Archives pour mars 2015

Urgences (ER) – Saison 1

32 (1)The Cook county.

   9.0   J’ai un rapport particulier avec Urgences. Ça rejoint mon hypocondrie en fait. Jeune, j’étais tombé dessus à la télévision, comme tout le monde. J’avais passé un sale quart d’heure. Je n’ai pas de souvenir exact de ce que j’avais vu mais ça m’avait traumatisé au point de rayer l’existence de cette série dans ma conscience. Jusqu’à disons il y a deux ans où en plus d’entendre généralement beaucoup de bien à son sujet j’étais tombé par hasard sur deux épisodes de je ne sais quelle saison rediffusés sur une chaine de la TNT et j’avais trouvé ça absolument génial. Une vraie claque, d’autant plus inexplicable et surprenante que je ne pouvais aucunement rattacher cette fascination à la narration puisque je ne connaissais aucun personnage. C’était juste une affaire de mise en scène. Du mouvement, de la vitesse, un pur tourbillon sans chichi, sans enrobage ostentatoire. Ça m’avait scotché. Il fallait à tout prix que j’en découvre davantage, c’était devenu une priorité. Puis ça m’est passé, inévitablement, tant j’avais conscience de la longueur imposante du show et de tout ce qui m’attendait à côté.

     Voilà, c’est parti. Une saison, 24 épisodes. Et c’est au-delà de mes attentes. C’est immense. Je ne veux voir que ça. Etant donné qu’on la regarde à deux ça limite le nombre d’épisodes journaliers et c’est tant mieux, on savoure. Et dans le même temps j’ai rarement envie d’enchainer plus de deux épisodes à la suite tant ça m’éprouve. J’aime beaucoup l’idée de nous plonger dans un monde. Les premiers épisodes ne sortent pas trop de l’établissement, comme si la série voulait apprivoiser le lieu avant de choisir de se focaliser sur certains personnages, plus que d’autres, d’opter pour des arcs narratifs et de nous y convier progressivement. Et puis l’avantage de ce type de chronique penchée sur un quotidien singulier c’est que c’est inépuisable.

     Mimi Leder (réalisatrice majeure de la saison) et ses acolytes font un sacré boulot. L’établissement est fouillé dans ses moindres recoins, ses couloirs infinis, l’accueil, les salles de trauma, celles de chirurgie, l’espace de pause, la lunch room, le toit pour les arrivées hélico, les ascenseurs. Une vraie mise en espace, fascinante, foisonnante, de laquelle on s’extirpe parfois, rapidement, vers les alentours, notamment le troquet du coin, le métro aérien ou l’arrière-cour et son panier de basket. On voit aussi un peu Chicago, un peu les intérieurs des cinq personnages principaux (Carol, Susan, Doug, Mark et Peter) mais on en revient toujours systématiquement dans l’hôpital. Le jour, la nuit. Il n’y a pas d’arrêt. Sauf lorsque la série se permet des trouées festives (les anniversaires, notamment) et burlesques. A ce titre, les toilettes sont bien employées. On se souvient de Green et sa femme surpris dans une drôle de situation ou encore de cette partie de cache-cache pour récupérer un chariot volé par le service du dessus. J’adore les tensions entre services aussi. La série brasse énormément là-dessus ainsi que dans les réunions, les diverses formations d’internes, les relations avec la hiérarchie. C’est d’une richesse phénoménale.

     Et puis il y a les urgences pures. Ce qui fait tout le sel du show, sa violence, sa démesure. C’est parfois insoutenable. Il faudrait par exemple revenir sur un épisode d’une dureté hallucinante, celui de l’éclampsie (Love Labor Lost). J’en suis sorti vidé, tétanisé. Le fameux J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps s’impose haut la main. Un épisode qui te rappelle que parfois aussi ça ne se passe pas bien du tout. Celui-ci est extrême c’est vrai, disons que si tous les épisodes étaient comme ça je n’aurais pas tenu longtemps. Pourtant, la série contourne admirablement le côté drama que ça convoque en répétant ce qu’elle fait de mieux, à savoir créer du vertige. La mise en scène sur ce point est incroyable. Les plans sont régulièrement très longs, mobiles au point de parfois tournoyer à l’infini. Les ambiances sont lourdes, bruyantes, saturées. Sans parler de ce qui se passe souvent au deuxième, au troisième plan, du mouvement non-stop, des entrées et/ou sorties de champ à n’en plus finir. C’est bluffant. Ce procédé est d’ailleurs utilisé aussi dans les couloirs lors de ces coutumiers travellings arrières. Bref, on ne s’ennuie pas. Pire, ça file parfois le tournis. A déconseiller en mangeant, définitivement.

