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Archives pour 4 février, 2015

Foxcatcher – Bennett Miller – 2015

10906140_10152668335132106_4812224022904627834_nDernier caprice.

   6.5   Je me trompe surement mais j’ai l’impression que Bennett Miller est en train de se forger une parfaite réputation d’artisan chef de file du bon goût, dans ce que ça représente de sublime et de péjoratif à la fois, quelque part entre les cinémas de Clint Eastwood et Paul Thomas Anderson. Entre l’admiration et l’ennui. Après cette merveille de film parole qu’était le pourtant en apparence très sportif Moneyball, Miller change de cap, comme il avait aussi changé après Truman Capote. Foxcatcher est un film silencieux, détaillé, minutieux où les mots sonnent comme des poings, tandis que les poings, justement, n’existent pas. Très beau paradoxe proposé par la lutte, sous sport (pour reprendre les mots de la maléfique et méprisante mère Du Pont) qui contient toute la violence – que Tatum mutique draine tout le long en symbole – et l’enferme dans un balai de corps entrechoqués.

     Après le jubilatoire Moneyball j’avoue que je ne m’attendais pas à voir un film aussi effrayant. Et ce n’est pas qu’une question de fin – L’issue cruelle est connue et Miller respecte les faits réels – puisque l’on sent rapidement grimper le climat d’horreur en sourdine. Un absurde tellement insondable qu’il en devient cocasse et/ou grotesque malgré sa gravité, mais filmé et raconté avec une telle science du dérèglement, sans empathie, sans emphase, qu’il en devient gênant, glaçant, parfois presque tétanisant. A ce titre, la gifle infligée à Mark est la véritable transition dans le récit. Un beau point de rupture autant que l’était la première vision de Lloyd dans Shining. Je ne cite pas Kubrick pour rien, je trouve qu’il y a une démesure et un humour un peu macabre dans le cinéma de Miller que l’on n’avait peut-être pas vu depuis l’auteur de Barry Lyndon.

     Foxcatcher s’ouvre sur le quotidien de deux frères, lutteurs nés et champions olympiques en titre, corps lourds, nuque dans les épaules, enfermés dans une modeste vie tout en répétition, qui ressemble davantage à celle du sportif oublié et vieillissant qu’imposait par exemple Aronofsky dans The wrestler. Mark, essentiellement (son frère Dave est marié avec deux enfants), qui se noie d’ennui et de routine sous les meetings scolaires, entrainements journaliers et repas familiaux, qui l’éloignent des canons de la consécration sportive, comme on a l’habitude de la voir représenter.

     Foxcatcher apparait plus tard, d’abord par l’emprise d’un gourou milliardaire, héritier de fin de lignée, obsédé par la lutte, qui s’est mis en tête d’ériger à lui seul le sport méconnu, en bâtissant un club dans son immense propriété. Celui que l’on assimile à cette entité défiant toutes les fortunes – il s’agissait parait-il d’un vieil héritage de chemins de fer – s’efface au profit d’une mère, qui restera quasi hors champ, monstre infect et avilissant qui n’a de vrai respect que pour ses purs sangs les plus rutilants de la terre. Elle porte en elle tous les stigmates monarchiques, tendances nazies. Foxctacher c’est donc sa richissime société mais c’est aussi une somme un peu moins parfaite d’elle et de son fils.

     Bien qu’il semble d’abord se caler sur les lutteurs (Tatum & Ruffalo) le film fait finalement de son personnage principal celui de John Du Pont (Carrell) avec toute cette ampleur narrative qui le correspond, entre ses envolées ornithologiques très touchantes et son agonie invisible vers une folie meurtrière. Cette exécution, appelons un chat un chat, est un pur moment d’effroi, répété, ralenti,  trois coups de feu d’une telle sécheresse qu’ils défient même ceux de Cruise dans Collatéral. Et toute forme d’appréciation. Ils t’abandonnent là, sur ton siège, impuissant. Le regard de Du Pont, donc celui de Steve Carrell (véritablement métamorphosé, immense) à cet instant-là est le marqueur ultime d’un récit qui se ferme aussi brutalement qu’il avait pris de temps à s’installer. Il n’aura pourtant cessé d’être traversé par des soubresauts, à l’image de cette scène géniale et terrible à la fois, absurde et prémonitoire, où Du Pont après un entrainement de tir probablement quotidien, se pointe maladroitement avec son arme dans la salle de sport. Sans parler de ce caprice hallucinant lorsqu’il découvre l’absence de mitrailleuse sur le char d’assaut qu’il a commandé.

