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Archives pour février 2015



Carlos – Olivier Assayas – 2010

10429471_10152681316482106_6836851134799269928_nLe fantôme.

   9.5   Difficile de parler de ce film monstre. C’était ma deuxième fois pourtant j’ai l’impression d’en avoir saisi qu’une infirme partie, tant sa richesse me semble démesurée, unique, jamais remise en question. Film qui semble ne jamais se poser, se lamenter, se congratuler, toujours pris dans le tourbillon de l’investigation, véritable succession de gestes, de déplacements, de passation de relais. On en ressort avec le tournis. C’est un récit sans cesse chamboulé, un film tout en mouvance, tout en flux. Flux d’informations, d’échanges, d’argent, de passeports, de documents divers, d’armes.

     Carlos est un film d’une envergure foisonnante, qui suit sur deux décennies, entre le coup d’état de Pinochet et la chute du mur de Berlin, en gros, les actions de ce terroriste d’origine vénézuélienne, au sein de groupuscules révolutionnaires de toutes nationalités, se battant pour la cause palestinienne. Il suit un entraînement à la guérilla en Jordanie puis s’installe à Londres puis à Paris, où il est responsable de multiples attentats, là où le film s’ouvre. Prise d’otages de La Haye, attentat à la grenade contre le drugstore Saint-germain, organisation de l’attentat au lance-roquettes terrasse de l’aéroport d’Orly, tout est minutieusement décrit en même temps que le film refuse de s’en servir en tant que poudre aux yeux.

     Dates et lieux se succèdent, actes et mise en place de ces actes aussi, vidéos d’archives en tout genre, profusion de décors, offrant un panel documenté tellement débordant qu’il en est indomptable, délicat de saisir dans leur entièreté leur dimension politique, leur impact historique. Parfois, une action est brièvement racontée. Parfois, elle semble s’étirer à l’infini, toujours au moyen d’une tension palpable. La séquence Rue Toullier est à ce titre une merveille à elle seule, de cruauté, de sécheresse, on dirait presque du Friedkin.

     Puis il y a tout ce qui concerne l’opération de la prise d’otages de l’OPEP (le siège puis la fuite) qui est le véritable moment clé et point de bascule du film et de l’ascension du personnage, à tel point qu’elle se concentre en une heure de film. Carlos est alors au sommet de sa notoriété, fascination et craintes comprises. L’opération (qu’il mit des mois à mettre au point) ne tient pourtant pas toutes ses promesses de réussite terroriste, en partie à cause de partis pris complètement contradictoires de son chef d’organisation. Ce qui ouvre une deuxième partie plus posée, plus politique aussi, transitionnelle. Elle prépare toutes les nuances qui animent ce personnage. Pour qui la vie comptait moins que les armes, dans ce que ça convoque de respect du milieu et de chute instantanée inévitable. Les actions sont plus floues, plus dilatées temporellement. Les trois premières heures couvrent d’ailleurs trois ans de lutte. La suite, vingt ans.

     Celui qui fut arrêté par les services secrets français au Soudan en 94 traverse le film en spectre indomptable d’un pays à l’autre, d’une langue à l’autre, d’une femme à l’autre. C’est un vrai personnage en mouvement permanent, animé par des convictions morales et politiques qui l’ont peu à peu conduit dans l’impasse. C’est aussi ce que raconte le film, essentiellement dans la dernière partie.

     Carlos avait d’abord semblé tout puissant, irréductible, svelte et imprévisible. Puis il s’épaissit, n’est plus qu’un revers pathétique et minable de sa séduction, un corps en destruction, inutile et oublié, plus vraiment recherché, uniquement indésirable partout où il s’échoue, qui se dissout et termine sa course comme il l’avait pleinement redouté, de la manière la moins héroïque possible. Malade. En décomposition.

     Quant à Edgar Ramirez il dévore littéralement tout l’écran, dans son regard, sa masse corporelle, son utilisation des langues, ses mouvements, son impassibilité. Le film se cale d’ailleurs idéalement sur la personnalité de Carlos, de son vrai nom Ilich Ramirez Sanchez, à la fois dans ses agissements instinctifs et accélérés que dans ses moments d’accalmie quasi fantomatiques.

     Carlos à son tour a donc le droit à son biopic. Le terroriste dont on a dit qu’il était le plus recherché des années 70/80 bénéficie par le concours d’Assayas, d’une double version de diffusion assez inédite je pense : celle dite de cinéma d’une durée de 2h45 et d’une version télé exploitée selon trois épisodes par Canal, pour une durée totale de 5h30, sur laquelle j’écris, n’ayant pas plus que ça l’envie de me confronter à une version tronquée. Et puis le film avait préalablement été diffusé sur les écrans cannois ainsi, alors à quoi bon. Cette version longue me semble idéale autant de par sa durée que sa dynamique.