     Le pilot va un peu vite en besogne avec la tentative de suicide de Carol, on sent qu’il fallait marquer le coup. Son retour est par ailleurs trop rapide, ça pourrait être fort mais c’est un peu tôt. J’avais peur que la série se complaise dans une sorte de sensationnalisme bon teint pour contrer le réel, forcément répétitif. On comprend très vite que ce ne sera pas le cas. Enfin, ça pourrait être le cas jusqu’à cet épisode merveilleux qu’est Blizzard. 45 minutes d’une intensité folle et d’une crédibilité dérangeante, de glissement sublime (les urgences vides d’abord puis le plan catastrophe déclenché à la suite d’un gigantesque carambolage) la veille de noël. Probablement mon épisode préféré de la saison. A part ça j’ai une grosse préférence pour Mark Green pour le moment. Sans doute dû aussi à ce qu’il traverse. Je reviendrai probablement parler des saisons suivantes. Je n’ai pas attendu pour enchainer.

Vincent n’a pas d’écailles – Thomas Salvador – 2015

Vincent-na-pas-décailles-2Le nouveau héros.

   7.5   Je trouve ça absolument génial. Le truc entièrement pour moi, tellement pour moi que ça m’a perturbé. J’aurais adoré écrire et mettre en scène ce film, exactement de cette façon-là. C’est un émerveillement solaire d’une simplicité confondante. Une histoire de supers pouvoirs dans les gorges du Verdon et une rencontre. Le film est extrêmement construit mais semble avancer au gré des instincts comme on écrirait au fil de la plume, un peu à l’image de certains films de Tati, avec lequel Salvador partage aussi le goût pour la mise en scène du corps, son élasticité, sa capacité d’enchantement. Vincent dans son lac m’a quelque part fait penser à Hulot sur son vélo.

     Le film est construit en deux parties de part égale, puisque la scène de la bétonnière – assez géniale – se situe pile poil à la moitié du film. Et dans sa progression dramatique, le film est habilement fait pour que l’on éprouve ce qu’éprouve Vincent, non pas dans la découverte de son pouvoir, mais dans son isolement et son apprivoisement des lieux, son flirt et sa course pour sa liberté. Sa rencontre avec Lucie est très belle, tout en gêne d’abord, forcément, avant la confidence. Toutes les scènes qu’ils ont en commun sont merveilleuses, au sens propre du terme aussi. Vimala Pons et sa caresse la plus longue du monde, mon dieu. Très beau ce que Salvador parvient à faire d’une scène de lit et d’une scène d’arbre. Le cliché parait inévitable mais il le contourne avec subtilité. La partie course-poursuite aurait plombé tout cela mais là encore au-delà de la précision du geste, tout en soubresauts, il réussit à être tout aussi détaché (la rivière) et romantique (l’arbre) et irréel (l’usine). C’est un film dont on sent qu’il tire son inspiration des grands burlesques, cinéma agencé entre le cirque et le voyage, il faut voir comme l’auteur met en scène les lieux, au sein d’une géographie indomptable.