     La force du film réside dans cette beauté paradoxale entre son étonnante attraction (la simple idée qu’un milliardaire investisse dans la lutte, sa passion pour les oiseaux) et sa terreur latente (son credo patriotique dans lequel on ne vénère que les vainqueurs, son étrange obsession pour le deuxième frère). Le film ne fait d’ailleurs pas de catégorisation binaire entre les deux frères. Si Dave n’est pas autant attiré que son frère par ce schéma de réussite tombé du ciel, ce n’est pas tant par crainte et autre intelligence surfaite que par pur engagement personnel, familial. Sa petite vie en Pennsylvanie lui convient très bien. Le film trouverait alors une forme de métaphore absolue, en la personne de Mark, mais aussi de celle de John, du désir de fuir sa propre solitude. C’est froid mais c’est impressionnant.

Capitaine Conan – Bertrand Tavernier – 1996

1896758_10151986671467106_1611533471_n Guerre et paix.

   4.0   Là par contre, je retrouve le Tavernier qui me gonfle, celui de Que la fête commence. Tout est hystérique, surécrit, surjoué. Alors ok il y a une certaine ambition que l’on ne retrouve dans aucune fresque française populaire/intéressante mais ce n’est pas ce qui convient à ce cinéaste, à mon sens. Je n’ai vu que 1h15 car je me suis endormi – ce n’était pas dû qu’à la fatigue. J’ai vu la suite le lendemain, avec guère plus de conviction.

L’horloger de Saint-Paul – Bertrand Tavernier – 1974

1896873_10151986671447106_541844022_nLes rues lyonnaises.

   7.0   Merci Arte, qui diffusait deux soirs de suite, deux Tavernier que je ne connaissais pas. J’ai adoré celui-ci, l’un de ses plus beaux films à mes yeux, dense, mystérieux, qui démarre comme l’esquisse d’un polar pour finir en manifeste résistant. Noiret est immense. Et la relation que son personnage entretient avec son fils, bouleversante. Et Lyon y est sublimée, comme dans un autre des plus beaux films de Tavernier, Une semaine de vacances. A croire que la ville des Lumières (qui est aussi la sienne) lui réussit à merveille.

Breaking the waves – Lars Von Trier – 1996

12.-breaking-the-waves-lars-von-trier-1996-1024x455Vivre sa vie : Film en sept tableaux.

   8.0   C’est l’un des premiers films de Lars Von Trier que j’ai vu si ce n’est le premier. A moins que ce ne soit Dancer in the dark, je ne sais plus très bien. A l’époque, je me souviens avoir enchaîné avec L’hôpital et ses fantômes, série de huit épisodes, assez géniale, ainsi qu’avec sa trilogie hermétique Europe (Element of crime, Europa, Epidemic), qui fut une véritable épreuve je dois bien l’avouer. Je réessaierai un jour, promis.

     Je suis content de me pencher à nouveau sur sa filmographie car j’aime de plus en plus tout ce que je vois de lui, même si je continue de penser que sa meilleure période c’est en ce moment que ça se passe. Breaking the waves est un film puissant, un mélo hors des normes, qui a vingt ans mais qui pourrait tout aussi bien en avoir quarante ou cinq. C’est un film qui vieillit et continuera de vieillir très bien. Bref, c’est beau, terrible, fort. Dreyer n’est pas loin.

     De nombreuses choses/idées/séquences pourraient me déranger là-dedans et bien entendu le syndrome Dancer in the Dark (post Dogme, début de sa période dite Coeur d’or) commence déjà à faire son apparition, tant le réalisateur danois fait progresser son récit de manière emphatique peu commune. A tel point qu’on pourrait lui adjuger comme marque de fabrique. En tout cas si on s’en tient là le film peut très vite devenir insupportable.

     Mais j’ai envie de l’aimer de tout mon coeur ce film et je ne sais pas tout à fait pourquoi. Enfin si, peut-être que cette mise en scène violente, qui cueille chaque sentiment intensément, qui dépareille d’ailleurs de ses travaux précédents (sa trilogie européenne) me touche davantage. Peut-être aussi qu’Emily Watson me renverse totalement. Et peut-être que cette envie de briser les conventions cinématographiques passe selon moi au-dessus d’un traitement misérabiliste que beaucoup ont rejeté. Je n’ai jamais trop su quoi en penser. Parfois je l’aime soudainement et inexplicablement moins. Puis je le revois et me reprend une claque. Il y a vraiment quelque chose qui saisit les tripes là-dedans.


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