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Archives pour octobre 2014



Leviathan (Левиафан) – Andreï Zviaguintsev – 2014

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La maison et le monde.

   7.0   Quitte à donner la palme à un film austère, ce n’était pas à Ceylan qu’elle devait échoir, pour son lénifiant Winter Sleep mais à Zviaguintsev. Léviathan est un très beau film, dans la continuité de son cinéma, qui avait néanmoins perdu un peu de sa magie avec Elena. Je ne suis pas super convaincu par le début du film, bien que je reconnaisse qu’il faille en passer par là et de cette manière-là pour pouvoir se prendre la suite dans la tronche. C’est trop maîtrisé, trop écrit, trop politique. L’espace – et quel espace ! – n’a plus sa place, le cinéaste privilégiant ses longues séquences dialoguées, majoritairement noyées sous l’alcool qu’il ne vitalise pas vraiment par sa mise en scène, saccadée de champ/contrechamps épuisants. Syndrome Winter sleep dans ces instants là. Et puis le film glisse insidieusement. Lors de ce fameux pique-nique et ces tirs à la carabine. Une fois pleinement resserré sur l’intimité familiale et /ou individuelle, toute la puissance d’anéantissement du récit se révèle dans une tragédie absolue. Tout devient très beau, impressionnant et terrifiant. L’une des plus belles pièces de Glass, Akhnaten, prélude, achève d’offrir toute son ampleur tragique à ce film somme qui lévite véritablement. La musique de Glass, ouvrant (d’entrée ça fait peur, on se dit encore, c’est pas possible) et fermant le film est plutôt bien utilisée – Sa plus belle utilisation à mon avis avec le Koyaanisqatsi de Reggio. Deux utilisations complètement différentes pourtant mais les seuls à le faire ainsi ce qui prouve qu’il n’y a pas trente-six manières de mettre en scène Glass dans un film. Un début et une fin, où seuls des paysages grandioses se succèdent – à la Malick – comme autant de marqueur d’une tragédie trop grande pour être comprise, absurde à l’excès comme cette consommation de vodka. L’éclipse d’Antonioni rode pas loin. Et l’émotion surgit alors, brillamment – la marche de la femme vers les falaises, l’apparition d’une baleine. Il y a une grandeur dans le cinéma de Zviaguintsev, à l’image de cette église à la fin qui se vide pour laisser s’en aller un cortège de 4×4 noires, qui te glace les sangs. Avec en filigrane cette absurdité de l’ami avocat venu sauver ce lieu des griffes du Maire, qui finira par lui-même indirectement l’anéantir. Le cinéaste filme ces lieux comme un monstre qui engloutit tout dans le silence, bien aidé par des institutions corrompues. La séquence de la grue et tout ce qu’elle représente restera pour moi comme l’une des images les plus fortes vues sur un écran cette année.

Le grand embouteillage (L’Ingorgo : Una storia impossibile) – Luigi Comencini – 1979

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   6.5   Je trouve la première partie du film relativement faible. Disons que ça cabotine beaucoup trop d’une voiture à l’autre (sauf Depardieu et Tognazzi, aussi étrange que cela puisse paraître) et les situations sont quasi cartoonesques, en vignettes mal montées tout du moins et surtout le film semble adopter une légèreté forcée même si on le sent guetté (dès le générique) par le drame. Le vieux couple (Annie Girardot et Fernando Rey) est sans doute le portrait le plus subtil du film de Comencini pour évoquer cette désagrégation générale. Ainsi que ce match de football que l’on suit à la radio dans chacune des voitures. Mais j’ai surtout été marqué par le lieu dans lequel se déroule l’action du film, cette route sans issue, où les corps et leurs cercueils mobiles s’entassent dans une Rome en ruines. Là une triste usine, ici un chantier à l’abandon, là une maison terrifiante. C’est un beau décor. Puis il y a un basculement puissant. Un truc infâme. Et le film devient complètement sombre, fou sans en faire trop, il devient même très émouvant (cette main tendue à travers la vitre, ce monologue d’une mère sur la narcolepsie de son fils). Au final j’aime donc le film, aussi pour sa mise en scène qui même si pas toujours super inspirée, choisi ce cadre bizarre, cette route infinie bordée par un pont abandonné et une casse de voitures. Le symbole clignote d’abord mais ensuite je trouve que ça offre quelque chose d’assez fort dans la représentation de l’aliénation des Hommes, de sa désagrégation globale. Un vrai film de Zombies, en somme.