     Au contact de l’eau, le mogwaï se multiplie en bestioles pas super cool, après leur transformation, tandis que Vincent voit sa force se décupler. Les séquences faisant état de son pouvoir sont très chouettes, rappelant les heures du burlesque muet, de Keaton, Chaplin et Bowers. Simplicité de la déformation, humilité de l’exagération. Accompagnées d’infimes parcelles poétiques, entre une vague puissante mais suffisamment discrète pour le rester, ou l’essayage de la combinaison de plongée (le costume de super héros) à la fin. L’eau plus qu’une providence est ici matière à soulagement. Je me souviens de Sonic progressant sous l’eau qui devait débusquer les bulles d’oxygène afin de ne pas se noyer. Il y a quelque chose comme ça ici : Dans la moindre mauvaise posture, qu’il s’agisse d’un flirt gêné, du sauvetage d’un ami dans une bagarre ou la fuite de la police, Vincent reste en quête de point d’eau : une piscine municipale, un seau, un lavoir. Convoquant bientôt la pureté même, le cœur de sa fuite, la providence inégalée : la pluie, lors d’une impressionnante scène d’évasion puis l’océan, lors d’une ultime échappatoire sans fin. Les dernières images, au Canada, sont très belles.

Une journée en enfer (Die hard with a vengeance) – John McTiernan – 1995

39.-une-journee-en-enfer-die-hard-with-a-vengeance-john-mctiernan-1995-1024x768Waltz of the bankers.

   9.2   Je suis retombé dessus par hasard, je pensais regarder une scène, puis cinq minutes mais j’ai finalement tout maté alors que je l’avais revu il y a seulement quelques mois. Et dire qu’il a bercé toute mon adolescence. Vu et revu jusqu’à épuisement, sans jamais que ça m’épuise. Pas même encore aujourd’hui. Je pense pouvoir dire qu’il fait partie de ces films dont je connais chaque réplique (En Vf cela va de soi) et situation par cœur. Des premières notes de The Lovin’ Spoonful (Summer in the city) au Johnny’s coming home de Michael Kamen. Du McClane, migraineux, que l’on sort du lit et qui va arborer un écriteau suicidaire dans les rues de Harlem à celui, toujours migraineux, qui liquide son second Grüber après avoir traversé explosions et attentats en tout genre. Sans parler de l’inénarrable « Simon says » (« Jacques a dit » chez nous). Et sans s’étendre non plus sur l’un des plus beaux duos improbables que le cinéma d’action nous aura offert : Willis / Jackson. Un vrai régal. Le cinéma d’action à son apogée. Sobre, lisible, hilarant, d’un bout à l’autre. Deux heures de pure jubilation. Admettons, peut-être, que la première partie soit un poil meilleure que la seconde, en terme d’idées, de rythme, de répliques, de bifurcation, en gros lorsque Irons est hors champ. Mais la suite est tellement au-dessus du lot, franchement, que je n’arrive même plus à être objectif. Le meilleur Die Hard, haut la main. Juste devant le premier. Enfin disons qu’ils se valent, globalement, c’est juste que l’un trépide quand l’autre est plus down tempo, l’un est en huis clos vertical quand l’autre est à ciel ouvert horizontal, c’est d’ailleurs fou le nombre de plans où apparaissent les Twin towers. En fait je préfère celui-ci pour sa cartographie new yorkaise. Et j’adore l’avancée sous forme de prétexte, les fausses pistes, et le montage lors de la découverte de la supercherie est à tomber par terre. Le montage de manière générale est un agencement d’orfèvre dans ce troisième volet. Et puis j’adore les méchants, comme dans le premier Die Hard d’ailleurs et pour paraphraser Hitchcock : « Un film est réussi quand le méchant est réussi » Et puis les seconds rôles ne sont pas en reste, ils sont tous exceptionnel. Chef d’œuvre du genre. Définitivement.

Les nouveaux sauvages (Relatos salvajes) – Damián Szifron – 2015

ns1Jeu de massacre, mode d’emploi.

