qu’il est suivi par une infirmière. L’intégralité ou presque du métrage se déroule alors dans cette bâtisse, loin du climat solaire du poème, dans un village reculé de Seine et Marne. L’éden princier cédant le pas brutalement aux prairies infinies et ses arbres gigantesques abritant l’éventualité d’un miracle.

     Céline, le film, prendra le temps pour acquérir toute sa dimension fantastique. Un temps d’interaction nécessaire entre les deux personnages centraux dans la compréhension du fonctionnement de l’autre. Un matin, Geneviève recueille Céline, alors sur le point de se donner la mort. Le film creuse alors silencieusement la guérison progressive tout en démasquant leur passé respectif, rapprochant inévitablement leur destin. La tentative de suicide d’aujourd’hui de l’une convoque celle d’hier de l’autre. Et le système de guérison – initiation au yoga, organisation scrupuleuse et quotidienne des tâches ménagères – utilisé jadis par Geneviève pour ses maux s’adapte à ceux de Céline.

     La mise en place de l’acceptation relationnelle et dévouée est pourtant laborieuse – Geneviève allant jusqu’à menacer Céline de son départ – tant le processus cruel donne l’impression d’un jeun extrême, régime insurmontable comme si l’on ôtait le sang du repas d’un vampire. En guise d’apogée céleste, réussite et glissement somptueux, la musique de Georges Delerue à mi film vient mettre en corrélation l’effort sinueux des deux jeunes femmes, fusion avant la séparation. Sublime morceau repris d’une émission de télévision visant à scinder le film entre d’un côté l’accession de Céline vers l’acceptation de soi avant d’entamer une partie nettement plus spirituelle et fantastique, faite de progressions miraculeuses et d’un détachement évident du processus éducatif.

     C’est d’abord la douce guérison d’un enfant – une simple blessure au genou qui disparait, comme si elle n’avait jamais existé – dont on peut encore douter aux côtés de Céline, puisque l’on n’y voit que du feu. Puis vient cette séquence glaçante et sublime de l’accident, avec son caractère éminemment prémonitoire. Passerelle vers la guérison télépathique de l’hémiplégique retrouvant ses fonctions motrices avant d’enchainer diverses apparitions, disparitions, dons d’ubiquité que Geneviève semble encaisser proche de la folie. Et le film aura préalablement subtilement introduit ceci aux moyens de mouvements de caméra sidérants – Les angles de vue perturbants utilisés dans la scène du jardin. And the last but not least, ce que forcément nous présagions, le sauvetage de Geneviève, tandis que Céline l’avait quitté pour un ailleurs. L’affrontement face à la mort ou plutôt face à l’angoisse de la mort dans une magnifique séquence osmotique complètement Brissaldienne. Chef d’œuvre.

Perfect mothers – Anne Fontaine – 2013

20.-perfect-mothers-anne-fontaine-2013-1024x556Mères et fils.   

   6.2   Beaucoup aimé, je ne m’attendais pas à ce que ça aille si loin. C’est un beau mélo incestueux/échangiste assez troublant. Et à aucun moment ça ne dévie de sa trajectoire initiale, à savoir la question de la place du désir dans une double relation mère/fils croisée. Il y a cette idée qu’un tabou en chasse un autre. Un moment donné, pour masquer la relation qu’elles entretiennent toutes deux avec le fils de l’autre, elles vont jusqu’à se faire passer pour lesbiennes. L’idée est forte et ne cesse de planer depuis le premier plan du film : ces deux amies inséparables depuis l’enfance, qui engendrent des fils qui deviendront aussi inséparables dans la leur. C’est dans le fond une relation totalement homosexuelle, avec une parure. Il y a un curieux jeu sur le dédoublement comme lorsque les deux garçons se battent on ne sait plus vraiment l’espace d’un instant si c’est leur mère respective ou non qui vient pour les séparer/consoler. Le film joue beaucoup et très subtilement sur ce trouble. L’action se déroule majoritairement sur cette plage australienne paradisiaque, renforçant l’aspect mythologique du récit. Et puis ce que ça dit du vieillissement est très fort – car finir par entrevoir la possibilité de mettre au rebut Naomi Watts et Robin Wright il fallait le faire.

