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Archives pour janvier 2015



I used to be darker – Matthew Porterfield – 2013

10930148_10152652771767106_3073427624472567708_nToo many birds.

   8.5   C’est une sorte de mélange idéal entre le Linklater de Boyhood, le Gallo de Buffalo66, le Sachs de Keep the lights on. Je suis toujours très sensible au cinéma sur la manière de traiter ces petites histoires – et c’est la raison pour laquelle j’adore sans mesure les oeuvres suscitées – et de trouver la bonne distance, le bon rythme, la bonne durée de plan, la place de la parole, celle du silence. Mal fait, l’exercice peut vite tomber dans un style indé à la Sundance pas vraiment excitant donc c’est très difficile, perpétuellement sur la corde. Celui qui parvenait brillamment à se tenir en dehors et en dedans du courant c’était Derek Cianfrance, avec Blue Valentine. Petite merveille un peu inattendue qui embrasse à fois tout ce qui me fait enrager (musique omniprésente, images floues, caméra parkinson, flash-back) tout en parvenant à s’ouvrir sur un monstre émotionnel plus subtil qu’il n’en avait l’air. Bref, cessons ces rapprochements stériles, le film de Matthew Porterfield n’a strictement rien à voir avec ce cinéma starisé et balisé. Tout se joue au sein de sa ténue simplicité et son amour infini pour ses personnages tourmentés. J’ai beaucoup pensé au cinéma de Claire Denis, essentiellement Us go home.

     Taryn, une étudiante de 19 ans, quitte une fête sur une plage du Maryland. Elle atterrit bientôt chez son oncle de Baltimore (la ville y est magnifiquement filmée, à la fois rassurante et fantomatique) alors en pleine rupture conjugale. Le réconfort qu’elle venait probablement trouver n’est qu’un idéal abstrait, sans cesse recouvert par des bonheurs éphémères et des douleurs durables. En outre, Taryn est enceinte. Nous l’apprendrons tardivement, au détour d’un aveu un peu désespéré, impuissant, chaotique. Je ne sais d’ailleurs plus si c’est explicite dès les premières scènes mais c’est le point de départ. Sans que ce soit le point de départ de sa « fugue » par ailleurs, c’est ce que je trouve beau. C’est une fille qui a quitté le foyer familial, deux mois plus tôt, prétextant du bon temps chez les Gallois. Elément divulgué là aussi tardivement, fondu dans le récit. C’est un film d’une pudeur étourdissante où l’extrême gravité est sans cesse compensée, dans le meilleur sens du terme, par une écriture d’une douceur incroyable.

      Je comprends que l’on ne soit pas charmé, que l’on trouve ça anecdotique. Je me souviens d’un produit Sundance approved « Summertime« , qui m’avait laissé sur la touche justement parce qu’il me semblait totalement creux, au-delà de ses par ailleurs diverses qualités. Je pense que ce sont des films qui ne sont pas si éloignés. Et peut-être que tout dépend de l’élan dans lequel on se trouve, à l’instant où l’on aborde le film. Concernant le secret de Taryn j’admets que l’élément est un peu forcé. Ce n’était pas indispensable. Mais la finesse avec laquelle une lourdeur de scénario pareille est traitée force le respect. Pour le reste je trouve le film éloigné de ce à quoi il nous prépare et/ou de ce à quoi on s’attend. De nombreuses scènes, dont l’une dans une cuisine, surfent sur le même motif, jouant de leur caractère anodin, domestique afin d’élever la séquence très subtilement. La dispute avec la cousine c’est génial, ça arrive comme ça. Le dialogue avec la tante, sur le lit, on sort totalement du scénario. L’inévitable et attendue confrontation conjugale est complètement contournée déjà parce qu’elle intervient deux fois. Et puis j’adore les lieux, cette étrange véranda, cette cave à musique, cette chambre d’ado qui ne semble même pas reliée aux autres pièces de la maison.

     Your sister’s sister, la même année, m’avait donné l’impression d’écouter un disque de Damien Jurado. Là on dirait vraiment du Bill Callahan. Et pas seulement dans l’emprunt du titre à un couplet de l’un de ses morceaux, non, on ressent vraiment cette étrange obsession d’une mélancolie impalpable et son goût légendaire pour les échappées folk aériennes. I used to be darker, then I got lighter, then I got dark again disait Callahan dans son morceau Jim Cain. J’aime beaucoup le temps accordé à la musique dans le film, qu’il soit axé sur le groupe ou la bulle solitaire, il y a tout une dimension tragique qui se joue au travers de leur prestation rappelant un autre très beau film musical sorti cette même année, Inside Llewyn Davis, des frères Coen. Le plan dure ici systématiquement le temps que dure le morceau, sans cesse expiation lumineuse de leurs douleurs profondes. Quelle fin bouleversante, au passage. Au delà de ça et pour rester dans le domaine musical, j’ai beaucoup pensé à Sonic Youth. Celui d’aujourd’hui. Et cette histoire de groupe qui se brise à cause d’un couple qui se brise. La tante de Taryn s’appelle Kim (putain, comment ne pas penser ne serait-ce qu’une seconde à Kim Gordon ?) et c’est semble t-il elle qui initie la rupture sur des différends purement artistiques. A coté ce n’est pas Thurston mais on y pense forcément et d’autant plus lors de ce solo dépressif dans cette cave où dans la foulée l’homme brisé, remplacé, inconsolable brisera sa guitare contre un mur.