   4.7   Jouissif, immédiat et punchy. Pas sûr que ça ne me laisse une trace indélébile mais c’est à voir, ne serait-ce parce que sur une forme casse-gueule, de film à sketchs à l’ancienne (comme il s’en faisait beaucoup en Italie fut un temps) Szifron parvient à créer une homogénéité d’ensemble, ce qui n’est pas vraiment gagné au départ. J’ai mes préférences mais je trouve que les six histoires indépendantes se succèdent et se répondent plutôt bien. Les pétages de plomb ont quelque chose d’inédit dans leur paroxysme. Tous sont abordés différemment. Le premier qui fait office d’intro pré générique, mais qui n’aura comme les suivants aucun rapport avec les autres, a ceci d’original que son « sauvage » restera hors champ, aux commandes d’un avion qui plonge. Le segment sur la route pourrait être une sorte de Duel (Spielberg) revisité à l’excès et l’humour noire, quand son suivant propose une variante de Chute libre (Schumacher). Le film s’achève même dans un mix de Festen et de Guerre des Rose, assez jubilatoire mais inconséquent, il faut bien l’admettre. Le film est vraiment sauvé par son humour. C’est une pure comédie de destruction aussi immédiate que sa visée est récréative. A ce titre, le générique d’ouverture, post premier court segment, voyant se succéder les noms des acteurs majeurs devant des captures d’animaux de la savane est assez chouette. Le film a la décence de raconter d’emblée son programme.

Réalité – Quentin Dupieux – 2015

Réalité – Quentin Dupieux - 2015 dans Quentin Dupieux REALITE_CHABAT_01-810x437Kubrick, mes couilles.

   6.9   Alain Chabat joue Jason Tantra. Il y a déjà quelque chose de l’ordre du Gregor Samsa de La métamorphose. Si le pitch évoque d’emblée Blow out, on comprend néanmoins très vite que Réalité n’aura strictement rien à voir avec le chef d’œuvre de Brian de Palma. Enchâssements de films, de rêves, de réalités, collisions spatio-temporelles, interférences variées, Dupieux s’en donne à cœur joie.

     Un présentateur télé est sujet à des démangeaisons provoqués par une crise d’eczéma dont il est le seul à voir les plaques sur son corps ; Une petite fille retrouve une mystérieuse VHS dans les viscères d’un sanglier chassé par son père ; Un caméraman de télé cherche le cri parfait afin de trouver les financements pour son futur film d’horreur ; Le proviseur d’une école se déguise en femme et roule dans une jeep de l’armée ; Un producteur est confronté à un auteur moderne obsédé par le moment de l’endormissement d’une fillette.

     C’est à la fois très ludique et cauchemardesque, léger et fort. Je retrouve le Dupieux de Wrong, ses angoisses, son obsession pour les stratifications incongrues. C’est d’autant plus impressionnant ici que pour une fois la musique n’est pas de lui. Seul Music with Changing Parts de Glass se fait entendre ici et là pour accentuer cette boucle infinie, vertigineuse, géniale.

     Des situations absurdes qui se chevauchent, malgré leur différent niveau de réalité, se connectent entre elles, se déconnectent ensuite, dans un temps incertain, un espace troublé, selon des boucles infinies et des personnages coincés dans les rêves des autres. A ce niveau de non-sens génialement mortifère, jouissif et sans frontières, on pense aux heures Buñuelliennes, Daliennes et Cronenbergiennes. Entre Le charme discret de la bourgeoisie, Le Rêve causé par le vol d’une abeille autour d’une grenade, une seconde avant l’éveil et Videodrome. Plaisir de se perdre, angoisse de se retrouver. Du Dupieux en état de grâce.

     La grande force de Réalité et du cinéma de Dupieux en général, c’est de quasi systématiquement ouvrir un plan dans l’inconnu le plus total, de manière à installer un trouble immédiat et durable. On se souvient à ce titre de l’ouverture de Steak. Le fait est que c’est un procédé qu’il utilise au maximum, donc que ce manque de discernement des liants soit répété en continu, crée une proximité avec le spectateur intime avec le cinéma de Dupieux autant qu’il contribue à installer un état d’envoutement permanent.

     L’autre atout majeur de Réalité c’est Alain Chabat. Qu’on le veuille ou non, sa présence provoque des relents de l’humour des Nuls. C’est peut-être le propre du cinéma de Quentin Dupieux : Parvenir à capter cinématographiquement l’essence d’un humour sans égal, ici avec Chabat, comme dans Steak avec Eric et Ramzy. Avoir la volonté de mettre en scène cet humour sans que celui-ci ne la dévore. Dans Réalité, plus que dans Steak, d’ailleurs, il faut bien reconnaitre que c’est l’univers du cinéaste qui domine outrageusement l’univers de l’acteur.