Bad lieutenant – Abel Ferrara – 1993

bad-lieutenant-abel-ferrara-1993-1024x658It all happens here.

   8.8   Je l’avais découvert il y a une dizaine d’année, ça avait été un gros choc. L’effet ne s’est pas dissipé, bien au contraire, cette seconde fois. C’est un grand film sur une Amérique gangrenée par le crime, la misère, la drogue, la corruption, les paris sportifs et l’aliénation de l’individu qui se réfugie dans la religion, unique et dernier rempart possible. Keitel est immense, le nez poudré en permanence, les yeux injectés et à moitié révulsés, il ne fait que gesticuler, tituber, se marrer à contretemps, pleurnicher de désespoir. Il n’est déjà plus vraiment là. Son plus grand rôle de cinéma haut la main, incarnant un flic pourri supportant à lui seul cette Amérique du désastre. Ici où les enfants ne semblent même pas avoir de mères, où l’on arrête deux adolescentes dans l’illégalité au volant de la voiture de leur vieux en les forçant à simuler des pipes contre le silence et leur liberté, où les prostituées ne s’en remettent plus qu’aux seringues, où une religieuse se fait violer dans une église. C’est une plongée terrible dans les entrailles d’un système détraqué, rythmé de bout en bout par les commentaires off d’une saison de base-ball. Inutile de préciser que la mise en scène est vertigineuse, ne cessant d’engouffrer le personnage via des escaliers, des couloirs et des ruelles dans les ténèbres, dans un climat de plus en plus crépusculaire, vers l’inéluctable. Bad lieutenant s’achève sur une boucle rédemptrice impensable. Un truc sidérant. Alors que le film s’ouvrait sur ce flic, dans sa voiture, emmenant ses enfants à l’école en les rouspétant d’avoir manqué leur bus volontairement, il se clôt alors sur ce même flic accompagnant les deux violeurs jusqu’à ce bus sans destination, qui les éloignerait tout du moins de leur probable arrestation. Lui qui les aurait liquidés sans procès quelques jours plus tôt – avant qu’il n’échange avec la victime, figure christique dans le pardon. « Now get on that fucking bus ». Cette phrase lâchée comme la complainte d’un homme cuit qui veut plus que tout être sauvé – partager le pardon de la nonne – est une idée absolument déchirante. Chef d’œuvre.  

Vous n’avez encore rien vu – Alain Resnais – 2012

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Acteurs, définition.

   3.2   L’idée est intéressante car elle semble se fondre dans une sorte d’apogée du cinéma de Resnais, du vieux Resnais, qui rend hommage à ses acteurs. Mais c’est tellement laid d’auto-glorification, ça me dégoûte presque. J’aurais préféré que le film tente quelque chose de nettement plus expérimental comme de superposer l’acteur au spectateur en ne montrant que la nouvelle pièce d’Eurydice à l’écran. Dès que le film bascule côté vieux ça m’emmerde. Bref, je n’aime pas du tout – On se rapproche de plus en plus du cinéma de Jaoui.

La fleur du mal – Claude Chabrol – 2003

la-fleur-du-mal-claude-chabrol-2003-1024x763Secrets de famille.  

   5.0   Au-delà de la mise en scène extrêmement plate, sans envergure et du sur jeu constant (les trois quarts des dialogues sonnent faux) il y a pourtant une histoire qui me séduit car elle perpétue le style Chabrol et achève d’inscrire son penchant pour la satire bourgeoise en enfonçant encore plus le clou, jouant cette fois ci sur la culpabilité de génération en génération. Il y a un truc assez délectable qui se crée dans cette machine infernale même si le film fait in fine indéniablement partie de la période régressive de Chabrol, post La Cérémonie.

La guerre des boutons – Yann Samuell – 2011

la-guerre-des-boutons-yann-samuell-2011-1024x680   0.7   C’est du même acabit que celui de Barratier en un peu moins nul mais c’est en tout cas bien loin de l’adaptation de Yves Robert de 1962 qui n’était déjà pas inoubliable. Là on a vraiment affaire à un film pour bébés avec des répliques de bébés totalement anachroniques mais je suis certain d’une chose : je ne montrerai JAMAIS cette mièvrerie indigeste à mon fils.

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