Bad lieutenant – Abel Ferrara – 1993

bad-lieutenant-abel-ferrara-1993-1024x658It all happens here.

   9.0   Je l’avais découvert il y a une dizaine d’année, ça avait été un gros choc. L’effet ne s’est pas dissipé, bien au contraire, cette seconde fois. C’est un grand film sur une Amérique gangrenée par le crime, la misère, la drogue, la corruption, les paris sportifs et l’aliénation de l’individu qui se réfugie dans la religion, unique et dernier rempart possible. Keitel est immense, le nez poudré en permanence, les yeux injectés et à moitié révulsés, il ne fait que gesticuler, tituber, se marrer à contretemps, pleurnicher de désespoir. Il n’est déjà plus vraiment là. Son plus grand rôle de cinéma haut la main, incarnant un flic pourri supportant à lui seul cette Amérique du désastre. Ici où les enfants ne semblent même pas avoir de mères, où l’on arrête deux adolescentes dans l’illégalité au volant de la voiture de leur vieux en les forçant à simuler des pipes contre le silence et leur liberté, où les prostituées ne s’en remettent plus qu’aux seringues, où une religieuse se fait violer dans une église. C’est une plongée terrible dans les entrailles d’un système détraqué, rythmé de bout en bout par les commentaires off d’une saison de base-ball. Inutile de préciser que la mise en scène est vertigineuse, ne cessant d’engouffrer le personnage via des escaliers, des couloirs et des ruelles dans les ténèbres, dans un climat de plus en plus crépusculaire, vers l’inéluctable. Bad lieutenant s’achève sur une boucle rédemptrice impensable. Un truc sidérant. Alors que le film s’ouvrait sur ce flic, dans sa voiture, emmenant ses enfants à l’école en les rouspétant d’avoir manqué leur bus volontairement, il se clôt alors sur ce même flic accompagnant les deux violeurs jusqu’à ce bus sans destination, qui les éloignerait tout du moins de leur probable arrestation. Lui qui les aurait liquidés sans procès quelques jours plus tôt – avant qu’il n’échange avec la victime, figure christique dans le pardon. « Now get on that fucking bus ». Cette phrase lâchée comme la complainte d’un homme cuit qui veut plus que tout être sauvé – partager le pardon de la nonne – est une idée absolument déchirante. Chef d’œuvre.  

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