     Il y a une quête perpétuelle de la pulsion dans son cinéma et au fond, son film ne parle que de ça. Wrong aussi. Et c’est peut-être parce qu’ils ne parlent que de ça qu’ils font autant maîtrisé qu’amateur. J’ai l’impression que ce compromis me touche, que ce juste dosage assez délicat à offrir me séduit. Ce n’est pas tant pour son obsession de la mise en abyme que pour un certain aveu d’impuissance. Derrière cette quête du No reason se cache en effet un désir de raconter encore des choses, de se raconter et de raconter le cinéma. En ce sens je comprends pourquoi je trouve Rubber raté. Et pourquoi j’ai moins d’attirance pour l’ovni total que constitue Wrong cops.

Phoenix – Christian Petzold – 2015

PHOENIX  2013Le retour.

   7.2   Futur classique ? On peut dire que ça y ressemble, en tout cas. Dans le sens noble du terme. Dans le sens où le film semble aussi bien emprunter que répondre, tout en les digérant, aux grands classiques incontestables sur la quête et/ou le double identitaire et/ou la guerre, citons pèle mêle Vertigo, Les yeux sans visage, Le mariage de Maria Braun ou encore Monsieur Klein. On peut considérer que Christian Petzold s’est définitivement extirpé de la Nouvelle vague allemande, dont il était il y a peu encore l’un de ses plus fervents représentants, à l’époque de Jerichow, de Yella. Ce serait oublier que le réalisateur allemand avait démarré avec une merveille – Contrôle d’identité, son plus beau film à mes yeux – qui rappelait déjà beaucoup un autre classique américain : Running on empty, de Sidney Lumet. Il y avait déjà l’ambition du classique, une ampleur narrative, une perfection dans le récit, un jeu de miroir et de culpabilité ô combien maîtrisé. Barbara, il y a deux ans, avait réenclenché cette tendance. Là aussi, on parle d’un futur classique.

     Phoenix déroule sa mécanique scénaristique par le biais d’attributs mise en scénique discrets mais forts. Réalisation transparente, pourrait-on dire. Le film converge en entonnoir de la plus belle des manières, naviguant entre le sublime et l’horreur. Le bonheur d’une part d’une femme qui revit en refaisant miraculeusement connaissance avec son mari. Le dégoût d’autre part de la trahison de l’être aimé, d’un abandon en amont et d’une retrouvaille aux relents douloureusement financiers.

     Nelly revient des camps de la mort, où elle fut laissée pour morte. Défigurée, elle est recueillie par une amie qui l’accompagne dans son rétablissement moral et esthétique, la poussant même, puisqu’elle en dispose le choix, à changer radicalement d’apparence – ce qu’elle refuse. Détail qui aura son importance. On lui reconstitue un visage, pas exactement le sien, mais un qui s’en approche, afin qu’elle puisse revivre et s’en retourner vers Jérusalem. Rétablie après quelques mois, Nelly n’a pourtant qu’une obsession, retrouver son mari, dont elle n’a aucune nouvelle, de vie comme de mort. Elle apprendra entretemps, sans vraiment y croire, qu’il l’avait plus ou moins trahi pour sauver sa peau. Cependant elle poursuit ses recherches au travers des ruines berlinoises et les clubs malfamés, qui vont la mener face à son homme qui ne la reconnait pas mais décèle en elle une maigre et suffisante ressemblance avec sa femme, qu’il croit morte, pour lui demander de la remplacer, afin de toucher son héritage dont il ne peut disposer sans sa signature.