     Mais c’est aussi un grand film de transmission, en tout cas de questions sur ce qu’on laisse aux enfants, sur ce qu’on leur a laissé. Que l’on ouvre un album photos ou qu’une fille en rappelle une autre, sa cousine ou bien sa mère, plus jeune. Le film est continuellement traversé par ce délicat spleen et le récit se déroule à l’orée de ce carrefour existentiel particulièrement douloureux pour chacun. Une séquence dans une piscine voit Taryn confier à sa cousine son angoisse de n’être personne, raison pour laquelle elle est en pleine fuite, pour se définir, se trouver elle-même, accompagnée de cette grossesse inopinée. C’est une fille ici qui fuit ses parents, là une autre, sa cousine, dans un tel clash avec sa mère, qu’elle venge sa colère, l’espace d’une courte séquence violente, sur sa cousine. Un couple qui se déchire. Une amie (Brève apparition d’Adèle Exarchopoulos) qui disparaît du récit d’un claquement de doigts. C’est un film sans temporalité, parsemé d’instants parmi d’autres, d’éclats, aussi futiles qu’emblématiques. Une sorte de Girls moins l’humour, de Kids sans le trash. Et pourtant le film sait aussi être drôle et violent. Sans ne forcer aucune porte. L’élégance même. Et une audace infinie dans chacun de ses plans, minutieusement composés.

La mort en ce jardin – Luis Buñuel – 1956

10014542_10152064351562106_6031386858881539473_n     6.0   Film étonnant. Si le début est peu passionnant pour ne pas dire daté, désuet, la seconde partie, articulée entièrement dans la jungle n’est pas loin d’être absolument merveilleuse.

Martin – George A. Romero – 1978

10009757_10152057879257106_716436210_n     5.6   Soit le mythe du vampire revisité par le cinéaste des morts-vivants. Cela donne un film de vampires qui n’en est pas vraiment un mais qui se révèle passionnant à bien des égards, notamment pour sa longue première séquence à tomber.

Au cul du loup – Pierre Duculot – 2012

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Retour au pays corse.

   5.0   Vu un peu par hasard étant donné que j’avais enregistré le dernier Bonitzer qui n’est finalement pas passé remplacé par ce cul du loup. J’ai failli l’effacer illico mais comme j’étais curieux et bien luné je l’ai finalement regardé. C’est pas mal. C’est un joli petit film. Petit oui tant il manque d’ambition. Il ne se laisse pas vraiment aller, ne s’embrase pas. On reste au stade du film Télérama ou du grand téléfilm. La Corse y est très bien filmée, ça donne vraiment envie d’y être. Je pense que le cinéaste aime d’ailleurs trop « son » pays et qu’il n’a pas osé emballer un récit digne de ce nom là-dessus. Dommage. Mais chouette découverte impromptue, malgré tout.

Chasing Mavericks – Michael Apted & Curtis Hanson – 2012

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Endless summer.

   4.0   Etrange film complètement anachronique. On a l’impression que c’est early 90′s mais non c’est d’aujourd’hui. Etrange aussi cette idée de co-réalisation. Curtis Hanson serait tombé malade en début du tournage. Michael apted l’ayant remplacé en dernier recours. Je comprends mieux. J’ai de l’affection tout de meme pour le film, je le trouve émouvant en tant que true story. C’est une banale histoire de mentor et de fils spirituel. Mais bon, y a du surf et de belles images d’ailleurs, donc je ramasse les miettes sans me plaindre. Mais Hanson a bien entendu fait cent fois mieux. Sinon c’est dingue comme Gérald Butler ressemble à Russel Crowe.

Stretch – Charles de Meaux – 2011

stretch-1   5.0   C’est pas mal, quelques bonnes idées, quelques belles mises en image. Mais c’est bien trop scolaire et attendu pour éveiller un soupçon d’intérêt niveau scénario et cela même si c’est agréable de voir un film de mafia sur les courses de chevaux. Il faut reconnaitre que c’est bien trouvé. Et plutôt bien traité.

Malveillance (Mientras duermes) – Jaume Balaguero – 2011

12. Malveillance - Mientras duermes - Jaume Balaguero - 2011     4.5   C’est pas mal, un peu standard, un peu subversif. On voudrait des partis pris plus audacieux mais en l’état c’est un honnête ciné frisson du dimanche soir, qui va jusqu’au bout de sa malsainité.

White material – Claire Denis – 2010

29.-white-material-claire-denis-2010-1024x637Vaincue par la brousse.

