Toutes nos envies – Philippe Lioret – 2011

18. Toutes nos envies - Philippe Lioret - 2011

   4.0   Philippe Lioret est un cinéaste attachant, au sens où il s’exécute et s’efface toujours au profit de ses personnages, qu’il aime défendre corps et âme aussi bien dans leurs élans de bonté sublimes que pour leurs faiblesses et mensonges. C’est à première vue un cinéma très sobre, débarrassé d’afféteries, collant aux actions, ne se dispersant pas. Un (petit) héritier de Sautet. Pourtant, je garde souvent une impression de lourdeur. C’est trop écrit pour s’incarner, trop obsédé par l’allégorie et la métaphore pour s’aérer. Tout doit faire sens, être dans l’explication, qu’il s’agisse de l’avant ce que l’on voit ou de l’après. Exemple : Lindon est ici, outre juge, coach de rugby. Mais ce détail d’écriture apparemment anodin masque en fait une lourde image bien explicite et non un procédé naturaliste – Comme on a tendance à classifier le cinéma de Lioret. Il faut se battre, ne cesse-t-il de dire à ses joueurs, ne jamais baisser les armes même si Goliath se trouve en face. Et en effet, Claire (Marie Gillain) ne doit pas se départir de son objectif (sauver une amie sur la paille en s’attaquant à une société de crédit) sur le simple fait qu’elle va mourir – On apprend très vite qu’elle est atteinte d’une tumeur incurable. La seconde scène sur le terrain de rugby (forcément, puisqu’en écho à une autre discussion entendue précédemment) est donc hyper sensée et prévisible, loin du match de boxe que constituait le sommet mélancolique d’un certain film de Sautet. Le cinéma de Lioret est binaire, cache misère. Jamais honteux, pas même désagréable mais médiocre. A l’image de cette nouvelle photo de famille que doit affronter Claire (observant la jeune femme sauvée aux côtés de ses enfants et de son homme) au cas où on n’aurait pas compris. Il y a pourtant de belles idées comme la scène de la baignade. Là, même s’il faut encore qu’il s’y passe quelque chose d’inévitable, la durée fait que ça fonctionne nettement mieux.  Le reste est beaucoup trop lourd de sens et de signification alors que ça ne demande que vitalité via une mise en scène plus inventive, ce qu’avait plutôt bien réussi Sarah Polley dans son film Ma vie sans moi, qui reprenait une trame similaire mais préférait se centrer sur la peur de tout laisser au moyen d’un dispositif déjà plus impressionniste. Ou alors il fallait transcender tout ça, comme parvenait à le faire Valérie Donzelli dans La guerre est déclarée. C’était un film qui fourmillait d’idées, un film de cinéaste, non de scénario. Car concernant l’histoire, évidemment inattaquable, je ne l’ai pas lu mais j’imagine que tout est dans le livre d’Emmanuel Carrère. Là, Lioret veut d’emblée faire trop de chose (contexte social, politique, familial) en si peu de temps. Du coup c’est extrêmement glauque. Après, il y a l’image du père (de substitution) et celle de la remplacente, qui colle à la peau du film. C’est beau dans ce que ça suppose : préparer son départ, mais imposant tant Lioret y va de ses sabots. Au lieu de s’en tenir à son récit – Le rapport père/fille spirituel qu’entretiennent Claire et Stéphane, l’accueil de la mère de substitution – l’auteur en rajoute ci et là à l’image de cette séquence à l’hôpital, archi appuyée, où Claire fait passer Stéphane pour son père afin qu’il signe une décharge pour la faire sortir. Et pire plus tard avec un lapsus terrible où elle demande à ses enfants de rejoindre Papa et maman (Céline) à la balançoire. C’est du surlignage et c’est fatigant.

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