Yves Saint Laurent – Jalil Lespert – 2014

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   4.5   C’est pas mal, soigné, gracieux, mais je l’ai déjà oublié. Vivement celui de Bonello. On sent que Jalil Lespert veut faire un biopic et il le fait plutôt bien, là-dessus aucun problème, mais sans que ça déborde ou s’embrase pour autant. Et puis ce n’est in fine pas un film sur YSL mais sur la relation entre YSL et PB. Alors pourquoi pas après tout, mais personnellement j’en veux davantage dans ce cas de passion, de douleur, de folie…

L’intouchable – Benoît Jacquot – 2006

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Ronde de nuit.

   8.0   Voilà un Jacquot sous grande influence Rivettienne. La femme, le théâtre, le corps. L’intouchable est un portrait de femme sidérant (avec une Isild Le Besco non moins hallucinante et habitée) et une envoutante quête identitaire entre les répétitions sur les planches de Saint Jeanne des Abattoirs de Brecht, mis en scène par son amant et un voyage onirique en terre étrangère dans un Delhi foisonnant. Cette deuxième partie de film est, de ce que j’ai pu voir dans le cinéma de Jacquot jusque maintenant, ce qu’il aura réussi de plus beau à ce jour, sorte de lâché prise total, de glissement sublime. Je pense que ça ne tient qu’à un regard, celui d’un auteur calé sur celui de son personnage central, qui jusqu’ici occupait pleinement le cadre mais s’y dérobe complètement dorénavant. On a parfois même l’impression qu’elle n’entrera jamais dans les plans – souvent aériens, interminables – contrairement au début, à Paris, où c’est elle qui fait le plan et où ceux-ci se brisent nets ou s’étirent pour signifier l’imminence d’une rupture. C’est une initiation partagé. Un voyage magnifique vers une Inde inconnue, dépouillée de son habituel attirail touristique – une plongée magnétique dans son quotidien tumultueux puis dans un mariage céleste. Ce décalage entre le réel et le fantasme se conjugue à celui construisant la conscience de Jeanne, en perdition, via un double dialogue en voix off – au début puis à la fin, avec son amant – complètement désynchronisés de l’action – que l’on verra ou que l’on anticipera. Le corps prend ici valeur de fuite pour contrer sa valeur marchande : Ce corps que l’on masse, supplantant les maquillages à n’en plus finir des plateaux ou mis en lumière festive à l’opposé de celui d’abord utilisé pour les besoins d’un film érotique – qui permit à Jeanne de se payer ce voyage. Ce corps qui était, dixit les mots de la mère dans une première séquence très intense, le seul moyen de langage avec ce père hindou inconnu, que Jeanne voudra connaître. Ce corps que l’on caressera de l’œil dans une filature géniale entre Delhi et Bénarès.

Sans mobile apparent – Philippe Labro – 1971

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   6.0   Un bon film du dimanche soir. Moi qui n’avait vu de Labro que La Crime, vraiment pas terrible, là je suis très agréablement surpris par ce film policier bien troussé, avec un excellent Trintignant, une superbe bande originale signée Ennio Morricone et avec la belle Stephane Audran ainsi que les nichons de Dominique Sanda. Et j’aime aussi beaucoup comme est mise Nice en image. Que demander de mieux ?

Un weekend sur deux – Nicole Garcia – 1990

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   6.0   La première demi-heure est presque catastrophique, c’est le pire du pire de Nicole Garcia, de la pose à gogo. Et puis tout s’adoucit, le récit comme la forme. C’est alors la fuite d’une mère avec ses deux enfants pour tenter de les aimer et de se faire aimer. C’est par moment même très beau.

Pacific rim – Guillermo del Toro – 2013

PACIFIC RIMBouillie visuelle.   

   4.0   J’y croyais puis j’ai vite déchanté. Traduction : Je me suis quand même fait un peu chier. Alors certes c’est parfois impressionnant – Techniquement c’est bluffant – mais purée ce que c’est convenu, je ne vois absolument rien de neuf là-dedans – ni en terme de blockbuster ni en terme de film de monstres ni en terme de film catastrophe – si ce n’est un chouette divertissement pop corn mais c’est tout. De Del Toro je continue d’avoir un léger faible pour Hellboy.