   6.5   L’élément qui traverse le cinéma de Claire Denis, qu’il surgisse dans l’ostentatoire ou la pure abstraction, c’est le désir de vaincre, de s’engager, de combattre. Dans la maitrise comme dans l’abandon. Un vrai désir de metteur en scène, en somme. Rarement nous avions eu le sentiment devant l’un de ses films de la voir se superposer, littéralement, à son personnage. Processus volontiers commandité lors de sa mise en relation avec Marie Ndiaye, avec laquelle Claire Denis coécrit White material, s’appuyant sur l’identité de ce compagnon de route, sa propre identité (La cinéaste ayant vécu son enfance au Cameroun) et sur un récit de Doris Lessing.

     Découvert en salle à l’époque où le cinéma de Claire Denis m’était encore quelque peu hermétique – Je me souviens avoir été aussi beaucoup décontenancé l’année précédant la sortie de White material, devant 35 Rhums, auquel je voue depuis un culte) – j’avais néanmoins gardé beaucoup de ce film, entre bribes d’images tout en violence sourde et attirance paradoxale – ce qui anime clairement le personnage de Maria (Isabelle Hupert) – et l’ambivalence d’un récit puissant et déstructuré. Des gestes dans la nuit, de douloureux voyages sur des chemins infinis, des armes, une blessure, un bras d’honneur à des soldats dans un hélicoptère, une abnégation hors du commun. Souvenir sans structure mais souvenir fort.

     Entre l’histoire d’un pays plongé en pleine guerre civile, celle d’une femme patronne d’une plantation de café depuis toujours qui ne veut surtout pas lâcher sa dernière récolte, d’un fils en pleine crise de mollesse qu’il contre en s’incarnant alors au sein d’un soulèvement rebelle, d’un beau-père mystérieux et figure absolu de la racine du mal (Convient très bien à Michel Subor), d’enfants-soldats armes au poing qui finissent de symboliser l’union contre la domination ainsi qu’une certaine trace indélébile de désespoir, le film, perdu dans une spirale, temporelle (absence de linéarité, redondance de l’ellipse) et spatiale (plantation, chemins, forêts, villages restent à l’état d’abstraction) est aussi beau que froid. 

     Ce qui me touche profondément dans le cinéma de Claire Denis c’est la distance avec le récit et la densité, parfois lancinante parfois soudaine, de la présence corporelle. J’ai le sentiment que White material pense l’inverse ce qui brise l’équation habituelle. Il raconte plus la défaite, l’idée d’appartenance, la collision des mondes, la fragilité des rapports qu’il ne les incarne. C’est un film qui me fascine (Avoir eu envie de le revoir est un signe suffisamment parlant) et continuera de me fasciner, parce qu’il embrasse un vertige dont  seul Claire Denis a le secret, tout en ellipses et ruptures stimulantes, ce qui n’empêche pas qu’il restera à ce jour son film qui me séduit le moins.

S’en fout la mort – Claire Denis – 1990

20. S'en fout la mort - Claire Denis - 1990Les intrus.

   6.0   La caméra de Claire Denis s’installe dans un gourbi des Halles de Rungis ainsi que dans un bistrot dans lequel se déroule clandestinement et quotidiennement, ou presque, des combats de coqs dans une arrière salle. Au moyen d’une économie de plans descriptifs, le film impose sa respiration (qui sera celle de l’auteure en devenir), ses lumières, ses résonnances, le danger qui y nait, y loge, y stagne dans le moindre de ses recoins. Le cinéma de Claire Denis livre d’emblée son état de transe, à la fois sculptural et sensuel, où le récit lui-même se fait dévorer par la grâce des mouvements et la matière indomptable des images. Dah (Isaach de Bankole) et Jocelyn (Alex Descas) y croisent la route d’un restaurateur mafieux (Jean-Claude Brialy) dans le seul but de survivre, persuadés d’avoir dégoté la bonne affaire, accompagnés de leurs coqs combattants qu’ils préparent au spectacle. L’un vient du Bénin, l’autre des Antilles. Un aiguillage parmi tant à l’image de White material vingt ans plus tard, partageant l’idée commune d’une enfance africaine hors champ. Un cinéma alors encore en pleine gestation, qui ne s’abandonne pas tout à fait mais qui est déjà traversé de signes forts, d’élans aériens, abstraits dont seul Claire Denis détient les clés. Cinéma tout en vibrations, pulsations, parcouru d’une énergie trouble et vénéneuse. J’aime infiniment Claire Denis mais ce film-là me laisse un peu sur la touche malgré ses fulgurances. Et puis bon, les combats de coqs ce n’est pas non plus ma came. J’aime quand la cinéaste investit un cadre dont elle ne s’extirpe pas mais celui-ci m’étouffe beaucoup trop pour que je m’y abandonne entièrement.

Tip top – Serge Bozon – 2013

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Top less.

   2.5   J’ai parfois cru que j’allais entrer dans sa supposée drôlerie, accepter cette mécanique absurde. Mais non, jamais, à aucun moment. Rien à voir avec La France très beau premier long métrage de Bozon. Difficile d’aller au bout et pourtant je trouve cela audacieux, enfin je n’ai vu ça nulle part je crois, dans sa globalité je veux dire. Pris à la scène ça me fait en revanche plus pensé à du Dikkenek qu’à du OSS (pour rester sur François Damiens que je trouve nul et polluant dans Tip Top) donc pas tip top quoi.

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