     J’ai parfois eu du mal à y croire, à me faire que cet homme ne reconnaisse pas sa femme, ou ne veuille pas la reconnaître. Ne serait-ce que dans la gestuelle, les odeurs, ça me semble assez improbable. Je pense en fin de compte qu’il faut l’appréhender comme un cauchemar et la mise en scène, hyper inspirée, ne s’en cache pas, par l’utilisation des couleurs, des ombres, des cloisons, des sous-sols. Il y a tout un décor qui convoque les enfers. Et c’est d’autant plus terrifiant et vertigineux qu’il s’agit pour Nelly d’un second cauchemar, en sourdine, après celui vécu dans les camps. J’y crois parce que je crois en sa transformation, corporelle et sensitive. La réalisation s’acclimate à son état de perdition, en naviguant à la lisière du fantastique, au moyen de quelques plans assez mystérieux, ici une silhouette dévorée par une immense baie vitrée, là un corps s’acheminant vers une étrange péniche, providentielle et cruelle. Le film est donc plus symbolique qu’incarné, c’est probablement ce qui m’a souvent gêné. Mais aussitôt qu’il plongeait à nouveau aux confins de cet état de détresse, d’une femme qui n’existe plus qu’au travers de son propre fantôme, le cauchemar sinueux et bouleversant reprend le dessus.

     Le vertige avec lequel Petzold parvient à mettre en scène cette folle histoire de dupes, frise la perfection. Une perfection classique, comme je le disais. Peut-être que l’on décèle en effet un peu trop bien son programme, jusqu’à son attendu et sublime final, peut-être que l’on voudrait parfois que le récit bifurque, surprenne et s’embrase, n’empêche qu’il se dégage un tel équilibre, une telle puissance évocatrice, un tel crescendo dramatique, que j’en suis sorti conquis de toute part, à la fois ému, fasciné et outré.

You’re the worst – Saison 1 – FX – 2014

11074435_10152777428697106_8250594219471654903_nFists and Feet and Stuff.

   5.5   J’ai adoré le premier épisode et beaucoup aimé le dixième, le dernier. Entre ces deux extrémités, je trouve que ça ronronne gentiment, que ça ne sort pas tellement du balisage. Je me suis à ce titre surpris à peu rire, c’est un problème, étant donné qu’on sent que ça ne recherche quasi que ça. Mais mon plus gros problème c’est cette impression permanente que la série ne cesse de revendiquer qu’elle est cool, trash, méchante. Il faut reconnaître qu’on va rarement jusque-là dans la comédie, pas même chez Apatow mais j’ai un peu de mal à y croire. C’est trop écrit, forcé et calculé pour me séduire vraiment. Et hormis nos deux trublions centraux, je me fiche absolument de tout le monde, tout ce qui gravite autour d’eux, colocataire ou meilleure amie. Je suis un peu dur car j’aime la série malgré tout mais elle m’avait vendu du rêve durant ses vingt premières minutes et la suite n’a pas tenu les promesses engagées à mes yeux. J’ai d’ailleurs revu ce pilot pour voir si je l’avais ou non surestimé et je suis ravi de le trouver toujours aussi formidable. Je suis malgré tout curieux de voir la suite. C’est l’avantage de ce type de programme, relativement court, qui se cale à n’importe quel moment de la journée.

Le labyrinthe (The Maze Runner) – Wes Ball – 2014

Le labyrinthe (The Maze Runner) - Wes Ball – 2014 dans Wes Ball     4.3   Je suis friand de ce genre de truc dont hyper indulgent. Je n’ai pas trouvé ça honteux. Pas bon, mais pas honteux. Je ne me suis pas fait chier devant comme devant la bouse Hunger games, par exemple. C’est un film d’ado, classique, écrit n’importe comment mais qui réserve son lot de rebondissements savoureux, pour un visionnage télé du dimanche soir.

Samba – Eric Toledano & Olivier Nakache – 2014

01_00003_ty   4.1   J’ai trouvé ça pas mal mais pas fou non plus. J’ai eu quelques frissons de la honte, notamment car je trouve que Tahar Rahim imite mieux l’accent brésilien que Omar Sy l’accent sénégalais  mais sinon c’était mignon oui. Les acteurs sont chouettes. Quelques situations sont drôles. Dans l’émotion ça marche un peu moins. Et la fin est à chier. Non, mon plus gros problème, c’est que j’ai déjà tout oublié.

