Carlos – Olivier Assayas – 2010

10429471_10152681316482106_6836851134799269928_nLe fantôme.

   9.5   Difficile de parler de ce film monstre. C’était ma deuxième fois pourtant j’ai l’impression d’en avoir saisi qu’une infirme partie, tant sa richesse me semble démesurée, unique, jamais remise en question. Film qui semble ne jamais se poser, se lamenter, se congratuler, toujours pris dans le tourbillon de l’investigation, véritable succession de gestes, de déplacements, de passation de relais. On en ressort avec le tournis. C’est un récit sans cesse chamboulé, un film tout en mouvance, tout en flux. Flux d’informations, d’échanges, d’argent, de passeports, de documents divers, d’armes.

     Carlos est un film d’une envergure foisonnante, qui suit sur deux décennies, entre le coup d’état de Pinochet et la chute du mur de Berlin, en gros, les actions de ce terroriste d’origine vénézuélienne, au sein de groupuscules révolutionnaires de toutes nationalités, se battant pour la cause palestinienne. Il suit un entraînement à la guérilla en Jordanie puis s’installe à Londres puis à Paris, où il est responsable de multiples attentats, là où le film s’ouvre. Prise d’otages de La Haye, attentat à la grenade contre le drugstore Saint-germain, organisation de l’attentat au lance-roquettes terrasse de l’aéroport d’Orly, tout est minutieusement décrit en même temps que le film refuse de s’en servir en tant que poudre aux yeux.

     Dates et lieux se succèdent, actes et mise en place de ces actes aussi, vidéos d’archives en tout genre, profusion de décors, offrant un panel documenté tellement débordant qu’il en est indomptable, délicat de saisir dans leur entièreté leur dimension politique, leur impact historique. Parfois, une action est brièvement racontée. Parfois, elle semble s’étirer à l’infini, toujours au moyen d’une tension palpable. La séquence Rue Toullier est à ce titre une merveille à elle seule, de cruauté, de sécheresse, on dirait presque du Friedkin.

     Puis il y a tout ce qui concerne l’opération de la prise d’otages de l’OPEP (le siège puis la fuite) qui est le véritable moment clé et point de bascule du film et de l’ascension du personnage, à tel point qu’elle se concentre en une heure de film. Carlos est alors au sommet de sa notoriété, fascination et craintes comprises. L’opération (qu’il mit des mois à mettre au point) ne tient pourtant pas toutes ses promesses de réussite terroriste, en partie à cause de partis pris complètement contradictoires de son chef d’organisation. Ce qui ouvre une deuxième partie plus posée, plus politique aussi, transitionnelle. Elle prépare toutes les nuances qui animent ce personnage. Pour qui la vie comptait moins que les armes, dans ce que ça convoque de respect du milieu et de chute instantanée inévitable. Les actions sont plus floues, plus dilatées temporellement. Les trois premières heures couvrent d’ailleurs trois ans de lutte. La suite, vingt ans.

     Celui qui fut arrêté par les services secrets français au Soudan en 94 traverse le film en spectre indomptable d’un pays à l’autre, d’une langue à l’autre, d’une femme à l’autre. C’est un vrai personnage en mouvement permanent, animé par des convictions morales et politiques qui l’ont peu à peu conduit dans l’impasse. C’est aussi ce que raconte le film, essentiellement dans la dernière partie.

     Carlos avait d’abord semblé tout puissant, irréductible, svelte et imprévisible. Puis il s’épaissit, n’est plus qu’un revers pathétique et minable de sa séduction, un corps en destruction, inutile et oublié, plus vraiment recherché, uniquement indésirable partout où il s’échoue, qui se dissout et termine sa course comme il l’avait pleinement redouté, de la manière la moins héroïque possible. Malade. En décomposition.

     Quant à Edgar Ramirez il dévore littéralement tout l’écran, dans son regard, sa masse corporelle, son utilisation des langues, ses mouvements, son impassibilité. Le film se cale d’ailleurs idéalement sur la personnalité de Carlos, de son vrai nom Ilich Ramirez Sanchez, à la fois dans ses agissements instinctifs et accélérés que dans ses moments d’accalmie quasi fantomatiques.

     Carlos à son tour a donc le droit à son biopic. Le terroriste dont on a dit qu’il était le plus recherché des années 70/80 bénéficie par le concours d’Assayas, d’une double version de diffusion assez inédite je pense : celle dite de cinéma d’une durée de 2h45 et d’une version télé exploitée selon trois épisodes par Canal, pour une durée totale de 5h30, sur laquelle j’écris, n’ayant pas plus que ça l’envie de me confronter à une version tronquée. Et puis le film avait préalablement été diffusé sur les écrans cannois ainsi, alors à quoi bon. Cette version longue me semble idéale autant de par sa durée que sa dynamique.

     Qui mieux que Assayas, véritable orfèvre de la rythmique, pouvait si bien s’octroyer ce type de montage, nerveux et aérien, renforcé par une utilisation musicale qui comme souvent chez lui atteint des sommets de bon goût et d’enrobage gratuit volontiers jubilatoire. New Order, Wire, The Feelies, The Lighting seeds. Assayas qui a toujours voulu embrasser la grande histoire par le prisme de la petite, à l’image par exemple de ses deux miroirs de 68, L’eau froide et Après mai, prend ici le parti de la grandeur, de la fresque, livrant deux décennies de la vie de cet homme, en brassant tout ce qu’il peut brasser. Ainsi que deux décennies de géopolitique. Une ampleur telle qu’elle est bien trop occupée pour ne chercher à séduire de quelque manière que ce soit. C’est en quelque sorte son film somme. Hors norme. Sans concessions.

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