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Archives pour 27 janvier, 2015

Gaby baby doll – Sophie Letourneur – 2014

10444647_10152643178367106_7303119034612623307_nBœuf bourguignon.

   7.5   Oui. OUI ! Je ne suis pas loin d’avoir adoré. Pourtant je le craignais un peu. Peur que Sophie Letourneur s’oriente totalement vers la comédie négligeant ce qui fait le sel de son cinéma : l’adolescence éternelle, traitée légèrement et sérieusement. Mais en fait c’est excellent. Déjà c’est super drôle. Je ne pensais pas qu’elle serait capable de s’abandonner à ce point dans le burlesque. Mais surtout c’est beau. Magnifique cette Bourgogne. 2014 est décidément une remise en forme et en beauté d’une région pas tout à fait cinégénique – éloignée des standards, tout du moins – une Bourgogne mélancolique (Tonnerre, de Guillaume Brac) et mystique (chez Letourneur). Rien que pour cette soudaine et curieuse réhabilitation il faudrait voir coûte que coûte ces deux petites merveilles.

     La réalisatrice s’est assagie sans pour autant perdre de sa liberté. Moins foutraque et inventif dans les grandes lignes, Gaby baby doll se fait plus discret, d’apparence plus anodine, mais finalement plus émouvant. C’est encore une histoire de fille à la recherche de la bonne tonalité. Elle nous fait tout un film sur le mode de l’échappée auvergnate de La vie au ranch tout en gardant le ton du Marin masqué. J’ai aussi beaucoup pensé à Guiraudie et à Hong Sang-soo – Aucune coïncidence que la musique au piano soit celle de Jeong Yong-jin, compositeur attitré du cinéaste sud-coréen. C’est vraiment un cinéma avec lequel je me sens hyper proche, qui me touche infiniment avec trois fois rien et des trucs qu’ailleurs j’aurais sans doute trouvé ratés.

     Fidèle à elle-même, on retrouve avec plaisir ces séquences absurdes, ces dialogues vides (« T’as pas des chaussettes ? »), ce monde d’adultes perdus dans leurs pérégrinations enfantines. Un film où l’on mange des Figolu et des Palmito, parce qu’il n’y a plus de Pépito. Où l’on fait un régime à base de Chocapic. Où l’on se soulage tout en continuant de discuter (se remémorer la désopilant scène en question dans La vie au ranch) et on ne compte plus le nombre de scènes où Lolita Chammah est ici en position pipi. Où les personnages avancent pieds dans la boue (« C’est le parcours du combattant! »). Où les bruits les plus incongrus se répondent les uns les autres, ici le cri d’une femme et le meuglement d’une vache hors champ, là un grincement de porte en écho à ce bourdonnement improbable de compteur d’eau.

     C’est le doux éveil d’une femme. Tandis qu’elle n’existe quasiment pas au sein d’un groupe ni au sein du couple, elle devient quelqu’un en affrontant ses propres démons. Elle s’éveille à l’autre, à la nature, à elle-même. D’abord incapable de faire quoi que ce soit toute seule, pas même s’endormir (occasionnant après le départ de son petit ami Vincent, une série de séquences répétitives assez couillues et jubilatoires, avec les hommes du village) elle finit par entrevoir d’apprécier sa solitude au contact de Nico, un gardien (d’un château abandonné) mais c’est un dur labeur (« T’es un handicapé de la life »). Au début en enfant non émancipé, elle se jette dans ses draps, y mange, pisse entourée de sa couette et ne fait que dormir, tout le temps, partout. Ensuite, elle finit par se glisser dans son lit, avec délicatesse, y dormir paisiblement et jouir de sa réussite.