     Qui mieux que Assayas, véritable orfèvre de la rythmique, pouvait si bien s’octroyer ce type de montage, nerveux et aérien, renforcé par une utilisation musicale qui comme souvent chez lui atteint des sommets de bon goût et d’enrobage gratuit volontiers jubilatoire. New Order, Wire, The Feelies, The Lighting seeds. Assayas qui a toujours voulu embrasser la grande histoire par le prisme de la petite, à l’image par exemple de ses deux miroirs de 68, L’eau froide et Après mai, prend ici le parti de la grandeur, de la fresque, livrant deux décennies de la vie de cet homme, en brassant tout ce qu’il peut brasser. Ainsi que deux décennies de géopolitique. Une ampleur telle qu’elle est bien trop occupée pour ne chercher à séduire de quelque manière que ce soit. C’est en quelque sorte son film somme. Hors norme. Sans concessions.

Smog journeys – Jia Zhang-Ke – 2015

10957867_10152687088172106_3025263888346137659_n     2.0   Derrière les coutumiers jolis plans larges du cinéaste chinois se trame ici un petit clip préventif, commande pour Greenpeace sans aucun intérêt, accompagné d’une petite musique bien sirupeuse et de ralentis bien racoleurs. Bref, c’est tout nul.

Cambodia 2099 – Davy Chou – 2015

10952268_10152681316297106_1431030657918251020_nLuminous people.

   6.0   C’est un beau film, qui parvient à saisir en vingt minutes un certain état de la jeunesse cambodgienne, qu’elle sillonne Diamond Island à mobylette ou se réfugie dans ses rêves ou les nouvelles technologies. Davy Chou semble assez bien retranscrire les ambiances d’un Phnom Penh fantomatique, sans jamais tomber dans l’essai arty ou l’expérimentation niaise. C’est un film élégant et cristallin. Après L’étrange couleur des larmes de ton corps, inutile de préciser que ce fut un grand bol d’air.

Bye bye Mélancolie – Romain Laguna – 2014

10514574_10152257227522106_5903047033399974608_n     5.0   Un court-métrage mignon qui a justement le mérite de faire court. Raconter cette mutation d’une nuit n’aurait pas tenu sur le long. Pas comme ça, tout du moins. Là, ça fonctionne plutôt bien. Et il y a la belle Elodie Navarre.

Pile ou face – Robert Enrico – 1980

10514574_10152257227517106_8180544071619919479_n     5.0   Un Enrico moyen, la faute au cabotinage des deux zouaves là mais de belles choses tout de même comme souvent, la fin par exemple. Je fais de plus en plus court dis-donc.

Faites le mur ! (Exit Through the Gift Shop) – Banksy – 2010

10516859_10152350273577106_8100466983067165181_n Tonight the Streets Are Ours.

   6.0   Beaucoup aimé. L’originalité de Banksy est d’avoir parlé de lui et de son art en faisant un film sur l’homme qui avait voulu faire un film sur lui. C’est très drôle, plein d’énergie et de trouvailles en tout genre, sans parler de ces anecdotes assez dingues.

Hollywoo – Frédéric Berthe & Pascal Serieis – 2011

1501744_10151854527137106_1715521119_n     4.0   On n’est parfois pas loin du one man show Foresti mais le film est suffisamment en mouvement et dynamique pour ne pas être insupportable, toujours à l’extrême limite. C’est pas mal, j’ai ri, un peu, enfin pas de quoi donner des crampes non plus mais étant donné que je m’attendais à un truc archi hideux on ne va pas faire la fine bouche.

Prisonners – Denis Villeneuve – 2013

1479506_10151828690437106_1140750527_n Dark shadow.

   6.5   Avant la purge Enemy, j’avais vu Prisonners et avais écrit ceci : Comme pour Incendies il y a deux ans, le précédent film de Denis Villeneuve, j’en suis sorti sur les rotules. Ce n’est définitivement pas un cinéaste de la subtilité ni des mystères (tout finit par être élucidé) mais il y a vraiment quelque chose de passionné dans son cinéma, pour les histoires dingues qu’il magnifie paradoxalement par une mise en scène plutôt transparente et le film dure plus de deux heures et demi et bien entendu on ne les voit pas passer. C’est old school sans doute mais c’est un futur classique qui évoque de loin un certain Zodiac, de Fincher.

Gasherbrum, la montagne lumineuse (Gasherbrum, Der leuchtende Berg) – Werner Herzog – 1985

10474457_10152681316477106_781288059713053281_nSing for song drives away the wolves.

   9.0   Il existe dans la chaine de l’Himalaya des sommets plus hauts que les autres, convoités par les plus téméraires alpinistes. Ces pics que ces chevronnées habitués escaladent (sans camp fixe ni radio ni oxygène) avec peu de chance de parvenir à en redescendre. Les Gasherbrum sont de ceux-là mais ils ont la particularité chère à nos deux compères fous, d’être au nombre de deux sur le même flanc de montagne. Deux sommets d’affilée, deux 8000m en une seule ascension, cela devient leur ultime but, l’enjeu d’une vie. Herzog va les accompagner avec son caméraman jusqu’à mi-chemin. Là où les premières épaisses glaces ne sont encore que des marqueurs, libérant parfois de folles trouées d’eau turquoise ici ou cascades boueuses là.