Barbecue – Eric Lavaine – 2014

341282Merguez ou chippo ?

   1.0   Hypocrisie franchouillarde quand tu nous tiens. Ou comment appuyer sa pseudo coolitude branchée dans chaque séquence pour faire djeun. Les petits mouchoirs est passé par là aussi. Alors il y a la nana – du groupe de mecs – mordue de foot, plus qu’eux tous réunis d’ailleurs. Check. L’ado fumeur de joints, bientôt encouragé à profiter de sa jeunesse par un ami de son père. Check. Le couple qui se trompe mutuellement. Check. Le pote pauvre, dont le trajet boulot est direct, si on excepte deux changements. Check. En fait, ce barbecue entre beaufs – il faut voir comment les clichés sont placardés, pour mieux les détourner tu vois, mais pas tant que ça finalement – donne autant envie d’être partagé que des vacances entre potes, faussement potes, dans une villa du Cap Féret. A chaque fois, il y aura un bouleversement, qui détruira ce château de cartes dont on se demande ce qui peut bien le faire tant tenir. La mort de l’un (chez Canet) ou l’infarctus de l’autre (Chez Lavaine) briseront cet équilibre gluant pour finalement aboutir sur un consensus de droite bien gerbant. Il y avait matière à être vraiment méchant pourtant – et le film fait semblant d’esquisser cette méchanceté (Avec ces gentils beaufs bien riches qui sont – dixit Wilson narrateur – super chiants) – mais on sent bien l’auteur satisfait dans ses godasses de marque, qui brosse un portrait qui, malgré ses petites contradictions, pourrait ressembler à une petite vie de riches assimilées à celle des pauvres – Tous les mêmes problèmes de fric, de couple, de rapport avec la mort – pour finalement rentrer dans le rang à mesure jusque dans une dernière réplique affligeante… En fait c’est Le cœur des hommes, quoi, encore.

Qu’est-ce qu’on a fait au bon dieu ? – Philippe de Chauveron – 2014

QU EST CE QU ON A FAIT AU BON DIEU PHOTO6Cuisiner, partager, se régaler.

   2.0   Recette facile. Préparation : 1 neurone. Cuisson : 1h30. Prenez 4 filles blanches, ouvertes mais de bonne famille, modernes mais catholiques pratiquantes pour faire plaisir aux parents. Injectez-y 4 mecs : Un juif pas trop juif, un arabe pas trop arabe, un chinois pas trop chinois, un noir africain pas trop noir africain. Français avant tout en somme, les autres peuvent reprendre l’avion. Saupoudrer de deux mères de famille qui font ce qu’elles peuvent – la mère dans ce genre de film fait toujours ce qu’elle peut. Relever le tout de deux pères austères, blanc et noir, racistes tous les deux. Le premier grimace et ricane grassement, le second tchipe et roule les yeux, forcément. Faire en sorte qu’ils se rendent compte qu’ils sont tous deux gaullistes, devenant ainsi les meilleurs amis du monde dans une séquence très originale où ils se bourrent la gueule. Célébrer le quatrième mariage dans un sérieux de pape, mais bon enfant tout de même, en oubliant les rancœurs, dans la joie et la bonne humeur, des supers vêtements et faire bientôt de beaux voyages. Sinon t’as raté ta vie, tu vois. C’est tellement confortable. Tellement populiste. Je ne comprends pas. Honnêtement j’ai souri cinq minutes mais ensuite c’est tellement hyper appuyé, attendu, avec sa mécanique de la vanne – On dirait une version cinéma du Jamel Comedy Club ou de Vendredi tout est permis (je n’aurais pas été surpris de voir débarquer Arthur ici ou là) – que plus on avançait plus ça me désolait. Après c’est de la caricature (extrême) ok mais ne pouvait-il pas y avoir quelques idées un peu nouvelles ? C’est vraiment le truc le plus suffisant et confortable vu depuis Intouchables. On explose les clichés, on en rit grassement pour que ça fédère un peu tout le monde, sans léser personne. Sinon niveau mise en scène c’est le néant, quelque part entre Les visiteurs et Bienvenue chez les ch’tis. Il y a un bêtisier sur le dvd du film, un bêtisier de 9 minutes. Le film n’attendait que ça : Rire de ses propres vannes, de son euphorie, de sa suffisance, de sa prétendue acerbité, de sa réussite surprise au box-office. Plus auto complaisant tu meurs.