     C’est un conte de fée revisité sur un mode burlesque et bucolique, faisant se rencontrer une jeune femme et sa phobie de la solitude (Vincent, au début du film, ne lui sert véritablement qu’à la fuir) dont l’unique leitmotiv est de dormir et un garçon ermite dans sa cabane, prince aux allures pas vraiment charmantes (« Pourquoi je prendrais un bain ? ») qui n’éprouve de satisfaction autrement que dans sa solitude quotidienne. La parole de l’un exaspère l’autre et vise versa concernant les longues balades à travers champs, chemins et forêt.

     Benjamin Biolay en barbu crado mal fagoté est extraordinaire (« C’est mes gâteaux! ») et Lolita Chammah infiniment attachante. Elle était d’ailleurs présente à l’issue de la séance et j’ai fini par discuter avec elle en sortant. Elle a un fils qui a l’âge du mien. Et elle est fan de Memory Lane (dans lequel elle jouait) et du cinéma de Mikael Hers en général ainsi que de celui de HSS. Bref j’adore cette actrice mais maintenant je suis carrément amoureux.

     Fin de parenthèse étoiles dans les yeux : C’est vraiment un petit film sans prétention, avec son propre monde, ses codes, son tempo et ça ne ressemble globalement à rien de déjà vu. C’est une somme de références qui accouche sur quelque chose d’inédit. J’avais été un peu déçu par Les coquillettes, son Ha ha ha, mais en faisant, avec Gaby baby doll, un truc proche de La femme est l’avenir de l’homme, le cinéma de Sophie Letourneur retrouve à mes yeux toute la grâce de ses premières réussites. Un film tout en couettes, plaid et chaussettes. Un film avec les costumes les plus laids et cheap du monde. Le bonheur, quoi.

Jacky au royaume des filles – Riad Sattouf – 2014

10537105_10152282771877106_4410268319446344901_n     5.5   Je ne suis pas aussi convaincu que je ne l’avais été par Les beaux gosses, loin s’en faut, sans doute parce que ça ne me fait pas vraiment rire, mais tout de même je trouve ça réjouissant que l’on puisse sortir un film comme ça dans le paysage de la comédie française actuelle. C’est inégal mais étonnant. La fin est géniale.

Les rencontres d’après minuit – Yann Gonzalez – 2013

10492273_10152277014217106_869648707810670492_n     3.5   Je l’avais volontairement snobé en salle, je le sentais pas bien du tout, ce malgré les éloges critiques. J’ai bien fait, j’aurais détesté au cinéma. Alors que là, chez moi, ça ne m’a pas agacé du tout. Ce qui n’empêche pas le fait que je ne comprends vraiment pas comment on peut trouver ça bien.

Party girl – Marie Amachoukeli, Claire Burger et Samuel Theis – 2014

10590663_10152350273887106_4721498916679825501_n I’ll be your woman.   

   7.0   Très beau. Je conseille à tout le monde d’y jeter un œil. Disons que ça aurait pu être fait n’importe comment avec plein de mauvaises idées mais que la science du montage et l’humilité de la chose le propulse vers des cimes inespérées. J’ai beaucoup pleuré. C’est l’un de ces petits films, pétri de petits défauts narratifs et tics de réalisation, certes, mais qui vous réduisent en miettes, je préfère prévenir. Et les deux beaux morceaux de Chinawoman restent longtemps en tête.

Suzanne – Katell Quillévéré – 2013

1551618_10152257216797106_2893809024172204358_n     6.0   Beau film qui aurait néanmoins gagné à saisie davantage de moments volés, quotidiens, là en l’état je trouve que ça fonctionne un peu trop à l’utile. En un sens ça m’a fait penser à Tout est pardonné de Mia Hansen-Love, que je trouve pour le coup magnifique à tout point de vue. Mais c’est bien quand même, mieux que son premier film, Un poison violent, dont j’ai le maigre souvenir d’un truc très scolaire. Et François Damiens est étonnant de sobriété, il est excellent. Quant à Adèle Haenel et Sara Forestier, c’est du high level, mais c’est beaucoup moins surprenant.


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