     Ces eaux déchainées et ces hommes en marche rappellent inévitablement Aguirre et ses longues séquences à longer le fleuve et les forêts. Ce sont les plus beaux moments du film, où l’infiniment minuscule et éphémère côtoie, par la caméra d’Herzog, l’infiniment grand et permanent selon un silence terrifiant ou un vacarme assourdissant. Et puis quand on ne l’attend pas le film offre des brèches merveilleuses. Ici un massage palestinien on ne peut plus dynamique, quasi tribal, qui ne brise pourtant jamais le discours tout à fait censé du grimpeur en pleine préparation physique et mentale.

     Et puis il y a aussi ces instants où le cinéaste scrute leur intimité et leurs douleurs, écoutant le récit de l’un d’eux, Reinhold Messner, qui se confie à propos de la perte de son frère survenue durant l’une de leurs excursions suicidaires. Il finit par en pleurer. Par craquer totalement. Et Herzog a l’élégance de filmer ces larmes jusqu’au bout. Les larmes c’est quelque chose qui se filme en entier ou pas du tout. Ce qui est beau dans ce sanglot à peine retenu, c’est qu’on ne sait pas très bien s’il prend sa source dans la douleur du souvenir ou dans la peur et l’exaltation du présent, étant donné qu’il attaque la fin de son ascension le lendemain. Ce qui est beau c’est aussi de voir cet homme, passionné et fou allié, encore attaché aux hommes, à l’émotion de la perte, à sa famille, il parle aussi de sa mère.

     C’est un homme – son acolyte, Hans Kammerlander sera plus discret, plus pudique devant la caméra du cinéaste allemand – sur deux dimensions, qui rêve de ne plus grimper tant il a conscience du danger que cela représente, pour lui et ceux qui l’accompagnent. Bien que la mort ait imprégné nombreuses de ses excursions (des groupes parfois décimés) il dit ne pas avoir envie de mourir. Il dit juste qu’il n’a pas trouvé l’équivalent qui lui permettrait d’accomplir à ce point sa motivation quotidienne et vitale consistant à suivre un chemin jusqu’à ce qu’il disparaisse. Marcher jusqu’à ce qu’il ne soit plus possible de marcher. Jusqu’au bout du monde. Toute une vie contenue dans une excursion. Infinie. Un artiste fondu dans son art. Herzog dit se reconnaître beaucoup en lui.

     Et que dire de ce morceau de Popol Vuh, Sing for song drives away the wolves, utilisé lors d’une séquence complètement libre, échappée, détachée, probablement l’une des plus belles pièces du compositeur couplée à l’une des plus belles séquences de tout le cinéma de Werner Herzog.

La soufrière (La Soufrière, Warten auf eine unausweichliche Katastrophe) – Werner Herzog – 1977

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Le rebelle.

   8.0   1976. Alors que l’on avait évacué la quasi-totalité des habitants de Basse-Terre, en Guadeloupe, Herzog s’est pris de fascination pour cette ville soudainement abandonnée, menacée par l’éruption éminente du volcan qui la surplombe, La soufrière, crachant d’épaisses masses de fumées et faisant régulièrement trembler la terre. La catastrophe annoncée par les sismographes allait être équivalente à celle de cinq bombes atomiques. Herzog voulu filmer ces lieux dans lesquels ne régnait plus qu’un lourd silence ou les cris des animaux qui n’étaient pas encore mort de faim. Il tenta même de grimper plus haut accompagné de son cameraman mais fut freiné par des chemins sinistrés et des nuages de fumées charbonneuses. Il en profita alors pour approcher un homme qui avait refusé de partir, préférant à une fuite sans but, une mort apaisée sur ses terres, s’en remettant à dieu.

     En plein centre de son métrage, Herzog insère des images d’archives en évoquant une catastrophe similaire survenue au début du siècle en Martinique. Celle que provoqua l’éruption de la Montagne Pelée. Le danger à l’époque mal discerné, l’évacuation tarda et la catastrophe fit trente mille morts, détruisant intégralement la ville de Saint-Pierre. Mais au-delà de l’évocation de la tragédie, Herzog s’intéresse au seul homme qui avait survécu sur les lieux, au milieu d’une marée de corps calcinés et de bâtiments rasés. C’était un prisonnier, le plus dangereux de tous. Celui que l’on avait enfermé dans un si profond cachot que ça lui sauva la vie.

     C’est toute l’absurdité et la folie des Hommes auxquels s’est toujours intéressé le cinéaste qui est résumé dans ce fait improbable et cruel. Et toute cette dimension qui le fascine et le fascinera toujours, traduite dans ses futurs fictions et autres documentaires, sur la puissance inconnue et imprévisible de la Nature, quelle que sa forme soit. Une fascination inconsciente qui le pousse lui aussi à réaliser cet exploit invraisemblable de faire ce film sur une catastrophe inévitable qui n’eut finalement jamais lieu. D’être à son tour le dernier des hommes. Dommage qu’il encombre ses images (d’une puissance sans égale) de sa voix (en off, comme il sera coutumier) un peu trop présente. Hormis ce détail c’est un film extraordinaire. C’est tout le cinéma du cinéaste allemand qui est déjà là.

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silencio


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