P’tit Quinquin – Bruno Dumont – Arte – 2014

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Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon.

   7.0   Bruno Dumont ne m’a jamais déçu. Et dans le même temps il n’a jamais fait mieux que ses deux premiers films, à mon humble avis. Cette contradiction se poursuit indéfiniment. Hors Satan c’était puissant mais on pensait trop à L’humanité. Camille Claudel 1915 semblait faire office de virage direct et était du même coup moins sidérant. Chaque fois néanmoins, Dumont réinvente un espace, c’est pourquoi son cinéma ne s’épuisera jamais. Espace physique, espace mental. Ce qui le rapproche des plus grands (Bergman, Tarkovski pour ne citer qu’eux) qui n’ont cessé de créer tout en refaisant. P’tit Quinquin est en ce sens une belle promesse.

     Le format série est une grande première pour le cinéaste. Et une découpe en quatre épisodes, trois heures et demi de film. Soit l’un des projets les plus excitants de l’année. On s’est beaucoup emballé depuis son passage à Cannes, certain le portant d’emblée au pinacle, film de l’année, chef d’œuvre de son auteur – Suffit de voir ce qu’il récolte de louanges dans les Cahiers. C’était presque une évidence : P’tit Quinquin allait balayer tout ce qu’on avait vu cette année. Passé cette surenchère admirative il faut bien admettre que l’on s’est un peu, beaucoup trop enthousiasmé. P’tit Quinquin ne dérogera pas à mon constat initial : Dumont c’est L’humanité et La vie de Jésus. Il y a d’ailleurs ces deux films réunis dans son dernier.

     La grande nouveauté c’est le virage comique. Changement de registre qui fait que c’est un film que j’aime beaucoup. Je ne suis pas loin même d’adorer. Je trouve Dumont assez à l’aise avec ce nouveau format, avec la longueur, avec le fait de s’éparpiller plus qu’à l’accoutumée. Je n’aurais pas enlevé grand-chose de ces 4×52 minutes. Pourtant, j’ai une réserve sur le dosage. Les passages avec les policiers, aussi drôles soient-ils ne sont pas ce que le film réussi de mieux je pense. Ils sont beaucoup trop présents, annihilent un peu trop le reste. Le film est en fait mal équilibré. Je m’en suis rendu compte car je n’ai cessé de chercher P’tit Quinquin (après tout, si l’on en suit le titre, il devrait être au centre plus que les autres) et tout ceux qui gravite directement autour de lui – Ses parents, ses grands parents, Eve, Aurélie, ses copains – surtout dans les deux dernières parties.

     Pour le reste c’est toujours évidemment un cinéma qui me parle, que je trouve très beau, exaltant, qui sait construire des blocs de séquences, les étirer tout en les laissant respirer. Cet espace mis en scène offre des moments miraculeux, aussi bien dans le tragique que dans le burlesque – la découverte de la vache dans le blockhaus, la scène de l’église. Et des trucs un peu moins heureux, attendus. Mais ça m’aura donc permis de constater que Dumont s’accommodait bien au running gag – les démarrages circulaires de Carpentier – ainsi qu’à l’exagération comique (les grimaces du commandant) et l’absurde (Ce roulé-boulé déjà légendaire). C’est vrai qu’on rit. Pas tant que ça mais on rit – Ch’tiderman, bon sang, fallait y penser. Mais le récit s’engouffre tellement que l’on finit par ne plus rire, un peu anéanti par la répétition d’un carnage d’abord improbable puis carrément incohérent. C’est toute la beauté du film je crois, sa dérive, démarrer sur les visages, les hommes et en revenir inéluctablement vers la terre, l’insondable, l’impondérable. Un mal sans visage, à la fois ici et partout et nulle part. Pour une première incursion dans le tragi-comique c’est une franche réussite et c’est donc très prometteur.

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