Les rendez-vous de Paris – Eric Rohmer – 1995

10Contes sans saison.

   6.9   C’est un petit Rohmer, qui dans sa structure n’atteint par exemple pas la force d’un Quatre aventures de Reinette et Mirabelle. Une sorte d’ancêtre du film aux vingt courts Paris je t’aime, en bien plus beau. Ce n’est pas non plus du niveau de ses chefs-d’œuvre, le problème des films divisés est qu’ils divisent évidemment le ressenti personnel. N’empêche, c’est un film que j’aime beaucoup tant il parvient à me passionner brillamment pour ses trois histoires qui n’ont absolument rien en commun sinon Paris. Il faut le voir au moins pour Paris captée subtilement par la caméra du cinéaste. Dans mes souvenirs le deuxième récit, Les bancs de Paris, qui voit un couple d’amants visiter les beaux lieux de Paris en attendant que le mari de celle-ci la quitte ou l’inverse, était plus faible que les deux autres. C’est pourtant aujourd’hui celui que j’ai préféré, comme quoi.

     Il y a peu de cinéma où l’on réfléchit sur les lieux que l’on foule. Chez Rohmer, c’est systématique. Dans le deuxième épisode, lui est fasciné par les cimetières elle y est plutôt indifférente, il est inspiré par le jardin du Luxembourg, elle n’aime pas son cachet rectiligne. Bon, il faut dire que l’on tient là le personnage féminin le plus insupportable de la filmographie de Rohmer. Heureusement que c’est l’épisode central car c’est agaçant. Rohmer se venge, lui qui avait souvent par le passé taillé ce genre de caractère à ses personnages masculins. Ici c’est l’homme qui se plie aux désirs de la demoiselle de ne pas l’accueillir chez lui tant qu’elle n’a pas rompu avec son mari. L’issue (l’hôtel) est l’un des trucs les plus infâmes que l’on puisse faire à un homme. Pire qu’un simple mensonge, c’est un véritable coup-bas, dégueulasse.

     Le premier épisode, Les rendez-vous de sept heures, bien que relativement cruel lui aussi dans sa finalité, joue davantage la carte du vaudeville improbable. C’est un classique Rohmérien qui jouit d’un géant quiproquo, de la coïncidence invraisemblable avec un plaisir assumé. En gros Esther rencontre par hasard Aricie (une bête histoire de portefeuille volé) qui, il se trouve, à rendez-vous à la même heure qu’elle, au même endroit, avec un garçon qui sera en fait le petit ami de la première tandis que celle-ci y avait donné rendez-vous au garçon du marché dont elle suppose être le voleur de son portefeuille. Aviateur, collier ou portefeuille, sont chaque fois des détails qui ouvrent le film sur quelque chose qui le dépasse et dépasse aussi les personnages. Quant à Mère et enfant 1907 il se concentre sur un peintre, qui au détour d’une relation qui n’a pas même pas débutée, croise le regard d’une fille dans la rue et la suit jusqu’au musée Picasso. L’heure suivante sera déterminante sur sa créativité, à défaut de l’être sur un plan sentimental. Au point de me demander si cette dernière partie ne serait pas justement du très grand Rohmer, dans ce qu’elle représente de rencontre et de quiproquo ?

     Ce qui intéresse avant tout Rohmer, depuis toujours, ce sont les lieux. Ici la place Beaubourg, là le musée Picasso. Entre ces deux pôles que constituent ces deux segments aux extrémités, se greffe un épisode central, qui cartographie presque tous les lieux de promenades de Paris. Deux amants se donnent rendez-vous chaque semaine (une page d’agenda avec le nom du lieu inscrit rythme chaque introduction à une journée nouvelle) entre La fontaine Médicis, Le parc Montsouris, Le parc de la Villette et dans bien d’autres lieux encore. Plus que l’immense coïncidence du premier segment et plus que la mystérieuse double rencontre du dernier, il y a dans ce segment quelque chose de l’ordre de la cruauté, au sein même d’une absolue légèreté, que n’avait pas encore entrevu Rohmer, je trouve. C’est très beau.

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silencio


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