Babysitting – Philippe Lacheau & Nicolas Benamou – 2014

10406731_10152703672092106_9101911080348785066_n30 ans sinon rien.

   6.5   Vers le tout début du film, Franck, alors employé à l’accueil d’une grosse boite d’édition de bande dessinée, prend l’ascenseur lui permettant de rendre visite à son patron afin de lui faire du plat et de lui montrer ses dessins en espérant qu’ils lui ouvriront d’autres portes. Il y croise un garçon d’une dizaine d’année, impoli, excécrable, insultant, bref le prototype du gosse à baffer. Le marmot mate Scream 4 sur sa tablette. En quittant l’ascenseur, Franck lui révèle l’identité du tueur. Un gros spoiler qui soulage.

     La scène en question, relativement banale, socle pourtant tout le film, en terme de forme comme de scénar. Ce n’est que plus tard que Franck accepte, malgré son engagement dans une soirée concoctée pour fêter ses trente ans, pour préserver ses plans de carrière, la demande de son patron, de garder son fils en babysitting. On retrouvera le petit branleur de l’ascenseur, cela va de soi – Qui se vengera plus tard en lui spoilant la fin de The departed. Gros bâtard. La soirée va donc vite dégénérer.

     On ne le sait pas encore, mais le film à l’image du Craven cité, va s’embraser de façon surprenante, en évinçant une nuit entière, avant de la revive intégralement le lendemain sur des vidéos amateurs shootées pendant la nuit. Procédé qui semble donc lié à deux monstres de la comédie populaire américaine de ces dernières années : Very bad trip et Projet X. C’est l’énergie du found foutage de l’un et l’image manquante provoquée par l’ellipse de l’autre. L’affiliation est tellement imposante qu’elle ne peut que faire peur. Et pourtant.

     Le début du film est très moyen – pour ne pas dire mauvais – et la fin aussi. Ce qu’il y a dans l’entre-deux est en revanche aussi inégal qu’astucieux. La bande à Fifi, come-back. Une vraie boule d’énergie qui revête quelques gags assez géniaux, notamment grâce à deux efficaces trublions : Philippe Duquesne, le flic relou et Tarek Boudali, l’ami qui imite particulièrement bien le Vélociraptor. Ils m’ont fait marrer ces cons. L’idéal c’est qu’ils appartiennent tous deux à des échelles de temporalité distinctes : le présent pour l’un, la vidéo retrouvée pour l’autre. Ça permet un certain équilibre.

     Il faut dire aussi que le film regorge de séquences assez drôles comme celle du bouchon de Ruinart, celle de la casquette, du perroquet ou encore une séquence Mario Kart (entièrement pompée sur un trip de Rémi Gaillard, bananes et tortues comprises) mais aussi d’un strip-tease à coup de baffe de cul – repris en boucle pour la séquence de présentation des interprètes à la fin. Je suis ravi de voir une comédie française se permettre ce genre de truc. Et cette idée ouvertement introduite par la citation de Scream d’intégrer un film à l’intérieur du film. Le climax intervient au moment où les personnages à l’intérieur du film regardent le film de leur attraction foraine.

     Il faut d’ailleurs signaler que c’est une mine à références, coquettes, mais je prends : le clin d’œil à Là-haut, Le jouet de Veber et les films suscités. C’est facile la plupart du temps, mais c’est fait avec une telle énergie que ça finit par être séduisant. Au passage, hormis quelques gags plus ou moins foireux, je trouve ça infiniment plus généreux que l’autre carton populaire de l’année, Qu’est-ce qu’on a fait au bon dieu. Dans les deux cas il est assez savoureux de voir l’un des Splendid jouer un vieux con. Quant à Philippe « Fifi » Lacheau dans le rôle ingrat du rabat joie permanent il s’en sort très bien.

     Dommage que le film ne choisisse pas l’option d’y aller franco, toujours à s’excuser d’être trash alors qu’il ne l’est véritablement jamais, ou alors très brièvement. Dès qu’il se repose sur sa morale à trois francs six sous, à savoir rejouer les retrouvailles entre un père et son fils, il devient plus film pour gosse qu’autre chose. Les nombreux retours au présent sont mécaniques. Et plus que mécaniques ils semblent vouloir satisfaire le spectateur qui vient voir Jugnot. Les séquences en question n’ont d’intérêt que de permettre au flic beauf derrière de s’en donner à cœur joie.

     En fin de compte on est tout de même loin d’un Projet X mais je trouve ça nettement plus réussi qu’un Very bad trip, qui est un film qui je me rends compte me gonfle prodigieusement avec le temps. On me dit dans l’oreillette qu’un deuxième volet est déjà en chantier. Bref, à l’image de son illustre, ça sent la franchise.

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